Salomon et le pays d’Ophir

salomonLes îles Salomon (Solomon Islands) ont connu ce matin une triste actualité. Je ne connais personne là-bas et — mise à part la compassion naturelle pour ceux qui souffrent — c’est avec beaucoup de recul que je peux me pencher sur le nom de cet archipel.

Situé dans le sud-ouest du Pacifique, il fait partie de la Mélanésie et est constitué d’une douzaine d’îles principales accompagnées de près d’un millier d’îles plus petites.

C’est en 1568 que le navigateur espagnol Alvaro de Mendaña de Neira* découvrit ces îles. Il fut agréablement surpris, on s’en doute, de trouver de l’or chez les indigènes. Fort cultivé et fervent catholique, il pensa avoir trouvé le légendaire pays d’Ophir, d’où le roi Salomon, d’après la Bible, aurait tiré ses richesses par l’intermédiaire de marins phéniciens. Dans son journal de bord et la relation du voyage qu’il écrivit ultérieurement, il proposa d’appeler cet archipel Islas de Salomon. Malencontreusement, il en nota inexactement la longitude, si bien qu’une seconde expédition partie vérifier ses dires— et conquérir les îles? — manqua son but.

Deux siècles plus tard, en 1767 et 1768, au cours de voyages successifs, les navigateurs anglais Philip Carteret puis français Bougainville et Entrecasteaux les redécouvrirent mais sans faire le lien avec l’expédition oubliée de Mendaña.

Ce n’est qu’en 1781, dans un rapport présenté à l’Académie des sciences à Paris, que le géographe Philippe Buache démontra qu’il s’agissait bien des îles découvertes par Mendaña, et, en 1790, Pierre Claret de Fleurieu proposa de rejeter toute autre appellation et de restituer à l’archipel le nom d’îles de Salomon.

Du Nord au Sud, on distingue plusieurs îles principales :

  • l’île de Choiseul (aujoud’hui Lauru): du nom du duc de Choiseul (1719 – 1785), secrétaire d’État aux Affaires étrangères, à la Guerre et à la Marine de Louis XV.
  • la Nouvelle-Géorgie et les îles Florida ainsi nommées par les Américains en souvenir de leurs États d’origine.
  • l’île Santa Isabel (Bogotu), nommée ainsi sans doute en souvenir d’Isabelle la Catholique, à laquelle les navigateurs espagnols ne manquaient pas de rendre hommage et continueront même de le faire des siècles plus tard.
  • l’île Malaita : la signification de ce nom, en langage local, m’échappe.
  • Guadalcanal : c’est Pedro de Ortega, le second d’Alvaro de Mendaña, qui baptisa cette île du nom de sa ville de naissance en Andalousie. Cette dernière doit son nom à l’arabe Wad al-Qanal, « rivière-canal».
  • San Cristobal (aujourd’hui Makira) : en souvenir de Christophe Colomb. Aujourd’hui renommée Makira dans la langue locale.
  • île Rennel (Mu Nggava) : du nom d’un géographe anglais, le major James Rennel (1742-1830)
  • Santa Cruz : en référence à la Sainte Croix du Christ. C’est là, à Vanikoro, que fit naufrage Lapérouse en 1788.

* Alvaro de Mendaña de Neira (1542 – 1595) découvrit aussi les îles Marquises ( ainsi nommées en l’honneur de Garcia Hurtado de Mendoza, marquis de Cañete, son protecteur) et l’ile Santa Cruz (à l’extrémité est des îles Salomon, où il mourut).

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3 commentaires sur “Salomon et le pays d’Ophir

  1. Puisque même après un séisme qui rappelle à toutes les incertitudes et à la certitude inéluctable, il faut bien prendre le risque d’un mot, c’est sur l’histoire encore que j’enchaînerai: avec les voyageurs, c’est l’ethnologie qui s’est mise au travail et ses témoignages en sont nombreux sur les îles Salomon :et puisqu’on peut lire sur (l)internet un article sur les monnaies de Mono-Alu
    http://lhomme.revues.org/index157.html
    « Avant la colonisation en Mélanésie, à Mono-Alu (îles Salomon), on utilise dans la vie courante et dans les cérémonies un système de monnaies de coquillage de valeurs différentes. »
    voici le site qui présente des pièces vraiment très belles de « coquillages »:
    http://serveurduke.fr/arts/?cat=4

    Avant la colonisation en Mélanésie, à Mono-Alu (îles Salomon), on utilise dans la vie courante et dans les cérémonies un système de monnaies de coquillage de valeurs différentes.

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  2. L’or d’Ophir servit particulièrement, si l’on en croit divers passages de la Bible, à couvrir d’or le Temple de Salomon.

    D’après Alberto Manguel *, on ne rigolait pas tous les jours à Ophir et ceux qui proféraient obscénités ou plaisanteries douteuses étaient condamnés à porter plusieurs jours des oreilles de truie **.

    * Dictionnaire des lieux imaginaires.
    ** Et puisqu’on en est légendes, on notera que le mot « truie » ne tirerait pas son origine du nom de Troie, via le bas-latin « troia », mais plutôt du mot celtique « trog » (mise bas).

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