Canaries

canaries

Arrêtez de rêver! Les Canaries c’est maintenant comme ça …

Dans l’Antiquité, suivant en cela Hécatée de Milet et la première carte connue du Monde, c’est au-delà des colonnes d’Hercule qu’on situait  les confins du Monde et le séjour des Bienheureux comme  Achille, Médée, Pélée, Pénélope, … Rien ne dit pourtant qu’on faisait alors référence aux Canaries.
Il faut attendre l’expédition mise sur pied par Juba II de Mauritanie ( il s’agit de la Mauritania antique, correspondant au nord-ouest du Maghreb et non à la Mauritanie actuelle) en 40 avant J.-C. et surtout la relation qu’en fit Pline l’Ancien, pour voir décrit pour la première fois cet archipel. Pline qualifie ces îles de « Fortunées » (Fortunatae Insulae), nom qui sera repris en grec par Ptolémée sous la forme Makaron Nesos ( « îles des Bienheureux »), en référence au climat et à l’apparence d’îles paradisiaques qui leur valut aussi d’être appelées Champs Élysées, Paradis des Élus, etc. puisqu’elles semblaient tout à fait correspondre à cette partie des Enfers où séjournaient les Bienheureux cités plus haut.
C’est aussi dans ce récit de Pline l’Ancien que l’on voit apparaître pour la première fois le nom de Canaria, que l’on suppose issu  du latin canis, « chien » et suffixe habituel aria, «aire, région» : les explorateurs auraient ramené d’une de ces îles deux mâtins qui auraient  suffisamment impressionné la cour de Juba II pour qu’on donnât leur nom aux îles dont ils venaient. Cette étymologie est aujourd’hui contestée par certains qui relèvent que lorsque les Espagnols conquirent à leur tour l’archipel, ils n’y trouvèrent que des chiens de petite taille : c’est oublier un peu vite que mille cinq cents ans s’étaient écoulés et que  la vie insulaire a pu provoquer par sélection naturelle une diminution de taille… Cependant, on peut aussi  penser à une étymologie faisant appel à une espèce de canne amère, appelée en espagnol caña amarga, très répandue sur l’île et qui produisait un suc extrêmement toxique dont Juba II parle dans un traité. Une troisième hypothèse donne comme origine le nom Canarii de certaines tribus berbères de l’Atlas dont parle aussi Pline l’Ancien (Hist. Nat, V, 1). En langue berbère les Canaries s’appellent Tkanaren.
Tombées dans l’oubli au Moyen-Âge, ces îles furent redécouvertes à la fin  du XIIIè siècle par le génois Lanzarote Malocello, mais ce sont les Espagnols, au siècle suivant, qui utilisèrent le nom de Gran Canaria pour baptiser l’une des îles sur laquelle ils s’établirent. Mis au pluriel, Las Canarias servit ensuite à désigner l’archipel entier.

archipel_iles_canaries_002_carte-1024x543
L’archipel comprend treize îles et quelques rochers. En avant, toute !
D’est en ouest se répartissent sept îles principales bien connues :
■ Lanzarote,  qui doit son nom au navigateur Lanzarote Malocello, un Génois du XIIIè siècle qui en prit possession et y fit bâtir un château-fort. C’est ce que nous apprend  le portulan d’Angelino Dulcert (1339) qui mentionne une Insula de Lanzarotus Marocelus. Le château fut retrouvé abandonné en 1402 par le Normand Jean de Béthencourt qui parle d’« ung vieil chastel que Lancelot Maloisel avoit jadiz fait faire, celon ce que l’on dit ». L’île fut ainsi longtemps appelée en français Île de Lancelot Nous ne connaissons pas la signification de son nom indigène Titeroigatras .
■ Fuerteventura,  d’abord appelée Fortuite par les Français, sans qu’on n’en sache le pourquoi, elle fut baptisée « Bonne fortune » par les Espagnols. Distante de moins de cent kilomètres du continent africain, elle était sans doute connue des Berbères dès le premier millénaire avant J.C. : c’est ici que se seraient établis les premiers ancêtres des peuples que les Espagnols allaient exterminer. La signification de son nom guanche Erbania ne nous est pas connue. Entre Fuerteventura et Lanzarote se trouve un ilot nommé Isla de Lobos en référence aux phoques moines  (lobos marinos) qui l’habitaient avant leur extermination.
■ Ténérife est l’île la plus vaste et la plus peuplée de l’archipel. Dans l’Antiquité, on l’a vu, on situait le séjour des morts, les Enfers, au-delà des colonnes d’Hercule; reprenant ce mythe à leur compte, les navigateurs italiens qui  virent cette île au XVIè siècle la baptisèrent isola del Infierno, « île de l’Enfer ». Les Espagnols qui s’installèrent là à la même époque n’avaient pas cette réminiscence culturelle et empruntèrent le nom que les Guanches donnaient à leur île : on trouve ainsi  écrites les formes Tenerifz, Tenerfix, Tonerfix, Tenerfe

Tenerife -38-

Les neiges éternelles sur le Teide, Ténérife

Il s’agirait de « l’île ou montagne (tener) blanche (ife) », en référence aux neiges éternelles de son sommet le plus haut (Teide, 3 710m) qui avaient  déjà impressionné les premiers visiteurs puisque Pline l’Ancien parlait de l’île Nivaria, « neigeuse ». Une théorie récente fait de Tinerfe un héros légendaire qui aurait été roi de l’île avant la conquête espagnole; l’île se serait appelée Achinech ou Asensen, sans que le sens de ce nom soit connu.
■ Grande Canarie (Gran Canaria). Les Guanches appelaient cette île Tamaran, « l’île des forts, des vaillants »
■ La Gomera a la particularité d’avoir une des rares langues sifflées du Monde, le silbo. L’étymologie de son nom, attesté dès le XIIIè siècle, n’est pas certaine. On peut rappeler les trois hypothèses principales : il s’agirait d’un mot guanche, Ghomerah, signifiant tout simplement « île » ; il pourrait s’agir d’une référence à la goma, la « gomme, résine ou mastic » produite par le pistachier lentisque qui était alors abondant ; enfin, on a rattaché ce nom à celui d’un Espagnol, Gómez, sans plus de preuve de son existence. La Gomera est  la dernière terre que Christophe Colomb a quittée avant son premier voyage transatlantique.
■ La Palma doit son nom aux colons du XVè siècle qui y cultivaient des palmiers-dattiers. Son nom guanche Benahoave  signifierait « ma terre ». On a pu dire aussi que ce sont des navigateurs majorquins qui auraient baptisé ainsi cette île en hommage à leur capitale.
■ El Hierro a fait l’objet du précédent billet.
Au nord de Lanzarote se trouve un ensemble d’îles et d’îlets formant  l’archipel Chinijo (« petit », dans la langue locale) : on y trouve La Graciosa (« charmante »), Alegranza (« joyeuses »), Montaña Clara ( « montagne claire »), Roque del Este et Roque del Oeste( « Rocher de l’Est et de l’Ouest).

adobestock_100103727_0-1024x490

Bon, d’accord, les Canaries, c’est aussi ça …

Publicités

29 commentaires sur “Canaries

  1. >Leveto
    Merci de ce bon périple virtuel par cet archipel.
    Et un peu de côté, mais à propos de l’absence d’eau douce, je me suis souvenu qu’un de mes cousins m’avait dit qu’ils ne buvaient que du Coca Cola dans la caserne pendant son service militaire à Hoya Fría (Tenerife) en 1979.
    P.S. :
    Canaries a été ma première affectation mais grâce à mes reports d’appel j’ai finalement resté à Badajoz.

    J'aime

  2. Leveto, vous êtes sûr qu’elle a été prise aux Canaries, la dernière photo ? (Je n’imaginais pas que l’on pût avoir ce type de palmier aux îles Berbères. Cf. entre autres le manque d’eau évoqué par Jesús, lequel — tirage au flanc oblige 🙂 — ne pourra finalement pas nous dire s’il y a des cocotiers dans les îles des canaris.)

    J'aime

  3. >Siganus Sutor
    Le seul endroit d’Espagne où il y a des cocotiers est aux Canaries. À Badajoz, à cause d’une bizarre obsession de nos maires de tout poil depuis quelques ans, il y a plus de mille palmiers (dattiers, washingtonias, etc.) Seulement dans l’avenue que je vois dès mon balcon il y a 87 et même j’ai 2 chez moi par 2 dattes que j’ai plantées.

    J'aime

  4. Jesús m’a devancé: même si on voit plutôt des cactus et des palmiers-dattiers aux Canaries,il existe bien des cocotiers au moins sur l’île de Ténérife. J’ai en tout cas pu constater grâce à Google que les forumers qui débattent de ce sujet ne parviennent que rarement à se mettre d’accord!

    J'aime

  5. Jesús : il y a plus de mille palmiers

    Vous arrive-t-il de les manger de temps en temps ? Il s’agit d’un mets délicat. (Les cœurs de cocotier sont particulièrement délicieux.)

    Leveto, y aurait-il donc une polémique, ne serait-ce que sur internet, à propos de la présence ou de l’absence de cocotiers aux Canaries ?

    J'aime

  6. ►Siganus : les quelques forums que j’ai parcourus à la recherche d’infos sur la présence de cocotiers aux Canaries étaient en effet émaillés de remarques plus ou moins polies, ironiques ou moqueuses de ceux qui y croyaient comme de ceux qui n’y croyaient pas … Et puis Jesús est apparu.

    Pour ce qui est des cœurs de palmier, je confirme qu’il s’agit d’un excellent mets. J’ai appris à en manger et à les aimer au Brésil. J’en mange encore très régulièrement : ça fait une entrée vite préparée, une vinaigrette et hop! à table! On peut aussi faire une salade avec des avocats et des radis; citron vert, huile d’olive et une pointe de piment. Et rajouter de l’ananas si on veut respecter la recette brésilienne. Bon appétit.

    J'aime

  7. >leveto pour très peu de temps je n’en ai pas, de cette salade de palmiers (mais frais le goût est-il différent par rapport aux suranés en conserve, recuits ?), j’en ai l’eau à la bouche. Je mange de manière idoine les cœurs de bambous, qu’il faut tailler très régulièrement (au fond du jardin, là où on se protège de la vue du voisin) pour qu’ils soient tendres à souhait. Puis on les plonge dans l’eau salée, et on les fait cuire (là c’est délicat, ni trop, ni trop peu, faut faire gaffe) puis on épluche délicatement, (on peut mettre des gants) les quelques feuilles extérieures et avec juste huile d’olive et sel.
    Le top.
    Je vais remédier à cette lacune très rapidement.
    Sans trop de problème.
    Je vous en dirai des nouvelles.

    L’ananas, frais bien sûr.
    Le coca se sera à part avec un super hamburger dégoulinant de gras et avec le bacon qui déborde, quel délice.
    Sinon, ce soir j’ai acheté des feuilles de vigne turques, que j’ai commencé à manger sur le trottoir, attendant mon chauffeur, des feuilletés grec au fromage mou que nous mangerons quand j’aurai une poêle à disposition et d’énormes -énormes- cornichons russes en hommage à mon aimé, Romain Gary pour qui cela constitue un summum au niveau des mets délicieux.

    P.S : Jesus c’est du bidon ; je sors de Sous le soleil de Satan, je confirme. Le seul credo c’est le cul.

    J'aime

  8. Dites, Leveto, êtes-vous sûr que Médée siège parmi les bienheureux ?

    … Parce qu’elle a quand même cambriolé son Papa, zigouillé (et dépecé !) son frérot, empoisonné sa rivale et sacrifié ses enfants. Ca a fait jaser, à force, dirais-je…(ahaha).

    M’enfin même avec le sens moral antique, différent du nôtre, ça fait beaucoup pour une bienheureuse…

    J'aime

  9. ►Clopine Trouillefou :
    Je vous l’accorde : toutes les traditions ne font pas de Médée une Bienheureuse. Cependant, selon Homère, Médée, en tant que magicienne ( sorcière ?), était immortelle; Ibycus de Rhégium et Simonide de Céos en firent l’épouse d’Achille sur l’île des Bienheureux.

    J'aime

  10. La question de Siganus m’a fait chercher plus d’information pendant quelques heures et je n’ai trouvé que peu de liens où on parle des cocotiers aux Canaries ; comme Arcadius, et peut-être Leveto, j’ai trouvé information dans le forum « Infojardin », par ma propre expérience très fiable. Il semble que les cocotiers sont, à mon avis, surtout à Ténérife et par des raisons ornementales.
    J’ai écrit une question pour demander le nombre des cocotiers au lien de tourisme des Canaries avant-hier et, peut-être parce qu’il n’est pas le lieu approprié, je n’ai reçu aucune réponse. Certes, ce lien très mauvais (par exemple, il n’y a que trois lignes d’Histoire ; le billet de Leveto est un traité à son côté) dit même que Canaries est le lieu d’Europe (sic) avec le plus grand nombre d’heures de soleil !

    >Siganus
    Je n’en ai jamais mangé, il semble que malheureusement, mais si un jour…

    >Rose
    Pouvez-vous m’éclaircir que voulez-vous dire avec ce « Jesús c’est du bidon » ? Je suis consterné.

    J'aime

  11. Jesús , ne faites pas attention : rose est « pornobsédée ».
    En oubliant l’accent(mais que n’oublie pas rose ? d’ailleurs ses copains l’appellent 6roses,,,)elle « avance » que Jésus [ pas vous, l’autre] et tout ce qui s’ensuit, c’est du …jerrican.:lol:
    @Clopine : Pas mal du tout ! Jasons ensemble, ( Mieux que Max Brod !continuez, Clopine . Je vous suis à la trace)
    + Héraklès avait assassiné tous ses enfants. Et ne parlons pas d’Hécate [waf waf !].

    J'aime

  12. Cet après-midi j’ai reçu la réponse (frustrée) à ma question mais ils m’ont recommandé d’écrire au Gouvernement (Agriculture et Environnement) des Canaries ; maintenant je suis en train de faire cette « démarche ».
    >L’amer
    Merci l’amer. Au moins vous me rassurez.

    J'aime

  13. moi un jour j’ai écrit à l’association des amis de Thucydide pour avoir une réponse à une question concernant la guerre qui nous échauffait les oreilles sur LSP . Je n’ai jamais eu d eréponse. Il est vra

    J'aime

  14. de réponse. Il est vrai que je n’argue pas de ma fonction pour obtenir des réponses, moi. Auprès de qui que ce soit.

    Jesus la religion c’est vrai pour mater (au sens de les broyer) les filles un.
    Deux quand on est féministe, on n’est pas polygame.

    6 roses c’est vrai viennent de m’être offertes ce week-end ; trois saumon c’est ma couleur préférée et trois arlequin rouge striées de blanc. Les trois compliquées sont déjà flétries, les toutes simples s’ouvrent magnifiquement de jour en jour, en plein épanouissement.

    l’amer je peux vous parler de winona ryder : dans black swann, elle n’accepte pas de se faire coiffer au poteau (rose !) par nathalie portman qui, est , il est vrai, resplendissante. Donc cela se termine mal pour elle, mais mal aussi pour le cygne qui, à force de s’identifier à son rôle, reste sur le carreau.

    >sur votre accusation de pornobsédée je dois l’admettre, à mon grand désarroi :
    1/ la noix, l’amande, la noisette, le raisin sec, la figue sèche.
    2/ la pomme, la poire, le melon, le raisin, (l’orange à Marseille, le suce-miel à Allauch,…)
    3/ les rois : le nougat noir, le nougat blanc, la pompe à l’huile

    Bon, je me repens.
    Pour Sous le soleil de Satan j’ai raison, il meurt dans le confessionnal, en extase : si son credo eût été le cul, il aurait vécu plus longtemps, avec Jesus il a été raccourci, ou dessoudé si vous préférez.

    Néanmoins, avec votre cornobsédé, vous ne valez guère mieux que moi : l’épeautre, le petit, le millet, le bon grain et l’ivraie.

    Un partout, la balle au centre.

    J’aimerai bien en mai. Pour faire ce qu’il me plaît.

    Je pose les ultimatums, c’est comme cela qu’il faut procéder (j’ai pris des cours en accéléré, à Manhattan) : pas de polygamie, pas d’alcool.

    Bras, chocolats.

    C’est parce que les amis de Thucydide c’est tous des vieux très vieux et ils ne savent pas se servir d’un ordinateur, je les aime beaucoup les amis de Thucydide, ils ne lisent pas leur boîte mail.

    je suis hors sujet, pas catastrophée, non.
    >leveto, bonsoir, pardon.

    J'aime

  15. Leveto : Arrêtez de rêver! Les Canaries c’est maintenant comme ça…

    Revenant lire distraitement votre article sur les Canaries, je me suis retrouvé sur la plagepage que la Wikipédia consacre à ces îles, une page passablement mal écrite d’ailleurs. C’est ainsi que je suis tombé sur une photo mille fois plus atroce que celle que vous avez mise en haut de votre article. Ça s’appelle paraît-il “Playa de las Americas” : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Americas1.JPG

    J’en demande pardon par avance à Jesús, mais il me semble que nulle part en Europe a-t-on un urbanisme aussi désastreux que dans certaines parties de l’Espagne (sauf peut-être en Russie ou en Roumanie ?). Je me souviens encore de ce voyage en train : la voie ferrée longeait le littoral méditerranéen entre Barcelone et Valence et pendant des kilomètres et des kilomètres se succédaient des immeubles, des immeubles et des immeubles — des immeubles de vacances sans grâce. J’ai cru comprendre que les Baléares aussi avaient été pas mal amochées par l’“urbanisme”.

    Mais aux Canaries on trouve quand même, semble-t-il, quelques bâtiments élégants, y compris parmi ceux construits à une époque récente, comme l’auditorium de Ténérife à l’impressionnant porte-à-faux arqué : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Auditorio_de_Tenerife_Pano.jpg

    À regarder la carte de l’archipel proposée par Wikipédia, on en arrive à se dire qu’on a choisi les noms de lieux exprès pour mettre de la confusion dans l’esprit des gens : la ville principale de Ténérife s’appelle “Santa Cruz de Tenerife” alors que celle de l’île voisine, La Palma, s’appelle “Santa Cruz de la Palma”. (“Vous dites que vous habitez à Santa Cruz ? Okaaayyy !!”) Mais La Palma (l’île) ne fait pas partie de la “Provincia de Las Palmas” dont la capitale est “Las Palmas de Gran Canaria” sur l’île de Gran Canaria. Comprendo ?

    J'aime

  16. Sig, soyons honnêtes : la page que leveto consacre aux Canaries ne se veut pas touristique, mais historique.

    Car si on se lance dans ce débat (« que reste-t-il des Canaries d’antan ?), je peux (1) vous faire part de mon expérience (Lanzarotte, 1990, on m’avait pourtant promis-juré que ça n’avait rien à voir avec Gran Canaria, que c’était resté « sauvage » : j’ai eu la surprise de découvrir dans la rue principale du bled-capitale, « Puerto del Carmen » je crois que ça s’appelait, une boutique appelée « Schmuckkästle », en souabe dans le texte, et tout le long de la route des « Grundstücke zu verkaufen » – franchement, ça m’a fait bizarre…) et (2) de vous retourner la politesse, à vous Mauricien : chez vous, c’est sûr, c’est plus loin, plus chic, plus cher, mais êtes-vous bien certain que vous échapperez longtemps à la canarisation de Maurice ? Cela ne vous interpelle-t-il pas quelque part au niveau du vécu ?

    J'aime

  17. Ah oui, les Germains cousins qui envahissent tout depuis le chute de l’Empire… Il me revient à l’esprit qu’un type qui avait brillé dans le monde de la planche à voile (champion du monde en plusieurs occasions) venait des venteuses Canaries, et qu’il naviguait avec un numéro de voile espagnol. Son nom : Björn Dunkerbeck, ce qui ne me semble ni guanche ni particulièrement hispanique. (Wisigoth peut-être ?)

    Aquinze, il est bien entendu que le béton pousse ses tentacules à Maurice aussi. Pour parler de quelques coins touristiques sur la côte, Grand-Baie, Flic-en-Flac ou Blue Bay ne sont pas vraiment des réussites d’urbanisme. Les villes non plus d’ailleurs, d’autant plus (ou moins) que la prolifération de centres commerciaux ces dernières années n’arrange pas les choses. Espérons toutefois qu’il y aura une prise de conscience à un moment donné, et une réaction qui se concrétisera — si vous me passez l’expression — en règles d’urbanisme dûment observées. Ce qu’on voit sur la photo de la “playa las Americas” devrait constituer un repoussoir suffisant pour réaliser que certaines choses sont à éviter à tout prix. Il y a certainement eu des ratés en France, mais je trouve que sur ce plan-là c’est un pays qui s’en est pas mal sorti pour ce qui est de garder une certaine harmonie dans le paysage bâti.

    J'aime

  18. pour l’Espagne, je ne dramatiserai pas :

    de plus, depuis l’entrée dans l’Europe les espagnols ont pu acheter de bien jolies résidences avant réservées, entre autres, aux allemands qui venaient prendre leur dose de soleil quotidien, pas de quoi leur lancer la pierre.

    Une côte bétonnée, où qu’elle soit, est une côte bétonnée ; ce qui ne laisse de m’étonner ce sont les gens qui recréent des espaces de vie comme cela, collés-serrés, étagés, saucissonnés, en vacances. Peut-être est-ce un mode de vie dont l’on a du mal à se défaire.

    J'aime

  19. @Jesús : c’est VOUS qui oubliez de répondre à mon mail.
    Continuez à ignorer rose (ou cirrhose, au choix)- Vous pouvez me dire, vous, le lien possible entre Thucydide et Les Canaries ? Hein ?

    -@Aquinze : J’ai eu exactement la même expérience (années 90 par là) à Barcelone. Dans les cafés, les garçons ne parlaient que l’allemand ! 😈

    – Bonjour, leveto.

    J'aime

  20. >Siganus et al
    Oh ! pas besoin de pardon. Par contre j’en vous demande pardon à tous par mes termes peut-être mal choisis (traduits).
    C’est vrai que notre urbanisme est désastreux. Surtout pendant l’époque de notre « desarrollismo » (politique de développement à outrance), les 60’s, la loi du sol était plutôt la loi de la jungle. Il n’y avait pas une loi de côtes donc hôtels, ensembles résidentielles et même chalets avaient parfois leurs plages privées. Chez nous le tourisme est encore considéré comme la première « industrie » nationale.
    Mais le problème n’est pas seulement la côte ; on a construit pendant la dernière décennie aussi de logements qu’en France, Allemagne, Italie et Grande-Bretagne ! Les socialistes avaient changé les réservations pour équipement public mais, après, la droite les a réduites. Le résumé de cette loi du sol était : tout le terrain est urbanisable.
    Maintenant il n’y a pas de raisons pour l’optimisme ; le prochain président d’Andalousie vient de dire : « il faut mettre en valeur nos côtes ».
    Et un exemple suffit : le directeur du journal « El Mundo » a été condamné par la plus haute instance pénale espagnole en 2009 dû à l’utilisation privée de la piscine de son chalet à Majorque, et celle-ci a été déclarée comme publique. Jusqu’à ce moment l’usage public est interdit par des raisons de sécurité dudit journaliste !
    Voici un lien où on peut voir le joli endroit de la piscine :
    http://smfdiario.blogspot.com/2009/05/eureka-la-piscina-de-pedro-j-ramirez-es.html

    >L’amer
    Rassurez-vous ! Non, je n’ ai pas oublié. Quant à Thucydide et nos îles, je sèche.

    P.S : Sans aucune nouvelle du gouvernement des Canaries à propos des palmiers.

    J'aime

  21. Jesús, on dirait que la piscine a été construite en faisant fi de la falaise. Est-elle sur le domaine dit “maritime”, lequel ne peut en principe appartenir à une personne en particulier ?

    N’importe quel terrain est constructible en Espagne ? Ça paraît difficile à croire. N’y a-t-il pas, disons, des terrains classés “agricoles” qui ne sont en principe pas constructibles ? Il doit bien y avoir des espaces naturels au sein desquels on ne peut pas venir mettre un bâtiment, non ?

    Je reviendrai moi aussi une autre fois sur la question de la présence des cocotiers aux Canaries, insha Allah. En ce moment, avec le vent de nord-est, la température y oscille entre 15 et 17º C, ce qui me semble quand même un peu faible pour que des cocotiers s’y sentent à l’aise. Mais en regardant une photo satellite récente, prise il y a quelques heures (12h00z), je vois que ce même vent de nord-est génère de superbes tourbillons de Bénard-Karman autour des îles de l’Atlantique oriental. (Voir la photo ici.) Ceux des Canaries semblent avoir été brisés — on les distingue encore au large, détachés des îles, sous le vent — mais au nord des Canaries ils sont très bien marqués au sud-ouest d’une île qui devrait être Madère. Le vent de nord-est a l’air de souffler jusqu’aux îles du Cap-Vert, au SSO des Canaries, puisque le même type de tourbillons — dans la poussière ? — se voit au sud-ouest des îles. L’Europe semble exporter son air froid jusque là-bas.

    J'aime

  22. Leveto, avec vos grands pouvoirs, vous pourriez faire réapparaître le commentaire qui vient d’être posté sur cette note ? (Je ne cesse de m’étonner en voyant à quel point la version gratuite de WordPress fonctionne bien en comparaison avec celle du Monde.fr qui, elle, est payante si je ne m’abuse.)

    J'aime

  23. Les tourbillons de Bénard-Karman ! Siganus, vous me comblez! Après le mohel ( sur la note de « la chair rouge »), voici que vous m’apprenez l’existence de ces jolis tourbillons ! Ma curiosité ne m’a tout de même pas entraîné jusqu’à approfondir la notion de « nombre sans dimension » qu’il soit de Strouhal ou de Reynolds, mais je remarque une fois de plus que les mathématiques poussées à ce niveau-là n’ont rien à envier à la poésie. Les mathématiciens sont de grands poètes, voilà pourquoi on j’aime Boris Vian.

    P.S. WordPress est en effet payant, du moins son prix est-il inclus dans celui de l’abonnement au Monde.fr.
    Je crois que votre précédent commentaire a été mis «en attente de relecture» à cause de ses trois liens(c’est un paramétrage par défaut de la plateforme des blogs auquel il est recommandé de ne pas toucher).

    J'aime

  24. >Siganus
    Le résumé « tout est urbanisable » est une critique exagérée de la loi que la droite avait faite. Les mairies sont, surtout, qui font les plans d’aménagement du territoire et elles peuvent réviser le cadastre pour changer des terrains ruraux par urbains. On peut édifier dans un terrain rural mais il faut une certaine surface minimale (pas beaucoup vraiment) sauf certaines exceptions comme espaces naturels.
    De la loi de côte vous pouvez lire ce lien (écolo, donc peut-être un peu exagéré) : http://www.ecologistasenaccion.org/article8351.html

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s