Cahuzac

Quatre communes en France portent le nom de Cahuzac : deux sans plus de précision  en Lot-et-Garonne et dans l’Aude  et deux complétées par le nom de la rivière qui les baigne dans le Gers à Cahuzac-sur-Adour et dans le Tarn à Cahuzac-sur-Vère. De nombreux lieux-dits répartis dans tout le territoire de langue d’oc sont aussi appelés ainsi.

cahuzac        Les attestations les plus anciennes nous donnent Causagum en 1035 pour un canton tarnais à Dourgne et  Causacum en 1293 pour le Cahuzac audois. On reconnait sans peine dans ces deux noms le suffixe gallo-romain  -acum qui accompagnait le plus souvent un nom de personne pour le qualifier comme  propriétaire du domaine. Reste à trouver de quel nom il s’agit.

Le fait que la prononciation ait conservé ce -u- au cours des siècles, prononciation graphiquement notée par un -h- interdisant la diphtongue -au-,  oriente notre recherche vers un -d- intervocalique qui serait tombé — comme Rodomna a donné Roanne quand Rodanus  a donné Rhône .

Nous voilà donc avec un Cadusacum qui est  issu d’un nom gaulois, Cadus,  que les Romains (ou, s’il faut être rigoureux, les Gallo-Romains ) ont latinisé en Cadusius  avant de lui adjoindre le suffixe -acum , habituel dans ces cas d’attribution de propriété.

Cahuzac est donc « le domaine de Cadusius. » 

C’est tout ? Non.

Cadusius est effectivement attesté comme  anthroponyme gallo-romain. Mais d’où tire-t-il son nom ?

cadus1Le Gaffiot nous apprend que cadus, i est « un récipient de terre dans lequel on conserve le  vin (qqf  l’ huile, le miel, etc.) ; jarre. » C’est une traduction du grec  κάδος,  kados , la jarre, l’amphore …  Ce mot n’est resté en français que dans le nom du  cade, baril en usage dans les salines.

Bref, un cadus est un récipient dans lequel on met à l’abri ce qu’on désire conserver : une barrique pour le vin, une caque pour le hareng, une tire-lire pour les piécettes, … ou un coffre-fort pour le trésor.

Comme anthroponyme, il s’agissait sans doute d’une référence  soit à la silhouette de la personne ainsi nommée soit à son activité.

◊ ◊ ◊

Cahuzac-sur-Adour : le nom latin du fleuve est Aturus, très probablement issu de l’indo-européen ater, « feu », donnant par exemple le gaulois atro, « noir ». Une variante phonétique pré-celtique atur a donné son nom à la rivière.

Cahuzac-sur-Vère : rien à voir avec la vérité, on s’en doute… Vera en 1179, de l’hydronyme celtique vera, « eau », lui-même issu de la racine indo-européenne uer-, « couler, rivière ».

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11 commentaires sur “Cahuzac

  1. « comme Rodomna a donné Roanne quand Rodanus a donné Rhône »

    Et comme le nom des Cadurci nous a légué Cahors. Le h de Cahors est la graphie adoptée par le Français pour éviter une lecture fautive de Caurs, encore qu’il existe aussi en Occitan une graphie Caors, moins susceptible d’être lue de travers.

    Cahuzac sur Vère, dont la graphie occitane est Caüsac (du moins selon l’annuaire des archives du Tarn), se voit proposer une origine liée au cahus, chat-huant (présence d’une chouette sur un des blasons – il y en a trois ! -, ce qui ne prouve rien…), contestée par un érudit local qui la ferait plutôt remonter à un Caïus, hypothèse fragile, les plus anciennes formes attestées étant Causago (v. 1035) et Cahusaco (1303).
    Wikipédia (qui vous hérisse le poil, il y effectivement souvent de quoi…), indique « Les traces écrites indiquent l’évolution vers Caïsac, Caïeusac, Causac, Cahusac et Cahuzac ». C’est un peu léger, comme attestation.

    L’autre Cahuzac tarnais, près de Dourgne, (Causaco 1384) se revendique aussi de la chouette, mais sans la faire figurer sur son blason.
    Et il y a un « château », en réalité un clinique…
    http://www.sanitaire-social.com/fiche/clinique-du-chateau-de-cahuzac/cahuzac/81-22036
    Rien à voir avec ce bon Jérôme.

    Je fais mon intéressant, mais j’ai quelques liens avec le Tarn, et je possède un annuaire de 1990, édité par les AD. je n’irai donc pas me mêler des autres Cahuzac du Sud-Ouest…

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  2. dans le dictionnaire de Jean Tosti des noms de famille :
    Cahorel Nom rencontré en Normandie (50). A rapprocher de Cahoreau, que M.T. Morlet considère comme un dérivé de *kawa, qui signifie choucas (sorte de corneille). Peut-être un sobriquet donné à une personne vêtue de noir ou à la voix désagréable.
    Cahuet Nom porté en Bourgogne et en Franche-Comté. Comme le nom picard Cauet, il renvoie à la racine germanique *kawa, qui est à l’origine de nombreux noms d’oiseaux, comme la chouette ou le choucas. C’est donc un sobriquet lié à l’un de ces oiseaux. On trouve, avec le même sens, le nom Cahu dans la Manche.

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  3. Olivier
    à ce niveau-là, on ne parle plus de pot, voyons, mais de tinaja !

    Anastase, Jsp:

    — Le suffixe latin -acum accompagnait un nom de personne gaulois ou gallo-romain pour marquer la possession : le domaine Cadusacum comme on dirait le domaine anastasien.
    — L’hypothèse du chat-huant ou du choucas serait plausible en tant que sobriquet… sauf qu’on voit mal un propriétaire gallo-romain portant un nom d’origine germanique ( *kawa ), nom qui sera en outre complété d’un suffixe latin. Les Gaulois nommaient corbos le corbeau et en avaient fait un sobriquet qui a donné son nom à Corbie (Somme), Corbon (Calv., Orne) ou à Corbonod (Ain).
    — L’hypothèse Caïus est elle-aussi sujette à caution : ce nom romain est le plus souvent identifié à Gaïus et a donné, avec le suffixe -acum, des Gageac, Gajac, Giat, Geay, Gy, etc. Je n’ai trouvé aucun toponyme directement issu de la forme Caïus.

    P.S Le Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, de Jacques Astor (Éd. du Beffroi, 2002) est une mine dans laquelle je ne me lasse pas de puiser.

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  4. à Leveto :
    Belle trouvaille, cet article sur ces tinajas !
    … l’autre, en forme de pomme de pin, ou « cadus », pouvait contenir 1600 litres et recevait le vin ordinaire.
    donc en forme de « pomme de pin », comme les fruits du génévrier qui donne l’huile de cade ?

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  5. a donné tine (cuve à vendanges) et tinette … présente dès le début de le Journée d’Ivan Denissovitch
    (c’était un seul billet mais le site n’a pas voulu l’enregistrer en entier) ???

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  6. Il me revient que j’avais signalé Cavan (Côte-d’Armor) et la kawan dans ce billet.

    Jsp : il tombe bien que vous fassiez cette allusion au cade (genévrier). Les deux homonymes (homographes homophones) sont un bel exemple de la difficulté d’interpréter un toponyme sans en connaître les formes anciennes. Cadenet (Vaucluse) — qui pourrait être un petit cadus, le fils d’un Cadus, etc. — ne peut être qu’issu du nom de la plante puisque Cadaneto du Xè siècle est formé avec le suffixe collectif -etum indiquant une abondance ( naturelle ou non) d’un végétal , d’un animal ou d’un minéral particulier. Le suffixe diminutif -et n’apparaîtra que bien plus tard.

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  7. Il existe une ville et un comté de Cavan dans la province d’Ulster – an Cabhán en gaélique (le creux selon Wiki) en République d’Irlande. Je rappelle que l’Ulster (l’une des 4 provinces avec le Leinster, le Munster et le Connacht / Connaught) n’est pas synonyme d’Irlande du Nord, car elle contient les comtés « républicains » de Donegal, Cavan et Monaghan.

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