Zone rouge

Avec une semaine de retard, je commémore à ma façon le 11 novembre 1918 en m’attachant aux villages de la zone rouge, morts pour la France et jamais reconstruits pour la plupart. Un billet du blog Langue sauce piquante nous en parlait récemment.

Il ne sera pas question, sur ce blog consacré à la toponymie, de leur histoire mais de leur nom. Les voici donc, présentés par départements comme sur la fiche wiki. La liste est longue mais il était impossible d’en laisser de côté.

Aisne

  • Ailles : Aquila en 1224 a repris le nom de l’Ailette, affluent gauche de l’Oise noté Aquila fluvius en 877, de l’adjectif latin ăquĭla ( ăqua ), « (eau ) d’un brun noirâtre ». La rivière prendra par la suite le suffixe diminutif –ette, sans doute pour la différencier du village.
  • Beaulne-et-Chivy : Belna en 1191, du gaulois Belena, adjectif féminin tiré de Belenos, dieu gaulois assimilé à Apollon. Chiviacum en 1213, du nom d’homme gaulois Cavius et suffixe possessif -acum.
  • Courtecon : du latin cortem, « domaine » et du nom d’homme germanique Acco.
  • Crandelain-et-Malval : Cruandelein en 1136, probablement du nom d’homme germanique Chrodolenus ou bien du même radical gaulois *grava, « gravier », que pour Craonne, accompagné du nom d’homme gaulois Andolenus. Malval est la « mauvaise vallée ».
  • Moussy-sur-Aisne : du nom d’homme latin Moccius accompagné du suffixe possessif -acum.
  • Vauclair-et-la-Vallée-Foulon : « vallée claire ». Foulon, du nom d’homme germanique Folo.
  • Craonne : Grauhenna au IXè siècle et Creunna en 1000, sans doute du gaulois grava, « gravier » et suffixe gaulois –enna ( comme pour Ardennes ) avec attraction tardive des suffixes en –onne.
  • Cerny-en-Laonnois : du nom d’homme latin Cernius et suffixe possessif –acum. Laonnois : le pays de Laon, noté ecclesia Lugdunensis en 540, du nom du dieu gaulois Lug et dunum, « forteresse », comme Lyon.
  • Allemant : d’une ancienne colonie rurale ou d’un poste militaire tenu par des Alamans.

Marne

  • Hurlus : cf. cet article.
  • Le Mesnil-les-Hurlus : du latin mansionile, « maison de paysan, habitation avec portion de terre ».
  • Perthes-les-Hurlus : du nom de femme germanique Perrata ou de Perta, divinité gauloise des jardins clos.
  • Ripont : Rivi pons, « le pont du ruisseau »
  • Tahure : Tahur au XIIè siècle d’origine incertaine. Pourrait être un ancien Tapuria ( villa ), après la transformation du p intervocalique en v ( comme sapere a fait « savoir ») suivi de son amuïssement. Tapuria est un adjectif féminin tiré du nom d’homme latin Tapurius, attesté par ailleurs.
  • Moronvilliers : Muronis villare en 1066, du nom d’homme germanique Moro et latin villare, « ferme ».
  • Nauroy : Nueridum vers 850, du latin nucarium, « noyer », et suffixe collectif –etum.

Meurthe-et-Moselle

  • Regniéville : du nom d’homme germanique Ragino et ville, ancien français pour domaine, village.
  • Remenauville : du nom d’homme germanique Ramenoldus et ville.
  • Fey-en-Haye : Faix en 1305, du latin fagus, « hêtre », et suffixe collectif -etum. Haye de l’ancien français « haie » ou, plus exactement, « bois entouré d’une haie », lui-même du francique *hagja. Cf. cet ancien billet.
  • Flirey : Flery en 1551, soit du nom d’homme germanique Filricus soit du nom d’homme latin Fleurus avec suffixe –acum.

Meuse

  • Beaumont-en-Verdunois : « belle colline ». Verdun, des gaulois *uer, « sur-, super- » et dunum, « citadelle, forteresse ».
  • Bezonvaux : du nom d’homme germanique Biso et du latin vallis, « val ».
  • Cumières-le-Mort-Homme : Commenarias en 701, du latin communis, « commun » et suffixe –aria, désignant des terres appartenant à une communauté. Le Mort-Homme ( nom d’une colline rajouté en 1922 ) est un ancien « mort orme ».
  • Douaumont : sans doute du nom d’homme germanique Deudanus et latin montem, « colline ». L’origine selon le nom gaulois deva ou deoua donné à certains cours d’eau divinisés n’est pas assurée. Il existe bien la Doua, un ruisseau affluent de la Meuse, mais elle coule loin de Douaumont.
  • Fleury-devant-Douaumont : du nom d’homme latin Fleurus et suffixe possessif –acum.
  • Haumont-près-Samogneux : Haudimons en 1049 puis Altus mons en 1127. Du nom d’homme germanique Haldo modifié par paronymie en altus, « haut ». Samogneux, noté Samongea en 1049, provient du nom d’homme latin Samonus et suffixe possessif –acum.
  • Louvemont-Côte-du-Poivre : Luponis mons en 991, du nom d’homme germanique Lupo et latin mons, « montagne ». La Côte-du-Poivre ( nom rajouté en 1922 ) : il faut sans doute voir dans ce Poivre le nom d’homme latin Piper qui aurait donné un Pipera( villa ) comme pour Poivres dans l’Aube.
  • Ornes : du nom de la rivière Orne, affluent de la Moselle, dont l’étymologie est incertaine.
  • Vaux-devant-Damloup : du latin vallis, « vallée ». Damloup, Domus Lupus en 1040, vient du latin domnus, « saint » et Loup, qui peut faire allusion à plusieurs saints.
  • Vauquois : pourrait être une ancienne vallis quietum, « vallée tranquille », ou une ancienne vallis Quadensis, « vallée des Quades », un peuple germain aujourd’hui encore assez méconnu.

Nord

  • Bailleul : du nom d’homme latin Ballius associé au gaulois ialo, « clairière défrichée, champ ».
  • La Bassée : dérivé de l’adjectif bas, désignant un bas-fond.

Pas-de-Calais

  • Mazinghein : du nom d’homme germanique Maso et suffixe –inghem. Pour le suffixe voir ce billet

Somme

  • Fay : Fayetum en 1145, du latin fagus, « hêtre » et suffixe collectif -etum.

En mémoire de mon grand-père paternel qui y fut blessé en 1916, m’est venue l’idée de vous demander de trouver ce village, en rapport avec le sujet du jour, qui porte un nom composé d’un nom et de son diminutif.

Ce même nom sans déterminant est celui de quatre communes françaises et, avec un déterminant, en désigne neuf autres sans compter celle qui nous intéresse. Toutes sont situées au-dessus de la Loire.

Par paronymie, ce nom a pu être mal interprété comme étant dérivé de celui d’un végétal qui a fait l’objet d’un billet.

Je ne vois pas quel indice pourrait vous être utile, sauf à vous livrer une carte d’état-major.

PS pour les curieux. Avec son éclat d’obus dans le biceps, mon grand-père a bénéficié d’une permission pendant laquelle fut conçu mon père. Il n’en avait pas pour autant fini avec la guerre, qu’il termina à Salonique où il attendit qu’on veuille bien le ramener à la maison. Il n’aimait pas trop parler de tout ça.

8 commentaires sur “Zone rouge

  1. Leveto,

    Préoccupé par d’autres soucis, je n’en viens à considérer votre devinette que maintenant.
    Mais plusieurs choses me turlupinent dans l’énoncé:

    Le village à retrouver porterait un nom composé d’un nom et de son diminutif.
    J’imagine alors un truc du genre CRAONNELLE (02 235), à savoir Craonne + un suffixe invitant à la modestie.
    Si le village à trouver a rapport avec le sujet du jour, est-ce un rapport étroit avec la géographie du billet et donc l’un des seuls 5 départements évoqués ? … lesquels ne reflètent qu’une partie des dégâts : il y eut « zones rouges » dans une grosse dizaine de départements dont l’Oise.

    Pour en être assuré, il suffit de considérer la ‘grosse tache rouge’ qui macule la carte présentée au billet, sous le premier paragraphe et qui se situe juste au nord de Compiègne, en rive droite de l’Oise.
    Il s’agit, grosso modo, du canton de Lassigny et autres parages qui tous furent dévastés, dans des proportions qui forcent l’admiration.

    Je le sais, j’y vis… et, durant mon passé de Machincourtois en charge de l’intendance et des finances, j’ai eu plus souvent l’occasion de communiquer avec le service de déminage et l’ONF qu’avec Sabine Azéma !*
    Pas un trimestre, surtout après les labours, sans qu’une équipe vienne récupérer des obus plus ou moins balèzes et inquiétants.

    Quant aux finances, Machincourt subit encore l’effet de ces activités de plein air auxquelles s’adonna une jeunesse enthousiaste, dans le cadre des échanges franco-allemands, si prisés à l’époque.
    Ainsi, une grume de chêne, maintenant arrivée à l’âge où elle mérite d’être négociée, subira une décote : elle a été mitraillée en 14 !

    Pour ceux que ça intéresse, une étude épatante :

    https://journals.openedition.org/ruralia/216

    On y verra, page 3, document 2, l’emprise de « La Petite Suisse » ( pas vraiment neutre à l’époque) et autrement dite « Massif (ou Bois) de Thiescourt »… et donc nos bois mitraillés.

    On y verra aussi, page 18, document 4, par l’exemple d’une seule localité, comment le bâti rural a vécu la chose : avant, juste après et plus tard. Et le bâti rural, ses misères et son anéantissement, ses efforts de reconstruction, mine de rien, ça me cause largement plus que les métamorphoses d’un toponyme.

    *Quant à Sabine Azéma, outre l’effet qu’elle m’a toujours fait, dès que j’entends l’expression Zone Rouge, c’est à elle (et à Celles) que je pense… sauf que le village qui a servi de décor se trouve dans l’Hérault. Voir à Celles (34 072), l’ « effet incendie » et le dynamitage d’habitations.

    Davantage raccord sont les paysages de La Vie et rien d’autre, toujours avec Sabine Azéma… là c’est de la Zone rouge telle qu’on s’y croirait presque!

    P.S Craonnelle, anéantie elle aussi, ne figure pas dans la liste. Il était donc possible « d’en laisser de côté ».

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  2. TRS et les autres :

    « Le village à retrouver porterait un nom composé d’un nom et de son diminutif.»
    C’est bien ça : un nom et son diminutif, comme on pourrait avoir un village s’appelant Maison-Maisonnette ou Jean-Jeannot.

    « Si le village à trouver a rapport avec le sujet du jour, est-ce un rapport étroit avec la géographie du billet et donc l’un des seuls 5 départements évoqués ? »
    Je compte pour ma part sept départements évoqués dans le billet et le village fait en effet partie de l’un d’eux.

    PS pour ce qui est de ne pas en avoir laissé de côté , je parlais des villages présents sur la liste wiki sur laquelle je me suis appuyé. Et Craonnelle n’y figure pas, honte à wiki !

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  3. RETOUR SUR ZONE

    Intro, pour l’ambiance :

    Red is the Color of my Poppies
    In the Landscape, after Wartime

    (Air connu)

    _________

    1. La ‘Zone rouge’ de par chez moi a eu un effet toponymique notoire.
    En effet, lors de la Bataille du Matz* qui s’est déroulée durant quelques jours de juin 1918, outre Machincourt-la-Pingre qui a profité du spectacle en live – les places étaient gratuites- il y eut Méry, à quelques kilomètres de là… avec, comme dans Ben Hur, la grandiose séquence des chars, ceux de Mangin.
    Malheureusement pour les figurants d’alors, beaucoup d’entre eux n’ont pas eu l’heur ni le loisir de toucher leur solde cachet. Ceux-là n’étaient d’ailleurs pas crédités au générique d’alors et tout juste retrouve-t-on, éparpillés, leurs noms gravés aux monuments aux morts et leurs dépouilles dans certaines nécropoles spécialisées.

    2. En 1932, la commune de Méry a souhaité qu’un déterminant vienne célébrer, en l’attestant, ce moment émouvant.
    Elle est donc devenue MERY-LA-BATAILLE (60 396) tout comme Bouillancourt est devenu BOUILLANCOURT-LA-BATAILLE (80 121).
    On ne peut que se réjouir de telles décisions qui sont la marque d’un attachement à l’Histoire, à la Patrie et une forme de témoignage douloureux.

    3.Cette démarche toponymique se trouve dans la lignée d’ARQUES-LA-BATAILLE et IVRY-LA-BATAILLE (du temps d’Henry IV) ou de CASTILLON-LA-BATAILLE, rapport à la Guerre de Cent Ans.

    4. La Grande Guerre fut l’occasion d’autres manifestations d’humeur toponymopatriotique.
    Ainsi et tandis qu’elle portait un nom honni, la commune d’Allemagne a-t-elle choisi de devenir FLEURY-SUR-ORNE (14 271)… nettement plus fréquentable.
    Les pitoyables gensses de PACA n’eurent pas de telles délicatesses : ils ont gardé ALLEMAGNE-EN-PROVENCE (04 004)… A leur aune, on cauchemarde et on renarde à l’idée d’un ORADOUR-EN-BAVIERE !

    5. Un jour peut-être, tandis qu’il ne sera pas surbooké et dépassé par la frénésie des tâches domestiques et incompressibles qui accablent les retraités du Vaucluse, Leveto nous fera-t-il un topo savant et exhaustif sur l’incidence des conflits majeurs dans la toponymie à caractère mémoriel.

    ____________

    D’ici là et comme mon comparse et contemporain L’Intrus doit maintenant se morfondre en n’ayant plus d’os à ronger, je me dois, humainement, de le réanimer, de le remettre à l’ouvrage :

    – Il y a, de mon point de vue, des chansons douces pour endormir les petits enfants sages et il y en a d’autres, plus viriles, qui sont de pures merveilles… et moi, voyez-vous, j’aime les militaires et Dame Felicity Hott , si parfaite en son interprétation et son jeu qu’elle me ferait presque oublier Vanessa Paradis :

    Mais j’aime tout autant les chansons antimilitaristes.
    Il vous faudra retrouver l’une de celles qui figurent à mon Top Ten.
    (A suivre…)
    _________

    *La notice Wikipedia consacrée à la Bataille du Matz situe cet aimable épisode dans l’Aisne (02)… tous les géographes à jeun rectifieront

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  4. Retour à nos moutons et à la toponymie issue de la Grande Guerre, telle qu’en sa saveur et son sens de l’hommage, elle aura su baptiser des endroits jusqu’alors innomés :

    1. En deux mots, un endroit qui témoigne de la réjouissante internationalité propre au conflit de 14/18

    2. Ces deux mots, selon diverses langues, s’organisent ainsi : 4 lettres pour désigner le paysage et 5 autres qui concernent la géopolitique.
    Un peu comme si l’on avait affaire avec une Vallée SDN, une Crique ONU, un Djébel RAU ou un Champ opératoire OMS… car l’un des deux termes est un sigle.

    3. En anglais et en français, ce sigle s’écrit en lettres majuscules… mais pas dans la langue du pays concerné qui semble se satisfaire de minuscules.

    4. Comme je ne suis pas aussi vicelard que Leveto, il n’est pas question pour moi de céder à la tentation de livrer en pâture l’une des pistes de l’album John Wesley Harding (Cf. Dylan période acoustique et post trauma motocycliste) : c’est la plus insignifiante de la bande.

    5. Mais peut-être faut-il tout dire du barème, vous l’annoncer ?… O.K !

    – Pour 5 points et en trois langues, dire quel est ce toponyme.

    – Pour 15 points, dire quelle est cette chanson qui évoque la chose et figure en bonne position à mon Top Ten des chansons antimilitaristes.
    Oublier le Déserteur de Vian, le Parachutiste de le Forestier, les Deux oncles de Brassens et autres complaisances faciles… chercher plutôt l’émotion ressentie jusque dans les chairs meurtries et évanouies : – On raconte qu’un amputé garde la sensibilité de sa jambe disparue… – Qu’en est-il pour lui au moment de la valse ?

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  5. TRS

    comme vous le faite si justement remarquer, la retraite me laisse de moins en de temps ( en fait, on pense qu’on va pouvoir faire un tas de choses qu’on n’a pas pu faire avant, on en démarre plein en même temps qu’on n’ose pas abandonner et, hop!, la journée passe, la semaine et… ça fait déjà 18 mois de passés !).

    J’ai bien pris note de votre devinette : j’ai quelques idées à approfondir ; je m’y mets tantôt.

    En ce qui concerne les chants antimilitaristes, j’en ai une liste longue comme le bras à vous soumettre ! Je ne sais plus où donner de la tête.

    Il me semble aussi que vous avez oublié dans votre liste Loigny-la-Bataille ( cf. ce billet où, à la toute fin, apparaissent d’autres Bataille) et Palikao ( cf. ce billet ) parmi tant d’autres.

    Pour l’Allemagne-en-Provence, il ne vous aura pas échappé que le nom du patelin fait référence à une colonie rurale ou à un poste militaire tenu par des Alamans, vous savez ?, ce peuple germanique vaincu par Clovis et incorporé au royaume franc. Nous ne faisons pas dans l’amalgame, nous autres en Provence.
    D’autre part, je ne vous apprendrai rien en vous disant que Francfort-sur-le-Main est une ville allemande comme Bad Frankenhausen, Frankenau, Frankenberg, Frankenthal et j’en oublie.

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  6. Aujourd’hui, c’est Black Friday … alors on brade, à coups d’indices distribués gratis :

    Indice N°1 : Ce sera pour dire que le sigle (en 5 grosses lettres) à l’oreille, a toutes les allures d’un toponyme en –acum antique. Sauf que non !

    Indice N°2 : Ce sera une citation, pertinente à double titre :

    The traditions of the Royal Navy are rum, sodomy and the lash

    Indice N°3 : Ce sera une chanson comme on ne sait plus en faire :

    Indice N°4 : Ce sera une délicate « feuille de rose » pour nos hémorroïdes externes.

    Indice N°5 : Ce sera un joli tableau pour la déco’

    _____________

    Rien à voir, mais faut qu’j’en cause quand même au véto :

    1.Vous utilisez l’adverbe « tantôt » dans un sens qui n’est pas conforme au mien. Chez moi, l’adverbe’ tantôt’ est synonyme de « cet(te) après-midi » et jamais de « dès que possible ».
    Quand vous serez revenu de votre surbookage domestique, vous trouverez bien le temps d’établir une sorte d’isoglosse pertinent.

    2. Vous disposez, me dites-vous, d’une « liste longue comme le bras » de chants antimilitaristes. Je m’en doutais bien… aussi peut-être pourriez-vous secourir le pauvre pensionné en proie à l’hésitation, celle qui le ronge et lui ravage le moral.
    Voyez par vous-même :

    Avant que la Mort ne lui file un rencard, il a soin de mettre un peu d’ordre dans sa vie et dans son intérieur : une fois réglées les triviales affaires de succession, la liste de ce qu’il a à léguer à sa paroisse, il a soin de mettre en bon ordre ces chansons antimilitaristes qui encombrèrent son répertoire.
    Se bousculent ainsi au podium, outre celle réclamée :

    MASTERS OF WAR … parce que Dylan reste pour lui cet ACI qui lui fut une révélation, dans les sixties.

    LA COLOMBE… parce que Brel reste pour lui l’ACI le plus considérable qu’il lui ait été donné de goûter.

    LA FIANCEE DU TIMBALIER… parce que Hugo avait tort de ne pas souhaiter voir ses mots musiqués. L’orchestration de Malicorne colle pile-poil avec la tension du propos et la chute.

    QUAND UN SOLDAT REVIENT DE GUERRE… parce que Francis Lemarque lui laisse le souvenir d’un ACI qui savait son métier à la perfection, la cordonnerie y compris.

    Voilà où j’en suis, cher Leveto… – Vous avez un avis ?… et un avis circonstancié quant aux ravages de la chanson et de la versification calibrée quand elles s’avisent et s’entendent, en Zone Rouge, à doter d’un pied supplémentaire ce Craonne qui, sans elles, s’entendrait encore comme « crâne* ».
    ______________

    *Anecdote adressée à ma postérité, déjà avide de confidences qui viendraient d’outre-tombe :

    La soirée où TRS parvint à donner sens aux propos du véto quant aux « trophées de chasse » s’est organisée ainsi, face à son écran complaisant :

    Etape N°1 : Re-re-re-revoir, à la télé, le si « crâne » Gary Cooper dans High Noon et ce tchou-tchou train fatidique qui sifflera trois fois.

    Etape N°2 : Du « crâne » de ciné à celui de « massacre » exposé, il ne restait qu’un pas à faire. Il l’a fait, cet audacieux que rien ne rebute.

    Etape N°3 : Sur une autre chaîne TV, un documentaire épatant sur le crâne de Goya et ses mésaventures. Il l’a vu, aussi, ce retraité.

    Quelle belle soirée en vérité !… et depuis je songe à me remettre à l’huile et aux vanités.

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  7. Votre sollicitude m’est allée droit au cœur, TRS. Aussi, je n’aimerais pas tromper votre attente en réclamant 5 points pour la baie ANZAC, ou ANZAC cove, et surtout Anzac Koyu. Vous voudrez bien, j’espère, m’allouer 15 points supplémentaires pour « And the Band Played Waltzing Matilda !
    De rien, ce fut un plaisir.

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  8. J’utilisais « tantôt » dans son sens de « dans un proche avenir » que les dictionnaires habituels prétendent vieilli, alors qu’il est encore tout à fait vivant dans ma culture familiale et même chez la plupart des gens de mon âge dans les cantons qui m’entourent.
    Pour la prononciation de Craonne, je me range derrière vous : la chanson est fautive qui en a fait un dissyllabique ( ou trisyllabique si on compte l’e muet final ).
    Votre liste de chansons antimilitaristes est fort convenable et, puisqu’en cela comme en toutes choses, des goûts et des couleurs on ne discute pas, je me garderai bien de juger votre classement. D’autres me sont venues allant de Giroflé, Girofla à Léo Ferré en passant, tiens!, par The Doors et leur Unknow soldier . Le choix est si vaste !
    Je m’aperçois, avant de publier, qu’Un Intrus m’a devancé … Tant pis, je publie quand même :
    Quant à votre devinette, je pense qu’il nous faut aller en chercher la réponse en Turquie, du côté de la baie ANZAC, ANZAC Cove en anglais et Anzak Koyu en Turc. El la chanson est bien sûr Et la fanfare jouait Waltzing Matilda

    Rien que pour vous, la version des Pogues :

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