Le Bignon-Mirabeau (répàladev)

Voici comme promis la réponse à ma précédente devinette :

il fallait trouver Le Bignon-Mirabeau, un village du Loiret, qui a droit à sa fiche wiki.

On trouve mentionné, vers 1100 – 1110, de Bunionne, dans les chartes du prieuré de Néronville, puis de Buignum ( où la finale -um est une latinisation du roman -on ) en 1215 dans les mêmes chartes, Propre Buinionem en 1293 dans les chartes de Pontfraud et enfin Le Bignon en 1761 dans le pouillé de Sens. C’est ce dernier nom qui sera repris sur la carte de Cassini au XVIIIè siècle.

Deux hypothèses ont été données pour le sens de bignon :

  • un ancien français bignon, bugnon ou buignon d’origine celtique *bugno avec le sens de « tronc d’arbre, souche ». Cette origine, proposée par A.Dauzat ( 1963 ) est aujourd’hui abandonnée par la plupart des spécialistes au profit de la suivante ;
  • un mot de langue d’oïl au sens de « source jaillissant du sol, source dans un champ », bien attesté en Anjou et Val-de-Loire. Cette origine, qui fait aujourd’hui consensus, a été proposée par Ernest Nègre (1991 ).

On trouve aussi dans le Littré la définition suivante : « Terme de pêche. Filet nommé aussi truble. » qui ne correspond en rien à la topographie des nombreux lieux-dits qui portent ce nom ( une bonne quarantaine rien que dans la région Centre-Val-de-Loire ).

Le marquis Victor Riquetti de Mirabeau ( 1715 -1789 ), désireux de se rapprocher de la capitale, fit l’acquisition en 1740 du château du comte Charles de Melun au Bignon. C’est dans ce château que naquit neuf ans plus tard son fils Honoré-Gabriel, appelé plus simplement Mirabeau, qui se distinguera, bien que membre de la noblesse, en tant que député du tiers état. Il devint une des figures les plus populaires de la Révolution : c’est pour lui, mort prématurément en 1791, que l’on convertit l’église Sainte-Geneviève en Panthéon où il ne reposera pourtant que jusqu’en 1794, victime de l’affaire dite de l’armoire de fer.

Entre temps, le 1er novembre 1792, l’Assemblée générale du Bignon avait proposé que son nom soit ajouté à celui de la paroisse :


« Que le bourg et paroisse du Bignon est le lieu de naissance du citoyen Mirabeau l’aîné, ex-constituant, qui a tant mérité de la patrie, né audit Bignon le 9 mars 1749 et baptisé le 16 dudit mois et an, qu’il y a été allaité élevé jusqu’à l’âge d’environ 9 ans, et que sa sœur de lait est encore vivante, demeurante (sic) en la même paroisse, sous la puissance ( sic ) d’un mari bon citoyen, peu fortuné et chargé de sept enfants.
Enfin qu’à la mémoire du citoyen Mirabeau, premier des grands hommes dans la Révolution, cette paroisse devait porter le nom de Bignon-Mirabeau, afin que tous les citoyens de la France connaissent le lieu de naissance de Mirabeau et qu’il est né français.

Il faudra attendre près d’un siècle pour que ce vœu soit exaucé, le 13 décembre 1881.

Le nom du marquis de Mirabeau vient de la commune vauclusienne, d’abord fief des comtes de Forcalquier au XIIè siècle avant de passer aux Sabran, aux Barras puis aux Glandèves. En 1570, la famille Glandevès vend la seigneurie de Mirabeau à Jean Riqueti, un riche négociant, armateur et manufacturier, premier consul de Marseille en 1562, qui voulait par cette acquisition obtenir la noblesse. Le fief fut érigé en marquisat en 1685, en faveur d’Honoré de Riqueti, syndic de la noblesse provençale, grand-père du révolutionnaire.

Le nom de Mirabeau ( Mirabel en 1165 ) est composé du verbe mirer, ancien provençal mirar, « regarder », et de l’adjectif beau, ancien français bel : c’est une hauteur d’où on voit loin, d’où on a une belle vue. On trouve un autre Mirabeau dans les Alpes-de-Haute-Provence et des Mirabel en Ardèche, Drôme et Tarn-et-Garonne. Les micro-toponymes sont beaucoup plus nombreux.

Lamid me proposait comme réponse Les Pennes-Mirabeau ( Bouches-du-Rhône). Le nom de Pennes, attesté in Pennicis en 1047 est issu d’un pré-latin, probablement ligure, penna, « hauteur rocheuse plus ou moins pointue ». Le rajout du déterminant Mirabeau, visant à éliminer les homonymes, date de 1902 mais les archives municipales, pas aussi soigneusement conservées qu’elles l’auraient méritées, ne permettent malheureusement pas de trancher entre la volonté d’honorer la mémoire du tribun révolutionnaire provençal et la notation topographique d’une belle vue. La première proposition du 5 août 1900 d’accoler le nom de Voltaire à celui de Pennes fut rejetée dit-on à la demande du clergé en janvier 1901 et on voit mal pourquoi ce dernier aurait alors approuvé un an plus tard celui du révolutionnaire Mirabeau, instigateur de la mise à la disposition de la Nation de ses biens.

Plusieurs contributeurs m’ont proposé Chavaniac-Lafayette ( Haute-Loire ). Chavaniac ( noté in villa Cavaniaco en 994 ) est issu du nom d’homme gallo-romain Cavanius muni du suffixe -acum. En 1884 fut rajouté au nom de la commune le déterminant Lafayette, rappelant que Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, dit « La Fayette », une autre figure de la Révolution, y était né le 6 septembre 1657. Le nom de Lafayette est composé de l’article féminin « la » suivi d’un dérivé avec le diminutif -ette du latin fagea, « hêtraie ». On trouve de très nombreuses communes portant un nom dérivé de ce fagea ( sous différentes formes comme Fage ou Lafage, Faye, Fau, Faux, Fay, Fajolles, etc.), parmi lesquelles deux Fayet ( Aveyron et Puy-de-Dôme) composés avec le collectif -etum et un Fayet ( Aisne, noté Faiellum en 1241) avec le diminutif –ellum. Aucune commune ne porte le nom féminin Fayette ou Lafayette, tandis que les micro-toponymes de ce genre sont nombreux.

Les indices

  • la torche :

rappelait que Mirabeau était surnommé la Torche de Provence.

  • la baïonnette :

rappelait la phrase célèbre prononcée par Mirabeau le 23 juin 1789 en réponse à l’envoyé du roi venu apporter l’ordre de dissolution de l’Assemblée constituante


« Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au roi, et vous qui ne sauriez être son organe auprès de États généraux, vous qui n’avez ici ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette. »

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2 commentaires sur “Le Bignon-Mirabeau (répàladev)

  1. Ainsi, il est normal de contempler l’écoulement de la Seine depuis le pont Mirabeau, puisqu’il s’agit indubitablement d’une hauteur depuis laquelle l’on a une belle vue.

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