La blairie ( répàladev )

Personne n’a rejoint Un Intrus et TRS dans la résolution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver la blairie dont le Littré nous donne la définition suivante :

Terme de droit féodal. Redevance seigneuriale à raison de la vaine pâture.

Un des sites consacrés aux Templiers, dans son dictionnaire, précise :

Dans la France du Moyen Age et de l’Ancien Régime la blairie est un impôt seigneurial sur le pacage des animaux.
Le seigneur perçoit une redevance en avoine pour rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées. Ce droit existe en Auvergne, Berry, Bourgogne et Nivernais.

Domaine de la Blairie à Saint-Martin-de-la-Place (M.et-L.)
La blairie ? Ç’ a eu payé …

Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy connaît la blaierie avec ses autres orthographes blayerie, blaerie, bleeyrie, blairie, blayerie, blerie et blefrie et en donne une définition élargie : « production de blé, récolte de blé, blé ». Il rajoute toutefois que le mot a pu désigner une « terre à blé, terre cultivée de blé, pièce de blé, terre emblavée » ainsi que le « droit seigneurial sur le blé ».

On comprend que le mot est un dérivé de « blé », au sens général de « céréale dont le grain sert à l’alimentation » ( cf. étymologie ). Le mot gallo-roman bladum est parvenu au sens de « céréales, blé » au xes. C’est de ce mot que sera issu bladaria, « aire à blé », qui donnera blairie après disparition du -d- intervocalique.

En toponymie, on retrouve plusieurs La Blairie dans l’ouest de la France ( I.-et-V., L.-Atl., May., Sarthe, Vienne, M.-et-L.) et un seul Les Blairies ( à Retiers, I.-et-V.). On trouve aussi deux La Petite Blairie ( May. et M.et-L.) et deux La Grande Blairie ( May. et M.-et-L.) ainsi qu’une Haute Blairie ( à Reffuveille, Manche).

Avec une autre orthographe, on trouve La Blérie à quatre exemplaires ( trois en I.-et-V. et un dans la Manche).

Les indices

■ Picsou :

… plonge dans son tas d’or, de fric, de pognon … de blé!

■ le tableau :

Jules Dupré, Pacages du Limousin (1837)
Huile sur toile, 31×51 cm.
The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 (1975.1.169).

La blairie était une « rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées ».

■ le 10 Downing street ( que tout le monde aura reconnu, je pense )

L’indice était dit « vieux d’au moins douze ans » ce qui nous ramenait donc à … Tony Blair. Oui, je sais… j’ai un tout petit peu honte ( mais je suis là aussi pour m’amuser !).

Ceci dit, étymologiquement, l’anglais blair est issu du gaélique écossais blàr , « champ, plaine », ce qui nous rapproche un peu du champ de blé, non ?

Ces mots sont tous issus d’une même racine indo-européenne *bʰleh dont on peut lire les évolutions sur cette page issue de ce site remarquable.

Un week-end particulièrement propice au farniente m’a tenu loin de mon clavier et empêché d’écrire un nouveau billet accompagné de son habituelle devinette. Vous devrez attendre jusqu’à demain soir ou peut-être même mardi et j’en suis désolé.

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14 commentaires sur “La blairie ( répàladev )

  1. Franchement, l’indice du 10 Downing Street n’était pas du tout tordu, et même presque trop limpide.

    À ma grande honte, je ne connaissais pas le terme « blairie », et n’ai donc pas résolu l’énigme. En revanche, il y a un seul indice que j’avais correctement compris… et c’est celui-là ! Vu la précision « vieux d’au moins 12 ans », il était évident que la référence était Tony Blair. Je ne comprends même pas comment vous-même + TRS pouvez le trouver tiré par les cheveux, alors qu’il est simple et explicite. Adresse du (de la) premier ministre britannique + une date = le premier ministre qu’il fallait trouver. Comment faire plus clair ?

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  2. Considérations d’un lundi de début juin, période de fenaisons à venir

    @ Jacques C

    Vous avez le droit de trouver « limpide » l’indice BLAIR … et celui de vous demander « Comment peut-on faire plus clair ? »
    Et moi, j’ai le droit de partager l’opinion de Leveto : « Cet indice britannique est tout pourri et il n’est là que pour désorienter ma clientèle ».

    Techniquement, il aurait fallu imaginer que la seule syllabe composant le mot BLAIR puisse mener à un mot de deux syllabes, chacun de ces deux mots appartenant à un contexte particulier.

    Pour en arriver à ça, sûr qu’il aurait fallu avoir un max de blair :

    http://www.languefrancaise.net/Bob/51782

    Hélas, vous n’en eûtes pas suffisamment… Nobody’s perfect !

    Perso’ et face à chaque embrouille du véto, j’évite de considérer ce qu’il appelle abusivement ‘un indice’. On le décryptera après coup.
    Et je suppose aussi que l’Intrus n’aura pas eu besoin de la rescousse de l’Onc’ Picsou pour venir me griller de quelques misérables minutes au palmarès.
    ____________

    @ Leveto

    Votre indice à caractère iconographique – avec le relativement aptonymé Dupré – m’a semblé être aussi une arnaque grossière : le pacage en vaine pâture et en Limousin est bien loin de ces terres de l’ouest de la France où se situent les microtoponymes que vous nous avez signalés.

    Chez moi, les terres de vaine pâture de l’Ancien régime, non fiscalisées, sont devenues, après 1792, ce qu’on appelle depuis des ‘communaux’. Ou encore, au rôle du cadastre actuel, les « Communes ».
    _____________

    Mais le monde merveilleux de la toponymie, à défaut de rigueur, se plaît dans le sfumato terminologique, le flou intégral. Peu de sciences peuvent en dire autant.

    Le touriste devra pourtant le savoir et prendre toutes ses précautions :

    BLAIRIE (DROIT DE) c’est celui qu’ont quelques seigneurs de permettre à leurs habitans de mener paître leurs bestiaux sur les chemins publics, les terres à grains, & les prés de leurs terres, après l’entière dépouille. On appelle encore ce droit, droit de vaine pâture.

    Et savoir que la gratuité ne fut pas universelle :

    Il semble que la vaine pâture soit de droit commun : il y a même des cantons où l’on ne peut mettre ses prairies en regain, & en empêcher la vaine pâture après l’enlevement de la premiere herbe, qu’en bâtissant & en habitant sur le terrein de la prairie : mais il y a d’autres cantons où la vaine pâture ou le droit de blairie suit la haute justice, & où les justiciables sont obligés de l’acquérir par une redevance qu’ils payent au seigneur.

    Voilà ce qu’on en disait chez les Anglais et en 1632 :

    BLAYRIE : f. A corne ground, or corne country, also, the feeding of cattell upon corne lands, also, the season (from Annonciation to the end of harvest) wherein cattell may, in some places, be turned, by some priviledged persons, into common corne grounds…

    On y décèle, de la mi mars au tout début août, ce temps réglementaire accordé au froment : la blayrie n’est pas qu’une fiscalité antique… c’est aussi un moment.
    Mais un moment assujetti à redevance :

    BLAIRIE: Le droit de blairie consiste à prendre 1 blanc ou davantage sur chaque teste de gros bestail trouvé aux blez ou prez, et un denier pour chaque teste de menu betail despuis la Notre dame de Mars jusqu’à ce que les bles et foins sont coupez et retirez (AD 71, G 431, p.19)

    : _______________

    Quelques mots enfin, parvenus de chez Jehan Froissart.

    http://www.amis-allegre.org/fichier_associe/qlquesmotsfroissart.pdf

    Blaier. Cultiver du blé.
    Blaierie. Récolte, production de blé. Aussi blayerie.
    Blee. Bleure. Moisson, quantité de blé, champ de blé.
    BLAIRIE. Droit seigneurial sur le blé

    _______________

    Bref, toute cette affaire de blé (fiscalisé) et de blé (cultivé) m’invite à me décrasser la tête avec Neil Young et son HARVEST.
    Dans cet album, tout est magnifique et je pioche, au hasard, ALABAMA :

    Ce qui me sera l’occasion de proposer une speedy and easy riddle à suivre… vu l’état de manque où nous laisse l’odieux véto.

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  3. Devinette promise, devinette due

    Elle n’aura aucun caractère toponymique particulier mais sera relative à ce flou lexical et sémantique qui peut affecter le plus honnête des individus en quête de sens… compte tenu de la nomenclature en vigueur dans l’agriculture et autres domaines :

    1. ALABAMA, on sait ce que c’est… un état des States, où les droits du nègre -en gros- ont longtemps laissé à désirer.

    2. ALABAMA, c’est aussi une potion magique de chez BASF, parfaitement adaptée au colza :

    http://www.basf-agro.fr/cat_produits/document/fictech/alabama–2015-09-23.pdf

    3. ALABAMA, c’est enfin tout un paysage rural… comme ici :

    Avec du blé (wheat) au premier plan et du maïs (corn) au second plan.

    4. A l’identique de la toponymie frivole qui n’a de cesse à naviguer d’un sens à l’autre des choses, il arrive à la zoologie de s’égarer aussi.

    5. La question est donc celle-ci :

    Quelle entité zoologique, présente en Alabama, se présente sous deux appellations différentes et selon deux céréales… dont l’une avec ambiguïté à la traduction ?

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  4. Tout bien réfléchi, mon indice du 10 Downing street était on ne peut plus limpide et … indicatif.

    Jacques C a fort bien démontré comment il pointait vers Tony Blair ( occupant des lieux il y a 12 ans ).

    Sachant que le mot à trouver se trouve dans le Littré, on ouvre celui-ci à l’article « blair » pour constater que ce mot n’y figure pas tandis qu’existent, dans la liste des« mots voisins », des entrées pour « blaireau », « blaireauté » et … « blairie » !

    Et voilà le travail.

    PS merci, M’sieur le maire, pour vos précisions sur la blairie. Moi, c’est plus la toponymie que le droit féodal, donc toute précision complémentaire est toujours la bienvenue;

    P.S.2 Il fait toujours aussi beau et chaud du côté de chez moi. Je vais en profiter un peu avant de me mettre à la devinette machincourtoise et à mon billet .

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  5. Moi, c’est plus la toponymie que le droit féodal… (Leveto)

    L’une n’empêche pas l’autre et ce n’est pas un garçon de PACA qui me fera taire sur un sujet aussi brûlant:
    ______________

    De la persistance des redevances antiques dans une société moderne et même contemporaine

    Intro avec rappel du thème (en Sols majeurs)

    Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ou non cultivées… etc.

    Il est des thèmes antiques qui ont su traverser le temps en subissant des variations intéressantes : Green Leaves devient Amsterdam.
    La musique y sera restée la même, au fond…
    Il en va idem du fonds agricole hérité du fond des âges : – C’est la même chanson mais la différence c’est que les termes du contrat ne sont plus tout à fait les mêmes.
    __________

    Développement et argumentation :

    1.La commune de Machincourt possède, à titre privatif, des dizaines et des dizaines d’hectares de terres agricoles. C’est beaucoup et, vu de loin, vu depuis un sordide appartement d’une grande ville, cela pourrait être considéré comme une forme de richesse, de potentialité d’opulence.

    2. Ces terres, depuis belle lurette, sont soumises au régime des baux ruraux. Ce qui signifie qu’elles sont exploitées par l’un ou l’autre des agriculteurs du village… à savoir ces braves fermiers assujettis à une redevance annuelle.

    3. Tout comme au bon vieux temps de l’Ancien régime, cette redevance s’exprime en une quantité de grain rapportée à la superficie. Par souci de modernisme et depuis qu’on a inventé le système métrique, on ne parle plus de contenants à la con mais tout simplement de quintaux à l’hectare.
    Mais on verra plus loin que ce n’est pas si simple.

    4. Prenons un exemple concret, celui d’une terre à blé : elle sera affermée environ à 4 quintaux à l’hectare. Des pâtures, à environ 3 quintaux à l’hectare… etc.

    5. Sous l’ancien régime, les unités de mesure à caractère fiscal montraient une variabilité si pittoresque que le plus renfrogné des plus taciturnes comptables se déride rien qu’à y penser encore. Et plus encore s’il tient la compta’ d’un paysan d’aujourd’hui.

    4. En 2019, il existe deux sortes de blé : le blé qui donne de la farine et de la paille mais aussi le blé considéré comme unité monétaire lors de l’établissement d’un bail rural.
    Ce dernier, comme sous l’Ancien régime, varie géographiquement… selon les départements.
    Le taux actuel est de l’ordre de plus ou moins 23 euros.

    Témoignage à caractère départemental* :

    CALCULER SES FERMAGES
    Détail de valeurs applicables jusqu’au 01/10/2019
    Département du Nord
    Blé : 23.10 €/q
    Lait : 0.35 €/l
    Beurre : 5.36 €/kg
    Orge : 22.75 €/q
    Betteraves sucrières : 55.21 €/t
    Viande de bœuf : 3.84 €/kg
    Département du Pas-de-Calais
    Blé : 25.60 €/q
    Lait : 0.37 €/l
    Betteraves sucrières : 64.78 €/t
    Viande de boeuf : 4.05 €/kg

    5. Ce système de calcul fait que 100 hectares de bonnes terres machincourtoises ne rapportent à la communauté que 2.500 € à l’année.
    Un montant dérisoire quand RTE, avec sa dizaine de pylônes (garantis sans pesticides ajoutés), abonde les finances de la commune à hauteur de 40.000 € en n’occupant que si peu d’espace agricole utile.

    En toute sincérité budgétaire et en mon temps, Leveto, j’aurais volontiers échangé 50 ou 80 hectares de terre à blé contre 500 petits mètres carrés habitables… à Neuilly, par exemple.

    Une autre fois, peut-être, je vous parlerai de la cruauté des impenses.

    * https://nord-pas-de-calais.chambre-agriculture.fr/fermages/

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  6. Je me rappelle avoir lu (il y a fort longtemps) qu’après la Libération, alors qu’il fallait encore des tickets de rationnement pour acheter du pain, un responsable chargé d’importer du blé des États-Unis avait utilisé le terme « corn », ce qui avait provoqué une livraison de maïs et valu auxdits tickets de voir leur existence prolongée quelque temps encore.

    [Je ne sais pas si cette histoire est vraie, mais « se non è vero, è bene trovato ».]

    ———————————————————————————————————————————
    @ leveto

    Merci pour le lien avec le blog consacré à l’indo-européen.

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  7. Wikipedia me signale que le « corn snake », endémique aux States, a été introduit à Saint-Barth(élémy).

    Cette île étant connue pour abriter de riches résidents (Johnny, Balkany, et autres amateurs de fraude fiscale), c’est peut-être de là que vient le nom français de ce sympathique colubridé : « serpent des blés ».

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  8. Qu’allez vous chercher ? [what are you going for?]
    Going for; gopher | ˈɡōfər | avec la prononciation locale.
    Plus généralement un genre de ground squirrel | ˈɡround ˈˌskwər(ə)l |
    ou
    prairie dog | ˈprerē dôɡ |
    noun
    a gregarious ground squirrel that lives in interconnected burrows that may cover many acres. It is native to the grasslands of North America.
    Genus Cynomys, family Sciuridae: several species.

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  9. @ brosseur

    TRS va bientôt nous départager.

    Mais, en attendant, je vous fais remarquer :
    – que le « chien de prairie » (« prairie dog »), s’il n’est pas un canidé, n’est pas non plus cet autre rongeur que l’on nomme du nom ambigu de « spermophile » (« gopher » ou « thirteen-lined ground squirrel ») ;
    – que TRS nous invite à trouver un animal en relation « avec deux céréales », ce qui n’est pas le cas avec les deux rongeurs sus-cités.

    Screwball, this squirrel l

    ———————————————————————————————————————————
    « Going for; gopher | ˈɡōfər | avec la prononciation locale »

    Votre remarque me permet de mieux comprendre le jeu de mots à l’origine du nom du concurrent (malheureux) du Web.

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