Du Golfe de Guinée

J’avais promis, lors de mon survol de Fernando Pó, de m’attarder un peu plus longuement sur le golfe de Guinée, riche de plusieurs îles.

Rappelons tout d’abord l’étymologie du nom même de la Guinée. Ce sont les Berbères   d’Afrique du Nord qui utilisaient le mot  aguinaw signifiant « les muets, ceux qui ne savent pas parler » pour désigner les peuples rencontrés plus au Sud et qui parlaient des langues incompréhensibles. Il se trouve que ces peuples du Sud étaient majoritairement noirs de peau et aguinaw a donc fini par signifier « homme noir ». C’est une évolution similaire qui a conduit le polonais Niemiec , le russe Njemjec ou encore le serbo-croate Nijemac , qui signifient « muet », à signifier aujourd’hui « Allemand ». Ce sont les Portugais qui ont repris ce mot berbère sous la forme Guiné pour nommer la région, nom qui sera repris et adapté dans les autres langues.

golfe-guinee

Si nous partons de Bioko ( ex-Fernando Pó) pour voyager vers le Sud nous croiserons successivement l’île Principe, l’île São Tomé et l’île Annobon, qui forment le prolongement océanique d’un rift continental, la ligne du Cameroun

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Les deux premières qui forment aujourd’hui un état indépendant nommé São Tomé et Principe furent découvertes, inhabitées, par les navigateurs portugais João de Santarém et Pedro Escobar. La première le fut le 21 décembre 1471, jour de la saint Thomas (são Tomé en portugais)   d’où son nom, tandis que la seconde, découverte peu après, a été baptisée en hommage au prince ( principe en portugais)  Alphonse, le futur roi du Portugal  Alphonse V (1432 – 1481).  On retiendra de leur histoire ancienne que ces îles, jusqu’alors inhabitées, ne mirent que vingt-deux ans à entrer dans la civilisation*: l’Inquisition espagnole y déporta deux mille enfants juifs en 1493.

Annobón, une des sept provinces de la Guinée équatoriale, a été aperçue au cours du même voyage par ces mêmes navigateurs portugais. Mais, pour que le Portugal en prenne officiellement possession, il fallut attendre Fernando Pó qui y aurait débarqué le 1er janvier 1473, le jour de la nouvelle année. D’autres sources nous disent que ce fut un certain Ruy de Sequeiros, dit le Domestique du Roi, qui en prit possession le 1er janvier 1474.  Peu importe:  nous sommes toujours à nous souhaiter la bonne année. Et comment dit-on « bonne année » en portugais? Anno Bom ! On notera que le dictateur dont j’ai déjà parlé à propos de Fernando Pó avait affublé cette île du nom créole Pagalu  ( de papá et gallo, « papa coq») en souvenir du symbole électoral du Grupo Macias qui l’avait mené à la victoire en 1968.

Si nous quittons Annobon vers l’est, pour nous rapprocher de la côte, nous verrons bientôt une petite île nommée Corisco, à l’entrée de l’estuaire du Rio Muni, au nord de Libreville.

ELOBEYSAppartenant à la Guinée Équatoriale, elle en marque la frontière avec le Gabon.  Habitée par les Bengas, un peuple d’origine bantoue, elle fut colonisée par les Portugais en 1648, qui lui donnèrent ce nom en raison des orages violents qui accompagnèrent sa découverte : Corisco est de même étymologie que notre «coruscant », du latin coruscare « briller, étinceler ; faire des éclairs ». Le nom autochtone de l’île était Mandj, terme benga pour l’arbre  aujourd’hui connu comme l’iroko, le Milicia excelsa des savants, dont il ne reste plus un seul pied sur l’île, sans doute un des bienfaits de la colonisation*. ELOBEYS Non loin de là, en longeant la côte africaine vers le nord, on rencontrera les deux Elobey (ou Elobeyes)  la grande et la petite ( Elobey Grande et Elobey Chico), deux îles aujourd’hui quasiment inhabitées qui constituent, avec Corisco, la province la plus méridionale de la Guinée Équatoriale. Après avoir été appelées  îles des Moustiques ( islas  Mosquitos), elles doivent leur nom actuel à Du Chaillu qui, en 1856, leur donna un nom autochtone, Alobi,  du nom d’un arbre alors très commun que les Bengas appelaient eloba.

En poursuivant notre route vers le Nord, nous entrons dans la baie de Bonny, anciennement baie du Biafra, qui doit son nom actuel à une ville du sud du Nigéria, qui s’appelle Ibani en langue Igbo.

On notera, mais c’est une autre Histoire, que ces îles firent l’objet de tractations entre le Portugal et l’Espagne lors du partage du Nouveau Monde … On s’échangeait à l’époque des pays comme on s’échange aujourd’hui des maillots de foot! L’arbitre portait la robe, c’était le Pape, et personne ne contestait ses décisions.

* J’espère que tout le monde aura perçu le grincement de dents qui accompagnait mes doigts sur le clavier tandis que j’écrivais cette phrase.

2 commentaires sur “Du Golfe de Guinée

  1. Les muets, ceux qui ne savent pas parler, on les rencontre jusque dans les parages de l’Australie.

    Ces histoires de pape jouant un rôle d’arbitre territorial, ça s’est vu jusque dans les années 80 (précisons : 1980). Quand le Chili et l’Argentine se crêpaient le chignon pour savoir à qui appartenaient les îles de la Terre de Feu situées au sud du canal du Beagle, on a fait appel au pape pour arbitrer la dispute (enfin, disons pour mettre de l’huile dans les rouages).
    http://en.wikipedia.org/wiki/Papal_mediation_in_the_Beagle_conflict

    En 2009 il y avait un autre pape, mais au Vatican, au Chili et en Argentine on se souvenait apparemment encore de la chose :

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  2. Siganus Sutor
    Voilà des infos papales qui m’étaient passées largement au-dessus de la tête!
    Je m’intéressais pourtant à l’époque au Chili comme à l’Argentine, mais plus pour des raisons politiques que pour ces revendications territoriales.
    Qu’on puisse faire appel au pape pour résoudre des conflits frontaliers me sidère! De quelle autorité venue dont on ne sait où dispose-t-il pour imposer sa loi aux Hommes, fussent-ils de bonne volonté ? Pourquoi ne pas avoir fait appel à Hassan II, alors Commandeur des croyants, ou à l’imam Khomeini, qui disposaient d’une autorité similaire ?
    Non, vraiment, qu’on s’en remette au jugement d’un dieu — quel qu’il soit — pour régler de basses affaires d’intendance, y a quelque chose qui cloche là-dedans.

    P.S. que les adeptes des autres religions, sectes, groupes et groupuscules ne m’en veuillent pas : je ne pouvais pas tous vous citer Z’avez qu’à vous fédérer, ça nous évitera des guerres.

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