Sous vos applaudissements ( réponse à la devinette)

Les deux premières communes de ma devinette ont été découvertes à quelques heures d’intervalle par Zerbinette (le 03 janvier 2014 à 13:31 ) puis par TRS ( à 17:53). Bravo à tous les deux!

Il s’agissait de Clémence-d’Ambel et de Guilhaume-Peyrouse dans les Hautes-Alpes. Raymond III d’Ambel,  reçut en partage au début du XVè siècle un village au fond de la vallée de Valgaudemar  constitué de plusieurs hameaux dont l’un possédait une chapelle. À son décès en 1445, son fils aîné étant mort depuis dix ans, il lègue sa seigneurie d’Ambel  à sa fille aînée Burguette ( ou plutôt à son mari qui devint seigneur d’Ambel, puisque la loi salique ne s’applique pas en Dauphiné …) et ses terres du Valgaudemar sont partagées entre ses trois autres filles. Clémence gardera sa part qui prendra son nom : Clémence-d’Ambel. La part de Catherine sera transmise à sa fille dont le mari, Guillaume Peyrouse rachète les parts de la troisième, Lantelme, et donne son propre  nom à ses terres : Guillaume-Peyrouse. Au début du XXè siècle, lentement et inexorablement dépeuplées, la présence de deux communes est devenue inutile et trop onéreuse: la fusion fut décrétée en 1962 et la nouvelle commune se nomme désormais La Chapelle-en-Valgaudemar.

71156477

La Chapelle-en- Valgaudemar, un village au fond de la vallée.

La deuxième partie de ma devinette concernait une commune encore existante aujourd’hui et son nom a été trouvé par TRS  samedi 04 janvier 2014 à 11:49. Il s’agit d’Arnaud-Guilhem en Haute-Garonne. Ernest Nègre dans sa Toponymie générale de la France, ( tomme III, Genève, 1998)  donne comme origine « prénom et nom de famille » en s’appuyant sur le Dictionnaire étymologique des noms de famille et des prénoms de France d’Albert Dauzat, ( édition revue et augmentée par M.T. Morlet, Paris, 1984). Si je précise ces sources, c’est qu’on pourrait douter que Guilhem soit un nom de famille. Jacques Astor, dans son Dictionnaire des noms de famille et noms de lieux du Midi de la France (éd. du Beffroi, 2002) écrit : « Arnaud représente  le germanique aran/arin,  « aigle  » associé à waldan,   » commander » »   et : « le composé germanique Will-,  » volonté », accompagné de Helm,  » casque « , est à l’origine des prénoms Guilhem et Guillaume devenus noms de famille.»

Pour en terminer avec ma devinette, je tire mon chapeau sous vos applaudissements à TRS qui s’est douté que mon Jacques-Martin  n’avait pas été choisi au hasard : il s’agit d’un vrai toponyme donné à un lieu-dit de la commune de Saint-Bonnet-de-Rochefort (Allier). Ce Jacques Martin était  propriétaire d’un moulin, aujourd’hui disparu, sur la Sioule.

J’avais bien pensé à vous demander de trouver le nom d’une autre commune « prénom + nom » mais celui-ci est trop bien caché et parfaitement introuvable. Je veux parler de Hébécrevon dans la Manche ( qui pourrait adhérer à l’association des Communes au nom burlesque).  Herberto Quevron, en 1232, doit son nom au prénom Herbert et au nom de famille Quevron, le mot normand pour Cheviron, nom dans lequel on reconnait le chevreau ou le chevreuil ( cf. le normand-picard quèvre, « chèvre »). L’attraction de crevon, mot normand désignant une poutre faisant fonction de pont de bois a modifié le nom de la ville.

Enfin, je dois aux différents contributeurs  de signaler leurs trouvailles :

Humoristiques comme Carlat (Cantal) jumelée avec Bruni, un lieu-dit de Vallarsa en Italie, proposé par Zerbinette. Carlat, Cartilatum en 839, est dérivé du nom propre Caratillus suivi du suffixe gaulois -ate.  Anastase lui a opposé Carla-Bayle . Carla, Carliago en 961,  est un Carolus + acum qui a subi l’attraction  de castellar dérivé de castellum, châtelet, auquel fut ajouté un autre diminutif –are pour faire par exemple Le Cailar ( Gard), plusieurs Castellar(d) ( dont on s’imagine qu’il s’agit d’un gros château, alors que c’est le contraire !)  et, donc, Carla-Bayle et Carla-de-Roquefort en Ariège. Bayle est le nom de l’écrivain Pierre Bayle, enfant du pays qui aurait eu sa place dans ce billet.

Plus sérieuses comme celles de TRS qui me signalait Gaspard-Bénavent ( Aveyron) et Isabeau-Marnais ( Isère ), deux communes disparues la première en 1833  la deuxième entre 1795 et 1800 . Gaspard de Bénavent était un des fils de Guillaume, premier chevalier d’où sera issue la Maison  de Rodez. Isabeau Marnais, veuve du contrôleur des finances en Dauphiné, avait fondé là une « communauté » exemptée entre autres d’impôts en s’appuyant sur d’anciens textes de loi  spécifiques au Dauphiné qu’un jugement de 1649 a annulés.

Plus sérieuse et exotique est celle que Pasdup me signalait par mail, l’algérienne Aïn Oussara qui portait entre 1935 et 1963 le nom de Pierre-Cazelles,  conseiller général de Boghar de 1901 à 1931.

images

Valgaudemar ( aussi écrit Valgaudémar pour respecter la prononciation locale) : formation du haut Moyen Âge sur le nom propre germanique Gautmarus et le latin vallis.

Ambel : in Ambellis en 739 du nom de personne latin Ambillus utilisé exceptionnellement sans suffixe.L’étymologie proposée par wikipedia ne repose sur rien et n’explique pas la terminaison -el.

Aïn Oussara est un composé arabo-berbère signifiant « la vieille ( oussara) source ( aïn) ».

Et, puisque tout finit par une chanson :

Publicité

11 commentaires sur “Sous vos applaudissements ( réponse à la devinette)

  1. Leveto,

    Merci pour les précisions et merci surtout pour le plaisir pris à chercher une chose impossible, des noms de patelins insignifiants et dont on se fout royalement… des noms que j’aurai d’ailleurs oubliés dans huit jours.
    Mais je n’oublierai pas que vous m’en avez fait bavé !…

    Il est donc juste que je me venge un peu :

    1. Une localité parfaitement homologuée et figurant aux cartes routières actuelles.

    2. Une localité tout à fait touristique et fréquentable : j’y suis allé bien souvent.

    3. A l’origine de ce toponyme, toujours un personnage historique d’antan et d’aussi médiocre notoriété que les vôtres… Tandis que la commune qui porte désormais son nom est bien fameuse, elle.

    4. Pour des raisons étranges, le nom actuel résulte d’une inversion acrobatique : le second des termes de ce nom propre (de personne) arrive désormais en première place.
    Ajoutons que la préposition d’origine est devenue un article.

    5. Un peu comme si un nommé « Peyre de Grenoble* » avait été à l’origine du nom d’un patelin qui serait maintenant « Grenoble-la-Pierre ».

    * Pour finir en chanson, selon votre rituel charmant :

    PS : Et si vous n’avez pas trouvé d’ici…… je ne sais pas trop quand -et ce sera forcément selon mon humeur- je vous fais la réponse en charade : elle est toute prête et piaffe déjà.

    J’aime

  2. TRS :
    Est-ce que Foulques d’Aunou, compagnon de Guillaume le Conquérant, à l’origine du nom Fulconis de Aneto en 1247 devenu aujourd’hui Aunou-le-Faucon dans l’Orne répond à votre devinette ?
    Sinon, j’ai aussi un Beaumont-le-Roger dans l’Eure issu de dono Rogerii de Bellomonte (1140) où Roger de Beaumont, lui aussi compagnon du même Guillaume, édifia un château au XIè siècle.

    Seul le qualificatif de « touristique » que vous employez me fait douter de mes réponses.

    J’aime

  3. Leveto,

    Vous avez raison de douter : ni Aunou-le-Faucon ni Beaumont-le-Roger ne peuvent prétendre avoir eu l’honneur de mon passage.
    Je vous parle donc d’une localité dont la célébrité ne fait aucun doute : n’importe quel Français ordinaire aura vu au moins une photo d’un élément de son patrimoine : sur l’une des pages d’un livre coûteux, dans un manuel scolaire. Peut-être sur un calendrier des postes. Que sais-je encore ?…

    Allez, comme il ne faut pas faire poireauter un type aussi sympathique que vous :

    Charade :

    Mon 1 ?… une note (et une note)
    Mon 2 ?… un ministre resté fameux
    Mon 3 ?… une céréale
    Mon 4 ?… encore une note

    Mon tout vous attend
    _____________

    PS : Vos « applaudissemnets » méritent une petite retouche.

    J’aime

  4. Si vous voulez me parler d’Azay-le-Rideau, je m’insurge!

    Azay s’appelait Aziacum ( nom de personne latin Asius + acum ) bien avant qu’un sieur Ridel n’y édifie une forteresse en 1119. C’est lui qui prit le nom de la ville pour s’appeler Ridel d’Azay devenu Rideau d’Azay. Conformément à l’usage le nom, au haut Moyen Âge, a été transformé en Azay-le-Rideau pour signifier : le village d’Azay, celui du seigneur Rideau, pour le différencier d’autres Azay, notamment d’Azay-le-Ferron dans l’Indre, tout proche.
    Bref, ce n’est pas Ridel d’Azay qui a donné son nom à Azay -le-Rideau, mais bien Azay qui a permis au sieur Ridel d’« anoblir » son nom.
    Na.

    P.S. merci pour les « applaudissements ».

    J’aime

  5. Leveto,

    Vous aviez l’insurrection facile hier soir et, ce matin, j’avoue ne pas bien en saisir le motif.

    1. Je n’ai pas dit que Ridel d’Azay avait donné son nom à la commune mais que la commune « portait son nom désormais ». Ce qui, dans mon esprit n’est tout à fait la même chose.
    Le terme Azay existait avant Ridel, tout comme le terme Ambel* existait avant Clémence.

    A proximité d’Azay-le-Rideau, on trouve encore Azay-sur-Cher, Azay-le-Ferron, Azay-sur-Indre… de la même façon qu’à proximité de Clémence-Ambel existent encore le Monestier-d’Ambel et Ambel tout court.

    Donc bien des Ambel et bien des Azay me semblent avoir préexisté à Clémence et à Ridel (que l’on n’entendra pas comme une haridelle, évidemment).
    Simplement, deux localités ont ensuite porté le nom de ces deux-là, après eux… ce qui est l’essentiel du propos.
    Ce serait donc grande injustice de refuser à l’Indre-et-Loire (qui m’est chère) ce que l’on accorde aux Hautes-Alpes, qui me sont aussi chères.

    Et dire qu’en roulant de Grenoble à Sisteron, je suis tant de fois passé à côté des charmes toponymiques du Valgaudemar !… Je ne me le pardonne pas.

    2. Bon, j’avoue maintenant qu’une part intime et infime de ma mauvaise foi, celle qui m’est constitutive, admet qu’une finesse d’interprétation pourrait exister. Mais elle est si ténue que je l’oublie, celle-là : le charme de la toponymie, telle que je la découvre à votre contact, réside aussi dans la fantaisie et ses incertitudes.

    3. Plus sérieusement (et en comptant sur votre honnêteté), avez-vous trouvé « Azay-le-Rideau » d’après l’énoncé ou d’après la charade ?…
    Ce genre de chose m’intéresse : Pic de la Mirandole ou Sherlock Holmes ?

    Mais je dois vous laisser maintenant: ma journée sera bien occupée et, sans doute, la vôtre aussi.
    _____________

    * Ambel tient son nom de la racine latine amb-, c’est-à-dire « des deux côtés », référence à la position géographique du village sur un promontoire entre la vallée de la Souloise et celle du Drac : Ambilis in Taraone en bas-latin, Hembel ou Hembellum au xve siècle.

    J’aime

  6. TRS :
    vous écrivez : « Le terme Azay existait avant Ridel, tout comme le terme Ambel* existait avant Clémence. »

    C’est là qu’est le hic.
    Ambel existait en effet avant Clémence: c’était le nom de la seigneurie paternelle en Isère. Clémence d’Ambel a importé son nom sur ses terres des Hautes-Alpes, là où n’existait qu’un petit hameau dont l’Histoire a oublié le nom.

    Le sieur Ridel était installé, lui, à Azay et s’en est approprié le nom pour se faire appeler Ridel d’Azay lors de son adoubement par Philippe Auguste.

    C’est cette petite nuance qui m’avait fait rejeter Azay-le-Rideau de la liste des solutions possibles.

    Les noms de lieux formés de la même façon « Machin-le-nom de personne » où « le » signifie « celui de » ne sont pas exceptionnels, cf. Vaux-le-Vicomte, ^Bourg-l’Évêque, etc.

    J’aime

  7. Puisqu’on parle de l’Indre-et-Loire, pourquoi omettre ceux dont on a oublié le prénom mais qui ont bien donné leur propre nom à une commune sans fioritures ni embrouillaminis :

    Richelieu (prénom : Cardinal)
    Descartes (prénom : Cogito)

    J’aime

  8. Anastase
    Alors là … ! Où avez-vous déniché ça? Je dois vous avouer que je n’ai pas pu tenir jusqu’au bout. Le troisième « dong » a eu raison de ma bonne volonté…

    P.S. je n’ai pas oublié votre énigme sur le fil Une autre! Une autre!. J’en suis à hésiter entre la via Domitia, le long de laquelle je n’ai pour l’instant rien trouvé, et la via Agrippa où je n’ai trouvé qu’Andance et Andancette qui ne correspondent pas tout à fait à vos indices.
    Quelqu’un a-t-il d’autres idées ?

    J’aime

  9. Quelqu’un a-t-il d’autres idées ?

    … moi je me suis tapé virtuellement tous les bleds que traverse la Nationale 7, en calculant, au passage de la Bourgogne, les km (sept lieues romaines) qui les séparent du site d’Alésia (damnatio memoriae ?), et en recherchant tous les blasons figurant quelque Saint-Symphorien, Saint-Forgeux, Saint-Maximin, Sainte-Reine ou autre Saint-Cyr (clin d’oeil clignotant à notre hôte…), mais rien, nib, nada, walou, que pouic, aucune piste : j’ai calé sur la devinette d’anastase, et ça m’énerve*. Du coup, je me suis dit que j’avais « autre chose à faire » que de chercher (sur le thème : « Ils sont trop verts, etc.)**.

    * d’autant plus que la mienne était tellement transparente que personne ne s’est même donné la peine d’écrire la réponse… leveto, je crois que vous avez inventé un nouveau jeu : la devinette toponymique tordue (DTT).

    ** Quand on est moderne, on appelle ça le lâcher-prise, il paraît que c’est la panacée de tous nos maux…

    J’aime

  10. J’étais persuadé d’avoir donné tellement de détails que ça allait tomber comme un fruit trop mûr.

    Si cela vous semble tiré par les cheveux, c’est que vous n’êtes pas loin du but.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s