Ben, mon colon!

Mardi 18 mai se tiendra à Nouméa un séminaire du Comité spécial de décolonisation de l’ONU: on y débattra pendant une semaine de l’avenir de cinq territoires non autonomes du Pacifique ( Guam, Pitcairn, les Samoa américaines, Tokélau et la Nouvelle-Calédonie).

Guam ( Guàhan, en langue chamorro) est la plus grande des îles Mariannes et une possession des États Unis d’Amérique depuis 1898. Découverte le 6 mars 1621 après un voyage éprouvant par le portugais Magellan, elle fut colonisée par les Espagnols à la fin du XVIIè siècle qui ont gardé son nom indigène, dont on ne connaît pas avec certitude la signification. On a avancé qu’il pourrait signifier « c’est notre propriété, c’est à nous ».

Pitcairn (Pitcairn Island) est une île britannique découverte en 1767 par le capitaine anglais Philip Carteret qui lui donna le nom de l’aspirant Robert Pitcairn, le premier à apercevoir l’île de son poste de vigie. Ce dernier fut perdu en mer trois ans plus tard. Son nom de famille vient d’une petite ville écossaise du comté de Perth et signifie en gaélique « le domaine (pit) du tas de pierre (cairn)». On rappellera que c’est sur cette île que les célèbre mutins du Bounty furent cantonnés en 1790 avec leurs femmes tahitiennes.

Les Samoa américaines constituent un territoire non organisé des États Unis d’Amérique issu de la partition de l’archipel des Samoa en 1899 (l’autre partie revenant à l’Allemagne puis, en 1920, à la Nouvelle-Zélande, avant d’accéder à l’indépendance en 1962). L’archipel fut découvert en 1722 par le navigateur hollandais Jacob Roggeven, qui lui donna le nom de Boumans Eilander en hommage au capitaine Cornelis Boumans commandant un des bateaux et qui fut le premier à voir une de ses îles. Ce nom fut accepté et étendu officiellement à tout l’archipel jusqu’à ce que Louis Antoine de Bougainville redécouvrit ces îles et les appela Isles des Navigateurs parce qu’à son arrivée il fut accueilli par de nombreux petits bateaux expertement menés par des indigènes. C’est finalement le nom autochtone qui l’a emporté, mais on n’en connaît pas l’origine. On a dit qu’il pouvait s’agir du nom d’un grand chef d’envahisseurs tongiens, mais aucune preuve n’en a été apportée. Un rapprochemnt avec le nom maori du moa, un très grand oiseau incapable de voler aujourd’hui disparu, a été fait sur la base de toponymes néo-zélandais hybrides anglo-maoris comme Moa Flat, Moa Creek ou Moa Point, où on a trouvé des fossiles attestant de la présence ancienne des moas. Mais, même en admettant cette explication de moa, on n’explique pas la première partie du composé Samoa.

tokelauTokelau : formant un ensemble de trois atolls sous protectorat britannique en 1877 après un désastreux épisode péruvien, ces îles passèrent sous administration néo-zélandaise en 1925 avant d’être intégrées à la Nouvelle-Zélande en 1949. Une large autonomie leur a été accordée depuis trois décennies. Tokelau est un nom indigène signifiant « vent du nord ». Ce nom est devenu officiel en 1976, après simplification du nom Tokelau Island qui avait été choisi en 1946. Auparavant, ces îles étaient appelées Union Islands.

La Nouvelle-Calédonie est une possession française depuis l’installation de frères maristes en 1843, possession officiellement proclamée dix ans plus tard. L’île avait été découverte en 1774 par le capitaine anglais James Cook qui s’y arrêta quelques jours et eut des contacts plutôt froids et distants avec les indigènes, ancêtres des Kanaks (ce nom vient de l’hawaïen kanaka, « homme »). C’est lui qui proposa, dans son rapport, de baptiser cette île the New Caledonia. Pour comprendre cette appellation, nous devons remonter jusqu’à l’Antiquité. Au nord de la province romaine de Britania se trouvait une région montagneuse — l’Écosse actuelle — que les Romains appelaient Caledonia. Les habitants de cette région réputés sauvages et grossiers furent contenus par les Romains au-delà d’une frontière fortement militarisée (le futur mur d’Hadrien). Cette mauvaise réputation leur venait des Celtes brittoniques qui, même sous le régime romain, gardèrent leur langue et leurs coutumes. Ils appelaient leurs voisins du nord du terme celtique caled « rude, grossier, sauvage ». Ce mot a été repris par les Romains qui l’accompagnèrent d’un suffixe péjoratif -on (qu’on retrouve par exemple dans Vasco « basque » donnant gascon) pour en faire l’ethnique Caledo (pluriel Caledones). La mauvaise réputation de ce peuple a survécu dans l’histoire de la Grande-Bretagne et c’est avec un humour tout britannique que James Cook a appelé New Caledonia l’île où il fut si mal accueilli.

1f8ed-nouvellecaledonietardySa capitale, Nouméa, fut fondée en 1854 et baptisée Fort-de-France par le capitaine de vaisseau Louis François Tardy de Montravel lorsqu’il prit possession de l’île au nom de la France. Mais ce nom ne l’a pas emporté sur le nom indigène de Ndumbea qui désignait un fleuve et la région de son embouchure, devenu officiel sous la forme francisée Nouméa depuis 1866, tandis qu’une commune voisine s’appelait Dumbéa.

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Un commentaire sur “Ben, mon colon!

  1. « en 1920, à la Nouvelle-Zélande »
    histoire de mettre en perspective les dates, on peut peut-être rappeler que l’anthropologue Margaret Mead rencontre en 1925 un neo-zelandais Reo Fortune qu’elle épouse et avec lequel elle s’installe aux Samoa à la suggestion de Franz Boas.
    En 1928 elle publie Coming of Age in Samoa , qui est un best- seller de la littérature anthropologique .

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