Rue du Petit-Cocquempot ( répàladev)

Personne n’a trouvé la rue-mystère « qui doit son nom à une cible pour tireur » ( cf. ici pour la question ainsi qu’ici et pour les indices ). Il est donc temps de dévoiler la solution !

Il fallait trouver la rue du Petit-Cocquempot de Montreuil (P.-de-C.).

Ce nom ne fait pas référence à une auberge dont l’enseigne aurait été un coq ni à la célèbre poule au pot d’Henri IV.

Il s’agissait d’un oiseau empaillé, généralement un coq, fiché sur une perche et qui servait de cible aux arbalétriers, un genre de papegai, donc. Le coq, empaillé faut-il le rappeler, était empalé, c’est à dire mis en pal ou en paul : voilà donc le « coq-en-paul ». Quand ce dernier mot ne fut plus très bien compris et tandis qu’on connaissait fort bien la « poule au pot », on eut vite fait d’inventer le « coq-en-pot » devenu Cocquempot !

C’est ce que nous raconte ( en note de bas de page ) Albéric de Calonne dans son Histoire des abbayes de Dommartin et de Saint- André-aux-Bois (1875)

Pour lever tout doute sur cette étymologie qui pourrait paraître fabriquée de toutes pièces, on voit, sur ce plan des enceintes moyenâgeuse de Montreuil, au n°13 ( page 166 ), le terrain dit des Arbalétriers, où se situe aujourd’hui la rue du Petit-Cocquempot

Il y eut naguère à Montreuil une rue du Grand-Cocquempot qui prit le nom du Général Potez après son décès en 1933 ; seule reste donc aujourd’hui la rue du Petit-Cocquempot.

Ce quartier, où se déroulaient régulièrement des entrainements et des concours d’arbalétriers finit par acquérir une telle notoriété qu’une famille de la ville en prit le nom. Un de ses membres devint fonctionnaire royal.

Avec d’autres orthographes comme Cockempot, Cockenpot, Coquempot etc. ce patronyme est encore présent dans le Pas-de-Calais, le Nord, les Ardennes, etc.

Les indices

■ la recette royale : il s’agissait bien sûr d’une allusion à la « poule au pot » mise à l’honneur par Henri IV, roi de France et de Navarre.

■ le poulet rôti : le choix d’un poulet mis à rôtir à la verticale était là pour aiguiller vers la mise en pal.

On trouve mention de cette rue et de l’origine de son nom dans l’ouvrage de Bernard C.Galey intitulé Nom de Lieu ! ( éd. le cherche midi, 2004).

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12 commentaires sur “Rue du Petit-Cocquempot ( répàladev)

  1. Dans l’article  « Les fortifications de Montreuil-sur-Mer au Moyen Âge », paru en 1948 dans  La Revue du Nord , il est question dans la note 37, sise au bas de la page 164, du « Fossé des Arbalétriers » et de la « rue du Petit -Coquempot (sans c)».

    https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1948_num_30_118_1942

    ————————————————————————————————–
    Intrigué par une certaine proximité phonétique entre Co(c)quempot et Quincampoix, je suis allé faire un tour sur le Ouèbe.

    Là j’ai découvert le blog d’une habitante de Les Molières (Essonne), où elle parle d’un lieu-dit « Quincampoix », situé dans cette commune (où l’on trouve aussi un autre lieu-dit, voisin, du nom de « La Coquetière »).

    Elle semble dire quelques extravagances, mais elle rapporte aussi ceci, qu’elle n’a vraisemblablement pas inventé :
    « Placedano en 670, Quiquenpoist en 1203, Cuquampoit, Quinquempoit et Quiquempoist au quatorzième siècle, Cinquampoit, Quiquenpot, et Quiquempoit au seixième siècle, Quinquenpoix au dix-septième siècle, Quincampois au dix-huitième siècle, Quincampoix encore au vingt-et-unième siècle. »

    http://lesmolieres.free.fr/phorum/read.php?2,6,6,report=1

    La forme « Quiquenpot » du Xvème siècle semble bien proche de « Coquempot ». Y aurait-il équivalence, au moins dans certains cas, entre les deux toponymes ou odonymes ?

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  2. TRA

    Ernnest Nègre s’est penché sur l’étymologie de Quicampois ( à Bazuel, Nord), Quicampoix (Bray-sur-seine, S.-et-M.) , de dix Quincampoix et d’un Quincampois.

    Première remarque : il s’agit dans tous les cas d’anciens moulins répondant au nom de langue d’oïl cui qu’en poist :« à qui qu’il en pèse, à qui que ce soit que cela déplaise», formule de défi d’un meunier à ses concurrents.
    Deuxième remarque : on trouve parmi les formes anciennes de la première syllabe des Cuic, Cuik, Cuiq, Quic, Quik et une fois un Kik ; jamais de Coq, Kok ou Quoc
    Troisième remarque : parmi les formes anciennes de la dernière syllabe, quant elle est différente de pois ou poix, on trouve soit poist soit poi.. E.Nègre, qui parle bien du Quincampoix de Molières ( Ess.) ne signale pas la forme Quiquenpot du XVIè siècle qu’on trouve sur le site que vous mettez en lien.
    Si elle est avérée, elle constituerait sans doute une exception.

    L’évolution en langue d’oïl de cui vers coq et plus généralement du i vers o ne se produit pas.

    La ressemblance entre Quicampoix et Cocquempot me semble donc être tout à fait fortuite.

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  3. Bonjour

    Très jolie devinette qui m’aura exaspéré grave et durant un vrai moment.

    L’idée de ‘poule au pot’, ça je l’avais.
    Quant à l’étymologie utile, pas une seconde je n’ai imaginé qu’elle concernait le mot PAL… que pourtant j’avais évoqué le 12/06 à 12h12.
    Je me suis donc fourvoyé du côté de « POUL », genre « être fier comme un poul sur son fumier ».

    Bref, fiasco total ! et pourtant j’avais lu :

    Le tir à la perche : Originaire du Nord de la France, Belgique et Hollande, le tir est peu pratiqué. La perche est constituée d un mat d’environ 35 mètres avec des branches. Sur ces branches, on place des «oiseaux» (cylindres de bois d’environ 5 cm de long et 3 cm de diamètre, garnis de plumes).
    L’oiseau le plus élevé sur la perche est le Coq et les oiseaux proches sont appelés grandes poules, puis petites poules, puis oiseaux.

    On est bien là du côté de Montreuil-sur-Mer.
    ___________

    Le bilan, en ce qui me concerne, reste pourtant positif :

    Comme la volaille en train de rôtir m’a semblé avoir l’allure d’un chapon, j’ai découvert une autre désignation de parcelle rurale : « Le vol du chapon »

    On appelle en termes de Palais, le vol du chapon, une pièce de terre qui est autour d’une maison noble, d’aussi grande étenduë que pourroit avoir le vol d’un chapon. L’aisné dans le partage d’une maison noble a le principal manoir, ou le vol du chapon. Suivant la Coustume de Paris, ce vol de chapon est estimé à un arpent de 72. verges, ou 1580. pieds, ou 316. pas.

    Furetière

    ___________

    De même que la Rue du Petit-Cocquempot n’existe qu’à un seul exemplaire, à quelques kilomètres de chez moi, on trouve la RUE POIL COQ, elle aussi unique.
    L’idée d’un oiseau à plumes marié avec une idée de poil m’a toujours semblé extravagante.
    La seule explication que j’y vois pourrait être celle-ci, proposée par le DMF :

    POIL, subst. masc.
    [FEW IX, 533a : *pullius]
    Poil de faisan = « Poule de faisan »

    https://www.cnrtl.fr/definition/dmf/POIL2

    Si un «poil de faisan» a pu désigner une poule faisane, peut-être qu’une pondeuse ordinaire et domestique était connue comme étant un « poil de coq » ? Avec ‘poil’ au sens de femelle ?… Va savoir.

    Ce serait très étrange, non ?… même s’il est possible de trouver bien des « Rue de la Poule », éparpillées dans notre vaste Hexagone.

    Qu’en pensent vos ouvrages les mieux informés, Leveto ?

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  4. « L’idée d’un oiseau à plumes marié avec une idée de poil m’a toujours semblé extravagante. » (TRS)

    Si l’on en croit Wikipedia (qui donne une explication qui me semble un peu tirée par … les cheveux), il existe au moins un autre cas où oiseau et poil sont associés :

    « La rue du Pélican, d’une longueur de 62 mètres, est située dans le 1er arrondissement, quartier des Halles, et commence au 11, rue Jean-Jacques-Rousseau et finit au 8, rue Croix-des-Petits-Champs.
    La rue tire son nom de la déformation d’un nom obscène qui lui avait été donné en raison de la population de prostituées qui l’habitait : « rue du Poil-au-Con »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_du_P%C3%A9lican

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  5. « La perche est constituée d un mat d’environ 35 mètres avec des branches. » (TRS)

    L’évocation d’un dispositif semblable se retrouve dans « la rue de la Perche à l’Oiseau », à Seurre (Côte-d’Or), où l’on trouve aussi une « rue des Archers », adjacente à un « chemin des Oiseaux », à une « rue de l’Arc » et à une « rue de l’Arbalète », ainsi qu’une « rue Guillaume Tell » (mais cette dernière ne doit pas être médiévale).

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  6. TRA

    un peu vite car le devoir repas m’appelle, je vous confirme l’origine du nom de la rue du Pélican. Il s’agit bien d’une ancienne rue du Poil-au-Con. Nos ancêtres étaient moins prudes que nous et appelaient les choses par leur nom : c’était une rue de prostitution.

    TRS
    je me mets au travail après la sieste, promis !

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  7. @ TRS

    Si vous parlez de Lassigny (Oise), on y trouve une « place du Jeu d’Arc » (inconnue de Google Maps, mais figurant sur le plan qui se trouve sur le site d’une agence immobilière), qui jouxte la rue du Poil Coq.

    https://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/lassigny-60310/place-du-jeu-d-arc-1191993672/

    ——————————————————————————————————————————————–
    Laquelle rue est nommée « rue du Poil-le-Coq » sur cette carte postale datant de la Première Guerre mondiale :

    https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5123293#0

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  8. TRS

    Jolie trouvaille ce « vol du chapon »! J’ai trouvé pas mal de micro-toponymes en chapon, chapons, champ ou bois chapon etc., des chaponnades, chaponnières etc. mais aucun « vol de chapon »! C’est bien dommage. Ceci dit, impossible de savoir si ces Chapon-là ont quelque chose à faire avec le coq castré ou avec un patronyme ( issu du gallo-romain Cappo, -onis )…

    Pour rapprocher votre rue Poil Coq d’une éventuelle « poule de coq » sur le modèle du « poil de faisan », il manque la préposition ( même si on dit maintenant poule-faisane).
    J’aurais plutôt tendance à voir dans Poil Coq un sobriquet que l’on retrouve aujourd’hui dans le patronyme Poilecot, dont « l’ étymologie vient de « poil de coq » désigne le sobriquet de personne arborant une plume de coq » ( ici )

    P.S. Auriez-vous oublié notre conversation du 13 janvier 2018 en commentaires à ce billet ?

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  9. Notons enfin qu’il existe :
    – une « rue du Haut Poil Barbe » et une « rue du Bas Poil Barbe » à Noyon (Oise) ;
    – une « rue du Poil de Chat » à Bombon (Seine-et-Marne) ;
    – une « rue du Poil Girard » à Patay (Loiret).

    Cette multiplicité de poils est bien singulières !

    https://www.google.fr/maps/place/Rue+du+Bas+Poil+Barbe,+60400+Noyon/@49.6030031,3.0184227,18z/data=!4m5!3m4!1s0x47e873a4e7d7d2cb:0x3d81122476a2936c!8m2!3d49.602207!4d3.018884?authuser=0

    https://www.google.fr/maps/place/Rue+du+Poil+de+Chat,+77720+Bombon/@48.5764134,2.8567035,17z/data=!4m5!3m4!1s0x47ef56e9b23ff389:0x67f36a5626e8c19b!8m2!3d48.5763424!4d2.8569717?authuser=0

    https://www.google.fr/maps/place/Rue+du+Poil+Girard,+45310+Patay/@48.0510057,1.6959118,18z/data=!4m5!3m4!1s0x47e4f54bcf786475:0xeb355221636cce54!8m2!3d48.051099!4d1.697446?authuser=0

    [Il n’est, bien sûr pas question de la commune de Poil (Nièvre), qui fut illustrée par le canular monté par le journaliste Paul Birault en 1913, à la suite duquel plusieurs parlementaires s’excusèrent de ne pas pouvoir se trouver à Poil pour célébrer une commémoration en l’honneur du fictif Hégésippe Simon.]

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  10. Le mot latin « palus, i », qui a donné « pieu », « pal » et le « paul » dont il est question ici, peut signifier aussi en latin « membre viril », nous dit Gaffiot (en citant Horace).

    On peut donc légitiment se demander si l’argotique « popaul » n’a pas la même origine que le poteau qui servait aux archers à tirer un coup.

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