Sète à voir

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Le dos de la baleine

Ville et port maritime héraultais, Sète — dont le nom local est Céto — devrait son nom à Céto, une des filles de Neptune, si l’on en croit une légende locale. Laissez-moi vous la raconter:

Céto, montée sur une barque tirée par des dauphins, accosta un jour dans l’anse du port de la Nau. Là se trouvait l’entrée d’une grotte qui lui permit de se protéger de la chaleur accablante de l’été. Par un réseau de galeries souterraines, cette grotte communiquait avec bien d’autres ouvertures dont l’une est encore visible à l’entrée du jardin du château d’eau. Gardée par Neptune lui-même, armé de son fameux trident, aucun Sétois ne se serait risqué à en violer l’entrée. De cette grotte sortaient parfois Céto  accompagnée de ses trois filles, les Gorgones. Fascinés par « la beauté de ces jeunes nymphes dont les voiles transparents plaqués sur leurs corps juvéniles par le souffle du mistral dévoilaient leur irrésistible beauté», les Cétoriens ( ainsi s’appelaient les premiers Sétois) aimaient suivre les jeux et les danses de la déesse et de ses trois filles, accompagnées à la flûte par le dieu Pan. Bientôt, les admirateurs furent si nombreux et pressants qu’ils en devinrent  importuns. Après avoir donné quelques avertissements sans résultat, les filles de Céto entreprirent de se venger.

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Fans de baleine médusés

Par une nuit de pleine lune, alors qu’elles étaient suivies comme d’habitude par un groupe d’admirateurs, l’une des filles, Méduse, se retourna brusquement et aussitôt de nombreux soupirants furent «médusés» et transformés en pierres qui, sous la clarté de la lune, prirent aussitôt une couleur argentée. Depuis ce jour, les corps de ces premiers Sétois  un peu trop entreprenants, sont toujours visibles sur cette partie du mont Saint-Clair qu’ on appelle « Les Pierres Blanches ».
Toujours selon cette légende, ceux qui habitaient cette colline,  lou Cétoris , devinrent les Cettois puis les Sétois. En langue d’oc on dit encore aujourd’hui Sétori . Notons pour en finir que dans la mythologie grecque «classique», Céto – dont le nom rappelle celui des monstres marins, cf. « cétacé » – est fille de Pontos, le Flot c’est-à-dire la Mer au masculin ( cf. le Pont Euxin) et de Gaïa, la Terre. Elle épousa son propre frère Phorcos dont elle eut, entre autres, pour enfants les Gorgones et Ladon, le gardien du jardin des Hespérides.

La proximité du nom de Sète qui était écrit Cette jusqu’en 1928, avec le latin cetus, « baleine, cétacé», confortée par la ressemblance du mont Saint-Clair avec un dos de baleine,  est à l’origine de cette légende et du blason de la ville, adopté en 1816, ainsi décrit ( je ne résiste pas au plaisir de vous le retranscrire dans sa totalité, tant le langage héraldique me fascine par sa poésie ; passez le pointeur de  la souris sur chaque mot souligné pour en lire la signification):

D’azur semé de fleurs de lys d’or à la baleine renversée de sable allumée d’argent, lançant un jet d’obus du même chargé de trois grenades aussi de sable  enflammées de gueules, le tout accompagné de la devise: « Vive le Roy! »

Un dessin valant tous les discours, voici ce blason (auquel il manque la devise … et dont le jet d’obus est d’or au lieu d’argent) :

Blason-de-Sete-272x300

Ici, mais en toute petite vignette, un blason respectant les émaux:

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Gravé dans la pierre, on peut aussi le voir au musée Paul Valéry:

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( photo issue de ce site )

On voit bien la baleine et le feu d’artifice visuel et sonore qui l’accompagne! On aura facilement compris le jeu de mots cetus – baleine, mais peut-être un peu moins facilement le jet d’obus, qu’il faut comprendre comme un « jet d’eau bue ».
Les fleurs de lys comme la devise se comprennent aisément quand on se souvient que la ville ne commença réellement son expansion que sous le règne de Louis XIV  grâce au percement du canal du Midi par Pierre-Paul Riquet, canal qui traversait l’étang de Thau reliant ainsi l’Atlantique à la Méditerranée. On a dit aussi que la référence royale était liée au soutien que Sète apporta à la Restauration de  Louis XVIII.

Et maintenant, place à la Science!

La forme la plus ancienne du nom de la ville nous vient de Strabon, géographe grec du Ier siècle après J.-C. qui écrivait to Sigion oros. Nous trouvons ensuite Sêtion oros (Ptolémée, IIè s.), Setius mons et Setii jugum (Festus Avienus, IVè s.), de Seta et locum Sete (1146), a podio Cete (1300), cap de Sette (1643) et port de Cete (1690).

La forme Sigion de Strabon devrait être lue — selon les spécialistes au premier rang desquels Ernest Nègre — *Sition ou *Setion. Il s’agirait alors de l’adjectif grec *setios, « mité, miteux ». Le « mont miteux » aurait alors désigné le mont Saint-Clair. Setius a par la suite été influencé par l’occitan sèti, « siège, escabeau », donnant à la ville le nom de  Sèti, bientôt remplacé par l’occitan seto, « chaussée qui subdivise les canaux qui forment les bordigues ». On a aussi supposé au nom de Sète une origine pré-indo-européenne sur la base oronymique set-, mais on n’explique pas alors pourquoi le -t- n’a pas évolué en -d- comme il serait normal en Occitan. Enfin, on peut penser comme J.Astor ( spécialiste de la toponymie occitane) que Strabon ne s’est pas trompé et que son Sigion se rattache à la racine pré-celtique sek ou sik, mal comprise par ses successeurs qui ont préféré le grec setios. Les choses se compliquent quand on sait qu’il y avait, si l’on en croit Ptolémée, une autre Setia chez les Vascones, ce qui pourrait donner une étymologie ibère à ce nom, hypothèse aussitôt mise à mal par une autre Setia, ville antique du Latium, sur une montagne, près des marais Pontins.

On le voit : la question de  l’origine du nom de Sète reste entière. On est en droit de préférer la légende …

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14 commentaires sur “Sète à voir

  1. le nom de « bordigues » m’a fait penser à celui de Bordighera (avec un H ) en Ligurie : faut-il les rapprocher étymologiquement parlant ?

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  2. Iado:
    Bordighera tire effectivement son nom de burdiga . Elle s’appelait Burdigheta en 1296 dans une bulle du pape Boniface VIII : on y reconnait notre burdiga accompagné du suffixe collectif – eta .
    Le -h- intercalé est apparu pour conserver la prononciation du -g- dur, comme le fait en français la lettre -u-.

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  3. sur les pierres qui deviennent des humains, de nombreuses histoires grecques :
    en voici une (avec à la suite le lien avec un tableau ):
    « Ils se rendirent au sanctuaire de Thémis au bord du Céphise où il firent des offrande à Zeus; puis Hermès leur ordonna de jeter les os de leur mère par-dessus leurs épaules pour repeupler la terre.
    Ayant compris que cela voulait dire les pierres de la terre, ils obéirent, les pierres jetées par Deucalion devinrent des hommes, celles jetées par Pyrrha devinrent des femmes. »
    http://mythologica.fr/grec/deucalion.htm

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  4. ___Le type qui habite Sète, de vous deux ?
    _C’est moi !
    _Tu rigoles, c’est moi !
    ___C’est pas fini ?
    _Bon, bon, c’est lui
    ___Comme ça le type de Sète c’est toi ?
    _Sétois, si.

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  5. Bonjour, leveto .
    Ste Wiki ne mentionne pas Strabon mais :
    Ptolémée (Géographie II.10.2.) : Σήτιον ὄρος
    Avienus (Ora maritima) : Setius… mons
    le cartulaire d’Aniane : fiscum… qui nuncupatur Sita
    ————————————————————

    Oui, c’est assez.Siganus, vous pouvez vous cacher maintenant ! Siganus Sutor | le 02 avril 2012 à 04:10 😆

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  6. bonjour leveto !
    mille excuses et mille et une de ne pas retrouver, ce matin, la page lapin et chasseur, alors que j’ai retrouvé un splendide lapin que voici, comme s’il était en chocolat :

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  7. je découvre avec grand plaisir ce blason de baleine pour Sète
    elles opèrent de grands mouvements migratoires : un en avril pour aller frayer dans des eaux plus chaudes et se nourrir de krill ; au large de la Californie l’amer, elles descendent de l’Alaska vers la Patagonie à proximité des côtes. Leurs évents les signalent aux observateurs attentifs. Un autre à l’automne pour remonter vers leurs eaux glaciales d’où l’utilité de leur couche de graisse protectrice. Pour éclairer une lampe aussi, la graisse de baleine.

    Je crois que je vais aimer du vrai chocolat en n’oeuf. Mais au lait, olé.

    Biz à tous, à vous leveto en premier

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  8. Neptune lui-même, armé de son fameux trident

    Il est amusant de voir comment les mythologies peuvent se rejoindre. Un des symboles du dieu Shiva est le trishul, un trident dont les deux pointes extérieures sont légèrement courbées. Avec la syllabe aum et la swastika, c’est un symbole très fréquent sur les lieux de culte, et Shiv est très souvent représenté avec un trishul à la main. (Cupidon a lui aussi son homologue volant et armé d’un arc, le “dieu de l’amour” hindou portant le nom de Kamdev.)

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  9. juste pour le plaisir,
    un rapide saut de cette « eau bue » à un Aubusson, manière de ne pas faire tapisserie quand on fait de la tapisserie:

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