La Sanglarine ( réponse à la devinette )

Ma précédente devinette a été résolue avec une  remarquable promptitude par TRS ( à croire qu’il lisait par dessus mon épaule quand j’en écrivais l’énoncé ) ; Le Brosseur et Un Intrus ont mis plus longtemps.

Il fallait trouver le nom de La Sanglarine, un lieu-dit près de Cazaux en Gironde, sur la commune de La Teste-de-Buch, où Peter Ericson, un ingénieur suédois appelé par Colbert pour mettre en valeur la forêt des Landes, entreprit en 1663 de construire des fours à gaz ( des hourns à gaz, dans le parler local ) pour fabriquer du goudron à partir de la résine des pins landais, notamment de la forêt de Biscarosse, goudron qui sera utilisé principalement dans la construction navale.

C’est en 1663 que Joseph Lombard, Commissaire de la Marine à Bordeaux, mandaté par Colbert du Ter­ron, Intendant de la Marine à Rochefort et cousin du ministre, se rend à La Teste . Il est accompagné de deux Suédois, Peter Ericson et son valet Hendrick Joos, qui ont été recrutés pour enseigner aux gens du pays ce que ces derniers savaient déjà faire : produire du goudron .

Cela  permit ainsi la création de la Manufacture Royale de Goudron des Landes censée rendre la France, souvent en guerre mais aussi pays de pêcheurs, de commerçants et d’explorateurs, indépendante de la production suédoise. Ce but ne fut jamais atteint ( pour les raisons que vous trouverez expliquées en suivant le lien précédent) et la production de goudron des Landes diminua  progressivement pour cesser, sauf peut-être à usage local, à la fin du XVIIIè siècle.

Le site dit Les Deux Hourns garde encore la trace des deux premiers fours.

cul-de-lampe-03

Sanglarine : doit son nom au provençal sanglarino, « lézard gris ». Une dune porta le nom de Sanglarin  à l’ouest de l’actuelle par­celle des « Deux Hourns ».

Les Deux Hourns : hourn est la forme gasconne du fourn ( du latin furnus,  « four » ) résultant de la transformation du f initial en h dans cette langue. Voici un extrait d’un remarquable blog de toponymie :

On peut signaler aussi le fort du Hâ de Bordeaux ( tristement célèbre pour avoir servi de prison pendant l’Occupation ) pour aussitôt dire que son  nom n’a rien à voir avec un haha. En effet, il s’agissait à l’origine d’un fanal placé sur une porte de l’enceinte du castellum fari  (1289). Le fanal, alors appelé far (cf. phare) a donné son nom à la Porte du Far puis à la Tour du Far et au château du Phare. L’évolution phonétique classique en gascon — où f et h ont été employés indifféremment — a fini par faire de far le nom.

Cazaux : le latin casa, d’abord « hutte » puis « maison rurale » et enfin « domaine », a donné l’ancien provençal cazal et ses variantes dont casau  ( ainsi que l’ancien français chazel ou chazeau) au sens de « métairie »: Cazaux était l’une d’entre elles.

La Teste-de-Buch (Gironde) : du latin testa, « tête, partie avancée ». Le pays de Buch doit son nom à un peuple très ancien à l’histoire compliquée … La suite est  à lire sur le même remarquable blog de toponymie cité un peu plus haut en suivant ce lien. Ce n’est qu’en juin 1994 que ce déterminant sera officialisé, tandis qu’on disait depuis longtemps déjà La Tèsta de Bug en occitan.

Biscarosse ( Landes): c’est là que les deux carrosses mis à leur disposition par  Colbert firent halte et déposèrent Peter Ericson et son valet.

Mais non, je rigole! Le nom vient de l’aquitain *biskar, à rapprocher du basque bizkar, « tertre », accompagné du suffixe pré-celtique aquitain -oss dans sa forme féminine -ossa.

Finissons en chanson avec Le Lézard d’Aristide Bruant repris par Renaud :

culdeco

Ce dimanche ayant été consacré à fêter avec ma compagne l’anniversaire de notre benjamin autour d’une excellente table ( j’ai pour ma part choisi la cassolette de cuisses de grenouilles au citron vert et j’ai bien fait!) avec une très bonne bouteille ( mon fils a choisi un Hermitage blanc et il a bien fait!), je n’ai pas eu le temps de concocter une nouvelle devinette ( ni de me consacrer à celle de TRS sur le précédent fil). Rendez-vous, sans doute, à mardi!

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6 commentaires sur “La Sanglarine ( réponse à la devinette )

  1. Vétillons un instant car il n’est rien de tel pour bien commencer la journée.

    …la chanson Le Lézard d’Aristide Bruant reprise par Renaud.

    Non, Leveto, il ne s’agit pas d’une chanson et d’ailleurs Renaud ne chante pas… Il dit !
    Car il s’agit bien là d’un monologue, l’un des nombreux qu’a écrits Bruant.
    Voir liste ci-dessous :

    http://www.epmmusique.fr/fr/cd-litterature-poesie-et-texte/1700-aristide-bruant-monologues-litterature-textes-et-poesies-cd-epm-musique-aristide-bruant-3540139868975.html

    Et si vous êtes un rien attentif, vous aurez remarqué l’absence d’article défini quand il s’agit de dépeindre un caractère particulier, une figure sociale ou une caricature pitoyable :

    Philosophe
    Sonneur.
    Récidiviste.
    Amoureux
    Côtier.
    Soulaud.
    Jaloux.
    Gréviste.
    Casseur de gueule.
    b>Lézard
    Grelotteux… etc.

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  2. Autre broutille… (dont vous n’êtes pas responsable pour cette fois, Leveto) :

    Deux Suédois, Peter Ericson et son valet Hendrick Joos… etc.

    Le patronyme Ericson sonne parfaitement « scandinave ».
    Il n’en va pas de même avec Hendrick Joos, qui fait tout à fait flamand (ou batave).
    Exemples :

    Un artiste :
    http://www.askart.com/artist/Hendrick_Joos/11185961/Hendrick_Joos.aspx

    Une concubine ancillaire qui, faute de pouvoir être une épouse modèle, fut un modèle fameux :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Hendrickje_Stoffels
    _______________________

    Considérations consécutives d’un lundi matin
    Et à propos de la mondialisation des savoirs technologiques, autrefois, en Suède et ailleurs :

    Le Suédois de ces temps savait l’art du goudron. Suffisamment pour tenter de l’exporter.
    Mais le pauvre était bien démuni en ses aciéries… et si malhabile qu’il lui fallut faire appel aux Wallons.
    La chose est attestée dans une notice Wikipedia : « Les Wallons de Suède ».
    J’en extrais ce passage savoureux :

    « Les Wallons sont plus forts que les Flamands, plus maigres, plus nerveux, plus sains, et ils vivent plus longtemps. Leur habileté et leur professionnalisme sont supérieurs à ceux des Flamands. Ils dépassent les Français en ténacité et ardeur – qualités qui ont favorisé leur immigration en Suède. Mais leur impétuosité passionnée les fait ressembler au peuple français. » (3 juin 1922).

    Moralité :
    La Nature, en son infinie sagesse, n’ayant pas accordé au Flamand quelques unes de ces qualités qui font du Wallon un farouche gaillard, estimé jusque dans les plus nordiques contrées, il ne lui restait plus, à ce pauvre Flahute, que la condition de valet à l’export, un avenir professionnel contenu dans la seule domesticité. Vraiment pas de quoi la ramener !

    On s’en est d’ailleurs moqué en musique :

    Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut
    Tous les Flaminds sont des Flahutes

    *
    ______________

    * De nos jours et (strictement) par chez moi, le terme «flahute» a aussi pris le sens de «grand feignant incapable», un type qui bosse très peu tout en salopant l’ouvrage.

    P.S : Il n’y a pas bien loin d’Hendrick à Hendrix… mais ce n’est pas une raison suffisante pour venir piétiner mes Blue Suede Shoes :

    Qu’on se le dise!

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  3. Elvis mis au placard… !

    C’était pourtant une excellente idée que cette évacuation sanitaire… et vous avez eu grand tort d’insister, Zerbinette.
    Car voyez-vous, Blue Suede Shoes, c’est d’abord et surtout Carl Perkins ! Et je préfère un songwriter musicien à un type qui gigote en malmenant un instrument qu’il connaît à peine.
    Hendrix, c’est autre chose : il n’a pas eu besoin d’un jeu de hanches particulier pour s’attirer le respect, son jeu de guitare y suffisait.
    Quant au jeu de jambes, dans la variété, je ne le supporte qu’avec des interprètes particulièrement bien équipées… mettons Karen Cheryl.
    ___________________

    Anecdote « raccord »… par pure complaisance pour le Véto, désormais rangé des fûts de tom bass et des charleys, mais toujours cashophile* :

    W. S. « Fluke » Holland fut ce batteur qui participa à la session d’enregistrement de Blue Suede Shoes, en 1955. Ensuite et bien longtemps, il a suivi Johnny Cash. Son personnage est campé dans Walk the line et il a sa notice dans l’English Wiki.

    Ce genre d’information, ainsi que vous en conviendrez, Zerbinette, est indispensable à l’édification du peuple. On s’y dévoue.
    ___________________

    * Signes cliniques : Le cashophile se fait payer comptant et en espèces. S’il est content de la somme, il se trémousse d’aise. Son assistante docile, en courte jupette à franges, lui apporte alors son Stetson et l’aide à enfiler ses Santiags.
    Il s’ensuit un moment de pure déraison cathartique. On a ainsi vu, dans le 84, un praticien honorable en de si fâcheuses postures que la décence et la discrétion nous interdisent de les rapporter… Mais cela ne dure généralement pas : – June est là qui met le holà. C’est une maîtresse femme ! Pas vraiment une nigaude.

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