Ç’a eu payé !

Travailler la terre n’a pas toujours été payé de retour. Tout le monde ne pouvait pas avoir les meilleures terres et quelquefois ce travail de tous les jours, ce travail de forçat, ne suffisait pas à nourrir sa famille.

Cette misère se retrouve dans certains noms donnés à des hameaux, des lieux-dits et qui subsistent encore de nos jours. Certains de ces noms peuvent sembler pittoresques aujourd’hui, mais indiquent bien quel courage devait animer ceux qui s’affranchissaient de toute autorité (féodale le plus souvent) pour s’en aller cultiver des terres pauvres, les seules qu’ils pouvaient acquérir.

Le sol pouvait être si dur à travailler qu’on s’y cassait les dents, comme à Balledent en Haute-Vienne ( de bala dent, «agite la dent »). On pouvait y être réduit à battre ses paumes, non pour applaudir mais en signe de désespoir, comme à Bapaume (Pas-de-Calais) : Batpalmas en 1142, « bat (tes) paumes ». On y criait famine comme à Saint-Priest-Bramefant (Puy-de-Dôme) où le deuxième élément représente bramo fam, « crie la faim ». Bréviandes (Aube) porte un nom signifiant « brève viande », c’est-à-dire « maigre pitance », car le mot « viande » signifiait auparavant « nourriture » et n’a pris son sens actuel de chair d’animal qu’au XIVè xiècle. Ces endroits-là étaient de véritables Crèvecoeur (Calvados, Seine-et-Marne, Oise, etc. et une centaine de hameaux dans toute la France), comme dans les Landes à Mauco (malum cor, «mauvais coeur »).

Le nom de Grattepanche (Somme) vient de «gratter » et « panse »et décrivait un terrain si pauvre qu’il ne restait qu’à se brosser la ventre — c’est-à-dire se passer de manger. Le nom de Mallemoisson (Alpes-de-Haute-Provence) s’explique aisément, tandis que dans le même département Malijai doit le sien au provençal mal i jai ,« on y couche mal » décrivant un lieu inhospitalier, un terrain pauvre ou peut-être une ancienne auberge. Quant à La Goulafrière (Eure, Orne), il s’agit d’une formation ironique sur l’ancien français goulafrer, « dévorer », sans doute pour décrire une terre qui engloutisait les revenus.

On peut rajouter à cette liste quelques La Folie: ce mot a pu en effet désigner une terre ingrate où il aurait été fou de cultiver comme à Follepeine ou Follemprise en Seine-Maritime. C’est aussi le cas en Eure-et-Loir, par exemple à La Folie- Herbault ( commune de Fains-la-Folie) déjà nommée Stultitiae Herebaldi en 1123 ou de La Folie (commune de Maintenon) appelée Locus Stultitiae en 1080 (latin stultitia : déraison, sottise, folie).

P.S.: pour ceux qui auraient un doute sur l’orthogarphe du titre de cet article, je propose un coup d’œil sur cette page.

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6 commentaires sur “Ç’a eu payé !

  1. Bon… On peut dire que je viens de commettre un joli « spoiler » de votre futur billet, vu le nombre de noms de moulins qui sont cités dans le fil. Je signale que Jean Tosti tient le site de référence en matière d’onomastique (c’est un pilier des forums généalogiques).
    http://jeantosti.com/noms/

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  2. J’ai vu le jour dans un hameau dénommé Ronzon, c’est-à-dire lieu plein de ronces, ce qui ne laisse pas présager d’une bien grande prospérité.

    > Dominique
    Aah… Houte-si-Ploût ! je m’en souviens comme si c’était hier !

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  3. J’ai habité quelque temps dans un ancien moulin près de Pont-Scorff (Morbihan). Et c’est vrai que j’ai eu du mal à m’endormir pendant plusieurs jours, tant j’avais l’impression qu’il pleuvait à verse… On devrait plutôt appeler ce genre d’endroits : « Entends tomber les hallebardes « .

    Par ailleurs, la locution écoute-s’il-pleut me rappelle une charade très capillotractée* de LSP (20 septembre 2009), où elle était employée dans le sens de « personne peureuse ».

    * selon l’expression favorite de Jacques C.

    Pour en revenir aux terres qui ne nourrissent pas leur homme – ni leur femme -, j’évoquerai le quartier dit « de Malissol » à Vienne (dans l’Isère).

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  4. On peut ajouter à la liste des toponymes trahissant une terre bien ingrate, le nom de « Tout-y-faud » (autrement dit, tout lui manque), un lieudit de la commune du Beugnon, dans Les Deux-Sèvres.

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