De la terre ( troisième partie ) : la boue

La terre a déjà fait l’objet de deux billets à consulter hand-cursor et hand-cursor

Je vais vous parler aujourd’hui de boue, la damnée de la terre.

Dans sa définition la plus large, la boue est un mélange d’eau et de terre, une terre détrempée, mais je m’en tiendrai dans ce billet aux toponymes ayant trait à la boue elle-même et non aux marécages, marais, tourbières et autres lieux boueux qui mériteraient chacun un billet spécifique. Je resterai au niveau des noms de communes et de cours d’eau, ne voulant pas surcharger cet article avec la multitude de micro-toponymes en rapport avec la boue — et tant pis pour la « gadoue » qui est à l’origine d’une trentaine de ceux-là et du nom du ruisseau des Gadouilles ( à Sainte-Colombe, I.-et-L.) mais pas d’un seul nom de commune.

Étymologiquement, « boue » vient du gaulois *bawa ( comme la gallois baw, « saleté ») qui a été très peu productif en matière de toponymes mais que l’on peut reconnaître dans La Bouille (S.-M ), Le Bouillon ( Orne ) et dans le ru de Bouillon, affluent gauche de l’Ancœur à Grandpuits (S.-et-M.), tous à rapprocher des mots de langue d’oïl bouaille, « boue », et bouillon, « bourbier ». La proximité avec des radicaux comme buxus, « buis », ayant donné Bouesse (Indre ) ou Bouisse ( Aude), comme bovaria, « élevage de bœufs », ayant donné Bouer ( Sarthe ) ou Bouère ( May.), etc. ainsi qu’avec de nombreux anthroponymes gaulois, latins ou germains, rend les distinctions parfois difficiles à faire.

Les Gaulois avaient un autre mot pour désigner la boue : il s’agit de *lut, avec ses variantes *lot et *lod, à rapprocher du vieil irlandais et du gaélique loth, « boue, marais ». On retrouve cette racine dans l’ancien nom bien connu Lutèce de l’île de la Cité parisienne ( la Lutetia de César ) mais aussi dans celui, toujours actuel, de Ludesse ( P.-de-D.), dans celui de Lutz (E.-et-L.) et dans celui de Lodève ( Loteva au IIè s, Hér. ).lodève La Luyne, affluent gauche de l’Arc en amont des Milles ( B.-du-R.), cours d’eau réputé boueux, passe à Luynes ( B.-du-R. et dont le nom a été transféré à l’identique en I.-et-L.) auquel il a donné son nom Lodena en 1025. Le même radical se retrouve dans le nom d’Eleu-dit-Leauwette (P.-de-C.) où Leauwette, noté Lowaige en 1187, est sans doute à comprendre comme issu du gaulois lut-evo, « bourbier » accompagné tardivement du diminutif –ette — tandis qu’Eleu est un dérivé d’« alleu », domaine héréditaire conservé en toute propriété, libre et franc de toute redevance. Dans le domaine occitan, les noms de Loudes ( Lode en 1383, H.-Loire), Lodes (H.-Gar.) et Loze ( T.-et-G. ) sont à rapprocher de loudo, « vase, bourbier », donnant louso en gascon.

Le latin a repris ce gaulois *lut pour en faire lŭtum et l’adjectif correspondant lŭtōsus, « boueux », que l’on retrouve au féminin lŭtōsa ( villa ) dans les noms de Leuze (Aisne ), Louze ( Lutosa en 854, H.-Marne), Louzes (Sarthe ), Loueuse ( Ludosiae en 1163, Oise ) et de Luze (H.-Saône) ainsi qu’au masculin dans celui de Lezoux ( P.-de-D.). La Douze, affluent droit de la Midouze à Mont-de-Marsan ( Landes ) était nommée Lodosa à la fin du XIè s., du latin lutosa ( aqua ), « (eau ) boueuse ». Du même lŭtum est issu l’adjectif lŭtĕus, « boueux », qui peut être confondu avec lūtĕus, « jaune », issu de lūtum, nom d’une plante tinctoriale jaune : les deux ont pu se mélanger, ce qui rend difficiles à interpréter des noms comme ceux de la Loëze et la Grande Loëze, deux affluents gauches de la la Saône en amont de Saint-Laurent-sur-Saône, notés Loasi en 1023, du latin lutea (aqua ), ou encore celui de la Loise, affluent droit de la Loire à Feurs ( Loire ) noté Loisi en 1348, et bien d’autres.

Le latin līmus, « limon, boue », a fourni l’adjectif līmōsus, « boueux », à l’origine des noms de Limeux ( Limou en 1100, Somme ), Limons (P.de-D. ), Limoux ( Limosus en 844, Aude ) et Limousin ( diminutif du précédent, toujours dans l’Aude). Le nom de la Limagne, plaine alluviale de l’Allier en Puy-de-Dôme et Allier, notée Pagum Lemaniam au Vè s. par Sidoine Apollinaire puis Limannia au Xè s., est issu de cette même racine par l’occitan limanha. La paronymie avec le nom gaulois limo de l’orme est à l’origine de nombreux faux-amis comme Limeux (Lemausus en 697, Cher ), Limours-en-Hurepoix ( Ess.) et d’autres vus dans le billet consacré à l’orme.

Le radical probablement prélatin lamma ou lauma, « boue », a donné laume ou lam en Bourgogne désignant une terre lourde, boueuse, comme à Vénarey-les-Laumes ( C.-d’Or ) et de nombreux micro-toponymes du même type.

Le germanique fani, « fange, boue », se retrouve à Fains ( Meuse, Fannis au Xè s. et Fangia en 965 ) à ne pas confondre avec Fains ( Eure, Feins au XIIIè s.), Fains-la-Folie (E.-et-L.), Feins (I.-et-V.) etc. qui relèvent du latin finis, « limite », appliqué à des localités situées à la limite de deux cités gauloises. Le même germanique fani a donné l’occitan fanc, fanga, fanja bien représenté en micro-toponymie ( Le Fanc, Fangas, étang du Fangassier, etc. ) et à La Motte-Fangeas ( Mota dou Fangias en 1208, Drôme).

L’occitan connait aussi bardo, « boue », que l’on retrouve à La Barde (Ch.-M.) et à Labarde (Gir.), à rapprocher du gascon bard qui a donné son nom à Bardos ( P.-A.).

Comme je l’ai précisé dans l’introduction, d’autres noms au sens proche de « bourbier, terrain boueux, marécage, etc. » ont été utilisés en toponymie. Un autre billet leur sera ( peut être …) consacré.

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Le nom de la boue dans une langue régionale, accompagné d’un suffixe locatif dans cette même langue, est à l’origine du nom trisyllabique d’une ancienne petite commune réunie depuis plus d’un siècle avec sa voisine dans une commune qui porte désormais leurs deux noms joints par un trait d’union.

Le nom de cet ancien village, fortement contracté, sert, au moins depuis le XIIè siècle, de déterminant au nom d’une ville touristique bien connue. La contraction de ce déterminant l’a réduit à une seule syllabe qui a un sens tout à fait différent dans une autre langue parlée non loin de là, sens qui est à l’origine d’une étymologie populaire plus valorisante que la boue étymologique.

Quels sont les noms du village et de la ville ?

Un indice :

indice 07 01 20

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

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10 commentaires sur “De la terre ( troisième partie ) : la boue

  1. Les grandes déterminations qu’il me plaira de suivre en 2020

    1. Si une devinette venue du Vaucluse (84) me résiste plus d’une trentaine de minutes, c’est qu’elle est réservée à de plus valeureux… et j’en prendrai mon parti.

    2. Mon humilité naturelle y trouvera de grandes satisfactions et saura alors, telle qu’en elle-même et à jamais, se montrer éblouissante à la face du monde et autres populations « galactiques ».

    3. Chaque fois qu’il me sera possible, je prodiguerai, en guise de friandises destinées à ce cher Leveto, quelques chipoteries… pour le plaisir de la chose !
    ____________

    Ainsi, j’ai lu deux fois votre billet sans hélas y retrouver ce terme de toponymie si lié pour moi à la « gadoue/boue »… un terme que pourtant vous aviez déjà évoqué !
    ____________

    Devinette en retour :

    Il existe, en France hexagonale, une localité où la boue et la gadoue s’allient, se cumulent au tautologique toponyme et ceci selon deux termes acoquinés grâce à un mot de liaison resté d’usage ordinaire pour le public contemporain.
    Tandis que les deux autres, non : l’un est raccord avec ce qui figure dans votre billet et l’autre correspond à ce que vous avez négligé, me semble-t-il.

    Un indice ?… pour précipiter les choses ? – OK !
    Il sera cinématographique* et si bref :

    * Comme pourrait le dire TRA, il ne faut pas confondre la fangeuse CURURE** et le CUL RARE, exceptionnel et notoire… et, si je demeure d’humeur prostibulaire un de ces jours, Leveto, je vous demanderai votre avis (ou celui de votre documentation) quant à une rue de ma sous-préfecture dont je n’aimerais pas qu’elle se réfère à d’ignobles pratiques commerciales.

    **Pour l’anecdote et le souvenir d’une économie rurale, il a existé à Machincourt des adjudications relatives à l’extraction/exploitation des boues de fossés et de rus, destinées à enrichir la terre agricole du mieux-disant.
    On n’imagine plus de telles pratiques aujourd’hui :

    – L’exploitant moderne a recours aux intrants.

    – Une commune qui aurait l’idée – impromptue et sans avoir monté un « putain de dossier » – de curer ses fossés bourbeux et autres muddy waters (pour de simples préoccupations d’écoulement confortable) se verrait inquiétée par la « Police de l’Eau »…. Je le sais !

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  2. TRS

    comme je le précisai dans l’introduction de mon billet et le répétait dans sa conclusion, il existe bien d’autres mots que ceux que je cite pour désigner la boue et je me suis résolu à faire un choix en laissant à l’écart ceux qui ne désignaient pas, à proprement ( ahah ) parler la boue.
    Je pense par exemple au gaulois bracu ( d’abord fond de vallée humide puis marécage puis boue ) qu’on retrouve dans des Brach, Bras, Bray, etc., au vieux français bren ( plutôt résidus de son, déchet, puis merde, ruisseau boueux )aux braus , brés, brières , boëres , etc. qui désignent tous plus un marais ou un bourbier plutôt que la boue elle-même. La liste est encore longue …et j’en ai certainement oublié quelques uns.

    D’autres occupations m’attendent et m’obligent à remettre à plus tard la recherche de la réponse à votre devinette mais je m’y mets dès que je peux. Si quelqu’un va plus vite que moi, qu’il n’hésite pas!

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  3. Rappelons que, pour Bordeaux (capitale des Bituriges, un bel ethnonyme pour les occupants d’une région viticole), l’une des étymologies parfois proposées fait appel à la boue (bien utile jadis pour luter les tonneaux) :

    « D’aucuns ont ainsi pensé que Burdigala était tantôt la contraction de deux mots grecs burgo et galatico, à savoir le «bourg gaulois» tantôt celle de deux mots aquitains: burd «boueux» et gala «abri» et qu’elle incarnait donc géographiquement son emplacement sur des marais. »

    https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/04/26/37003-20170426ARTFIG00019-bordeaux-d-o-vient-ton-nom.php

    ——————————-
    Pour ce qui est de la première hypothèse, pourquoi « galatico » et non « galactico » ?

    Ce serait pourtant une nouvelle raison de faire figurer le « Port de la Lune » dans le Guide du routard galactique.

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  4. Je découvre l’énigme de TRS trop tard et il est pour moi l’heure d’aller sous la couette : mais demain je vérifierai si avec les lulus il y a mèche ou non.

    ———–
    En tout cas, pour la « boisson pour homme », je confirme que, s’il y a bien de la betterave, il y a aussi de la pomme.

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  5. À tout hasard : Bray-sur-Somme.

    « Braium serait attesté depuis environ 630.

    Bray est un toponyme d’origine celtique braco, attesté dans une glose en ancien français signifiant « terrain fangeux », « marais ». Les termes français brai (au sens de « boue, goudron ») et braye (« terre grasse »), aujourd’hui tombés en désuétude en proviennent peut-être aussi.
    En 1956, Bray change de nom pour devenir officiellement Bray-sur-Somme. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Somme_(fleuve)#%C3%89tymologie

    « Les Romains l’appelaient Samara, reprenant ainsi des termes gaulois : samo (tranquille) et ar (rivière ou vallée). »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Somme_(fleuve)#%C3%89tymologie

    —————————————–
    Oui ! je sais : la Samara River n’est pas si boueuse que ça, mais elle s’achève dans le Marquenterre, qui, lui, l’est.

    —————————————
    Quant à la « boisson pour homme » que sirotent nos plombiers-dézingueurs, et qu’on servait chez Lulu la Nantaise, elle me rappelle celle qui coulait à flot dans le Vimeu – la France profonde, plus encore que le gouffre de Padirac (j’adore me faire des amis !) à une époque où, étant en poste au Tréport (avant que la falaise ne s’effondre), j’empruntais souvent la micheline qui, traversant la Bresle et, laissant sur sa gauche Eu et son maire, me conduisait à Abbeville, puis, de là à Amiens.

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  6. Bravo, TRA !

    J’avais bien commencé à chercher dans les dérivés du gaulois bracu ( dont Bray ) que j’avais éliminés du billet pour les raisons déjà expliquées dans mon précédent commentaire, mais je n’étais pas encore arrivé à Bray-et-Lu…

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  7. >TRA

    Bravo ! Votre première proposition n’était pas vraiment in<b<Epte… simplement, la région administrative n’était pas la bonne.

    Quant à ‘Bray’ et puisque tout est autorisé en toponymie, plutôt qu’une idée de marécage, j’y vois celle de la boue.
    Comme Nègre et comme en certains dicos :

    https://www.cnrtl.fr/definition/dmf/BRAI3

    Ou ailleurs :

    Le mot brai est encore mentionné au XIIe siècle dans le Raoul de Cambrai au sens de « boue », et reste encore vivant dans certains dialectes de langue d’oïl au sens de « terrain humide »

    Bref, pour avoir si souvent erré dans le Pays de Bray, ce n’est pas l’idée de « marécages » que j’en retiens… celle de bocages, oui, et aussi celle de « terre à pots ».

    Votre connaissance (profonde !) du Vimeu vous aura-t-elle permis d’engranger à votre vocabulaire le terme RAQUE qui désigne la boue et qui, chez moi, se retrouve si vivace aussi dans le verbe S’ENRAQUER, synonyme à peu près parfait du verbe S’EMBOURBER.
    Ici, il arrive que même le 4×4 (ou le Quad) d’un adepte du tourisme vert (à la con) s’enraque au long du parcours que son conducteur aura choisi, assujetti d’ornières profondes.
    Un puissant John Deere agricole viendra alors à la rescousse du malheureux véhicule.
    _________

    A part ça, si « Lu = Boue »… alors Lulu, celle formée à la fameuse Biscuiterie Nantaise, équivaut à BoueBoue… une sorte d’aptonyme qui ne serait pas sans évoquer le « Bois de Boubou », si touristique en nocturne.

    _________

    A part ça encore, Paul Eluard qui a vu Cécile, sa fille, naître à Bray-et-Lû, a laissé à la postérité quelques mots ineptes qui témoignent du profond désarroi dans lequel son humeur s’enraqua après que la Gala l’eût quitté pour un barbouilleur espagnol.
    Par dépit, par mortification, par souci de se reconstruire et de faire son deuil, il décida de se mettre à la peinture lui aussi… histoire de voir de quoi il retourne.
    Hélas, quand il voulut faire l’emplette d’un tube de « saur(e) » afin de donner – Ô sorrow !- un sens évident à la boue morale où l’avait traîné la peu galactique Gala et de montrer sur toile de lin une atmosphère de cocufiage, le marchand d’articles et matériaux pour les beaux-arts lui tint à peu près ce langage :

    – Désolé, m’sieur. Le « saur » n’est pas une couleur et ne l’a jamais été… tout juste cela a-t-il pu être une nuance, une vague teinte. Vous pourrez l’obtenir sur la palette à condition d’avoir à disposition les couleurs nécessaires… j’imagine de l’ocre jaune (pour signifier le cocuage) et une Terre d’Ombre cramée » pour dire tout le brin/brun dans lequel vous a plongé votre dame… Perso, pour éteindre la violence de ce mélange, je verserais une larme de Gris de Payne, à peine une larme. Pour le reste, si vous souhaitez traiter votre paysage mental façon camaïeu, j’ai en stock bien des blancs, chacun ayant ses propriétés particulières… notamment concernant le temps de séchage – et là, je ne vous parle pas de sécher des larmes. D’ailleurs, je ne commercialise aucun siccatif en flacon indiqué au lacrymal.
    – Vous m’embrouillez, mon ami. Sortez-moi plutôt une dizaine de couleurs et un foulard. Les couleurs sur le comptoir et le foulard sur mes yeux. Je piocherai alors, guidé par le hasard.
    -Très bien, le client est roi chez moi, le « bleu » aussi… -En tubes ou en godets, sous forme de pigments à diluer, peut-être ?… Sinon, j’ai des bâtons de pastel… mais c’est fragile à manipuler et, dans votre état…
    – Je m’en fous… Allons-y pour des tubes et j’en choisirai seulement deux, mes moyens et vos tarifs étant ce qu’ils sont.

    Bref, le sort fit qu’Eluard piocha sur un bleu et un orange… et qu’après son emplette, la postérité innocente se retrouva accablée par un propos proprement inepte :

    La terre est bleue comme une orange

    Ce qui montre, à l’évidence, qu’Eluard ne savait rien de l’usage et du genre, question couleurs : il aurait pu offrir une orange à Céline pour son petit Noël et s’acheter « un orange » chez le marchand… car un poète bien élevé ne doit pas voler l’orange du marchand (de couleurs):

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  8. TRS

    puisque vous en rajoutez une couche de bray ( ahah), je vous rappelle ce qu’il en est :

    brai, comme d’autres mots ( l’occitan brac par exemple) est issu du gaulois bracu dont le premier sens a été « fond de vallée, de ravin » avant d’évoluer vers un sens de « fond humide de vallée » et, enfin, vers celui de « marécage, terrain humide » pour finir de façon plus restreinte à désigner un « bourbier » ou, simplement la « boue ».
    Il est évident que tous les toponymes issus de ce bracu n’étaient pas à l’origine des terrains boueux ( sur lesquels on imagine mal nos ancêtres gaulois décider de bâtir leurs huttes ). En revanche, les micro-toponymes modernes faisant appel à des régionalismes comme brai, bray , brac, bras , etc. désignent sans doute pour la plupart des endroits boueux à l’écart du village

    Je vais étudier ça et j’en ferai mon prochain billet. Promis.

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  9. En Saintonge, si l’on en croit Littré, on trouve le terme sous les formes « bry » et « bri ». Le terme renvoie plus précisément à l’argile bleue :

    « bry
    BRY.1 (bri) s. m.
    Nom, dans la Charente-Inférieure, de l’argile employée à la construction des digues ; c’est une argile gris bleuâtre très compacte, Acad. des sc. Compt. rend. t. LXXIII, p. 1224.
    On écrit aussi bri.
    HEUZÉ, La France agricole, carte n° 5: Saintonge : les terres des marais ou bri sont très argileuses, noirâtres et fertiles »

    http://artflx.uchicago.edu/cgi-bin/dicos/pubdico1look.pl?strippedhw=bry&dicoid=LITTRE1872

    ———————-
    Ce terme serait, selon le contributeur de Wikipedia qui a traité ce point, peut-être à l’origine du nom de la commune oléronaise de La Brée-les-Bains :

     » Plusieurs orthographes du nom ont existé : La Brée, La Bray ou La Braye, la première étant la plus fréquente. Son origine est sans doute liée à l’argile, le « Bry » qui servait dans la poterie et pour tapisser les marais salants.[réf. nécessaire] »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Br%C3%A9e-les-Bains

    ———————
    Non loin de là, jouxtant la commune de Fouras (bien connue des amateurs du jeu télévisuel Fort-Boyard), se trouve la commune de Saint-Laurent-de-la-Prée. J’ai toujours cru que « prée » signifiait « prairie », mais maintenant je me demande s’il ne s’agirait pas d’une déformation de « prée » : nous sommes là dans une zone de marais, avec le marais de Rochefort et celui de la Petite Flandre, vestiges de l’ancien Golfe des Santons,. (Ce type de déformation n’a rien d’impossible : on lisait bien sur une carte IGN, il y a quelques années, le nom de la commune de Port-des-Barques, situé non loin de là, graphié Port-des-Parques – sans doute par un amateur de mythologie grecque.)

    ——————–
    Tout cela évoquera sûrement aux amateurs d’heroic-fantasy le village de Bree, où les Hobbits rencontrent Aragorn pour la première fois.
    Mais ce nom aurait été inspiré à Tolkien par celui de Brill et n’a rien à voir avec la boue :

    « The name Bree means « hill » according to Tolkien, referring to the fact that the village of Bree and the surrounding Bree-land were clustered around a large hill. The name of the village Brill, which Bree may have been inspired by, also means « hill ».[3] Brill is a modern contraction of Bre-hyll. Both syllables of Bre-hyll mean « hill » – the first is Celtic and the second Anglo-Saxon. »

    https://en.wikipedia.org/wiki/Bree_(Middle-earth)

    « Brill’s name is tautological, being a combination of Brythonic and Anglo Saxon words for ‘hill’ (Brythonic breg and Anglo Saxon hyll). In the reign of Edward the Confessor it was a town called Bruhella. »

    https://en.wikipedia.org/wiki/Brill,_Buckinghamshire#Toponymy

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