Uriage ( répàladev)

Renouvelons pour commencer nos félicitations à TRS et Un Intrus, auxquels s’est adjoint LGF, pour leur sagacité : ils sont les seuls à être venus à bout de ma dernière devinette.

Il fallait trouver Uriage, nom d’une petite vallée iséroise où se trouve Saint-Martin-d’Uriage sur une partie du territoire duquel fut bâtie la station thermale Uriage-les-Bains.

Uriage-les-Bains

Les premières attestations écrites de ce nom sont les suivantes :

in Auriaco, territorium Auriagi, de Auriagio, de Auriatge au XIè siècle puis capella de Oriatico au XIè siècle après l’édification d’une chapelle, ecclesia Sancti Martini de Oriatico au XIIè siècle et parrochia Sancti Martini de Uriatico au XIIIè siècle. On trouve aussi Auriacum et Auriaticum au XIIè siècle, Uriaticum au XIIIè siècle, Uriacum au XIVè siècle et enfin Uriagium et Uryage au XVè

On en déduit une origine selon le latin aureus, « couleur d’or », accompagné du suffixe -aticum dont l’évolution en -age est bien attestée par ailleurs.  Cette hypothèse est celle d’Albert Dauzat et Charles  Rostaing, auteurs  du Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France ( Larousse, 1963 ). Les autres auteurs d’ouvrages dits de référence comme Ernest Nègre, Pierre-Henri Billy, Stéphane Gendron, etc.  (cf. Bibliographie ) n’abordent pas le sujet.

Quelques étymologies moins étayées, dont certaines plutôt fantaisistes, ont été proposées.

Le site en ligne consacré aux Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs, prétend qu’Uriage  « serait dérivé d’un nom lusitano-ibère Viriatos avec le suffixe -aticum ». Si le suffixe -aticum et le nom lusitain  Viriate sont bien attestés, on peut émettre un doute quant à la présence d’un lusitano-ibère dans les Alpes qui y serait resté suffisamment longtemps pour y laisser une telle trace : il est en effet généralement admis que les Ibères n’ont pas progressé plus loin que le Rhône lors de leur pénétration en Gaule. D’ autre part et d’un point de vue phonétique, on peut aussi noter que dans les parlers alpins, le V initial a évolué, le plus souvent, en G, comme Vappincum a donné son nom à Gap.

Une autre étymologie a été proposée à la fin du XIXè siècle par plusieurs auteurs dont H.-G. de Vallier dans Les Mystères d’Uriage ( Grenoble, 1861 ) qui écrivit :

uriage

Il avait été précédé en 1684 par Guy Allard (in Bibliothèque du Dauphiné, manuscrit publié par H. Gariel, Grenoble, 1864 )

uriage 2

Dès 1821, le Dictionnaire des sciences médicales  mettra pourtant en garde :

uriage 3

Dans son Album du Dauphiné paru en 1835, Victor Cassien contestera lui aussi cette étymologie d’« eau chaude » et proposera une origine celtique :

uriage 4

On se souviendra à propos de cette supposée étymologie celtique ( ur, « pâturage », et ag, « montagne » ) que, dans les Alpes, le mot qui désigne un pâturage de montagne est … *alp, un radical pré-indo-européen bien connu.

Voilà qui clôt le chapitre des étymologies pseudo-savantes. Il faut dire à la décharge de leurs auteurs que la science toponymique n’existait pas encore à leur époque et qu’ils ne connaissaient pas les formes anciennes du nom d’Uriage.

cul-de-lampe bis

Les indices :

  • le champ de courges :
Grenoble au temps des Gaulois
Grenoble au temps des Gaulois

illustrait un ancien billet consacré à D’Augustes cités, dont Grenoble, à 8km à peine de Saint-Martin-d’Uriage. J’écrivais alors : « ( Grenoble ) portait le nom de Cularo ( 43 av. J.-C. ) du gaulois culara, « courge, cucurbitacée », sans qu’on  puisse expliquer cette étymologie ( un champ de courges ?) ».

  • la francisque et la médaille de la Résistance

indice a 09 12 18indice b 09 12 18

rappelaient le passé du château d’Uriage qui servit  d’École nationale des cadres de la jeunesse du Régime de Vichy avant de passer à la Résistance.

château d'uriage

  • la pièce de monnaie

indice a 11 12 18

à l’effigie de Gratien rappelait l’étymologie du nom de Grenoble, Gratianopolis.

  • la une du premier numéro du Monde 

indice b 11 12 18

rappelait que son fondateur, Hubert Beuve-Méry, fut formateur à l’École des cadres d’Uriage avant de s’engager dans la Résistance.

  • la vignette de bédé :

indice c 11 12 18

pour Les Bains, évidemment. Les eaux thermales d’Uriage étaient connues des Romains.

4 commentaires sur “Uriage ( répàladev)

  1. Dans son ouvrage « Atlas de la Ligurie primitive », Jean Sylvestre MORABITO propose l’étymologie suivante :

    « S’agissant d’une station thermale, on peut d’une façon crédibLe rattacher ce nom à la racine primitive ur(i), « source » (LB, MM, AYMARD) + at « l’eau » « le fleuve » + suffixe locatif iko (PYL) = uriatiko « le champ de la source d’eau ». »

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  2. Pour « cularo », voici ce qu’il dit :

    « Traditionnellement radical celtique cularo « champ de courges » XD (!) + suffixe one ; VINCENT supposait une métathèse ancienne karalo (cf XD). On aurait dans ce cas les racines kar « rocher » + ul « source » = karulo « la source du rocher » > kuralo > kalaro (?) ; PAUL-LOUIS ROUSSET indique la racine KUL, d’origine celte ou latine, veut dire que le bourg d’alors était situé « derrière, en bout ou au bout, à l’extrémité du dernier promontoire des montagnes de Chartreuse ou du territoire des Allobroges qui prenait fin en ces lieux » > latin culus « cul » « derrière », français culée « appui extrême d’un pont » peut désigner un modeste terroir derrière le rocher de la Bastille (se retrouve dans culaz, culasson, culoz, culées alpines ou reculées du Jura, qui sont des fonds de vallée terminées par des falaises). H. BESSAT et C. GERMI ont relevé que les noms de lieux reculés, situés en fond de vallon ou adossés à une pente, là où l’on « acculait » le troupeau, étaient souvent formés sur le mot « cul » (cul du saix noir, culatte).

    Il pourrait s’agir de la vieille racine kal « promontoire » « hauteur rocheuse » + ar « rivière = kalar « le promontoire de la rivière » (promontoire du fort de la Bastille ?) > kular (par passage a > o >u cf. PYL° + suffixe gallo-latin one = kalarone.

    On pourrait aussi y déceler la racine originelle ul « source » (qui se dit aussi ur) + ar « rivière + initiale k, qui pourrait découler de l’aphérèse de ak « pointe rocheuse », « éperon », « pic » = akular « la source de l’éperon rocheux de la rivière » (?) (culabone de PEUTINGER peut provenir d’une confusion r > b car toutes les autres formes relevées comportent un r).

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  3. TRA

    je ne connais pas ce Jean Sylvestre Morabito , ni donc son Atlas de la Ligurie primitive.
    Je ne peux donc rien en dire. Si j’en ai le temps, je vais me renseigner.

    Il me semble, à bien y réfléchir, que vous en aviez déjà parlé ici, mais je ne sais plus à quelle occasion. On verra plus tard.

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  4. Chercheur
    Dictionnaire de quelque 4600 ethnonymes et geonymes reconstitués dans leur forme etymologique protoceltique originelle. Ils sont répartis sur tout le domaine de la Ligurie primitive, tel que l’avaient défini les anciens auteurs grecs: à savoir d’une part, depuis Narbo jusqu’à Antion (Anzio)et d’autre part depuis les rivages méditerranéens jusqu’au lac Léman, les Alpes Graiae et le bassin du Pô.
    Ce domaine est fragmenté en 19 cartes paléogéographiques en couleurs avec index permettant de se reporter au dictionnaire alphabétique.
    Les noms primitifs y sont restitués dans leur forme originelle à partir des racines-souches recensées dans les dictionnaires ouest-européens, par la stricte application rétroactive des règles de mutations morphophonétiques établies par les nombreux linguistes universitaires européens.
    Corrélations et liaisons spatiales et symbiotiques, en adéquation avec la paléogéographie et en connexion étroite avec l’archéologie, sont établies entre les différents territoires et groupes ethniques de la Ligurie primitive et les différentes composantes dialectales d’un « protoceltique » qui appert disséminé dans tout l’Ouest européen.

    Après des études classiques littéraires, une initiation à l’archéologie, un cursus universitaire aux facultés des Sciences de Marseille et de Paris et un doctorat en Sciences de la Terre, Jean Sylvestre Morabito s’oriente vers une carrière professionnelle dans la recherche géologique et minière.

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=28055

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