Niterói ( réponse à la devinette du dimanche)

Jesús est le premier à avoir trouvé la bonne réponse à ma devinette, suivi de Zerbinette. Mais je n’oublie pas  de médailler de bronze Jacques C. qui a eu l’intuition d’envoyer tout le monde au Brésil!

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Le 7 juin 1494, le traité de Tordesillas donne le Brésil au Portugal.

François Ier n’accepte pas ce traité qui partage le Nouveau Monde entre ses rivaux. Il finance quelques expéditions exploratrices et un début de commerce ( notamment de bois) commence à s’établir entre la baie de Guanabara et la France.

C’est Henri II qui partira à la conquête du Brésil en finançant dès 1554  les expéditions de Nicolas Durand de Villegagnon. Celui-ci, après avoir construit un fort sur l’ile qui porte son nom, fit bâtir un village sur la terre ferme, Henriville. On donna alors alors le nom de France antarctique à cette petite colonie qui ne dépassa pourtant jamais le millier de colons et ne vécut que cinq ans.

Les Portugais, on l’imagine sans peine, ne laissèrent pas les Français en paix et au terme d’une guerre d’escarmouches menée à partir d’une petite ville fortifiée qu’ils avaient érigée à la hâte et qui allait devenir Rio de Janeiro, ils parvinrent, avec l’aide d’indiens tupis, à mettre fin à l’expérience coloniale française le 16 mars 1560.

Arariboia, un des chefs tupis, reçut, en récompense de son aide, le nom chrétien de Martim Affonso de Souza et une bande de terre de l’autre côté de la baie, en face de Rio de Janeiro. Le premier nom  du village qu’il y fonda le 22 novembre 1573, donné par le gouverneur local, fut São Lourenço dos Índios ( « Saint-Laurent des Indiens » ). Reconnu par le gouvernement central en 1819, il fut appelé Vila Real da Praia Grande ( « village royal de la grande plage » ). Finalement, le 6 mars 1835, sous le règne de l’empereur  Pierre II il fut décidé de donner un nom tupi à la ville : ce sera  Niterói.

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Et maintenant, en route pour la toponymie !

Niterói, que l’on écrivait Nitcheroy ou Nitheroy jusqu’au milieu du XXè siècle, est le nom que les Tupis donnaient à la région qui deviendra plus tard Rio de Janeiro. La ville de Niterói porte donc un nom importé, qui ne correspond pas exactement à son lieu d’origine, puisqu’elle se situe en face de Rio de Janeiro. L’explication est que  lorsqu’en 1835, sous le règne éclairé de Pierre II, on décida de donner des noms indigènes à des villes, celui de Rio de Janeiro était déjà tellement implanté et internationalement connu qu’il ne fut pas question de le changer. En revanche, Vila Real da Praia Grande, qui rappelait trop la colonisation portugaise, put bénéficier de ce retour aux sources, fût-ce au prix d’une petite entorse à la géographie. Comme je l’ai dit dans l’énoncé de la devinette, ce nom peut être traduit par « eau cachée », « port tortueux, sinueux » ou encore « fleuve( ‘y ) vraiment (eté) froid (ro’y)». Sachant que ce nom était à l’origine celui que les Tupis donnaient à la région de Rio de Janeiro, la première hypothèse semble la plus plausible si l’on prend en compte les nombreuses sources intermittentes et les crues imprévisibles de certains cours d’eau, dues à des précipitations tropicales.

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Carte française de la baie de Guanabara. 1555

Guanabara : le nom de cette baie est lui aussi tupi et, là aussi, les hypothèses sont trois, mais toutes basées sur la mer. On a ainsi proposé Iguaá, « anse, baie » accompagné de Mbara, « mer» ou Kuarana para, « la baie ( kua) qui ressemble ( rana)  à la mer (para)» . Une troisième hypothèse fait appel à la forme qu’avait la baie à l’époque ( des péninsules se sont créées depuis lors) : Guana, « sein » et bara « mer ». La référence au sein viendrait donc de la forme de la baie ( ce qui supposerait un accès à Google-Earth pour les  Tupis) ou du fait que cette baie particulièrement poissonneuse ait pu être vue comme un mère nourricière.

Henriville : il s’agit bien sûr d’un hommage à Henri II.

Rio de Janeiro: on pense généralement que c’est au cours de son troisième voyage, en janvier 1502, qu’Amerigo Vespucci, prenant la baie pour l’embouchure d’un fleuve proposa de l’appeler « fleuve de janvier ». Le nom est resté bien qu’on ait découvert qu’il ne s’agissait que d’une baie. C’est en 1566 que  la ville fut  officiellement reconnue sous le nom de São Sebastião do Rio de Janeiro, en hommage au jeune roi du Portugal Sébastien, régnant alors sous la régence de son grand-oncle.

France antarctique : ainsi nommée parce que située sous l’équateur, c’est-à-dire à l’opposé de l’Arctique. C’est le  grec arktos  qui a donné son nom au continent Arctique, quand les géographes grecs ont établi la sphéricité de la Terre et noté que le pôle Nord se trouvait dans l’axe de la Grande Ourse.

Niterói ne présentant guère d’intérêt géographique, architectural ou artistique, les Cariocas disent que son seul  intérêt est qu’elle possède la meilleure vue du Monde sur la plus belle ville du Monde…

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Rio-de-Janeiro vu de Niterói

12 commentaires sur “Niterói ( réponse à la devinette du dimanche)

  1. J’ai lu quelque part que Rio de Janeiro avait en fait d’abord été baptisé Ria de Janeiro (dont bien « baie de janvier »), et que c’est l’attraction des fréquents « rio » qui a conduit à modifier son nom au bout de quelques décennies, quand bien même il ne s’agit en effet pas d’un fleuve. N’est-ce pas crédible ?

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  2. Bon, le gras-italique n’est pas très visible. Il aurait donc été question au départ de RiA de Janeiro (le A majuscule se voit sans doute mieux que le a) ci-dessus.

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  3. La conquête française au Brésil ne s’est pas limitée à la “France antarctique”, il y a eu aussi l’aventure de la “France équinoxiale” dans les régions proches de l’équateur. Il reste encore une ville où le souvenir de la France est bien présent : São Luis

    Une statue de Saint-Louis apparaît au centre d’un immense carrefour au bout de l’avenue de France. En arrivant dans le centre-ville, la rue du 14-Juillet surprend l’œil du voyageur. Non loin de là, l’école Bécassine et un peu plus loin encore, le restaurant Louis XIII et son filet de poisson, façon La Touche. Débar­quer à São Luis do Maranhão, c’est découvrir un petit bout de France à des milliers de kilomètres de chez nous. « Son nom s’écrit avec un s et non un z. »

    Et bien sûr, en Amérique du Sud reste aussi la Guyane française.

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  4. >Zerbinette
    J’ai trouvé une autre statue d’une célèbre française à Búzios (Rio de Janeiro).

    >Leveto
    Je ne me souviens pas si vous aviez déjà écrit, dans le billet où on parlait des « métaux », sur une ville au Brésil dont le nom a changé en 1938 : Niquelândia. C’est une autre trouvaille pendant mon « périple ».

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  5. Pour vous, Jesús, ce tube des années 60 :

    Brigitte beijou, beijou

    (Brigitte Bardot, Bardot)
    (Brigitte beijou, beijou)
    Lá dentro do cinema
    Todo mundo se afobou

    BB, BB, BB
    Por que é que todo mundo
    Olha tanto pra você?

    Será pelo pé? (Não é)
    Será o nariz? (Não é)
    Será por tu cielo? (Não é)
    Será por tu pelo? (Não é)

    Você que é boa e que é mulher
    Me diga então porque que é querer

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  6. Zerbinette
    Pourquoi le tableau de Chardin ?
    Parce que « L’Enfant au toton » et qu’un toton est une sorte de … toupie !
    Ah!Ben, oui! Je n’allais pas vous mettre la photo d’un topinambour * !
    C’était une façon de donner un indice sans en avoir l’air. 🙂

    * que l’on croyait provenir des Indiens Topinambous du Brésil.

    Jesús : non, je ne crois pas avoir parlé de Niquelândia. Voilà un oubli réparé grâce à vous.

    Jacques C : je n’ai pas oublié votre interrogation sur un éventuel Ria de Janeiro. Je consulte mes grimoires!

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  7. Jacques C
    l’hypothèse d’une première appellation « Ria de Janeiro » a été émise par un historien brésilien, Vasco Mariz, en 2006,( « Os Fundadores do Rio de Janeiro: Vespucci, Villegagnon ou Estácio de Sá?« , in Brasil-França. Relações históricas no período colonial, Rio de Janeiro: Biblioteca do Exército, p. 80.
    Je n’ai malheureusement pas eu accès à cette étude et ne sais donc pas sur quoi repose cette thèse.

    En revanche,je sais qu’après sa découverte le 1er Janvier 1502, les premières cartes établies par les navigateurs mentionnent bien Rio de Janeiro.
    Il faut savoir qu’à l’époque, il n’y avait pas de distinction aussi précise qu’aujourd’hui dans la nomenclature des cours d’eau, embouchures, anses ou baies.
    Qu’on se souvienne par exemple de l’ Entre-Deux-Mers où les mers sont des fleuves.
    Le mot « rio » pouvait alors désigner aussi bien un fleuve que son embouchure ou une baie, etc. Rien ne nous prouve que les premiers navigateurs portugais aient pris pour un fleuve ce qui n’est qu’une baie. Ils ont plus probablement utilisé le mot le plus courant pour désigner une grande étendue d’eau.

    Je continue mes recherches.

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  8. Grain de Sel de Dudu pour le Sens caché de niterói :
    Qu’en dit la Langue de l’inconscient ?
    La majuscule est conventionnelle et il s’agit plus vraisemblablement du n de l’eau.
    niterói : oi~er~it~n
    Ce signifiant comporte la juxtaposition de 4 unités bilitères inconscientes:
    oi =admiration/crainte
    er = domaine fermé, caché
    it = mouvement /fixation
    n = eau(x)

    Soit pour les associations les plus plausibles:
    admiration d’un domaine fermé au mouvement de l’eau.

    Ensuite la trilogie sémantique de la Lettre N : N = vie (développement d’une ville), n = eau, n = anéantissement (inondations) peut s’y entendre.

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