La Folie de Chartres et les Tivoli

J’en termine avec mon exploaration des Folies parisiennes avec ces parcs de loisirs que la Folie-Rambouillet, vue dans le précédent billet , préfigurait.

Le village de Monceaux ( anciennement Montchauf, du latin mons calvus, « mont chauve») était au début du XIVè siècle une bourgade champêtre. En 1778, Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres puis d’Orléans, qui allait devenir Philippe Égalité, acheta là une grande étendue de terrain nu et aride qu’il fit transformer en un magnifique parc à l’anglaise qu’on appela bientôt la Folie de Chartres. Le parc Monceau actuel n’en représente que moins de la moitié, dans laquelle subsistent la rivière, un petit bois, un massif de rochers avec grotte, quelques tombeaux d’origine inconnue,  un grand bassin ovale, la « Naumachie », et une rotonde à colonnade, dite pavillon de Chartres. Acquise en 1852 par la ville de Paris, la Folie de Chartres a été lotie sur plus de la moitié de sa surface, le restant, remanié en 1861 par Alphand devenant le parc Monceau. La Folie de Chartres eut en son temps un immense succès et devint un lieu de promenade très prisé, annonçant en cela les futurs parcs d’attraction.

vue de TivoliEn 1766, un des fils du riche financier Boutin fit édifier entre l’actuelle rue Saint-Lazare et la rue de Clichy plusieurs pavillons qui se partageaient un grand parc avec rochers, ruines et boulingrin. Ces jardins étaient ouverts au public les jeudis, dimanches et jours de fêtes et furent bientôt connus sous le nom de Folie-Boutin. En 1783, on y fit construire une salle de pantomimes qui connut beaucoup de succès. Le fils Boutin fut décapité sous la Terreur, sa Folie confisquée et transformée en parc d’agrément. Ce fut le premier Tivoli, que dirigea Gérard Desrivières, député à la Convention. Ruggieri, qui gérait déjà la Folie-Beaujon, y organisa de nombreuses fêtes. Les Muscadins, les Incroyables et les Merveilleuses le mirent à la mode : plus de dix mille promeneurs venaient y passer le dimanche! Si le Directoire restitua la propriété aux héritiers du financier, ceux-ci continuèrent à l’exploiter comme parc d’attraction, qui ne ferma ses portes qu’en 1810. Le nom de Tivoli donné à ce parc et aux deux suivants rappelle la Tivoli italienne *, lieu de villégiature déjà apprécié des Romains dans l’Antiquité. Au XVIè siècle, de riches personnes y firent construire des villas et des parcs d’agrément dont la réputation dépassa les frontières et fit que ce nom fut adopté pour désigner des lieux de plaisance.

C’est entre les numéros 16 et 38 de l’actuelle rue de Clichy que le maréchal duc de Richelieu fit construire en 1730, pour son plaisir personnel, une folie qu’il conserva jusqu’en 1765, où il préféra sa résidence de Hanovre (rue Louis-le-Grand). Les jardins s’étendaient jusqu’à la rue Blanche et l’un des pavillons accueillit des réunions assez osées, comme ces célèbres repas en tenue adamique. Louis XV et la Pompadour y vinrent soûper plus d’une fois. Après 1779, la Folie-Richelieu appartint à Claude Rigoley, baron d’Osny, ancien intendant des Postes puis à Caulaincourt. De 1811 à 1826, l’ancienne Folie-Richelieu devint le deuxième Tivoli, toujours dirigé par le même Ruggieri. Aussi merveilleux et célèbre que le premier, cet établissement disparut malgré tout en 1826, des rues furent tracées et le terrain loti : le casino de Paris en occupe une partie.

Toujours rue de Clichy, au numéro 88, Mathieu Le Charpentier fit construire en 1760 une folie pour le fermier général de La Bouëxière. Il s’agissait d’un véritable Petit Trianon, avec ses jardins, son parc, ses charmilles, qui porta le nom de Folie-Bouëxière avant de devenir, en 1826, le Nouveau Tivoli, troisième du nom, que dirigea le physicien anglais Robert, dit Robertson. Importé d’Angleterre, le tir aux pigeons en fit la renommée : on en tua en dix ans près de 300 000! Il fut finalement, comme les autres, loti après 1841. Le square Berlioz (ex square de Saint-Hélène) est situé à l’emplacement d’une ancienne pièce d’eau  et ses arbres ont appartenu à l’ancien Tivoli.

Pour finir, il est impossible d’éviter de parler de ces salles de spectacles que la mode, après 1830, fit appeler du nom de Folie suivi de celui du quartier ou de la rue où elles se trouvaient. On connut ainsi la Folie-Marigny (1848), la Folie-Saint-Antoine (1865) mais aussi les Folies-Dramatiques (1830) ou les Nouvelles-Folies (1852). M. Boislève voulut ainsi appeler en 1869 sa salle, située rue de Trévise, la Folie-Trévise. Mais le duc s’y opposa, craignant pour la réputation de son nom. Échaudé, M. Boislève renonça ensuite à appeler sa salle du nom de Richer ou Geoffroy-Marie, deux autres rues qui menaient à sa salle mais qui portaient elles aussi des noms de famille, et se résolut à adopter le nom d’une rue adjacente, qui ne risquait de blesser personne : ce fut donc la naissance, le 13 septembre 1872, des Folies-Bergère qui subsistent encore aujourd’hui.

* Le nom de Tivoli mérite à lui seul un article complet. Peut-être un jour …

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3 commentaires sur “La Folie de Chartres et les Tivoli

  1. À Mulhouse, où j’ai vécu trente ans et où je reviens régulièrement se trouve un square du Tivoli dont j’ai donné quelques photos dans le Petit Champignacien du dimanche. Le lien est en signature. L’endroit est minuscule à présent et considérablement dégradé par la circulation automobile. Mais il a été à la mode au XIXe s. comme bien des parcs portant ce nom un peu partout en Europe.

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  2. Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant sur la Folie de Chartres et les Tivolis.
    Je fais une thèse en Histoire Economique, et traite actuellement de la Société de Consommation à Paris, au XVIIIe siècle.
    Je serais très content de pouvoir entrer en contact avec l’auteur de l’article.

    Cordialement
    NH TRUNG

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