République ? Direct par l’Hôtel-de-Ville …

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen).

«Je ne trouve pas [ que Jacques Chirac] puisse être soumis aux mêmes obligations dans certains cas que les citoyens ordinaires.» (Madame B. Chirac).

D’après son épouse, qui semble avoir fait de la République sa chose en oubliant qu’elle était avant tout publique, Monsieur Chirac ne serait  pas un citoyen ordinaire .

Il serait donc un citoyen extraordinaire. Qui fait pschitt! quand on l’interroge et abracadabra! quand on enquête.

C9114-La-liberte-guidant-le-peuple-AffichesCe mépris de la Loi, de la République et du peuple qui l’a faite, cette arrogance marie-antoinesque, cette posture aristocratique — « La Morgue moquant le Peuple » aurait signé Delacroix — sont proprement scandaleux.

Les mots manquent pour dire l’écœurement. Les tribuns aussi, d’ailleurs : je n’ai pas entendu beaucoup de réactions à cette phrase de Madame Chirac. Comme s’il allait désomais de soi qu’un citoyen puisse échapper à la loi commune, par le seul fait d’avoir été élu d’abord maire puis président par ses concitoyens. On a d’ailleurs déjà entendu le même discours (et la même absence de réaction à ce discours) lors de la condamnation de Charles Pasqua. Élu donc intouchable : un vrai problème de caste.

Non, décidément, je ne suis pas fier d’être Français dans cette France-là, celle des copains et des coquins, des Palomar et Zigomar , des Hortefeux et des Besson, des Tiberi et des Chirac, [                ]*

Je terminerai, prenant exemple sur une autre Dame — de Fer, celle-là —, en criant :

« Rendez-moi mes pièces jaunes! » .

* La liste n’est pas limitative. Vous pouvez profiter de l’espace extensible ente crochets pour rajouter les noms que vous souhaitez.

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11 commentaires sur “République ? Direct par l’Hôtel-de-Ville …

  1. Comme s’il allait désomais de soi qu’un citoyen puisse échapper à la loi commune, par le seul fait d’avoir été élu d’abord maire puis président par ses concitoyens.

    Ben oui, leveto, ça va de soi. C’est pourquoi je trouve que, plutôt que d’expliquer aux jeunes gens qu’ils doivent bien travailler à l’école et faire des études poussées pour trouver un bon travail (ou un travail tout court – la rémunération d’un doctorant tourne actuellement autour de 1500 euros mensuels), on devrait les inciter à « faire de la politique » et à briguer des mandats électifs.

    On pourrait même imaginer une « école » (accessible sans conditions de diplôme préalable) où l’on apprendrait à communiquer et manipuler la réthorique politicienne, à élaborer des stratégies électorales (choix de circonscriptions en fonction des étiquettes), et à faire des plans de carrière électifs. Dans cette « école », la réussite ne se traduirait pas par un quelconque papelard, mais par l’élection à tel ou tel mandat. Les moins doués se contenteraient d’une place comme conseiller municipal, les plus brillants démarreraient d’emblée comme député (éventuellement européen) ou conseiller général…

    Ah… cette « école » existe déjà ? Et elle pratique déjà les quotas pour les boursiers ? Tout va bien, alors !

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  2. Au nom de l’Association des amis de la tombe de l’île d’Yeu, le général Baderne de Ganelon tient à apporter tout son soutien à madame Chodron de Courcel, épouse Chirac, dans son juste combat contre le fléau de l’égalitarisme qui infecte les débats publics sous la pression de juges notoirement communistes et enragés. L’ancien président a fait don de sa personne à la Nation comme autrefois le regretté Maréchal qui n’aurait jamais dû être jugé et encore moins condamné, car il a su nous préserver du pire. Il est évident que Jacques Chirac a su nous préserver du Goulag et des chars soviétiques en utilisant astucieusement les études de marché pour les lycées d’Île-de-France, il a su conserver auprès de lui des jeunes gens prometteurs par des emplois fictifs et sinon ils auraient sombré dans le plus pur anarchisme, il a maintenu le marché du logement dans la capitale qui se serait transformé en habitat insalubre si l’on avait accepté les immigrés ou des ouvriers dans les logements sociaux, il a puissamment contribué au maintien à la Terre (qui ne ment pas) des agriculteurs et viticulteurs en multipliant les frais de bouche, puisque l’essence même de ce pays se trouve dans la FNSEA, le CNJA et le Crédit agricole. Jacques Chirac a en vérité, comme le Maréchal, sauvé la France de beaucoup de désastres et il devrait être inhumé lorsque sa mort viendra directement au Panthéon hélas trop républicain, ou mieux dans la basilique de Saint-Denis (quand on en aura chassé le maire communiste).

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  3. Plus sérieusement, leveto, évidemment qu’un élu n’est pas un citoyen ordinaire.

    Même si ce n’est pas (toujours) vrai en droit (car en droit, on distinguera selon que l’élu agit en sa qualité d’élu ou en tant qu’individu lambda, s’il agit dans un cadre public ou s’il tire de sa fonction un enrichissement personnel etc.), cela se vérifie dans chaque situation de sa vie quotidienne. Vous-même, si vous n’étiez pas « seulement » vétérinaire, mais également député de votre circonscription, je suis sûr que les contraintes de votre activité de vétérinaire et même de votre vie quotidienne s’en trouveraient considérablement allégées.

    Bien entendu, on peut soutenir qu’il est normal qu’elles le soient, puisque vous feriez preuve du noble altruisme consistant à oeuvrer plus largement pour le bien commun qu’en soignant (contre rémnération) les chiens et les chats du voisinage. On pourrait même ajouter qu’il vaut mieux surpayer les élus que de les exposer à la tentation de la prévarication.

    Mais il ne me paraîtrait pas extraordinaire qu’après plusieurs années de ces « facilités », vous ayez oublié quelles étaient les contraintes ordinaires de votre vie, personnelle et professsionnelle, avant l’élection.

    Juste un exemple : Il existe un collectif assez rigolo, « Sauvons les riches », dont on peut suivre les aventures sur leur blog, hébergé par Libé * . Une des filles de ce collectif, Karima Delli, qui se trouvait en quatrième position sur la liste d’Europe-Ecologie lors des élections européennes a été élue, contre toute attente… et elle et ses compères sont en train de découvrir le « pouvoir » que lui donne soudain cette élection **.

    Par ailleurs, la rémunération de cette jeune femme a soudainement bondi à 7661 euros bruts par mois plus les diverses indemnités liées à son statut (298 euros par jour de présence, 4202 euros par mois pour ses frais généraux, etc.) ***

    Je ne mets aucunement en doute la sincérité de l’engagement des bénéficiaires de telles sommes. Dans le cas de Karima Delli, il se pourrait même qu’elle rétrocède, pour le moment, une partie de ses indemnités « au parti ».

    Mais il me paraît inévitable qu’un élu, qui VIT de sa fonction élective, perde très rapidement conscience du fait que les revenus, les avantages qu’il tire de sa fonction n’ont rien d’acquis – ou plutôt, qu’il considère que s’il est réélu, il a droit à ce traitement privilégié, de la même façon qu’un salarié lambda qui se prête chaque année à l’évaluation de ses performances estime qu’il « a droit » au maintien ou à l’augmentation de son salaire (et de ses avantages en nature)… ainsi qu’à des conditions de retraite à la hauteur de ses prestations passées.

    Les protestations de Madame Chirac n’ont donc absolument rien d’exorbitant – elles sont au contraire parfaitement légitimes dans un monde où un élu n’a jamais, jamais été traité comme un citoyen ordinaire, et n’est pas près de l’être.

    * http://sauvonslesriches.fr/?p=401

    ** http://sauvonslesriches.blogs.liberation.fr/2009/2009/10/a-lassaut-du-donjon-de-prince-jean.html

    *** Ces chiffres sont ceux avancés par Jean Quatremer au sujet de la vie rémunératrice de Madame Dati sur son blog “Les coulisses de Bruxelles”.

    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/06/la-vie-r%C3%A9mun%C3%A9ratrice-de-rachida-dati.html

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  4. Ajoutons, leveto, ce constat d’évidence : les élus font TOUJOURS partie des riches et des privilégiés. Ceux qui font campagne sur l’abolition des privilèges et refusent effectivement l’enrichissement personnel sont rarement élus – et certainement jamais réélus !

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  5. Aquinze, j’entends bien vos arguments, frappés au coin du bon sens.
    Je ne reproche pas aux élus — qu’ils s’appellent Chirac, Tiberi, Dati ,Balkany ou Tartempion — d’être payés, et, pour certains très bien payés. Je reproche à certains d’entre eux — j’ai malheureusement l’impression qu’ils sont nombreux —, et notamment à celui qui fut le premier d’entre eux, de taper dans la caisse ( que ce soit à leur profit, à celui de leur famille ou de leurs amis). Comme quoi, mieux vous êtes payé et plus la tentation est grande d’en vouloir encore plus!
    La solution ? Hélas sans doute utopique — puisque cela reviendrait à scier la branche sur laquelle ils sont assis : un mandat unique, renouvelable une fois et basta! Fin de l’enrichissement personnel et large diminution de la corruption. Et si l’élu était assuré de retrouver son job après les deux mandats, on verrait sans doute se présenter aux élections une plus grande variété de professions et donc moins de fonctionnaires.
    Enfin, je reprochais surtout à Madame Chirac de considérer que son mari ne devait pas être jugé pour des faits que des enquêtes ont établis. Qu’il ne soit pas jugé pendant son mandat peut se discuter (et encore, voir aux États- Unis), mais qu’il puisse échapper ad vitam à la justice ordinaire, non!

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  6. Je reproche à certains d’entre eux — j’ai malheureusement l’impression qu’ils sont nombreux —de taper dans la caisse ( que ce soit à leur profit, à celui de leur famille ou de leurs amis). Comme quoi, mieux vous êtes payé et plus la tentation est grande d’en vouloir encore plus!

    Je pense que les choses ne sont pas si simples. Il y a probablement des escrocs sans vergogne parmi les élus – c’est normal, un escroc recherchant naturellement l’impunité, il est mieux assuré de la trouver en tant qu’élu qu’en tant que « citoyen ordinaire », et il va donc délibérément rechercher un mandant électif pour couvrir ses escroqueries – mais à mon avis, la plupart des élus ne sont pas dans la démarche de s’enrichir au frais de la République lorsqu’ils prennent leurs premières fonctions. Simplement, comme j’essayais de l’expliquer plus haut, à force de vivre dans la sorte de bulle que leur confère leur statut d’élu, à force d’entendre dire et de constater que le fait d’être élu fait d’eux des citoyens extra-ordinaires (après tout, ils sont les représentants du peuple !), à force d’ « intervenir » au quotidien – parfois efficacement – pour « arranger » les problèmes de tel ou tel de leurs électeurs, il me paraît inévitable qu’ils perdent les repères communs du citoyen lambda. Ils « arrangent les coups » de leur voisin, de leurs amis, de leurs enfants, ils « arrangent le coup » pour leur permis de construire, leurs vacances, leur prêt, ou n’importe laquelle de leurs petites affaires quotidiennes. Mais qui va leur dire qu’ils ne peuvent pas, qu’ils franchissent une limite dont ils ont pu depuis longtemps constaté qu’elle n’était que théorique ? Qu’un obscur fonctionnaire objecte, s’l se trouve dans les parages quelque kamikaze totalement dénué de sens politique, on aura tôt fait de le renvoyer à la distribution de crayons dans les services de sa sous-préfecture. Ils sont élus, donc ils connaissent beaucoup de monde, on n’est pas élu sans avoir un vaste réseau dont les liens d’obligation sont inextricablement liés – « Rends-moi ce service-là, je te renverrai l’ascenseur dès que tu en aurais besoin ».

    Car c’est bien à cela que sert un élu, non ? Son entregent, sa connaissance des rouages du pouvoir, son appartenance aux cercles d’influence… Aucun électeur n’attend de son représentant qu’il soit compétent ou respectueux de la loi, mais qu’il ait le bras long – avec l’espoir que la longueur du bras lui apportera peut-être, à lui, un petit morceau de passe-droit… ou de consdération pour sa situation particulière. La meilleure preuve, c’est que les électeurs ne tiennent en général aucune rigueur à leurs élus de leurs déboires judiciaires et qu’ils les réélisent triomphalement – comme si, paradoxalement, l’indulgencejudiciaire qui semble la règle quand il s’agit d’élus était la preuve de l’efficacité de l’élu « pincé » en flagrant-délit d’entorse ordinaire à la loi… Et je ne vous parle pas de la raison d’Etat.

    Non, leveto, les choses ne sont pas si simples. Il faudrait aussi se demander pourquoi certaines personnes « entrent en politique » et d’autres pas. Quels sont leurs mobiles, leurs aspirations profondes, leurs ambitions ? Pourquoi vous, qui vous vous offusquez aujourd’hui des propos de Madame Chirac, n’êtes-vous pas député ? Pourquoi moi, qui glose ici longuement sur les effets pervers de la représentation démocratique, ne suis-je pas sénateur ? Quelle soif de pouvoir, quelle conviction de parler au nom des autres, quel désir de changer le monde nous ont manqués, pour que nous ne ferraillions pas aujourd’hui au Parlement sur le thème du mandat unique ? Et entre nous : est-ce qu’une misérable petite législature de cinq ans nous aurait suffi pour mener à bien notre projet de moralisation de la vie politique 😉 ?

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  7. leveto,
    (je n’ai pas lu tout le monde ci-dessus..;.
    D’accord avec l’idée du mandat unique, ou qque chose d’approchant.
    L’idée m’était venue d’une sorte de Mandat électoral « à points ».
    Mais je pensais à la question des promesses électorales :
    – tu tiens tes promesses, tu as un discours responsable, tu refuses la la,gue de bois… : alors tu gardes (ou tu regagnes tes points;
    – tu fais, tu dis des conneries, tu mens, tu … : alors tu perds des points jusqu’au « retait du permis » qui se traduit par « inéligibilité à vie ».
    —————-
    S’agissant de malversations, de corruption, abus de biens sociaux, etc., ma position est que la moindre mise en examen vaut pour un « empeachment » à l »américaine, sans préjuger de la suite: pour un élu, c’est « présomption de culpabilité » et basta ! DSK, DRAY, CHIRAC, SARKO, tout le monde au poteau !

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  8. … et aussi un amusant billet d’Eolas sur la diversification des activités de Madame Dati (d’où il ressort très bien ce dont sur quoi j’insistais plus haut en parlant des élus, « leur entregent, leur connaissance des rouages du pouvoir, leur appartenance aux cercles d’influence »… ).

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  9. Plus que la question des magouilles financières (qui ne sont pas l’apanage des élus, hélas), c’est le sentiment qu’ont certains d’être au-dessus des lois qui est bien pointé ici.

    Deux exemples récents illustrent cet élitisme arrogant.

    L’an dernier, notre omniprésident s’est marié, dans une démarche ouvertement pipole. Pour éviter que des journalistes pipole ne viennent faire leur métier, il s’est débrouillé pour le faire en douce, sans publication des bans. Certes, la publication des bans, qui est normalement une obligation légale, peut faire l’objet d’une dérogation. Mais il était intéressant d’entendre les premières déclarations de Sarko Ier et de ses proches à cette occasion : dans un premier temps, tout le monde disait « on s’en fiche, on ne le fera pas », et ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils ont découvert la possibilité de déroger légalement à cette obligation. Autrement dit, ils envisageaient d’abord sans sourciller de ne pas appliquer la loi – heureusement pour eux, ils ont finalement pu éviter cette forfaiture.

    Récemment, Rachida Dati a décidé de devenir avocate. Or, Un magistrat qui souhaite exercer une autre profession, comme celle d’avocat, doit faire au CSM (Conseil supérieur de la magistrature) une demande de mise en disponibilité (je cite l’article du Monde du 12 janvier) – ce qu’elle n’avait pas fait lorsqu’elle a annoncé la bouche en coeur qu’elle prêterait serment le 14 janvier – et le CSM ne se réunissait pas avant cette date… Bon, là, pour le coup, le « passe-droit » a finalement été évité au dernier moment, « on » a fortement insisté auprès de Dati pour qu’elle prenne le temps de cette démarche et qu’elle repousse sa prestation de serment de 15 jours. Mais dans un premier temps, notre chère ex-Garde des Sots a bel et bien considéré que les procédures légales ne la concernaient pas…

    C’est la multiplication de ce type de passe-droits qui est la plus choquante – et surtout la conviction sincère des gens comme Sarko ou Dati qu’ils sont de facto au-dessus des lois, et leur étonnement quand on les oblige à entrer dans des cases normées. Les malversations financières sont certes également choquantes, mais ce chapitre-ci concerne des catégories professionnelles dépassant largement le monde politique.

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