Éparses-ci et par là …

Je continue aujourd’hui ma promenade dans les eaux françaises avec un ensemble d’îles éparpillées dans l’océan Indien autour de Madagascar.

Une précision : ce blog ayant une vocation avant tout géographique, il ne sera pas question ici des contentieux territoriaux qui opposent la France à Madagascar et à la République de Maurice, contentieux que vous pourrez trouver chez wiki.

Ces îles Éparses ont été pour la plupart découvertes par les marins portugais empruntant la route des Indes ouverte par Vasco de Gama.

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Les îles Éparses ( carte d’Aurélie Boissière )
  • Bassas da India : découverte en 1504 par le navigateur portugais Antonio  de Abreu ( 1480 – 1514 ), elle Bassas_da_indiafut positionnée sur une carte pour la première fois par l’Italien Vincenzo Coronelli ( 1650 – 1718 ). En 1506, le capitaine portugais João Colaço, à bord de la Judia ( un bateau appartenant à Fernando de Noronha, Portugais d’ascendance juive, futur explorateur et conquérant du Brésil ) explore à son tour l’atoll qui reçoit alors le nom de Baixos de Judia, « les bancs de la Juive ». Ce nom sera mal orthographié Bayos da Indya sur la carte de Pilestrina en 1511 et Baxos de la India sur celle de Diego Ribeiro en 1529, sans doute parce que l’atoll se trouvait sur la route des Indes. On trouvera néanmoins encore Basses de la Judie ( carte de Henri II en 1542 ) et Basse Juive ( De Mannevilette en 1770), mais c’est pourtant Bassas da India, nom donné en 1825 par le cartographe anglais William Fitzwilliam Owen ( 1774 – 1857 ), qui deviendra officiel.

  • Île Europa : la connaissance de l’île est probablement très ancienne mais imprécise et souvent confondue europaavec Bassas da India. Ainsi, en 1764, le HMS Norfolk, de la Royal Navy, établit-il une description précise de l’île mais sous le nom erroné de Bassas da India. Il faudra attendre le 24 décembre 1774 pour que le HMS Europa reconnaisse et positionne correctement l’île. C’est le cartographe anglais William Owen ( 1774 – 1857 ) qui la baptisera en 1825 du nom du navire.

  • Îles Glorieuses : cet archipel était connu dès le VIIè siècle par les navigateurs malgaches ou arabes. Le cartographe Ahmed Ibn Majid ( 1432 – 1500 ) mentionne dans ses instructions nautiques la zone de Sa’da qu’on identifie aux récifs es îles des Îles Glorieuses. Les navigateurs arabes parlaient aussi du Sha’b Ain al-Bahr, « l’œil de la mer ». C’est M. Du Guilly, commandant le vaisseau Le Glorieux qui décrit, le 15 novembre 1751 au cours d’une mission de cartographie de la route des Indes, « la découverte (… ) des Isles Glorieuses ainsy nommées par nous ». Elles figureront sous ce nom sur plusieurs cartes ( Carte réduite de l’océan Indien Oriental de J.-B.d’Après de Mannevilette et Carte générale de l’océan Indien de Benjamin Lacam) mais seront ignorées des autres, ce qui fera longtemps douter de l’existence de l’archipel. Le traité de Paris de 1814 qui cède l’Île de France ( l’actuelle Île Maurice ) aux Anglais ne le mentionne même pas …  Cet archipel est constitué de :

  1. Île Grande Glorieuse : le Réunionnais Hypolyte Caltaux, résidant aux Seychelles et commerçant avec ile-glorieuse-7Madagascar, sera le premier Européen à redécouvrir l’archipel en 1878. Le ministère français des Colonies lui accordera le droit de l’exploiter « à ses risques et périls », ce qui provoquera la convoitise des Anglais et obligera la France à reconnaître enfin sa souveraineté sur ces îles. Ce sera fait le 23 août 1892 par le capitaine de vaisseau Richard, commandant le Primauguet. On dit ( depuis le journaliste Platon Page en reportage sur place en 1954 pour la Revue de Madagascar, 2è trim., pp. 28 – 37 ) que c’est Hippolyte Caltaux qui nomma l’archipel en souvenir de la Révolution de 1830 ( soit près de 50 ans plus tard!) : en réalité, comme on l’a vu, il doit son nom à sa découverte en 1751 par M. Du Guilly à bord du Glorieux .
  2. Île du Lys : elle doit son nom à l’échouage sur ses récifs le 3 novembre 1818 de la goélette Le Lys de T. Frappas, aide de camp de l’Administrateur pour le roi à l’Île Bourbon ( aujourd’hui la Réunion ).
  3. Roches Vertes ( ou Île Verte ) : ainsi appelées parce qu’elles semblent couvertes de verdure.
  • Banc du Geyser ou Banc du Geysir : découvert par les Arabes vers 700 et représenté sur les cartes depuis 800 environ. Les Espagnols sont les premiers Européens à le redécouvrir vers 1650 et le nomment Arecife de Santo Antonio mais son nom actuel lui sera donné par le capitaine du vaisseau britannique Geysir le 23 décembre 1678.

  • Île Juan de Nova : découverte en 1501 par le capitaine João da Nova ( 1460 – 1509 ) qui commande la juan_de_nova_-_vues_ac3a9riennes_2troisième expédition portugaise vers l’Inde. Il la nommera A Galega, « la Galicienne », du nom de sa province natale. Elle sera par la suite appelée Johan de Nova ( carte de Pilestrina, 1519 ), Joa de Nova ( Mercator, 1569 ), San Christophoro ( Ortelius, 1570 ) ou Saint Christophe ( Lislet Geoffroy, 1787 ) avant que le cartographe anglais William Owen ( 1774 – 1857 ) ne lui donne son nom actuel en 1825.

  • Île Tromelin : découverte en août 1722 par le navigateur français Jean Marie Briand de la Feuillée à bord tromelinde La Diane de la Compagnie des Indes orientales, qui lui donnera le nom purement descriptif d’Île des Sables. Son nom actuel est dû à une histoire tragique. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1761, L’Utile, frégate de la même Compagnie, commandée par le capitaine Jean de La Fargue, fait naufrage sur ce récif corallien avec cent quarante deux hommes d’équipage et cent soixante hommes, femmes et enfants embarqués à Madagascar pour être conduits comme esclaves à l’île de France ( aujourd’hui île Maurice), malgré l’interdiction de la traite. Lors du naufrage, l’équipage et une soixantaine de Malgaches parviennent à rejoindre l’île, tandis que les autres esclaves, enfermés dans les cales, périssent noyés. Deux mois après le naufrage, les cent vingt deux membres d’équipage restants prennent la mer à bord d’une embarcation de fortune, laissant les Malgaches sur l’île. Le gouverneur de l’Île de France refusera d’envoyer récupérer les naufragés, prétextant l’interdiction de la traite et refusant d’avoir des bouches supplémentaires à nourrir alors qu’un blocus de son île par les Britanniques se dessinait. Ce n’est que le 29 novembre 1776, soit quinze ans après le naufrage, que Bernard-Marie Boudin de Tromelin, chevalier de la Nuguy, ( 15 février 1735 – 4 décembre 1815 ), commandant la corvette La Dauphine, récupéra huit survivants, sept femmes et un bébé de huit mois. C’est son nom qui sera donné en 1825 par le cartographe britannique William Owen ( 1774 – 1857 ) à l’île Tromelin.

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La devinette

Restons dans les îles, si vous le voulez bien.

Il faut trouver une île française qui servit de modèle à un écrivain séjournant à proximité pour décrire celle sur laquelle le héros d’un roman raconte ses pérégrinations à une habitante. C’est le nom de cette dernière qui a été donné à l’île.

Paradoxalement, le succès de ce roman à visée pédagogique desservit la carrière de son auteur.

Et l’indice deux en un :

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13 commentaires sur “Éparses-ci et par là …

  1. « Nous rapporterons ici deux traits, qui prouvent à la fois, combien les Européens ſont éloignés, en général, de regarder les Noirs comme leurs ſemblables, & que cependant on peut citer quelques exceptions honorables pour l’eſpece humaine. En 1761, le vaisseau l’Utile échoua ſur l’Iſle de Sable. M. de la Fargue, capitaine, ſes officiers, & l’équipage, compoſé de Noirs & de Blancs, employerent ſix mois à conſtruire une eſpece de chaloupe. Elle ne pouvoit contenir que les Blancs. Trois cents Noirs, hommes ou femmes, conſentirent à leur départ, & à reſter ſur l’Iſle, avec la promesse ſolemnelle qu’auſſitôt l’arrivée de M. de la Fargue à l’iſle de France, les Blancs enverroient un vaiſſeau pour ramener leurs malheureux compagnons. La chaloupe arriva heureuſement à Madagaſcar, on demanda un vaiſſeau à l’administration de l’Iſle de France, pour aller chercher les Noirs, laiſſés dans une iſle preſqu’entierement couverte d’eau à chaque marée, où l’on ne trouve ni arbres ni plantes, où ces trois cents Noirs n’avoient pour lit qu’une terre humide, & pour nourriture que des coquillages, des œufs d’oiſeaux de mer, quelques tortues, le poiſſon & les oiseaux qu’ils pouvoient prendre à la main. M. Des Forges, alors gouverneur de l’Iſle de France, refuſa d’envoyer un vaiſſeau, ſous prétexte qu’il couroit riſque d’être pris. En 1776, après treize ans de paix, M. le chevalier de Ternai envoya M. Tromelin, lieutenant de vaiſſeau, ſur la corvette la Silphide, chercher les reſtes de ces infortunés, abandonnés depuis quinze ans. Il ne paroit pas que dans l’intervalle on eût fait aucune tentative ſérieuſe. M. Tromelin, arrivé près de l’Iſle de Sable, détacha une chaloupe, commandée par M. Page, elle aborda heureusement. On trouva encore ſept Negreſſes & un enfant né dans l’Iſle, les hommes avoient tous péri, ſoit de misere & de déſeſpoir, ſoit en voulant ſe ſauver ſur des radeaux, conſtruits avec les reſtes du vaiſſeau l’Utile. Ces Negreſſes s’étoient fait des couvertures avec les plumes des oiſeaux qu’elles avoient pu ſurprendre. Une de ces couvertures a été présentée à M. de Sartine. »

    Condorcet, « Réflexions sur l’esclavage des nègres »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Réflexions_sur_l’esclavage_des_nègres/Chapitre_XII

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  2. jsp
    j’avais bien noté ce geyser sur un banc de sable en plein océan Indien … drôle de situation, non ?

    TRA
    Ce rappel de Condorcet est le bienvenu.

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  3. À la suite de l’exemple d’ « exceptions honorables pour l’espèces humaine » qui se situe sur l’île de Sable / île Tromelin, Condorcet en donne un second qui se passe sur les îles Adu :

    « En 1757, M. Moreau, commandant le Favori, reconnut les Iſles Adu, il y envoya, dans un canot, M. Riviere, officier de ſon bord, deux Blancs & cinq Noirs. Les courans ayant entraîné le vaiſſeau hors de ſa route, M. Moreau ſe crut obligé d’abandonner ſon canot. Les huit hommes, laiſſés ſur les iſles Adu, prirent le parti de remplir le canot de cocos, & d’eſſayer de gagner l’Inde. On attacha au canot un radeau, chargé auſſi de noix de cocos, mais au bout de trois jours, la mer étant trop forte, on fut obligé de l’abandonner. Alors, comme la proviſion ne pouvoit pas ſuffire pour les huit hommes, les Blancs propoſerent à M. Rivière de jetter les Noirs à la mer. Il rejetta cette propoſition avec horreur, dit que le malheur les avoit rendus tous égaux, que les cocos ſeroient distribués également entre tous, & qu’ils périroient ou ſe ſauveroient enſemble. Il n’y avoit que pour treize jours de vivres, la traversée fut de vingt-huit, ils arriverent enfin près de Calicut, à l’embouchure d’une riviere, mourans de faim & de fatigues, leur canot ſe remplit d’eau en paſſant la barre, mais tous furent ſauvés. M. Riviere reprit bientôt ſes forces & ſa ſanté, & continua de ſervir. Lorſque pluſieurs années après on lui faiſoit des queſtions ſur cette aventure & ſur le capitaine qui l’avoit abandonné. J’ai fait vœu dans mon malheur, répondoit-il, de ne parler de lui ni en bien, ni en mal. »

    Je n’ai pas pu situer ces îles (qui doivent maintenant porter un autre nom), et dont on comprend qu’elles se trouvent dans l’océan Indien, peut-être dans le golfe du Bengale.

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  4. Je retire ce que j’ai dit du golfe du Bengale : par inattention, j’ai lu Calcutta, là où il est question de Calicut.

    [Confondre la ville qui a donné son nom à une toile de Clovis Trouille avec celle qui nous a fourni le calicot, c’est d’une noirceur encore plus grande que celle de la déesse Kâli !]

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  5. Juste pour vous signaler une erreur grossière : la photographie qui illustre le texte sur Bassas da India représente… Juan de Nova ! Bassas da India est un atoll à peine émergé et qui disparait presque complètement à marée haute. Aucune végétation terrestre n’a pu s’installer sur ce magnifique atoll que j’ai eu le bonheur de survoler en 2011 lors d’un passage du Marion Dufresne (le navire des TAAF).
    Cette erreur plombe la totalité de l’article, hélas.

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