Du hêtre

                                                             à JSP, qui m’a soufflé le sujet

Le hêtre, Fagus sylvatica, est un arbre commun de nos forêts et, comme ses cousins le chêne et le châtaignier, il est à l’origine de nombreux toponymes et d’encore plus nombreux micro-toponymes.

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Le latin fagus désignait l’arbre adulte et a évolué en un grand nombre de formes en ancien français comme fai, foi, fou, fau, etc. Ce sont ces formes anciennes, on s’en doute, qui sont à l’origine des toponymes. Le hestre désignait, au Moyen Âge, le jeune arbre que l’on coupait régulièrement mais son nom a fini par s’étendre à l’arbre adulte et à supplanter les formes dérivées du latin fagus [ pour une fois que wiki ne dit pas trop de bêtises je vous renvoie chez elle, si vous voulez en savoir plus].

Bon. Un peu de toponymie ?

Fagus, « le hêtre », et fagetum, « la hêtraie », apparaissent dans toute la France sous des formes extrêmement diverses — ce qui peut s’expliquer aisément quand on sait que les consonnes intervocaliques, ici le –g-, ont eu tendance à s’amuïr : il ne restait plus qu’une syllabe à prononcer et les accents régionaux ont fait le reste. En voici quelques exemples:

La plus ancienne attestation de fagus se trouve sans doute dans le nom de Laffaux (Aisne) noté Latofao au VIè siècle avec l’adjectif latin latus, « large ».

Faux ( Ardennes, de Fau en  1146 et aussi en Dordogne), Faux-Fresnay (Marne, Fagus en 948), Le Fau (Cantal).

Le Faou (Finistère, à prononcer « Le Fou »), le Faouet ( C.-d’Armor, Morbihan).

Fay ou Le Fay (Aube, Essonne, Drôme, Orne, etc.), Faye ou La Faye ( Cher, Char., Deux-S., M&L, etc.), Fayence (Var), Fayet ( Aveyron, Aisne, etc.), Feyt (Creuse).

Foy ou La Foy ( Cher, Deux-S.).

En composition, fagus entre aussi dans de nombreux toponymes :

Affoux (Rhône, Loire) est un ad fagum, « près du hêtre »; Auffay (S.et-M.) est un altus fagus, un « haut hêtre» ; Beaufou (Vendée), Beaufour (Calv.), Beaufrai (Orne) et Belfahy (Hte.-Saône) sont un bellus fagus, « beau hêtre »; Mifaget ( Pyr.-Atl.) est un medius fagus, le « hêtre du milieu»; Hautefage (Cor., Alta Fagia en 1315) est une « haute forêt de hêtres ».

Dans le Sud-Ouest gascon, où le –f- a pu devenir –h– ( ne faites pas les étonnés, je vous l’avais déjà dit à propos du fort du Hâ bordelais ! ), on trouve le hage à l’origine de Lahage (Hte-G.) Hagetaubin( Pyr.-Atl., avec le nom de famille Aubin), Hagetmau (Landes, fagus malus, le « mauvais hêtre »), Hagedet (H.-Pyr.) ou encore La Hagède (à Saint-James, Pyr.-Atl.).

Dans le sud de la Normandie, comme dans l’Orléanais et la Touraine, on trouve quelques dérivés du diminutif *fagustellus  ayant donné foutiau : Le Fouteau (à Yvré-l-Évêque, Sarthe et à Azay-sur-Cher, I.-et-L.), La Foutelaie (à St-Germain-le-Fouilloux, May.), Les Fouteaux ( à Bouffry, L.-et-C.), etc.

Le Centre nous fournit quelques dérivés du type Fayot ou Fayau  ainsi que Feuillard qui est bien un dérivé de foyard, « hêtre » et non un endroit feuillu. Dans la même région, on trouve le fouineau ou fouinau, « hêtre », dérivé de fouine, une altération de faine, elle-même issue du latin fagina, « fruit du hêtre », à l’origine de nombreux noms de lieux-dits comme le Fouineau à Sassierges-Saint-Germain ou les Fouineaux à la Buxerette, à Niherne, à Tendu dans l’Indre, etc.

Vous avez peut-être noté dans cette liste Belfahy en Haute-Saône. Non loin de là se trouve une montagne au sommet plat qui est appelée la Planche des Belles Filles.* Il s’agit bien sûr d’une adaptation romantique du nom de belles fahys, «les beaux hêtres ». Ceci dit, ce nom me semble quelque peu oxymorique : pour la plupart des hommes, une belle fille ne devrait rien à voir avec une planche — sauf peut-être pour Gainsbourg

images

Vous l’attendiez sans doute, la voici :

Le latin fagus, on l’a vu, a dérivé vers de nombreuses formes qui ont quelquefois, puisque  mal comprises, été refaites comme Belfahys est devenu Belles Filles.

C’est ainsi qu’une petite commune d’un département français** à façade maritime a vu le déterminant de son nom, issu de fagus, transformé en un mot mieux compris par ses habitants.

Quelle est cette commune ?

Ah! Oui! Il faut que je réfléchisse à un indice …. Peut-être mardi ? À moins que ce ne soit déjà fait…

* Merci encore à JSP qui m’a fait découvrir ce toponyme.

** Peut-être vais-je m’intéresser un jour aux aliens  hêtres d’ailleurs …

7 commentaires sur “Du hêtre

  1. J’ai trouvé, c’est Bormes-les-Mimosas, qui s’appelait originellement Bormes-en-fagusse. Comme il n’y a guère de hêtres dans la région et comme les mimosas y sont légion, le changement de nom était inévitable.

    Plus sérieusement, quand vous dites « le déterminant de son nom », c’est bien à ce genre de forme que vous pensez ?

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  2. Exactement, Jacques C.!
    Il s’agit de trouver le nom d’une commune du genre Machin-du-Truc, où Truc est le déterminant dérivé du nom du « hêtre » mal compris et transformé en un mot plus familier pour les habitants.

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  3. HÊTRE OU PAS HÊTRE ?

    « le Faouet ( C.-d’Armor, Morbihan). »

    ——————–
    Lu dans la presse le 24/09/2020 :

    « Le Faouët des Côtes d’Armor ne veut plus être confondu avec le village homonyme du Morbihan et est déterminé à changer de nom pour mettre fin à des situations cocasses, a-t-on appris mercredi auprès du maire.
    Le conseil municipal, réuni le 16 septembre, a décidé de trouver une nouvelle appellation. Quatre propositions ont été retenues: Ar Faoued (le nom breton), Le Faouët en Trégor, Le Faouët sur Leff ou Le Faouët d’Armor. Une consultation sera lancée à la fin du mois auprès des habitants. »

    https://www.lefigaro.fr/flash-actu/un-village-breton-veut-changer-de-nom-pour-cause-d-homonymie-20200924

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  4. Pour un helléniste, « asbestos » signifie « inextinguible » (on le retrouve, au sens figuré, dans « le rire inextinguible des dieux »).

    En anglais, cela désigne l’amiante.

    Dans le premier cas, c’est plutôt positif. Mais pas dans le second.

    En France, un patelin qui se nommerait ainsi (surtout dans le Sud-Ouest) ne poserait aucun problème : le Français ignore superbement le patois de la Perfide Albion, et, en plus, ça sonne gascon.

    Mais on comprend que, dans la Belle Province, encerclée par les hordes anglophones, il en aille autrement !

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  5. TRA

    L’histoire du Faouët m’a été rapportée le 22/09 par jsp, lectrice d’Ouest France.

    Pour ce qui est du nom d’Asbestos, il me semble que le rapprochement avec l’asbestose ne manquerait quand même pas d’être fait pas les Français, fussent-ils Gascons.
    « Ces maladies ont un bilan humain considérable. Non seulement 35.000 personnes sont mortes, en France, d’une maladie de l’amiante, entre 1965 et 1995, mais entre 50.000 et 100.000 décès sont encore attendus d’ici 2025. Selon l’Organisation internationale du travail, 100.00 personnes meurent chaque année, dans le monde, du fait de l’amiante

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