Des moyens de défense et de la devinette du dimanche

Mes derniers billets étaient consacrés aux murs et murailles, des ouvrages de maçonnerie parfois défensifs, avec le succès que l’on sait  et que l’on retrouve dans nombre de toponymes .

Le bois a lui-aussi servi à construire des moyens de défense. Il s’agissait à l’origine  d’enclore un champ, puis la ferme, voire le manoir et plus tard mais plus rarement, le château. On utilisait pour cela des branchages entrelacés pour former des haies que l’on espérait dissuasives.

Le verbe plaissier, « courber, ployer », employé pour « tresser des branches souples » est à l’origine de l’ancien français plessis d’où sont issus  de nombreux toponymes.

Le plessis pouvait être soit un espace mis en défens ( c’est-à-dire défendu à tout un chacun puisque réservé au seigneur) soit la résidence du seigneur elle-même. Le toponyme  est dans ce dernier cas le plus souvent accompagné de celui du propriétaire : Le Plessis-Dorin (L.et-C.), Le Plessis-Pâté ( Essonne), Le Plessis-Bouchard (Val d’Oise), etc. On connaît aussi Le Plessis- Piquet qui est devenu Le Plessis-Robinson pour la raison que je donnais tout en bas de ce billet.

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Sur un autre continent que le mien* — et c’est le début de la devinette du dimanche — un autre matériau a été utilisé comme moyen de défense. Ce n’était certes pas la première fois qu’on utilisait ce genre de défense mais c’est, à ma connaissance, la seule fois où cet emploi est à l’origine d’un toponyme, qu’il vous faudra trouver…

Allez! un petit peu d’aide :

Il ne s’agit pas d’Antiquité.

La ville est plus connue par la version anglaise de son nom appliqué à un produit régional qui a connu une certaine notoriété avant d’être abandonné.

Je parle bien de matériau comme  la pierre pour les murs et le bois pour les plessis . Ne pensez pas aux constructions : exeunt les châteaux-forts, les tours, les remparts, les forts, etc.

Un dernier indice — façon moi-même — en chanson :

* mes lecteurs étrangers ne savent peut-être pas que je vis en Europe…

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6 commentaires sur “Des moyens de défense et de la devinette du dimanche

  1. La daube dominicale on sait ce que c’est… Une affaire de simple comestible, roboratif aussi. On en fait tout un plat mais il faut avouer qu’on ne peut pas trop compter sur elle quand il y a péril annoncé en nos demeures de paisibles citoyens.

    Mais l’adobe de BTP, c’est une autre affaire, autrement sérieuse ! Et Vauban, notre maître à tous au Ministère de la défense, ne disait-il pas : – Dès que je serai nommé responsable des fortifications de la Françafrique, le cri du cœur qui viendra de ma gorge sera énoncé en deux syllabes bien sonores : – BANCO !
    La postérité dystopique et toponymique est là pour en témoigner :

    Aspect technique :
    – La recette de l’adobe – nom de code « banco » – n’est pas celle de la daube. Et les modes de cuisson sont différents. Voir explications du Marmiton de l’Arsenal.

    Aspect défense collective :
    Il est évident. D’imposantes bâtisses, made in banco et dépourvues d’ouvertures, découragent à jamais les poliorcétiques aventureux. Comme on peut le voir ici :

    Ajoutons que les constructeurs ont eu l’audace architecturale et pâtissière d’élever une pièce montée en guise de repoussoir définitif…
    – Et alors, je vous le demande maintenant, quel viril combattant irait risquer sa peau pour une telle promesse de sucrerie ?… Des femmes à violer, oui… mais ça non… Jamais !

    Aspect autodéfense , durant le temps du chantier et instructions données aux travailleurs du bâtiment, en conformité avec les strictes directives de l’Inspection du travail :
    – Si jamais tu vois venir de loin ta belle-mère ou un huissier, un maraudeur ou un véto « fiché S » (= S comme sadique), alors façonne une ou plusieurs boules de banco illico, toutes calibrées façon projectile de pétanque. Et vois la suite à donner : one shot direct ou tir en rafale sur l’intrus.
    Tu pourras alors constater et dire que le BANCO, modèle MAMA (=Manufacture des Armes Maliennes Adaptées) est une excellente arme de jet, écolo tout comme il faut et d’un coût raisonnable pour le coup.

    Aspect topoludique :
    Après ta journée de labeur- sueur et cœur à l’ouvrage- tu rentreras à Banco*, mon frère et mon camarade de lutte, avec la satisfaction de la belle ouvrage bien faite… et tant pis si cette cité ne doit peut-être rien au matériau… et que Pascal Danel… Bof !

    * https://fr.wikipedia.org/wiki/Banco_(Mali)

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  2. Bien vu, TRS… même si je ne suis pas sûr que leveto considère que le banco soit à proprement parler un « moyen de défense », ou alors toute construction est une défense en puissance ?

    Mais si vous voulez argumenter en ce sens, vous auriez au moins pu prendre des exemples où le banco a vraiment servi à bâtir des forteresses, telles les tata-somba (on dit « un » tata, pas « une ») du Nord-Bénin et Nord-Togo, dans le massif montagneux de l’Atakora, en zone de savane arborée.

    Ça n’a-t-y pas de la gueule ?

    Et là ?

    Je dispose par devers moi d’un paquet de bien meilleures photos, mais me refuse toujours à ouvrir un compte sur un site de partage de photos en ligne… Il se trouve en effet que j’ai passé plusieurs mois dans cette région, à une époque où il était encore possible de n’avoir ni téléphone ni radio (ni télé !), ni ordinateur — ni même électricité — pendant une demi-année, et de le vivre parfaitement bien, rythmé par un courrier tous les mois et demi (3 semaines pour une lettre vers la France, 3 semaines pour la réponse). Belle époque insouciante ! Il suffit juste de « passer » sur la gestion d’une bonne crise de paludisme, les risques du métier, pas de quoi s’en formaliser… une fois que c’est vaincu *.

    Il faut savoir que ces forteresses de banco abritent simplement une famille nucléaire, c’est-à-dire homme-femme(s)-enfants (un hameau familial large regroupant souvent entre 5 et 12 tata-sombas, chacun à une distance de flèche des autres). Il s’agit donc d’habitat individuel, bien bourgeois. Les tourelles sont creuses et servent de chambres… mais ne sont accessibles que depuis la terrasse. Sacrée sécurité : la grande pièce entre les murs n’abrite que les ustensiles et condiments suspendus au plafond, quelques poules faméliques durant la nuit, autrefois un ou deux bœufs (désormais confiés à un village de Peuls, parsemant de loin en loin la région), et une échelle en bois. Il faut pouvoir escalader l’échelle pour accéder à la terrasse par son unique ouverture intérieure étroite. Et là, le confort trois étoiles : grand espace ensoleillé protégé de toute intrusion extérieure par des créneaux, silos à grains, entrées des tourelles (dans lesquelles on descend également via une échelle). Les éléphants et les lions n’avaient qu’à bien se tenir ! ** C’était donc bien une architecture défensive, non pas contre les humains mais contre les bêtes sauvages.

    ————–

    * Cette forme de paludisme est particulièrement courtoise, puisqu’elle n’est pas chronique et vous laisse tranquille par la suite. Bon, la contrepartie est qu’il s’agit de la souche la plus coriace et meurtrière, mais ça a le mérite d’être simple : vous êtes à l’article de la mort pendant deux jours, et ensuite ça passe ou ça casse. Une situation claire et loyale.

    ** Je parle au passé pour une triste raison : il ne se trouve plus ni lions ni éléphants dans la région. Quelques-uns survivent encore dans deux réserves naturelles situées un peu plus au nord, à la frontière du Burkina-Faso. Mais dans le massif de l’Atakora, point.

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  3. Ah! Voilà pourquoi j’aime bien ce blog : j’y apprends toujours de nouvelles choses!

    Merci, TRS, pour ce banco que je ne connaissais pas.
    Jacques C., qui a bien complété vos infos, a compris qu’il n’était pas acceptable en tant que matériau dédié à l’unique défense.
    Votre proposition est donc … bancale.

    P.S. n’oubliez pas la piste du produit régional qui a donné une certaine notoriété au toponyme.

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  4. Tiens, en regardant de nouveau la première photo, je m’aperçois qu’elle présente l’intérêt de montrer le type d’échelle utilisé. J’avais failli en ajouter une description dans mon précédent commentaire, mais ne savais comment le faire simplement. Eh bien le plus simple est en fait de regarder derrière l’enfant : une échelle est posée contre le mur, constituée d’un tronc évidé par saccade, formant ainsi des marches.

    Vous constatez sans peine qu’elle est beaucoup trop courte pour permettre de passer par-dessus la muraille. C’est normal, elle doit normalement être utilisée à l’intérieur (on n’accède jamais à la terrasse par l’extérieur) et a juste la taille nécessaire pour atteindre le sol de la terrasse. La différence correspond au mur défensif qui entoure ladite terrasse.

    Il n’est pas vraiment normal de voir une telle échelle à l’extérieur, vu qu’elle est faite pour être tout au fond de la « pièce » obscure du bas (obscure, bien sûr, car ne disposant que d’une unique et étroite entrée : c’est pour cela qu’elle n’est, comme je le disais plus haut, qu’un entrepôt et pas du tout un lieu à vivre), posée contre une tourelle située exactement à l’opposée de l’ouverture du bas, et donnant accès au passage supérieur. Et comme elle sert à se protéger de l’extérieur et non pas à protéger l’extérieur contre les habitants du tata, elle n’est déplacée que pour être tirée sur la terrasse durant la nuit (ou le jour en cas d’urgence).

    Deux hypothèses : soit l’un des personnages visibles a fait une blague à ses amis et les a bloqués sur leur terrasse (= dans leur maison) en retirant espièglement l’échelle ; soit c’est une échelle récemment creusée, mise à sécher avant usage.

    ————

    Pour ne pas y revenir, j’ai jeté un dernier coup d’œil sur cette première photo. La porte en tôle est bien sûr une innovation récente ; les tatas traditionnels n’obstruent pas l’ouverture de façade. Et les marques visibles sur le mur (de banco !, rappelons-le) au-dessus de cette porte correspondent certainement à des objets qui ont été enlevés. Les façades sont en effet habituellement décorées de crânes de bovins, de sculptures, etc. Cette façade cumulant absence de décoration et marques visibles, les deuxièmes sont sans doute ce qui reste des premières.

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