Champtier ( répàladev )

TRA et Un Intrus ont rejoint TRS comme découvreurs de la bonne solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver le champtier et les micro-toponymes qui portent ce nom :

  • des lieux-dits habités comme le Champtier à Sainte-Néomaye (Deux-S.) et à Saint-Romain-le-Benet (Ch.-M.), le Champtier du Coq à Évry (Ess.), les Champtières à Cistrières ( H.-L.) et quelques autres ;
  • des lieux-dits non habités, les plus nombreux et le plus souvent accompagnés d’un déterminant, comme le Champtier de la Mare Bonvoin à Dampierre-en-Yvelines (Yv.), le Champtier des Sauvageons et le Champtier des Morts à à Charmont-en-Beauce ( Loiret), le Champtier à Caille à Saint-Pierre-du-Perray ( Ess.), le Champtier des Haies Blanches et des Tournenfils au Coudray-Montceaux ( Ess.) et bien d’autres tous plus bucoliques les uns que les autres.

Absent des dictionnaires habituels ( Littré, Larousse, Robert et même du Quillet ou du dictionnaire de l’Académie ) ainsi que des dictionnaires du français d’autrefois ( Godefroy ), ce mot est toutefois présent dans des textes spécialisés comme des cartulaires ( Notre-Dame de Chartres, 1865 ) ou des monographies ( carte archéologique de l’Eure-et-Loir, 1994).

Le mot champtier désigne un ensemble de parcelles, en général de petite tailles, cultivées de la même façon selon une rotation des cultures triennale. Le nom proviendrait donc de l’association des mots « champs » et « tiers », ce dernier en référence à la pratique culturale évoquée.

Cette définition ( du wiktionnaire ) s’appuie sur un texte de Samuel Leturcq publié par l’université de Tours en 2004, intitulé Contrainte communautaire et individualisme agraire dans un finage beauceron (XVIIè-XXè s.), où on lit :


Les déclarations des tenanciers et exploitants des terres de Toury consignées dans un terrier rédigé en 1696 (AD Yvelines, D 1266 et 1267) mettent en évidence la pratique d’un assolement par quartiers (appelés couramment champtiers) à la fin du XVIIè siècle. Les soles de blé d’hiver, de mars et de jachère ne connaissent pas à Toury la répartition classique et spectaculairement rigoureuse des trois grands champs d’un seul tenant, de superficies sensiblement égales, au sein desquels toutes les parcelles doivent suivre la même culture selon un cycle triennal, comme on en rencontre fréquemment le cas en Lorraine par exemple.

Dolmen de la Pierre du Champtier du Buisson à Vieuvicq ( E.-et-L.)

La proximité de ce mot avec « chantier » est à l’origine de confusions qui ont pu faire passer des micro-toponymes de type « champtier » à « chantier », l’inverse n’ayant sans doute pas eu lieu puisque l’usage tend le plus souvent à la simplification. Cette thèse inverse est néanmoins soutenue par Jacques Chaurand à la page 145 de ce texte.

Selon le Dictionnaire Godefroy, chantier a pu désigner le « bord des rivières navigables, lisière qui doit rester libre pour le service de la navigation, l’entrepôt des marchandises qu’on embarque ou qu’on débarque » ainsi que la coupe des arbres nécessaire à son entretien. Ce dernier sens a évolué plus largement pour désigner tout lieu d’abatage d’arbres ( pour la batellerie, la tonnellerie, etc. ).

Chantier a pu aussi avoir le sens, dérivé du latin canthus, de « côté, coin » à rapprocher de chantière ou chaintre, « bande de terrain, lisière d’un champ» et aussi celui
de « place vague, cour » ( Glossaire des termes dialectaux …, A. Pégorier, Paris, IGN, 1993).

C’est ainsi que l’on trouve le Chantier du Plain à Beaurains (P.-de-C.), le Chantier des Noyers à Andonville (Loiret), le Chantier de l’Orme à Villiers-le-Morthier ( E.-et-L.) et bien d’autres qui sont, au moins pour certains d’entre eux, d’anciens Champtiers.

Enfin, dernière précision et non des moindres : on trouve à la page 122 de l’édition 2006 du Glossaire des termes dialectaux … d’A. Pégorier ( op.cit.) :

Champetier : n.m.

— nom collectif dérivé de champ, équivalent de terroir, souvent contracté en « champtier » ou « chantier » ( graphie à éviter ) – Île de France, Centre.

— de la campagne, rural – Ardèche.

Je n’ai pu trouver aucun Champetier en Île-de-France ou dans le Centre. En revanche, aux Assions, commune d’Ardèche, on trouve un Champetier Haut, un Champetier Bas et une Grand-Font de Champetier.

Les indices ( les quatre tiers du curaçao-citron-picon de César et le panneau de signalisation routière Attention! Chantier!) se comprennent aisément.

À la vôtre !
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7 commentaires sur “Champtier ( répàladev )

  1. On trouve ceci dans le Du Cange, où le mot « chantier » est mis en rapport avec le latin médiéval « chanterium » : un « espace vide » (« area, locus vacuus ») « entouré d’un mur » (« muro cinctus »), « terme par lequel » (« qua notione » ) « il semble aussi » (« etiam videtur ») « que l’on désigne ‘Chantier’  » (« Chantier usurpari »).

    CHANTERIUM, Area, locus vacuus muro cinctus, qua etiam notione Chantier usurpari videtur, in Lit. ann. 1348. tom. 3. Ordinat. reg. Franc. pag. 96 :
    Que toutes manieres de boës, gravoiz… feussent ostées et mises hors des voiries et Chantiers, etc.
    Charta ann. 1357. in Reg. 89. Chartoph. reg. ch. 521 :
    Item in et super quamdam domum et Chanterium, situm Parisius in Graveria ;… sex libras Paris.
    Alia ann. 1362. ex Reg. 91. ch. 267 :
    Unam plateam, vocatam Chantier, tenentem plateæ seu Chanterio Guiardi de Gouvernés.
    Vide supra Chantarum.

    http://ducange.enc.sorbonne.fr/CHANTERIUM

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  2. Dans le « Glossaire du Morvan », d’Eugène de Champure, on découvre que « chanteau » (à rapprocher de « chantier ?), dont le sens est « quartier (de lune), pièce, morceau », peut désigner un « lopin ».

    https://books.google.fr/books?id=dvUQAwAAQBAJ&pg=PA165&lpg=PA165&dq=chante+et+canthus&source=bl&ots=ZmeqEdBqzc&sig=ACfU3U3is05hs7qr_9EYyB_0HippvjKylg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwirm6-44ZPiAhWCz4UKHSmoBsUQ6AEwA3oECAYQAQ#v=onepage&q=chante%20et%20canthus&f=false

    ————————————————————
    Je ne suis par sûr du tout que cela ait un rapport (mais je le signale néanmoins parce que, dans cette commune, le cours d’eau local a le nom poétique de La Somptueuse et qu’on y trouve un lieu-dit Le Joug), il existe à Tillou (Deux-Sèvres) un Chemin de Cantiau.

    https://www.google.fr/maps/place/Chemin+de+Chantiau,+79110+Tillou/@46.1513947,-0.117848,15z/data=!4m5!3m4!1s0x4800adc9588889a9:0x3caa65981d082e38!8m2!3d46.1477267!4d-0.1215655?authuser=0

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  3. TRA

    la définition du Du Cange ( que j’ai oublié de consulter, honte à moi !) « espace vide » (« area, locus vacuus ») semble expliquer le « place vague, cour » du Pégorier .

    Pour ce qui est du « chanteau », j’en trouve des exemples dans des départements aussi divers que les Landes, le Loiret,, l’Indre, la C.-d’Or, le P.-de-D., la Hte-Gar., la S.-et-L., etc. mais n’ai pas le temps d’explorer plus avant.

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  4. Espace convivial libre, ou salon ouvert me parlent mieux que ce tiers-lieu calqué sur the third place , ce troisième endroit où l’on se trouve si on n’est ni chez soi ni au travail , et où on peut trouver de la compagnie .
    Comme votre café qui propose des passes (billets, coupons, cartes, je suppose) pour des pauses, et non des pauses dans des cubicules pour des passes dans des alcôves 😉

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