Le rouge est mis

L’incendie des Tuileries en 1871 par Georges Clairin ( musée d’Orsay )

Couleur remarquée dans la nature, le rouge vient en général de fortes teneurs des sols en oxyde de fer. On ne le distingue alors guère du roux, de même étymologie, l’indo-européen reudh, qui a donné le latin rŭbĕus et le grec ἐρυθρός ( erythros ).

Du latin rŭbĕus, avec différents suffixes, sont issus les noms de Roujan ( Hér.), Royan ( Ch.-Mar.), Royon ( P.-de-C. ) et Rouy ( Nièvre ). Il est ici fait référence à la couleur du sol, notamment aux grès de bord de mer de Royan. Pour ces toponymes, l’hypothèse du nom d’homme latin Roius, émise par Dauzat&Rostaing ( DENLF* ) et reprise par Nègre ( TGF* ), est contestée par P.-H. Billy ( DNLF* ) pour des raisons d’excessive rareté de ce nom d’homme et d’incompatibilité phonétique avec les suffixes.

En revanche les noms de Robiac -Rochessadoule ( Robiaco en 1119, Gard), Rouffach ( Rubiaco en 662, H.-Rhin ), Rougé ( L.-Atl. ), Royat ( P.-de-D.), Roubia (Aude ), Royas ( Isère ), Rougeou ( L.-et-Cher ) et Rougeux ( H.-Marne) semblent tous être issus du nom d’homme gallo-romain Rubius, même s’il n’est pas impossible que la couleur du sol, comme par exemple celle de la pouzzolane de Royat, ait motivé quelques uns d’entre eux.

Le gaulois *roudo est quant à lui à l’origine du nom du Royans, petit pays historique du bas Moyen Âge ( englobant les actuels Valentinois et Gévaudan ) dont le chef-lieu est Pont-en-Royans ( Isère ). Les premiers noms attestés, concernant un village aujourd’hui disparu, le sont sous la forme Roianum vers 1040. Il est fait mention plus tard d’une ancienne divinité gauloise appelée Mars Augustus Rudianus, vénérée à Saint-Andéol et Rochefort-Samson. Ce nom est dérivé, avec le latin -anum, du gaulois *roudo, motivé par les sables rouges et les dépôts d’oxydes ferrugineux qui caractérisent le sol du pays.

Il existe de nombreux toponymes en « rouge », appliqué à la terre ou à une maison, comme pour La Rouge ( Orne ), Montrouge ( H.-de-S.), Rougemont (C.-d’Or ), Rougemont-le-Château ( Ter. de B.), Rougemontot ( diminutif des précédents, Doubs ), Rougemontiers ( avec monasterium, « monastère », Eure ), Rouge-Perriers ( Eure ) et deux cours d’eaux devenus noms de communes : Rougegoutte ( Ter. de B. ) et Rouges-Eaux ( Vosges ). Deux communes ont obtenu d’ajouter à leur nom un déterminant rappelant la couleur rouge de leur terre : Châteauneuf-le-Rouge ( B.-du-R. , dès 1585 ) et Collonges-la-Rouge ( Corrèze, en 1969).

Les micro-toponymes sont encore plus nombreux : Le Rougier ( à Camarès, Aveyron), nombreuses Terre Rouge ou Tierrouge, des dizaines de Pech, Puech ou Puy Rouge, des Baou Rouge ( à La Gardiole, Var ) et Baumes Rouges ( à Fontaine-de-Vaucluse ), des Pic, Roc, Roche ou Ranc Rouge, plusieurs dizaines de Côte ou Coste Rouge ainsi que de Champ Rouge et quelques Pré Rouge. Pour être complet dans le domaine du paysage, on peut citer quatre Rouge Rupt ( ruisseau ) dans les Vosges et un Saix Rouge ( rocher ) à La Chapelle-d’Abondance ( H.- Sav.). La couleur de ses terres a donné son nom à Roussillon ( Vauc. ).

Les Ocres de Roussillon en Vaucluse

L’habitat, que ce soit par la couleur de ses pierres ou celle de ses tuiles, apparait dans les noms de plusieurs dizaines de Maison Rouge ou de Mas Rouge, une cinquantaine de Château Rouge, Châteauroux ( mais pas Châteauroux dans l’Indre qui est le château de Raoul ni Châteauroux-les-Alpes dans les Hautes-Alpes qui est le château de Rodolphe ), Castel Rouge et Castel Roux, sans oublier deux l’Auberge Rouge, l’une à Écourt-Saint-Quentin ( P.-de-C. ) et l’autre bien plus célèbre à Lanarce ( Ardèche ) qui défraya la chronique en 1833.

Le latin russus, « roux », est à l’origine des noms de Rousses ( Loz.) et Les Rousses ( Jura ) ainsi que de nombreux micro-toponymes en Roux, Rousses, Costerousse et d’autres noms similaires. Mais il convient d’être prudent, notamment en montagne, où ces noms peuvent parfois désigner des roches [ cf. ros, pluriel de l’occitan ro(c)] d’où Les Grandes Rousses ( massif des Alpes partagé entre Isère et Savoie ).

Le breton a ru et son diminutif rouzic qui sont à l’origine de dizaines de Ty Ru ( maison rouge ), Menez Ru ( montrouge à Leuhan, Finistère), Goaz Ru ( ruisseau, à Lanvelle, C.-d’A. ), Lann Rouzic ( lande, à Malguenac, Mor.) et Stang Rouzic ( étang, à Plouguernével, C.-d’A.).

Le Sud-Ouest dit arrouy dans les Pyrénées où on trouve une vingtaine de Pic, Mont, Mal ou Mailh Arrouy et dans le Gers où on trouve la commune de Castet-Arrouy ( « château rouge » ). En Catalogne, ce nom devient Roig ou Roya.

En Corse, ce sera rosso avec des Capo Rosso, Monte Rosseo et des Poggio, Pozzo ou Punta Rosso.

L’Alsace a Rothau ( B.-Rhin, avec au, « prairie humide » ), Rothbach (B.-Rhin, avec bach, « ruisseau » ) ainsi que le ruisseau Rothaine , tous issus du germanique rot, « rouge ».

Enfin, le basque emploie gorri pour nommer plusieurs Etchegorria ( maison rouge ), au moins un Mendigorria ( mont rouge, à Ayherre, Pyr.-Atl. ) et un Butzingorria ( argile rouge, à Villefranque, Pyr.-Atl.).

On peut enfin mentionner le nom de Charroux qui a fait l’objet d’un billet … juste pour rappeler qu’il n’a rien à voir avec la couleur rouge.

Deux communes françaises portent un nom strictement identique et, fait rarissime, accompagné du même déterminant qui rappelle la couleur des eaux qui les baignent – couleur qui a bien sûr quelque chose à voir avec le billet. Quelles sont ces deux communes ?

Trois précisions :

  • elles sont situées à plus ou moins quatre-vingt kilomètres l’une de l’autre mais dans deux départements différents ;
  • la plus peuplée compte près de vingt fois plus d’habitants que l’autre pour même pas quatre fois sa surface ;
  • leur nom s’écrit en quatre mots dont une préposition.

Et ce sera tout parce que, sinon, autant vous donner la solution !

*les abréviations en capitales suivies d’un astérisque renvoient à la Bibliographie accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

PS : le titre et la première illustration sont là parce que.

3 commentaires sur “Le rouge est mis

  1. Je n’ai toujours rien trouvé : je suis tombé sur un (Ro)bec !

    ——————————
    C’est une vraie tuile ! [De Roumazières, bien sûr.]

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  2. TRA

    Sans vous offenser, ça ne m’étonne pas ! ( et vous n’êtes pas le seul : ma boite aux mails est encore tout à fait vide à l’heure où j’écris ces lignes ).
    Mais, à la vérité, c’est un peu de ma faute : à la relecture, je m’aperçois que mon énoncé manque de la rigueur habituelle qui fait toute ma réputation des deux côtés de l’Atlantique, et même un peu dans l’Indien et le Pacifique.

    Une précision sera donc apportée ce soir avec les indices habituels.

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