Topofab

Texarkana-696x361J’en finis avec mon tour d’horizon des toponymes fabriqués entamé ici et continué ,  et , en retournant en Amérique du Nord avec deux villes mitoyennes à cheval sur la frontière entre Mexique et Etats-Unis. Côté mexicain, la ville s’appelle Mexicali tandis que côté américain, on trouve Calexico. Les deux noms sont formés à partir des syllabes de Mexico et de California. Dans le même ordre d’idée, la ville de Texarkana, fondée en 1874 et coupée en deux par la frontière entre le Texas et l’Arkansas non loin de la Louisiane, doit son nom au mélange de celui des trois États: Texas, Arkansas et Louisiana. Je rappellerai ici pour l’anexdote le nom proposé par l’écrivain anglais Samuel Butler (1835-1902) pour remplacer celui des États Unis d’Amérique ou USA que les autres habitants du continent peuvent trouver arrogant : il a proposé l’acronyme Usona (United States Of  North America). Seul l’esperanto l’a adopté sous la forme Usono, et Usonano pour l’habitant.

Plus au Sud, dans l’état brésilien du Pernambouc, une ville a été nommée Petrolina. Aucun gisement de pétrole dans la région, pourtant. La ville fut créée en 1840 sur la rive gauche de la rivière Sao Francisco en face de Juàzeiro et s’est d’abord appelée Passagem de Juàzeiro, « passage vers Juàzeiro». C’est en 1862 qu’elle a été renommée en l’honneur de Dom Pedro I (1798-1834), premier empereur du Brésil, et de sa femme, Dona Maria Leopoldina (1797-1826), fille de Francis II, empereur d’Autriche. En combinant leurs noms on créa Petrolina, sur le modèle de Cristalina (état de Goïas) qui doit son nom à l’abondance du cristal de roche dans son sous-sol.

Plus au Nord, cette fois, on peut rappeler les noms auxquels le Canada a échappé lorsqu’il fut question de baptiser la nouvelle confédération en 1867. On proposa entre autres noms Efisga ( acronyme de England, France, Ireland, Scotland, Germany  and  Aborigenal lands) et Tuponia ( The United Provinces Of North America, le i étant là pour rappeler le suffixe géographique -ia habituel).

Enfin, de l’autre côté de l’Atlantique, en Afrique cette fois, on peut rappeler que l’exemple de la Tanzanie n’est pas le seul du genre : entre 1982 et 1989 on connut une éphémère confédération du Sénégal et de la Gambie qui s’est appelée Sénégambie, reprenant un nom déjà utilisé au XIXè siècle pour la région. Toujours en Afrique, mais au Sud cette fois, on peut relever le nom de Soweto, la célèbre banlieue de Johannesbourg, dont le nom est l’acronyme de South-Western Township.

Pour ce qui est du Vieux Continent et de la France en particulier, je cherche, je cherche … J’ai trouvé quelques microtoponymes ( noms de rues, de cités, etc.) mais, pour l’instant, rien d’intéressant. Si vous avez des idées, je suis naturellement preneur!

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15 commentaires sur “Topofab

  1. Leveto,

    J’ai découvert, en lisant le dernier roman de Tristan Egolf * , Kornwolf, le nom surprenant de « Pennsyltucky ».
    Je pensais qu’il s’agissait d’une création de l’écrivain, mais ce terme n’est pas nouveau et il est employé, dans un sens péjoratif, pour désigner la zone rurale qui s’étend entre Pittsburgh et Philadelphie, en Pennsylvanie.

    C’est donc un nom fabriqué à partir de Pennsylvanie, bien sûr, mais aussi – plus curieusement – de Kentucky. Et ce, alors que cet État n’a aucune frontière commune avec la Pennsylvanie puisqu’il est situé bien plus au sud. Mais il est réputé pour sa… campagne profonde.

    * Auteur, hélas disparu, de l’excellent Seigneur des Porcheries. Kornwolf – bien qu’il traite du thème du loup-garou (ce qui peut surprendre), est assez saignant lui aussi.

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  2. Merci, Lucullus, pour ce Pennsyltucky que je ne connaissais pas.
    J’apprends dans l’article de wikipedia qu’une partie du film The deer hunter y a été tourné et — bien plus important — que le bateau de Popeye dans Baby Wants a Bottleship portait ce nom.

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  3. Un merveilleux pays, que la Pennsylvanie.

    Mais, une fois mis à part les rares loups-garous de champs de maïs, on y trouve surtout beaucoup de malades de la gâchette et d’adhérents à la NRA (le lobby des armes à feu).

    Voici ce qu’on en dit sur le ouèbe :

    « – Il est illégal pour la Pennsylvanie d’enregistrer le nom des gens achetant des armes [!!!].
    – En 98, cet État comptait plus d’un million de chasseurs licenciés pour 12 millions d’habitants, un record aux USA (pour ceux qui suivent, il n’est bien sûr pas du nécessaire d’être chasseur pour posséder une arme).
    – La Pennsylvanie est le second État accueillant le plus de foires aux armes par an.
    – A Philadelphie, en 2008, plus de 400 morts par armes à feu ont été dénombrées. »

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  4. Ah ben, tiens! Triste nouvelle. Au moment où nous parlons de la Pennsylvanie, j’apprends le décès du cinéaste Arthur Penn ( Alice’s Restaurant, Little Big Man,…).
    Je ne sais pas s’il y a un lien de famille, mais la Pennsylvanie doit son nom à un certain William Penn qui a obtenu cette terre en 1681 du roi Charles II d’Angleterre en règlement d’une dette due à son père.
    C’est le roi lui-même qui a insisté pour qu’on accole le nom de Penn
    au nom Sylvania que proposait plus modestement William Penn.

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  5. Sans rien à voir, l’acronyme Efisga me rappelle deux nouveaux qui ont été crées pour regrouper, suivant la mode, quelques pays. Ainsi : BRIC pour les émergents et le péjoratif PIGS ; même, parfois, il y a quelqu’un qui ajoute un I à ce « troupeau ».

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  6. À propos de Philadelphia, me revient un autre « topofab », celui d’Arkadelphia.
    D’abord appelée Blakelytown ( du nom d’un pionnier), cette ville a été renommée Arkadelphia en 1838, combinaison du nom de l’État, Arkansas, et du grec adelphos , «frère ».

    Ce qui m’amène à dire que Philadelphia (« amour du frère ») est aussi le titre d’un film de Jonathan Demme traitant du sida et de l’homosexualité.

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  7. « J’en finis avec mon tour d’horizon des toponymes fabriqués……..Pour ce qui est de la France en particulier, je cherche, je cherche …. Si vous avez des idées, je suis naturellement preneur! »
    ___________________________

    Je vous offre celle-ci : un toponyme fameux, qui n’a eu d’existence que vers la fin du XIX° siècle.
    Qui est devenu ensuite une commune, administrativement parlant.
    Son premier recensement date de 1921 avec déjà 2.500 âmes, une population qui a plus que doublé aujourd’hui.

    Je vous propose donc : Le Touquet-Paris-Plage

    Son nom sonne toujours à mon oreille comme une incongruité charmante et me rappelle Alphonse Allais qui disait en 1905, en visionnaire et à propos de son vaste programme d’urbanisme :

     » … un littoral véritablement marin, admirablement aménagé pour donner l’illusion du vrai bord de la mer. Coquillages de mer, flore de mer, galets de mer, sable de mer, rien ne sera oublié (…) Surtout qu’on ne confonde pas notre proposition avec l’idée de Paris-Port-de-Mer. Ce serait plutôt Paris-Plage qu’on devrait dire si ce titre n’était déjà accaparé par je ne sais pas quel trou pas cher du Nord… »

    _____________________________

    Voici son historique :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Touquet-Paris-Plage

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  8. Leveto,

    Pour vous soulager dans votre quête de «toponymes fabriqués pour l’occasion» (et aussi pour me faire plaisir), je vous en propose un autre… Après le Touquet-Paris-Plage.

    Mais est-ce vraiment un toponyme*? Sans doute pas, mais qu’importe, sa «fabrication» m’a toujours semblé plaisante. Depuis 1975**, l’année où me fut révélée l’origine du mot Dixieland .

    Voici, pour ce que j’en sais, les étapes de sa gestation :

    1. Napoléon a tant soucis avec ses ambitions européennes qu’il ne peut avoir la tête partout. Il décide alors de se débarrasser du problème de la Louisiane et cède à vil prix ces territoires immenses, accessoirement marécageux et pétrolifères, aux Américains de l’époque.

    2. Il a fallu alors, pour ces gens francophones de l’extrême sud de l’immense Louisiane, vivre et commercer avec une nouvelle monnaie : le dollar américain.

    3. Comme l’inertie et la réticence du Français face aux langues étrangères étaient déjà notoires et très affirmées, une période d’adaptation fut accordée, durant laquelle ont été émis des billets pédagogiques de 10 dollars.
    Sur l’une des faces, on y trouvait écrit Ten dollars et sur l’autre, Dix dollars.

    4. L’Américain, dans sa naïveté d’alors, celle qu’il a su conserver, faisait sonner le x de «dix» ainsi qu’il avait coutume de le faire avec «six»… Et se laissait même aller à une familiarité inconvenante en affublant cette coupure d’un sobriquet désobligeant : «dixie»… Et celui qui était «full of dixies» était plein aux as.

    5. L’usage populaire désigna donc ainsi cette nouvelle acquisition territoriale : «Dixieland», le pays où le billet de «ten» dollars en valait «dikss»… La Nouvelle Orléans et le sud de la Louisiane actuelle, bien sûr, puis globalement l’ensemble des états confédérés… (Durant la guerre de Sécession, Dixie et Dixieland étaient des symboles de ralliement.)
    _____________________

    * Si un « toponyme » se limite à une désignation officielle, alors «Dixieland» n’en est pas un. Pas plus que les ECA (= Etats confédérés d’Amérique) qui n’ont, je crois, jamais connu de reconnaissance internationale officielle. Tandis que leur existence historique n’est pas niable malgré sa brièveté.

    ** En consultant Wikipedia, j’apprends maintenant -35 ans après !- que d’autres explications coexistent… Mais elles sont bien moins rigolotes et je décide donc de les dédaigner.
    ______________________

    Il est resté de ce Dixieland bien des traces dans la chanson populaire américaine et aussi dans la musique.
    Ainsi, une formation de jazz mêlant un mini brass band avec une basse et une rythmique au banjo sera, selon les cas, une formation « New Orleans » (si les musiciens sont noirs) ou « Dixieland » (s’il sont blancs). Les Haricots rouges, par exemple, jouaient du « Dixieland » . C’est-à-dire, à peu de choses près, le même répertoire que Louis Armstrong tandis qu’il faisait du « New Orleans »… Mais j’avoue être vraiment peu sensible à ce distinguo.
    _____________

    En guise d’illustration et pour le plaisir des géographies immenses, une carte montrant la « Grande Louisiane » du XVIII° siècle, telle que négociée, dans la précipitation la plus déplorable, pour quelques misérables millions de dollars.

    http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amnord/louisiane-grande.htm

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  9. bonjour leveto, très contente de vous retrouver, après ce grand bug.
    Si vous le désirez, mais je ne sais, je peux vous donner quelques toponymes russes qui ne sont pas à piquer des vers, j’ai noté la fin en koï de mémoire, et des trucs à faire rêver le plus commun des pingouins.
    >Toiros à regarder votre vieille carte de la Louisiane, saute aux yeux une évidence : cet espace immense semble contenir le trajet des deux grands fleuves qui baignent tous ces états ; le Missouri prend sa source dans le nord-est du Wyoming et le Mississipi prend sa source dans le nord ouest du Minnesota.
    Après les deux descendent en biais (cela s’appelle une orientation méridienne, wiki le dit, comme le fauteuil ) : le Missouri se jette dans le Mississipi vers Saint Louis, dans son état éponyme ( ? ) et le Mississipi lui trace sa route jusqu’au golfe du Mexique où il se jette pas loin du fleuve Atchafalaya.
    Donc les terres étaient liées aux fleuves au XVIIIème. Vous êtes d’accord avec moi ? Ou c’est trop simple ?

    Toiros ce n’est pas vous qui aimez la météo marine autant que Dominique D. ?

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  10. ►Toiros: Le Touquet-Paris-Plage peut en effet se voir comme un toponyme fabriqué. Pour le Dixieland, je parlerai plutôt d’un surnom. Il y a en bien d’autres du même genre sur le continent nord américain, dont je parlerai peut-être un jour.
    ►Bonsoir, Rose.
    Je suis moi aussi bien content de pouvoir vous relire enfin !
    Pour ce qui est de la Louisiane, vous avez raison : le Mississippi et ses affluents sont à l’origine de l’exploration par les Français de ce territoire ( et de sa colonisation), notamment à partir du Nord.
    Des toponymes russes ? Pourquoi pas ? Bien que ne parlant pas cette langue, je suis assez bien équipé en dictionnaires et ouvrages de toutes sortes sur ce sujet pour m’y intéresser.

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  11. >leveto
    je cours je saute je vole et je reviens et à vous de jouer je vais tâcher de ne commettre aucune erreur orthographique. Chic.

    Kachine
    Vozdvijenskoïé
    Peterhof
    Karlsbad (ce doit être Charles le chauve )
    Iasnaïa-Poliana
    Pokrovskoïé

    in Anna Karénine

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  12. C’est quand même à inclure dans la série toponyme reconnus au Mexique où commence cette page qui peut s’en augmenter avec profit:
    voici la citation qui rend compte de l’histoire
    « The characters collectively go by the name Antenas because they all have antennas and come from Antenopolis (Borbolla’s original character also goes by the name Antenas.) »
    et le lien où on peut retrouver comment cette invention est partagée
    http://opinionator.blogs.nytimes.com/2010/11/22/a-safe-haven-in-cartoon-confidantes/?nl=opinion&emc=tya1

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