L’écu d’éléphant

Je vous avais promis un sujet sur les blasons ayant l’éléphant pour thème. Le sujet, vaste et complexe, est intéressant mais a déjà été traité et de manière remarquable dans un site dédié à l’héraldique:  ici, , et pour suivre ici et enfin encore ici. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter .

Ma seule contribution à ce défilé d’écus pachydermiques sera donc de vous présenter cette photo prise en Thaïlande et aimablement fournie par un de mes fidèles lecteurs martiens qui signe  Siganus Sutor

Elephant-Derriere-Thailand-224x300

Il ne me reste qu’à me tourner vers d’autres représentations de l’éléphant en restant si possible au plus prés de la toponymie.

320px-Elephant_de_la_Bastille_aquarelle_de_Jean_AlavoineOn connaît grâce au Gavroche de Victor Hugo, l’éléphant de la Bastille, qui ne vécut, éléphant éphémère, qu’à l’état de maquette de plâtre de 1814 à 1846 — mais une maquette gigantesque de 24 mètres de haut. On sait moins la forte impression que fit cette maquette sur l’imaginaire parisien. À la fin  du XIXè siècle, un aubergiste palaisien, propriétaire d’une très ancienne auberge (ouverte en 1798!), eut l’idée de faire appel à ses concitoyens pour choisir la nouvelle girouette qu’il mettrait sur son toit. Il organisa un concours dont le premier prix fut attribué à une girouette représentant un éléphant, devançant un moulin et un petit bateau. L’éléphant en fer forgé fut aussitôt installé et servit comme prévu de girouette mais aussi  comme enseigne et devint un argument publicitaire pour l’endroit qui prit dès lors le nom de l’auberge de l’Éléphant. On a pu ainsi  lire en 1907 dans un journal local :

« L’éléphant ça trompe… Aussi des Parisiens, en quête de plaisirs, alléchés par une grandissime affiche et des promesses attrayantes, se dirigent volontiers vers notre chef-lieu de canton, pensant voir ce célèbre animal alors que c’est tout simplement une girouette en tôle.»

AubergeElephant_carte-300x190Toujours est-il que l’enseigne fit tant pour la notoriété du quartier qu’on donna à ce dernier le  nom de « quartier de l’Éléphant » qu’il porte encore aujourd’hui.

D’autres Parisiens ont fait de l’éléphant leur totem. Un propriétaire de cabarets, un certain  Debière*, avait ainsi installé en 1894 des sculptures d’éléphants pour décorer l’un d’eux, au 108 de la rue de Rochechouart ; il le baptisa sans surprise « Cabaret des Éléphants » dont la réclame vantait les « éléphantaisistes ». Ce terme a été créé par le poète  Jules Laforgue pour désigner les plaisanteries les plus énormes. C’est l’occasion de saluer la mémoire d’Anatole Baju, un des premiers décadents, qui se disait « éléphantaisiste », auteur et éditeur de faux poèmes de Rimbaud sous le charme duquel il était tombé. Un des chansonniers de ce cabaret, répondant à un critique, y déclamait Une ballade à l’éléphant en gaité :

« Prince de la critique prompte
À traiter l’Art comme un enfant,
Sarcey, que sans peur nul n’affronte,
Est bien plus lourd qu’un éléphant »

La vérité est que ce cabaret n’eut que six mois d’existence et fut remplacé par d’autres, y compris par un «Temple de Lesbos » qui n’eut pas plus de succès ( désolé, m’sieurs-dames, je n’ai aucune photo de l’enseigne ni  des clientes en situation).

Une autre apparition pour le moins surprenante de l’éléphant — sans rapport avec la toponymie, je le confesse, mais avec les livres, ce qui n’est déjà pas si mal — est due à Madeleine Boursette, libraire.  Veuve de François Regnault (né en 1500, mort en 1541, l’époque n’était pas tendre!), elle reprend son activité. Faut-il rappeler qu’à l’époque les libraires étaient aussi éditeurs et imprimeurs, voire, dans le cas de François Regnault, libraire juré ? Elle publia entre autres Clément Marot et Marguerite de Navarre, ce  qui n’est pas rien. Sa fille et sa petite-fille prendront sa succession. Le rapport à l’éléphant? Le voici: l’époque n’étant pas vraiment facile pour les veuves ni pour les entrepreneuses, Madeleine Boursette a dû s’imposer pour maintenir en vie sa librairie. Elle se choisit une devise à la hauteur de son caractère et de ses ambitions: Sicut elephas sto, « comme l’éléphant, je m’impose », donnant à sa librairie le nom de L’Éléphant, dont voici la marque:

MB-librairie

Cet article fait suite à une série consacrée à l’éléphant

* MiniPhasme, vous voyez l’aptonyme ?

10 commentaires sur “L’écu d’éléphant

  1. En voyant cette photo ma tendre et chère épouse a dit que cela faisait du bien de voir que pour certains il n’était pas obligatoire de paraître “nice & slim”.

    Il y a je crois une expression française qui parle de “culotte de cheval”. Je pense qu’on pourrait en trouver une voisine mettant en scène l’éléphant plutôt qu’un vulgaire équidé.

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  2. leveto, je vois que vous n’êtes pas bien loin d’épuiser le sujet de l’éléphant. Il me semble qu’on ne peut faire moins que saluer les salariés du Thé Éléphant qui bataillent pour garder leur usine à Gémenos
    http://cgt.fralibvivra.over-blog.com/
    Après tout, la petite étiquette au bout du fil et du sachet n’est-elle pas digne du vocabulaire héraldique : de gueule à un éléphant d’argent passant…

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  3. Votre éléphant de plâtre de la Bastille me fait irrésistiblement penser au Géant d’acier cher à Jules Verne. L’illustrateur Léon Benett ne connaissait malheureusement apparemment que les éléphants d’Afrique (comme le prouve l’ensemble de ses illustrations dans l’édition d’Hetzel, où cet animal intervient également plusieurs fois dans sa forme vivante).

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  4. Modernité « irréfutable » de l’éléphant* d’Europe

    L’éléphant de Jules Verne, tel qu’évoqué plus haut par Jacques C, a bien des qualités pratiques et montre une certaine modernité. Il n’avance plus à voile mais à vapeur, dans des terroirs asiatiques…. mais qui étaient sans doute alors, peu propices aux avancées technologiques futures.
    En l’état, c’est une sorte de fossile, pétrifié à jamais sur les feuilles jaunies de vieux ouvrages.

    Jules Verne, natif de Nantes, a eu le bon goût, la quarantaine venue, de s’installer dans la flamboyante capitale picarde. Pour y écrire ses histoires d’éléphant mécanique… et d’autres, aussi fantaisistes.
    Les Nantais, aigris et bien revanchards en cette affaire, ont voulu montrer la désuétude de la propulsion « à la Denis Papin ».
    Et ils y sont parvenus, les bougres :

    Mais la partie n’est pas finie…
    Dans le plus grand secret de ses bureaux d’études, de laboratoires confidentiels et de centres d’essais dissimulés, le PPPP ( Projet de Propulsion Picarde des Pachydermes) met la dernière main à sa créature : un proboscidé high-tech dont la motricité et les capacités à voler gracieusement seront assurées par l’effet conjugué de la Dumbo-réaction et de panneaux solaires habilement greffés sur ses vastes appendices auriculo-ptérés.

    Les designers ont déjà rendu leur copie et le coloris est retenu : l’éléphant sera rose, à l’image délicate des Roses de Picardie.
    Mais il reste à le baptiser. A cet effet, un concours a été proposé aux écoliers, collégiens, lycéens et étudiants d’Amiens. Mais, comme on s’y attendait, rien d’intéressant n’est sorti d’un tel panel.
    Une nouvelle tentative est prévue et, cette fois-ci, sera consultée la clientèle avisée des bars, mastroquets, débits divers et autres établissements sérieux.

    __________________________

    * Pour en savoir davantage sur les mœurs singulières et toutes les qualités de l’Eléphant d’Europe :

    http://books.google.fr/books?id=vlLVDtM6MiMC&pg=PA43&lpg=PA43&dq=Singularit%C3%A9+de+l'%C3%A9l%C3%A9phant+d'Europe&source=bl&ots=YBrBHoPwup&sig=fiq037hVAoroVRyLLIyvpmvNt-A&hl=fr&sa=X&ei=zOVzUKuaB8HK0QX324DACw&ved=0CFMQ6AEwCA

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  5. >leveto
    J’ai rencontré une éléphante magnifique Sonja qui appartient à Mabelle une fille rousse à forte poitrine dans un roman suédois de Jonas Jonasson qui est un pléonasme à lui tout seul.

    Elle est magnifique Sonja. Surtout quand elle s’asseoit et qu’elle est récompensée par des pommes. Elle aime aussi qu’on lui gratouille la trompe : je le savais d’instinct ça qu’un éléphant aimait qu’on lui gratouille la trompe en lui foutant une paix royale, et en lui donnant parfois une pomme.

    Voilà, je suis toute contente parce que mes instincts sont justes et simples comme a+b = ba ; bonne journée.

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  6. Rose:
    je ne connais ni l’éléphant, ni l’écrivain …et la seule rousse à forte poitrine que j’ai connu ne s’appelait pas Mabelle ( ni Michelle) ! 🙂
    Ceci dit — et c’est difficile de ne pas tomber dans la grivoiserie — la plupart des animaux aiment bien qu’on leur foute « une paix royale », et si en prime ils ont droit à une gratouille de la trompe de ce que vous voulez, je crois bien qu’ils seraient fort nombreux à parier que le paradis se trouve ici-bas, sur Terre. Et mon côté animal fait que je me joindrai à eux sans aucune hésitation.

    Bonne lecture!

    P.S. :
    Mes souvenirs de lecture pachydermiques, pris sur le vif, comme ça, sans réfléchir, en première intention, donc, me transportent vers les Histoires comme ça de Kipling et cet Enfant d’éléphant.

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  7. c’est une pause ds mes lectures professionnelles.
    Un vieux centenaire qui ne voulait pas fêter son anniv.
    Et un type Benny, sobre, je n’en reviens pas qui rencontre une fille (rousse tout ça) et dès qu’il la voit sans faire les salamalecs propres aux hommes tombe amoureux et la nomme « Ma belle ». Comme on fait nous ds le midi.
    Le génial c’est que cette fille planquée là depuis des lustres a recueilli une éléphante Sonja qui s’est sauvé d’un cirque parce qu’elle en avait marre de faire le clown. Donc, et cela m’a rappelé vivement votre blog, elle est entrée à pied dans un étang puis au lieu de se noyer, elle a najouyé et elle est ressortie à l’autre bout de l’étang et a trouvé à se planquer chez la fille.
    Quand la fille décide qu’il va falloir tous partir en car, elle emmène Sonja ce qui est logique.

    Ah ouaip quel bonheur…C’est un suédois l’écrivain, un double Jonas.

    Un jour, il y a trente ans de cela, une promenade à dos d’éléphant était programmée pour moi. Entretemps, j’étais chez un très vieux monsieur en Inde qui était tombé amoureux fou de moi. Il y avait de quoi. Je suis tombée malade. On m’a fait des piqures dans le bras. Puis j’ai failli mourir. Alors on m’a giclée de chez le vieux monsieur pour que je meure pas chez lui. Je me suis retrouvée dans une clinique, délirant. J’ai dit à la fille avec qui j’étais d’y aller sans moi elle y est allée. J’ai encore failli mourir dans cette clinique privée. Alors on m’a trimballée à l’hôpital public. Là on m’a soignée je ne sais plus comment. Ils ont cru que j’étais une camée car j’avais les bras remplis de piqures. Ils m’ont couvert de leur mépris. Mais ils m’ont sauvé la vie.
    La fille est revenue ; elle avait fait seule la balade à dos d’éléphant.

    Ma vie se résume à cela.

    Je n’ai jamais revu le vieux monsieur. C’était, de mémoire, du côté de Jaipur. Dans une demeure coloniale extraordinaire, il était britannique. Son cooilie indien et jeune comme moi.
    Je m’étais intoxiquée avec de l’eau dans un gourbi.
    Aujourd’hui, je suis calme. Heureuse. Infiniment triste. Mais les deux premiers qualificatifs l’emportent sur le troisième.

    J’initie mes élèves aux sonnets, en alexandrins. Certains sont doués ont compris la musique que j’aie, moi, maintenant dans ma tête ; je n’ai plus du tout besoin de tant d’agitation. Mais moi, c’est vrai, je n’ai pas besoin de m’acheter une conduite, de me refaire une virginité ou de faire oublier les saloperies que j’ai commises. C’est peut-être cela qui fait que les alexandrins chantent en moi de nature.

    Bonsoir leveto

    Je vous en ai raconté deux pages seulement ; je n’ai rien défloré de l’intrigue du bouquin.
    L’éléphant tout cela me rappelle.

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