Corvidés

Comme promis, je réponds ici à la curiosité d’un de mes lecteurs réguliers, qui signe Iado et qui m’interpella à propos des corbeaux, thème que j’ai étendu à l’ensemble des corvidés.

choucas3

Le choucas est présent, sous une forme dérivée de l’ancien provençal caüs, dans le nom de Cahus (Lot).

La corneille s’appelait boduo en gaulois. On retrouve ce nom, composé avec le gauloiscorneille ritu, gué, dans Bort (Corrèze) et Bourth (Eure). Bueil (Eure) est, lui, composé de boduo et du gaulois ialo, clairière, champ.

Le nom latin de la corneille, graulus, est à l’origine de Gréolières (Alpes-Maritimes, avec le latin –aria, aire). Avec le suffixe collectif –etum, ce nom a fourni Groslay (Val d’Oise), Groslée (Ain) et Grosley (Eure).

Il a donné le languedocien agraulo, que l ‘on retrouve dans Lagraulas (Gers, avec suffixe augmentatif –as), dans Lagraulet (Haute-Garonne et Gers, avec suffixe collectif –etum) et dans Lagraulière (Corrèze, avec le suffixe –aria, aire). Le provençal gralha a donné son nom à Lachapelle-Grailhouse (Ardèche). Le languedocien caucalo a donné quant à lui Caucalières (Tarn).

La ville de Villiers-aux-Corneilles (Marne) qui était simplement Vilers en 1222, du latin vilare, écart de la villa, c’est-à-dire hameau, a complété son nom en 1766 avec les corneilles.

grand_corbeauLe corbeau, le plus remarquable des corvidés par sa taille comme par son intelligence, a été le plus prolifique en noms de lieux de tous les corvidés.

Les gaulois l’appelaient brannos. Ce mot apparaît avec certitude dans Braisne et Brenelle, son diminutif, dans l’Aisne, ainsi que dans Braisnes (Oise) et Brennes (Haute-Marne). Brannos est très vite devenu un nom d’homme, mais sans le sens péjoratif que Le Corbeau porte aujourd’hui et qui n’apparaît que très tardivement au Moyen-Age. Ce nom est à l’origine de Brandon ( Saône-et-Loire, avec –dunum, forteresse) et de Brenède( Lozère, avec suffixe gaulois –ate). Avec différents suffixes ligures, Brannos a également donné Brannens (Gironde), Branoux (Gard) et Branne (Gironde et Doubs).

La confusion avec un autre nom d’homme gaulois bien connu, Brennus, le chef, laisse planer un doute sur l’étymologie de plusieurs noms de communes comme Brain (Côte D’Or), Brains (Loire-Atlantique et Sarthe), Brin (Meurthe-et-Moselle) ainsi que Broin (Côte d’Or).

 Le latin corbus se retrouve seul dans le nom de Corps (Isère) et dans Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire). Très localement — sur le plateau du Larzac— on trouve Raja del Gorp aussi écrit Rajal del Guorp: de l’occitan raja, « cascade, source, fontaine»  avec un sens de jaillissement et gorp, « corbeau».

Il a été associé avec –aria, «aire», dans le nom des Corbières, région du Languedoc, et dans Corbère et Corbères-les-Cabannes (Pyrénées-Orientales), Corbère-Abère* (Basses-Pyrénées), Corbara (Corse), La Corbière(Haute-Saône), Corbières (Alpes de Haute-Provence), Courvières (Doubs) et Corbès (Gard). Courberie (Mayenne) est une forme récente du même mot. Pietra-Corbara, en Corse, a la même origine: il s’agit de rochers où nichent les corbeaux. Corbreuse (Essonne) est formé de corbus, et du suffixe –arosa.

Corbus a été utilisé comme nom d’homme par les Gaulois et les Gallo-romains. On le retrouve dans Corbeil (Marne et Essonne), dans Corbeil-Cerf **(Oise) et peut-être dans Corbeilles-en-Gâtinais*** (Loiret) , avec attraction du français «corbeille», et dans Corbelin (Isère).

L’ancien français corbel, employé comme surnom, a donné Corbel (Savoie) et, avec le germanique heim, village, Corbehem (Pas-de-Calais).

Pour en terminer nous mentionnons le nom de Craywick (Nord), issu du moyen néerlandais craie, corbeau, et wicj , du latin vicus, quartier.

* Abère: du béarnais abera, du latin abellana, «noisette».

** Corbeil-Cerf: Colleberium essartum, en 1210, du latin exsartum, défrichement.

*** Gâtinais: de l ‘ancien français gast, «terrain inculte».

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53 commentaires sur “Corvidés

  1. jsp
    Ah! Si vous voulez parler des merles!
    J’en ai quelques uns … peut-être en ferai-je un billet.
    P.S. je ne connaissais ni ce Champ-là ni cette bataille, voilà ma curiosité une fois de plus titillée!

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  2. Leveto,

    Me voilà rassurée. En évoquant « les opus érudits du XIXe siècle », je songeais aux dictionnaires topographiques qui ont fleuri dans le dernier quart de ce siècle. Et vous avez tout à fait raison à leur sujet.
    « cette science est vivante et que les travaux continuent. » : j’opine avec vigueur, j’ai dans mon entourage des spécimens bien vivants de chercheurs en toponymie et en onomastique, oui, tout à fait bien vivants.
    Je me permets d’ailleurs de vous signaler une parution toute fraîche qui sent encore l’encre :
    Stéphane Gendron, L’Origine des noms de lieux de l’Indre-et-Loire : communes et anciennes paroisses, Editions Hugues de Chivré, 2012.

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  3. Turonensis: « j’ai dans mon entourage des spécimens bien vivants de chercheurs en toponymie et en onomastique, oui, tout à fait bien vivants.»

    J’ai écrit naguère — et quelques uns de mes billets, comme celui-ci sur les corvidés ou les coqs( un des premiers) s’en inspirent — un dictionnaire des toponymes liés aux noms d’animaux. Les recherches furent longues et fastidieuses, ne pouvant m’appuyer que sur des ouvrages souvent achetés d’occasion, puis, Internet et surtout l’adsl advenus!, sur des recherches en ligne. Quand j’ai cru enfin pouvoir présenter à quelque comité de lecture le résultat de mes recherches — entachées de quelques erreurs, bien sûr, comme celle que vous révélez ici-même — nous étions à la veille de noël 2004 … et un certain Stéphane Gendron avait fait paraître l’année précédente son « Animaux et noms de lieux ».
    Attention ! Loin de moi l’idée de dire que je me comparerais à un spécialiste incontesté ou que je lui en voudrais de m’avoir coupé l’herbe sous les pieds. Non, non, je suis simplement assez fier d’avoir eu le nez de m’apercevoir que cette approche — animaux/ toponymes — n’avait jamais été faite auparavant et qu’il y avait là un sujet à approfondir (ma formation vétérinaire n’y est bien sûr pas pour rien !). Stéphane Gendron s’en est emparé et l’a mené à son terme, mieux que je ne l’aurais fait.

    Par ailleurs, savoir que l’entourage de certains de mes lecteurs comprend des « chercheurs en toponymie et en onomastique » qui peut-être m’ont lu …
    Je vais rester optimiste et me dire que s’ils n’interviennent pas, c’est que je n’écris pas trop de conneries!

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