Quand les gens du voyage s’arrêtent (Deuxième partie).

bohémiens achille zo

Bohémiens. Halte du soir- Achille Zo 1826 – 1901

Ayant traversé l’Europe d’Est en Ouest, les Tsiganes sont arrivés en Espagne, et plus particulièrement en Andalousie, au cours du XVè siècle. Pensant qu’ils arrivaient d’Égypte, les Espagnols leur ont donné le nom d’Egyptiens, nom qui s’est transformé en Gitanos et Gitans en français. Bien implantés notamment en Andalousie ces Gitans ont fortement marqué de leur culture leur pays d’adoption : on connaît le quartier Sacromonte de Grenade, et la musique flamenco pour ne citer que ces exemples. Libres pendant l’occupation musulmane, ils ont vu leur situation se détériorer après la reconquête chrétienne dès 1492. Une douzaine de lois fut promulguée entre 1499 et 1783 pour interdire leur langue et leur culture et forcer leur assimilation. Pour finir, en 1749, Ferdinand VI ordonna la Grande Rafle des Gitans. Au cours des deux siècles précédents, de nombreux Gitans, persécutés, tentèrent de s’enfuir et d’émigrer vers la France (où ils n’eurent guère plus de chance, puisqu’en 1682 la Déclaration contre les Bohèmes condamna tous les hommes aux galères à perpétuité sans procès, les femmes à être rasées et leurs enfants à être enfermés dans des hospices).

La plupart de ces Gitans, venus d’Andalousie, passèrent en France après avoir traversé toute l’Espagne et arrivèrent donc au Pays-Basque. On appela alors leurs campements, leurs établissements, d’un nom censé être représentatif de leur origine : Gibraltar. Ils n’eurent malgré tout pas beaucoup plus de chance au Pays-Basque : c’est ainsi par exemple qu’en 1802 cinq cents d’entre eux furent raflés, avec femmes et enfants, et déportés en Louisiane.

Néanmoins leur passage en Pays Basque a fait qu’on trouve des micro-toponymes Gibraltar ou Xibaltarre qui ne signalent ni un promontoire ni un rocher ressemblant au rocher andalou, comme le Petit-Gibraltar de Toulon par exemple, mais qui indiquent d’anciens campements gitans (ou bohémiens, les buhamiaks).

C’est ainsi qu’à Saint- Palais (Pyr.-Atl.) on trouve un quartier Gibraltar et une stèle de Gibraltar qui marque un carrefour sur le chemin de Compostelle et le lieu d’un ancien campement nomade. L’étymologie qui a été proposée se référant à une déformation de Saint-Sauveur ( Salvatore aurait évolué en *Xiberta) est phonétiquement peu crédible et n’explique pas la disparition, paradoxale sur le chemin de Compostelle, de « saint » dans le nom actuel du quartier.

Non loin d’Anglet (Pyr.- Atl.), on trouve un lac et une forêt de Gibraltar (Chiberta en basque ), dont un golf a aujourd’hui repris le nom. Hector Iglesias a montré que le nom Chiberta, attesté dans des documents notariés du XVIIè siècle, est bien issu de Gibraltar (*Xibaltar > *Xibarta > Xiberta = Chiberta). Je ne suis  pas convaincu que ce nom soit en rapport avec une dune de sable que la mer aurait emportée en 1762 ; en revanche, l’endroit, fréquemment inondable et à l’écart du village, semble idéal pour un campement de nomades.

J’ai recensé une douzaine de lieux-dits, hameaux ou quartiers portant le nom de Gibraltar répartis au hasard sur le territoire français. Si une partie d’entre eux sont de simples références au territoire britannique, d’autres désignent des reliefs rappelant le rocher méditerranéen comme à Chauvigny ( Vienne) ou Saint-Michel-Chef-Chef (Loire-Atl.). Pour certains d’entre eux, comme le Bois de Gibraltar à Vic-la-Gardiole (Hérault) ou le hameau Gibraltar de La Trétoire (Seine-et-Marne), je n’ai trouvé aucune explication : ce pourraient être d’anciens campements gitans.

Enfin, il convient de noter la Plaine de Gibraltar à Champs-sur-Marne ( Seine-et-Marne) qui, même si je n’ai pas trouvé d’explication au pourquoi de son nom, accueille aujourd’hui… un campement de gens du voyage.

2 commentaires sur “Quand les gens du voyage s’arrêtent (Deuxième partie).

  1. ces exemples.Libres pendant l’occupation musulmane , ils ont vu leur situation après la reconquête chrétienne dès 1492.

    Un p’tit coup de fatigue ?

    *** Merci! c’est rectifié ! ——— Leveto ***

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  2. Il y a peu, sur le blog de Didier Goux:

    Suzanne a dit:
    C’est un peu bizarre, ce Rr de Rrom.
    Je viens de jeter un coup d’oeil dans l’excellent livre de Malherbe « Langages de l’humanité ». Il n’y fait pas mention du rr, et les sources qu’il donne, Parlons tsigane, de Vania D.K, correspondent à celles de l’article de Wikipedia, sur le titre « romani » (et non pas rromani) qui dit « Il existe depuis les années 1930 une littérature romani. Écrite originellement en caractères cyrilliques, elle utilise aujourd’hui l’alphabet latin. Dans la transcription normalisée, r et rr ne notent pas le même phonème. Rromani est donc une graphie scientifique, préférable, au moins dans les ouvrages didactiques, à romani. » Moyennant quoi les deux graphies cohabitent et se clinqueballent.
    Je vois Rromani et Rroms employés par ceux qui en parlent avec des ethnosanglots dans le ton. Disent-ils aussi et écriront-ils bientôt les afwicains pour respecter l’ethnoprononciation correcte ?
    5 septembre 2010 12:27

    Didier Goux a dit…
    C’est de l’affectation grotesque, rien de plus, à mon sens.
    5 septembre 2010 12:27

    Suzanne a dit…
    (mais où est donc passé le petit Champignacien ?)
    5 septembre 2010 12:40

    Didier Goux a dit…
    C’est vrai, ça : il est où le Champignacien ?
    5 septembre 2010 13:54

    ***

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