Vous reprendrez bien un peu de bateau ?

Le sujet semble inépuisable : si les bateaux tiennent une place insoupçonnable dans la toponymie des terres découvertes par les navigateurs comme on l’a vu dans mes précédents billets ( ici , encore ici et et encore , mais il m’en reste encore quelques uns à vous proposer, sans doute dans un prochain billet ) l’inverse est aussi vrai : de nombreux bateaux portent le nom de l’endroit où on les fabriquait ou s’en servait.

En voici une liste, sans doute pas exhaustive, mais de laquelle j’exclus tous les bateaux dont le nom est simplement complété d’un nom de lieu (comme le bautier de Barfleur, le cordier du Cotentin, le Saint-Thomas canoë, etc.) avec en gris clair l’explication toponymique :

  • de noms de pays ou de régions :

Hollandais : bateau fluvial français du XIXè s. de 25 m de long pour 4.5 m de large ( en 866, le Holtland, « le pays des bois », désignait une partie de l’actuelle Hollande-Septentrionale ) ;

Norvégienne : embarcation du XIXè s. à avant rond et relevé utilisé par les baleiniers ( en vieux norrois, Norvegr désignait « la route ( maritime) du Nord », empruntant l’Atlantique septentrional, par laquelle les Vikings se rendaient dans ces contrées ) ;

Picard : bateau en bois du XIXè s. du Nord de la France de 40 m de long, emportant jusqu’à 375 t de marchandise ( du surnom *Picard, variante du français pichart, « épieu », formé sur *pikkare, « piquer ». Le néerlandais pickaert désignait le fantassin armé d’un épieu ) ;

Savoyarde : barque du Rhône à fond évasé utilisée au XIXè s. sur le Rhône et le lac Léman, pouvant porter jusqu’à 180 t ( Sapaudia au IVè s. composé des gaulois * sapo, « sapin » et *uidu, « bois » ) ;

Catalane : voilier méditerranéen à voile latine encore utilisé pour la pêche en Languedoc et en Catalogne. Le mât, de même longueur que le bateau, est incliné de 20° vers l’avant ( le nom Catalaunia apparu en 1117 est d’étymologie obscure, aucune hypothèse ne faisant l’unanimité) ;

barque-catalane-6

Une catalane

Ardennais : bateau fluvial du XIXè s. utilisé sur les canaux ardennais  ( 40 m. emportant 180 t.) ( Arduenna silva chez César, formé sur le celtique ardu –, « haut » ) ;

Canario : petit caboteur à voiles latines des Canaries, remontant parfois jusqu’à Gibraltar et la Méditerranée au XVIIIè s. ( toponymie ) ;

Terre-Neuvas ou Terre-Neuvier : nom donné aux goélettes et trois mâts goélettes qui allaient pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve de la fin du XIXè s. au début du XXè   ( Island of St John de Jean Cabot qui l’aborda le 24 juin 1497 puis Newfoundland en 1503 et Newland en 1540 traduit en Français en 1662 ) ;

Champenois : bateau fluvial du XIXè s. du Nord et de l’Est, fabriqué à Saint-Dizier. 35 m emportant 260 t. ( c’était la Campania gauloise, la « plaine fertile » ) ;

  • de noms de ville

Quimperlé : nom donné, dans les années 1890 – 1914, par les pêcheurs des Sables-d’Olonne aux canots sardiniers qui descendaient du Finistère au début de l’été ( Kemperelegium en 1029, du breton kemper, au « confluent » de l’Ellé (-elegium ) et de l’Isole) ;

Chalonais : bateau du Rhône au XIXè s. fabriqué à Chalon-sur-Saône ( Cabillonum au IIIè s. du celtique Kap, « port » et double suffixe -ill-ono ) ;

Arras : bateau fluvial du XIXè s. ( 27 m pour 200 t) ( du nom de la tribu gauloise  des Atrébates ) ;

Fusiniera : gondole à la mode des lacs de Fusine ou de Fusine en Lombardie ;

Trébisonde : petit navire turc à voile carrée de Trabzon en Turquie ( son nom initialement grec Trapezous, au génitif Trapezountos, qui signifie « pourvu d’une table », lui a été donné parce qu’elle est bâtie sur un socle rocheux qui semblait une table ) ;

Dundee : navire à voile à gréement de cotre aurique utilisé naguère pour la pêche. De Dundee, port écossais ( Donde et Dunde à la fin du XIIè s. du gaélique dun, « hauteur, colline, place forte » et soit l’hydronyme Tay soit le génitif du gaélique dia, « dieu » ) ;

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Un dundee

Ramberte : bateau fluvial sans voile ni rame fabrique de 1704  à 1860 à Saint-Rambert-sur-Loire ( S. Ragneberto au XIè s. de Raginberth martyr germain dans le Jura au VIIè s.) ;

Sinagot : barque du golfe du Morbihan d’origine très ancienne, équipée de deux mâts et fabriquée à Séné ( du nom d’homme gaulois Seno et suffixe -acum) ;

Argentat : petite embarcation de 20 tonneaux du XIXè s. non pontée et sans plancher, fabriquées à Argentat qui descendaiet la Dordogne et était vendue à l’arrivée pour être transformées en allège de chaland ( Argentadense au IXè s. du nom d’homme gaulois Argantius, de -argant, « argent », et suffixe –ate.) ;

Carlofortino : bateau de pêche à la langouste de Carloforte en Sardaigne (forteresse  fondée en 1738 par des pionniers venus de Tunisie et soutenus par Charles-Emmanuel III de Piémont-Sardaigne et nommée en son honneur ) ;

  • de noms de rivière :

Marnois : bateau fluvial du XVIè s. originaire de Brie et de Champagne et naviguant sur la Marne et la Seine jusqu’au XIXè s. ( Matrona déjà chez César puis Materna par métathèse vers 632, du celtique *mater, « mère » et suffixe hydronymique -ona: c’était une déesse-mère pour les Celtes qui divinisaient les cours d’eau) ;

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Un marnois

Saônois : bateau fluvial du XIXè s. naviguant sur la Saône ( d’abord Arar chez César, de indo-européen ar, « courant, cours d’eau » puis Souconna un siècle plus tard, sans doute son nom gaulois, de * souka, « succion », avec –onna, « cours d’eau » ) ;

Baroise : bateau qui circulait sur la Bar avant la construction du canal des Ardennes ( *bar est une racine pré-celtique désignant une hauteur boisée ) ;

Loireau : bateau fluvial de la Loire au XIXè s. ( Liger au IIè s. av. J.-C., de l’indo-européen * Leg- , « verser goutte à goutte, suinter, se liquéfier » et suffixe hydronymique -ero ).

Par souci de transparence, je vous livre mes sources ( que vous auriez trouvées d’une manière ou d’une autre ) : wikipedia et voiliers du monde ( qui ne contient pas que des voiliers …).

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La devinette

Une barque de pêche traditionnelle à voile ou à rame a été munie d’un moteur hors-bord dans les années soixante et est toujours très utilisée dans les eaux où elle est née et auxquelles elle est bien adaptée. Le retour récent à la voile, pour la plaisance et les régates, a encore augmenté sa popularité.

Elle doit son nom à celui de ses îles d’origine.

Quelle est cette embarcation  ?

Ne vous fatiguez pas, elle ne figure pas dans les listes que j’ai citées !

Pour être rigoureux, je précise qu’on ne trouve pas son nom dans les dictionnaires mais qu’elle a sa page wikipedia et qu’elle est connue et utilisée au-delà de son lieu de naissance.

Un indice ?

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6 commentaires sur “Vous reprendrez bien un peu de bateau ?

  1. Un Intrus
    merci pour ce rappel des sisselandes, entrevues naguère dans un poème de F. Mistral.
    Sitôt qu’apparaissait en amont le convoi
    des sisselandes, sapines et penelles,
    encâblées à la queue l’une de l’autre,
    avec les Condrillots droits sur la poupe
    qui, bras levés, d’accord, poussant le gouvernail,
    dans l’azur ensuite le lâchaient ensemble,
    les gens de terre leur criaient du rivage :
    « Mange-cabris ! Culs-de-peau ! Nez de beurre! »
    Et les colosses bonasses : « Mange-anchois ! »
    répondaient-ils en clameur prolongée,
    « marche donc! As-tu peur que la terre te manque ? »
    ( Poème du Rhône, chant V )

    jsp

    le corbillard, bien sûr !

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  2. ‘Vous m’aurez fait rencontrer le coutrillon et la ramberte, et je vous en remercie. La sisselande rhodanienne, aujourd’hui disparue, ne m’était pas inconnue : il y en avait une, à l’abandon, pourrissante, amarrée à Tournon en Ardèche où des miens cousins vivaient. Elle y était encore au moins jusqu’au début des années 70. Elle devait sa couleur vaguement verdâtre à la mousse qui la recouvrait. Nous, gamins, avions l’interdiction formelle de l’aborder : on nous racontait qu’un enfant avait un jour glissé sur le pont et s’était noyé. Je n’ai jamais su si c’était vrai ou si c’était un de ces trucs que les vieux inventent pour empêcher les enfants de grandir. »

    Rédigé par : leveto | le 25 mai 2015 à 11 h 12 min | |

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  3. Bonne mémoire, Un Intrus !
    J’avais complètement oublié ce billet et mes épanchements nostalgiques à propos de mes cousins tournonais … Que le temps passe !

    Heureusement que la réponse à la devinette d’aujourd’hui n’y figure pas …

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