Merle s’en va-t-en guerre

Parcourant naguère les gorges de l’Ardèche, je me suis attardé aux alentours d’un village qui fut autrefois célèbre pour abriter en son château un héros des guerres de religion. Ma curiosité ayant été piquée, j’ai fait quelques recherches et je vous propose aujourd’hui de suivre la courte vie de ce chef de guerre huguenot né en 1548 à Uzès (Gard, Ucetia  en 506, du pré-celtique uc-, « hauteur ») et mort en janvier 1584 au château de Salavas : ce sera le prétexte à quelques découvertes toponymiques. Ce chef de guerre s’appelait Mathieu Merle.

Ses exploits commencèrent par l’occupation en 1569 de la forteresse de Grèzes (Gresas au Xè siècle, «friche » en provençal) en Lozère. Il y resta sept ans. Ce village a la particularité d’être bâti au flanc d’un truc (nom local d’une montagne arrondie) sur lequel se trouvait la forteresse.

En 1573 il s’empare de Malzieu (Lozère, du nom d’homme latin Maletius, suffixe -ivum) pour venger, à la demande de la veuve, le massacre lors de la Saint-Barthélémy du seigneur local ; il tue les treize prêtres de la ville et le curé de Rimeize, détruit l’église et rançonne ses habitants les plus riches. D’autres étymologies ont été proposées pour expliquer le nom de Malzieu, aucune n’étant aussi convaincante que le classique anthropo-toponyme Maletivum. Maletius, avec d’autres suffixes a fourni aussi Mauzac, Mozac, Mozé, Mouzay, etc.

En 1574 il s’empare d’Issoire (Iciodorensium au VIè siècle : du nom d’homme gaulois Icius et durum, forteresse) et l’année suivante d’Ambert (Amberitus : du galois ambe, « rivière », et ritos, « gué »). On connaît Issoire et Ambert, villes du Puy-de-Dôme immortalisées par les bouts-rimés récités par les Copains de Jules Romains, comme celui-ci:

C’est vous, les villes ! Toi, Issoire,

Mangeant la plaine, comme un qui bouffe un camembert

Et puis c’est toi, Ambert,

Où des forgerons fous brandissent des passoires !

En 1578, Saint-Flour (Cantal, du nom latin Florus de l’apôtre de l’Auvergne au IVè siècle) lui résiste, mais en 1579 il s’empare enfin de la capitale du Gévaudan, Mende ( Memmatensis montis au VIè siècle, probablement pré-gaulois et de sens inconnu, sans doute un oronyme). Il profite pour cela de la messe de minuit du jour de Noël pour pénétrer dans la ville sans défense. Il la pillera, l’occupera plusieurs années et fondra ce qui était alors la plus grosse cloche du monde, la Non Pareille, pour en faire des couleuvrines. Il devint ainsi le maître du Gévaudan. Ce dernier est l’ancien pays de la tribu celte des « lanceurs de javelot », les Gabales, dont la capitale, Anderitum (du gaulois ande, « devant », et ritum, « le gué »), ayant pris le nom de ses habitants, s’appelle aujourd’hui Javols.

Un an plus tard, il attaque la collégiale de Bédouès (Lozère, du gaulois betu, « bouleau ») créée par Urbain V, dont il tue le chanoine. Il s’emparera aussi de la forteresse de Chanac ( Cannaco en 1109 du nom d’homme latin Caninus, suffixe -acum) qu’il gardera deux ans.

Enfin, en 1581, alors que les habitants de Mende étaient dans l’impossibilité de payer les 4000 écus de rançon demandés, il en détruit la cathédrale, dont il n’épargnera qu’un clocher attenant au palais épiscopal qu’il avait pris pour demeure.

salavas et lagorceOn dit que c’est grâce au fruit de ses exactions qu’ il acheta les terres ardéchoises de Lagorce (du gaulois gorcia, «haie, buisson épineux ») et le château de Salavas*, en Ardèche. Lors d’une absence prolongée due au siège de Montauban (du latin albanus, blanc), sa baronnie connut une révolte, son château fut pris et sa femme faite prisonnière. A son retour, il entreprit de reconquérir son fief, mais y mourut en janvier 1584 lors d’une bataille contre ses vassaux révoltés.

*Le nom de Salavas n’a pas d’étymologie certaine. Une légende raconte que des contrebandiers de sel, surpris par les gabelous, auraient versé leur marchandise dans une fontaine, la Font salada, « fontaine salée», donnant ainsi du sel lavé, du sal lavas .

9 commentaires sur “Merle s’en va-t-en guerre

  1. sur Issoire : pour la rue de la tombe Issoire à Paris , voici à quoi renvoie google: une histoire de géant :

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  2. Salavas :

    Votre fontaine ne manque pas de sel mais ne me convainc pas…ne peut-on pas penser au sel, bien sûr, mais au latin sal et avium, oiseaux ?

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  3. Arcadius, comme vous, l’étymologie populaire de Salavas ne me satisfait pas.
    Je ne vois pas bien non plus une origine d’après sal avium .

    En fait, la seule piste qui me semble assez sérieuse est le radical Sal , fréquent dans les noms de cours d’eau. On retrouve ce radical par exemple dans l’ancien nom Salera de la Sauldre et dans celui de Salbris ( Salebriva , « le pont ( celtique briva ) sur la Salera ». Ce radical est le même que celui du latin salire , « jaillir », que l’on retrouve dans le nom de Salives( Côte-d’Or) où jaillit la Tille.

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  4. surle radical Sal , fréquent dans les noms de cours d’eau.
    ajouteriez- vous Salernes (dans le haut Var) et aussi en Italie, célèbre pour son ensignement e la médecine à haute époque ?

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  5. ► xx :
    En ce qui concerne Salernes (Var) il s’agit sans doute d’une racine pré-celtique sal mais plutôt à valeur oronymique : pas de source jaillissante ici pas plus qu’à Salerm (H.-Gar.), et Salers (Cant.) de même étymologie.
    Salerne en Italie, que les Romains avaient appelée Salernum , est peut-être issu de la même racine, à moins que les Romains n’aient fait que latiniser le nom étrusque du village (la Campanie était aux mains des Étrusques entre les VIIIè et VIè siècles av. J.-C.). Mais rien dans le peu de textes étrusques qui nous sont parvenus ne permet de trouver une étymologie certaine à ce nom, sauf que la finale en -rn- est habituelle dans cette langue.

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