Puants, rampants et autres nuisibles

Je me suis intéressé aujourd’hui aux animaux qui, pour différentes raisons, sont réputés nuisibles aux activités humaines, agricoles ou simplement quotidiennes.

Laragne (Hautes-Alpes) doit son nom à une ancienne auberge à l’enseigne de l’araignée, comme nous l’avons vu dans un précédent billet.

Fourmiguères (Pyrénées-Orientales) est issu du latin formica, « fourmi », suffixe –aria, tandis que Furmeyer (Hautes-Alpes) a la même origine, mais avec le masculin –arium. Il est tentant de voir dans ces noms le rappel d’une fourmilière, mais cela serait une erreur. Les « fourmilières » dont il s’agit ici étaient en fait des tas de mauvaises herbes, sarments et autres banchages formés en pyramide  auxquels on mettait le feu pour essarter des terrains ou pour y pratiquer l’écobuage selon une méthode importée par les Romains. Fourmies (Nord) ne doit rien à la fourmi, sauf par voie détournée, puisque son nom vient du nom (un sobriquet ?) d’homme latin Formius, premier propriétaire gallo-romain du domaine. Mentionnons enfin les îles de Fourmigues (Var) ainsi nommées en raison de leur aspect vu du rivage.

Grillon (Vaucluse) vient du nom d’homme gréco-latin Gryllus, suffixe –onem. Montgreleix (Cantal) pourrait lui aussi venir de gryllus, sans que l’on sache s’il s’agissait de l’animal ou d’un surnom. On retrouve le grillon dans des formations plus récentes et bucoliques : Cantegrel (Aveyron), Cantegril (Haute-Garonne) et Chantagrix (Puy-de-Dôme).

roquebilliereLa Vespière (Calvados) dérive du latin vespa, « guêpe », et suffixe –aria, tout comme Saint-Abit-les-Guespières (Eure-et-Loir). Roquebillière (Alpes-Maritimes) est une ancienne  roca apicularia, un « rocher caractérisé par la présence d’abeilles ». Un « rocher » qui s’est abattu pour partie sur le village en 1926 lors d’un  glissement de terrain resté dans les mémoires.

Le nom de l’ardéchoise  Issamoulenc est formé de l’ancien provençal eissame, « l’essaim », et moulen, « terrain mou, fondrière », tandis que Mouscardès (Landes) doit son nom au gascon mouscard, « taon » ( du latin musca, « mouche », et suffixe péjoratif –ard ) suivi du suffixe –ès (du latin aria).

Creissan (Hérault) trouve son origine dans le gaulois craxantus, « crapaud », d’où sont issus l’ancien provençal graisan et le français graisset, nom populaire de la rainette verte, peut-être employé comme sobriquet.

Graulhet (Tarn), comme le hameau Granouillet (commune de Saint-André-de-Najac, Aveyron) sont issus du latin ranucula, « grenouille », et suffixe collectif –etum, ayant fourni l’occitan granolhet, « grenouillère ».

Schneckenbusch, en Moselle, vient de l’allemand schnecke, « limace », et busch, « bois, bosquet ».

Collobrières (Var) dérive du latin colubra, « couleuvre », comme Coulouvray-Boisbenâtre (Manche), Coulaures (Dordogne ) et Couleuvre (Allier). Le nom d’Escouloubre (Aude) vient de l’agglutination de la préposition ès, «en les»: il s’agit d’un lieu hanté par les couleuvres. C’est encore dans l’Aude que nous trouvons La Serpent.

La commune d’Yvrench, dans la Somme, nommée Wiberentium en 830, doit probablement son nom au latin vipera, « vipère », tout comme Yvrencheux, toujours dans la Somme, qui en est le diminutif.

Ratières, dans la Drôme, vient du latin ratus, « rat », suffixe –aria.

Darbonnay (Jura) dérive du bas-latin darbo, darbonis, « taupe ». La taupe a la particularité de faire des taupinières, et de nos jours, darbon désigne un petit monticule de terre qui s’accumule sur les souches de vigne lorsqu’on laboure entre elles, spécialement dans le bordelais.

Hérisson (Allier) et Hirson (Aisne) doivent leur nom au latin ericio, « hérisson ».

Nous mentionnerons enfin la ville de Saint-Bauzille-de-Putois (Hérault)  dont le nom évoque un petit mustélidé réputé pour son odeur, mais qui en fait dérive du latin putidum, « puant », à l’origine de l’ancien français putel, « marais, bourbier » (qui a aussi donné le nom de Puteaux, dans les Hauts-de-Seine).

15 commentaires sur “Puants, rampants et autres nuisibles

  1. D’après ce que l’on m’avait dit, le Canigou aurait pour origine la forme de son pic.
    On peut citer aussi Bièvre, du temps où il y avait des castors en bord de Seine (et également en Belgique)
    Se méfier tout de même des faux-amis :
    Culoison ? ? ?
    Lhuitre ? ? ?
    Les deux dans l’Aube.

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  2. ► Papet croûton:
    Lhuître doit son nom ( Lustrum en 1120) au nom d’homme gaulois Lustrius, comme Louâtre dans l’Aisne.
    Culoison, que je découvre, est fusionnée avec Sainte-Maure depuis 1796. Je n’en connais pas l’étymologie. Je vais essayer de trouver le temps de chercher.
    Le Canigou ? En catalan Canigò ce qui suppose une forme antérieure Canigon, attestée par des documents (IXè et Xè siècles) en latin où on lit Canigonis . Aucune certitude étymologique : peut-être à rapprocher du basque gaineko , « qui est au-dessus» ou bien une base pré-indo-européenne *can- , «hauteur, sommet».
    Quant aux toponymes dérivés du castor, beber , ils sont nombreux en France et ailleurs ; mais les castors ne sont pas considérés comme des « nuisibles » au sens du code Rural. Peut-être en publierai-je un jour la liste.

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  3. Il y a aussi la commune de Pougne-Hérisson (Deux-Sèvres), mais WP m’indique que cela viendrait du germanique Heric, camp de guerre.

    Le nom de famille Colbert a été donné à plusieurs villes des Etats-Unis. Le ministre de Louis XIV avait une couleuvre comme emblème, mais il s’agit d’une fausse étymologie. Son nom vient en fait de collibertus, esclave affranchi en latin.

    Pour la Bièvre, j’ai eu une discussion dans un forum de langue. Je vous copie le résumé d’un ouvrage sur la rivière. Les auteurs disent que, notamment pour des raisons de très faible débit estival, il est très improbable que la rivière ait jamais accueilli de castors. On n’a d’ailleurs jamais retrouvé d’ossements de castor dans les tourbières du site et aucuntexte ancien ne mentionne la présence de l’animal qui n’est évoquée pour la première fois qu’au XIXe siècle par Barbet de Jouy. Ils supposent donc que le mot celte « beber », certes de
    même racine voire identique à celui désignant le castor, signifie plutôt la couleur brune, couleur des eaux boueuses de la Bièvre. Cette même étymologie pourrait aussi s’appliquer à d’autres cours d’eau comme le Beuvron, la Biberonne, etc.

    Le nom celtique du castor est apparenté à brun d’origine germanique et au nom de l’ours en allemand Baer, en anglais bear (le surnom de l’ours est Brun dans le Roman de Renart). C’est un castor en anglais beaver, en allemand Biber. En grec, il devient un crapaud phrunê. En sanskrit, c’est une mangouste babhrú. C’est une racine indoeuropéenne que l’on trouve sur tout le continent.

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  4. ► Dominique
    1 / Pougne-Hérisson : si j’ai bien pu trouver l’ancien nom de Pougne ( Pugne en 1102, sans doute d’après le nom d’homme latin Pugnius ), je n’ai en revanche rien trouvé pour Hérisson. L’hypothèse wisigothe est plausible.
    2/ On trouve des vestiges archéologiques du castor dans toute la France depuis le paléolithique ancien (à Sourcy dans l’Yonne) jusqu’aux temps modernes. Dans l’Essonne (où coule la Bièvre) on en trouve par exemple à Videlles datant du néolithique ancien.
    On peut retrouver ces différents sites archéologiques sur le … site de l’Inventaire national du patrimoine naturel
    Le « très faible débit estival » de la Bièvre suffisait néanmoins à faire tourner de nombreuse fabriques et notamment la Manufacture des tapisseries de la couronne des Gobelins. Le castor européen, contrairement à son cousin américain, ne construisait que des petits barrages: il se contentait la plupart du temps de construire son gîte sur des cours d’eau ou des plans d’eau relativement calmes.
    Cependant, l’étymologie selon un nom de couleur plutôt que selon le nom du castor est toujours possible, mais sujette à discussion. Les recherches à faire sont longues et fastidieuses … et, surtout, comment trancher ?

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  5. Ce que je signalais à la fin, c’est que le nom indoeuropéen du castor se référait à d’autres réalités aussi et notamment à la couleur. Des animaux autres que le castor ont été nommés par le même radical (assez rare en indoeuropéen du fait du redoublement) : l’ours, la mangouste, le crapaud.

    La Bièvre était d’abord cernée par des tanneries à Paris et le cours d’eau servait surtout de lieu d’épandage pour toutes les saletés de cette industrie. On n’avait pas besoin de la force de l’eau pour tisser et teindre aux Gobelins, puisque le fil arrivait déjà tout fait. Je doute fort que des castors aient pu vivre dans un tel univers de puanteur et de nuisances chimiques. Mais on parle alors de l’univers qui a existé du Moyen Âge au XIXe s. et il se peut que le cours d’eau ait été différent auparavant, lorsqu’on l’a nommé à époque pré-historique, il avait sans doute un cours différent.

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  6. Je ne connais pas bien la Bièvre, ni son environnement au Moyen-Age, mais je sais qu’il y a eu après l’installation du teinturier ancêtre de la famille au XVè siècle un « Moulin des Gobelins » sur cette rivière. Il fit construire la future « Folie-Gobelin » dont je parlerai bientôt dans un autre billet. Je découvre ce soir cette page où on parle du cours furieux et des débordements de la Bièvre au XVIè siècle en particulier
    http://www.paris-pittoresque.com/monuments/32.htm

    Mais je suis d’accord: les castors avaient dû quitter le coin depuis quelque temps déjà…

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  7. Bonjour,

    concernant « Roquebillière (Alpes-Maritimes) est une ancienne roca apicularia, un « rocher caractérisé par la présence d’abeilles ».Un “rocher” qui s’est abattu pour partie sur le village en 1926 lors d’un glissement de terrain resté dans les mémoires… »

    Il me semble que  » le rocher aux abeilles  » n’est pas celui-ci ! Il se trouve de l’autre coté de la rivière. Pour plus d’informations :
    http://www.roquebilliere.com

    Bonne journée

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  8. Le rocher aux abeilles se trouve de l’autre coté de la rivière en face du vieux Roquebillière.

    Les Roquebilliérois se prénomment « Les Meous » .. les mielleux…

    Bonne journée.

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  9. à propos de Fourmies
    http://www.afmd.asso.fr/Une-fourmi-de-dix-huit-metres.html
    http://desnos.1944.1945.over-blog.com/temoignage-jacques-f
    Il y a un double sens très clair par exemple sur « la Fourmi ». Je ne sais pas si vous connaissez « la Fourmi »… « La Fourmi » est un poème de résistance.
    Si vous voulez je peux vous dire que « Fourmies » est une ville du nord de la France, avec des usines métallurgiques où on fabriquait des locomotives. Ces locomotives étaient connues dans le milieu des chemins de fer, on les appelait des « Fourmies ». Et quand Desnos parle de la « fourmi de dix-huit mètres de long », il se trouve que la locomotive et son wagon de charbon font dix-huit mètres de long. Quand il parle de tous ces gens qui sont dans le train et qui parlent français, javanais et toutes les autres langues, il est aujourd’hui évident que ces gens sont tous les étrangers, tous les juifs, qu’on emmenait dans ces wagons. Il y a d’autres exemples qu’on peut retrouver dans les « Chantefleurs Chantefables ».

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