La Braunhie ( répàladev )

TRA a fini par rejoindre TRS pour former le duo de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver la Braunhie, un petit pays du Quercy dans le département du Lot, autour de Caniac-du-Causse, Coeur-de–Causse et de Montfaucon, traversé par le Vers et en partie couvert par une forêt qui porte son nom.

carte-braunhie

Le Pech Cendrié( du latin podium, donnant l’occitan puech ou pech, « hauteur, tertre » et cendrié, « couleur cendrée » ), au sud-est de Labastide-Murat ( aujourd’hui dans Coeur-de-Causse ) domine, à plus de 460 m, le Causse de Gramat. Il correspond au point culminant d’un dôme karstique, la Braunhie, où les calcaires du Primaire apparaissent au dessus du vaste plateau d’aspect aride et minéral, fait de rares pelouses sèches, de landes de genévriers et de bois de chênes pubescents.Rongé par l’érosion, le plateau est creusé de lapiaz, dolines et avens ainsi que de vastes igues, sortes de combes humides et difficilement accessibles  Ce sont sans doute ces bas-fonds argileux et humides ( cf. la photo illustrant la carte ), facilement repérables du côté de Caniac-de-Causse, qui sont à l’origine du nom du pays, du celtique *bracu, « boue, bourbier » donnant l’occitan brau, accompagné du suffixe latin –anica, : *brac-anica deviendra* bracania puis *braunia.

braunhie bracu

Un braudièr ( « bourbier » ) dans la Braunhie

Notons pour terminer que la graphie -nh- de la Braunhie est reprise de l’occitan Braunhia où le –nh- se prononce –gn-. Ce nom se prononce d’une façon intermédiaire entre braogn(a) et brôgn(a) avec accent tonique fortement marqué sur la première syllabe et une deuxième syllabe quasi muette, ce qui a conduit à prononcer brôgne le nom francisé de la Braunhie — qui aurait dû s’écrire Braugne ou Brogne comme l’occitan Gasconha est transcrit Gascogne en français.

cdl3Les indices

■ le couple Jean Seberg -Romain Gary

indice 12 01 20

Selon sa biographe Myriam Anissimov, Romain Gary acheta à Caniac-du-Causse trois maisons avec Jean Seberg et son petit-cousin Paul Pavlovitch, celui qui devait personnifier l’écrivain imaginaire Émile Ajar. « Ni Romain ni Jean n’y vinrent souvent, écrit-elle, mais Paul réhabilita sa ruine et en fit sa demeure. » ( cf. wiki)

■ le Crocus sativus

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Le safran, traditionnellement cultivé dans le Quercy depuis les Croisades et jusqu’à la Révolution française, connait un nouvel essor depuis la fin du siècle dernier. Un des producteurs a choisi d’appeler son entreprise  Safran de la Braunhie.

■ le maréchal d’Empire :

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Joachim Murat est né le 25 mars 1767 à Labastide-Fortunière qui prendra le nom de Labastide-Murat le par un décret impérial de Napoléon III et sera intégrée à Coeur-de-Causse le 1er janvier 2016.

■ le pont :

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Il fallait reconnaître le célèbre pont Valentré de Cahors, préfecture du Lot, éponyme d’un fameux vin noir ( sublime avec un foie gras de canard poêlé aux haricots noirs pimentés, à la vôtre !).

■ le gâteau :

indice a 14 01 20

Les gourmands auront reconnu un brownie … Comme il était précisé dans l’énoncé, cet indice n’était qu’une sorte de plaisanterie en forme d’à-peu-près.

cdl3

Discussion

Je me suis appuyé pour l’écriture de ce billet sur deux ouvrages de Bénédicte et Jean-Jacques Fénié : le Dictionnaire des pays et provinces de France ( éditions Sud-ouest, 2000 ) et la Toponymie occitane ( même éditeur, 2003 ) où les auteurs nous expliquent que les formes anciennes du nom font défaut.

Auteur de monographies paroissiales du diocèse de Cahors, Edmond Albe ( 1861-1926 ) proposait une autre étymologie. Dans une de ses monographies, il écrivait :  « cette étendue de terrain qui s’appellera la Braunhie ( diminutif de Barasconie ou Brasconie, terre de Barascon de Thémines ) » sans plus nous expliquer ce qui lui fait avancer cela. Dans une autre page consacrée à la seigneurie de Beduer, il affirmait : « Elle appartient sûrement au XIIIè siècle à la famille de Barasc. Qu’était cette famille ? Barasc est un prénom. Il a servi à nommer toute une étendue de pays, aujourd’hui dite la Braunhie, mais où la forme ancienne du nom se trouve dans le vocable des Brasconies (…) On trouve ce prénom donné à plusieurs membres de la famille de Thémines : Barasc et Barascon de Thémines, Pierre Barasc de Thémines ». Il se base pour cela sur une Chronique de Marcillac que, de son preuve aveu, il n’a pas mais dont certains détails lui paraissent suspect…

Cette hypothèse sera reprise dans Villes et villages en pays lotois de Jean-Marie et Mariola Korsak ( Tertium éditions, 2013 ), où on lit : « Le nom a été corrompu ; il est à lire La Barasconie. La terre appartenait au sieur Barascon de Thémines  ». On lit de même dans Templiers et hospitaliers en Quercy de Jacques Juillet ( éd. Le Mercure Dauphinois, 2010 )  : « La Brasconie, ou les Brasconies, Brasnies, Braunhies, la Braunhie ( pron. la braugne ) tous ces termes proviennent de Silva barasconia, la forêt de Barascon ou des Barasc, seigneurs de Beruer ». Aucun de ces deux auteurs ne nous précise les sources où il aurait puisé ces anciens noms …

François Petittjean nous explique quant à lui que l’origine de cette famille est mal connue et que Barasc aurait été un prénom fort répandu à cette époque. L’hypothèse de Barasc utilisé comme prénom est là aussi peu étayée et semble-t-il contredite par Edmond Albe lui-même ( Monographie de Béduer, op.cit. ) qui nous parle lui aussi d’Arnaud de Barasc et écrit :  « il nous est impossible de savoir si les de Barasc sont une branche des Thémines ou les de Thémines une branche des Barasc », où Barasc semble être un toponyme. Selon la fiche wiki qui leur est consacrée, les Barasc sont seigneurs de Béduer depuis Dieudonné Ier Barasc ( né vers 1030, mort en 1085 ) et le resteront jusqu’au XVIè siècle. Barasc serait donc plus un toponyme ( du pré-celtique *bar-, « hauteur », donnant le gaulois *barro et suffixe -asco ? ) devenu anthroponyme qu’un prénom.

Le Dictionnaire des communes du Lot (… ) de L. Combarieu ( édité à Cahors en 1880 ) nous parle à trois reprises de cette famille : sont mentionnés en 1236 l’évêque Géraud de Barasc-Béduer ( p. 17 ), en 1286 le seigneur Dieudonné de Barasc-Béduer ( p. 144 ) et, en 1293, le seigneur Arnaud de Barasc-Béduer ( p. 137 ). Nulle trace dans cet ouvrage de Braunhie, Barasconie ou Brasconie en tant que terres seigneuriales. Le seul toponyme correspondant peu ou prou est celui du hameau des Brasconnies ( pp. 23 et 30 ), écrit sans doute par erreur avec deux -n- mais malheureusement sans ses formes anciennes qui nous auraient permis d’en savoir plus.

Cette hypothèse d’une origine anthroponymique du nom de la Braunhie est séduisante mais se heurte pourtant à plusieurs difficultés :

  • l’absence d’attestations écrites anciennes ( hormis cette Chronique de Marcillac citée par Edmond Albe mais introuvable ) est étonnante quand on constate que tous les noms des possessions, y compris les plus petites, des Barasc de Beduer sont cités dans des actes d’état civil ou dans des chroniques historiques bien documentées ;
  • l’improbabilité phonétique qui ferait passer de Barasconia accentué sur la première syllabe à B(a)rasconia puis Brasconia et Braunha là où on attendrait Bar(as)conia puis Barconia et Barconha voire Baronha. Ainsi, la commune vauclusienne Vénasque, anciennement Venasca, a gardé son accent tonique sur la première syllabe et n’est pas devenue *Vasque. De la même façon, l’ancienne Doranonia citée par Ruricius au Vè siècle est devenue, après syncope du -a- non accentué, Dornonia chez Grégoire de Tours au VIè siècle et, après dissimilation des deux  -n-, l’actuelle Dordogne.

L’hypothèse d’une origine d’après le gaulois *bracu est, elle, confortée par :

  • la phonétique qui autorise sans difficulté le passage de Brac-onia à Braunia écrit Braunha ;
  • le nom du hameau des Brasconnies qu’on peut rapprocher de celui de Brasc ( Aveyron ) vu dans le billet consacré à *bracu ;
  • la comparaison avec le nom de la Braunhe ( ancienne carrière de bauxite sur la  commune de Pézènes-les-Mines, Hérault ) notée la Braugne sur la carte de Cassini ( n° 57, feuille de Lodève, 1740) ;
  • la comparaison avec l’hydronyme Braune d’un affluent du Gardon à Saint-Chaptes ( Gard).

Conclusion : la discussion est ouverte, mais j’ai choisi mon camp.

22 commentaires sur “La Braunhie ( répàladev )

  1. Pour ceux qui s’intéressent à la « mythologie française », il faut rappeler l’importance en ces lieux de saint Naimphase, qui serait à l’origine des « lacs » (en fait des réservoirs à ciel ouvert) qui portent son nom dans cette région.
    À l’origine, ce serait un officier de Charlemagne qui, comme le héros de plusieurs chansons de geste Guillaume d’Orange (Guillaume au Court Nez), finit par devenir moine.
    Il se retire dans un ermitage, puis finit éventré par un taureau furieux (à cette occasion, il jette son « marteau » – avec lequel il a creusé ses « lacs » – et celui-ci retombe à Caniac-du-Causse : dans l’église qui lui est consacrée ; il guérit les épileptiques et remédie à la stérilité des femmes.
    Auparavant, il a fondé l’abbaye de Lantouy, près du gouffre où naît le Lantouy, ruisseau qui se jette dans le Lot.
    Les moines ayant été remplacés par des religieuses, s’ensuit une affreuse histoire de retour au paganisme, de sacrifice(s) d’enfant et de bébé servi en repas à sa mère, et – punition divine – les nonnes sanglantes sont précipitées dans les eaux du lac.
    On aura compris que saint Naimphaise, même s’il a eu une réalité historique (?) a pris la place d’une ancienne divinité aquatique, guérisseuse et fécondatrice (la troisième fonction dumézilienne et/ou une variante locale de Neptune/Nodens/Netun).
    Quant à ce gouffre aquatique, avec les « jeunes filles païennes » qui y sont associées, il fait penser irrésistiblement à un nymphée.
    Alors, nymphée, Namphaise …

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Namphase
    http://www.mythofrancaise.asso.fr/index2.html
    https://books.google.fr/books?id=LsMTCwAAQBAJ&pg=PT30&lpg=PT30&dq=gouffre+de+lantouy+l%C3%A9gende&source=bl&ots=lFsDKgQkW5&sig=ACfU3U0PTTBeTvy5_g_C9vXG1QOEHB2LSg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjU_pOdgo7nAhVL0uAKHRLoBgs4HhDoATABegQICRAB#v=onepage&q=gouffre%20de%20lantouy%20l%C3%A9gende&f=false

    —————-
    Aux dernières nouvelles, la fée Brunehaut – pas plus que sa royale homonyme – n’a rien à voir avec le nom de Braunhie.

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  2. « Silva barasconia, la forêt de Barascon »

    Il existe, par ailleurs, en Charente, une « forêt de la Braconne », située elle aussi sur un relief karstique..
    L’heure tardive m’interdit d’en rechercher ce soir l’étymologie.
    Voici celle que propose WP :

    « Le mot Braconne vient de braconnier, initialement du personnel de vénerie chargé d’élever et dresser des chiens de chasse, principalement des braques (bracco). Ce n’est que plus tard que le mot a été appliqué aux personnes chassant en violation des lois. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_de_la_Braconne

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  3. Forêt de la Braconne : difficile de se faire une idée !

    L’étymologie du nom « braconne » semble provenir de deux origines :
    • En région Poitou-Charentes, « braco » signifie des terres humides et fertiles. Ces qualificatifs ne
    s’appliquent pas à l’ensemble de la forêt actuelle. Mais certains cantons tels Bois Iong où se
    développent des chênes de qualité remarquable, le gros Fayant marqué par la présence de hêtres peu
    communs attestent d’une grande fertilité. D’autres cantons tels le Lac des saules, le Lac des pins, le Lac
    Melot… se rapportent à l’eau qui est l’élément « magique» du relief karstique et à l’esprit de « braco ».
    • Plus communément, on associe « braconne » à la chasse. De l’italien et de l’allemand « bracco » qui
    désigne le chien de chasse, le « braconnié » de jadis désignait l’agent de vénerie chargé de dresser
    certains chiens de chasse : les braques.

    ( fichier pdf de l’onf )

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  4. La discussion est ouverte et Leveto a choisi son camp.

    TRS, peu sensible à l’enjeu considérable de la chose, n’a aucune envie de se rallier à qui que ce soit : -TRS, c’est la Suisse !

    Néanmoins :

    1. Cette devinette a ravivé en lui des souvenirs de l’été 1995 tandis qu’il séjournait à proximité des lieux évoqués, dans une rurale bâtisse du temps d’Henri IV avec confort moderne et piscine pour y faire trempette aux chaudes après-midi : – Tel fut alors le lot de TRS dans le Lot et ses eaux, eaux sanitairement chlorées pour l’occasion et certes pas boueuses : – No muddy waters constatées.
    Il se rappelle du Musée Champollion de Figeac, de Padirac, de Rocamadour, d’une bergère âgée* et, surtout, de centaines** de kilomètres de murets de pierre sèche qui faisaient très joli dans le paysage.
    Rien dans ses souvenirs ne lui évoque la boue locale.

    2. Sans vouloir se ‘mouiller’ particulièrement en cette affaire, pour l’unique plaisir de bavasser ici, il sort de sa musette quelques éléments de langage lotois :

    2.1. Il existe à Bers, localité appartenant à la Com’ de Com’ du Causse de Labastide-Murat, une grotte du Cuzoul des Brasconnies. Elle a sa fiche Wkiipedia.
    Après les igues et les avens de mots croisés, voilà le « cuzoul » qui entre à son répertoire de curiosités.

    2.2. Une attestation relative à l’antiquité du terme :

    Les Thémines devaient le serment de fidèlité à l’abbé de Marcillac pour leurs Brasconies.
    Il est souvent parlé des Brasconies dans ce document avec diverses orthographes qui permettent de rattacher à ce nom celui de la Braunhie ou Braugne (en latin silva barasconia) qui s’étend sur les paroisses de Caniac, Blars, Quissac (Barasconies, Basconies, Brasnies, Brauhnies).

    2.3. Une autre :

    Raymond de Cardaillac, donne à nouveau cens au sept tenanciers plus haut désignés, à charge de respecter les droits déjà octroyés à Raymond Desprat, tout le lieu d’Espédaillac et toute la terre d’Albaut qui confronte avec la terre de Quissac, la terre de Brasconie, la terre de Ginouillac, la terre de Fourques, la terre de Grèzes, la terre de Livernon, la terre de l’hôpital d’Espédaillac et la terre de Durbans.
    …….
    Il fut stipulé que les emphytéotes n’auraient aucun droit de passage ni aucune servitude sur la terre de la Brasconie. Comme de droit, le seigneur se réserve le château et les fortifications… etc.

    2.4. Encore une autre :

    Inventaire des biens meubles et immeubles du grand boriage de la Brasconie, de Marcillac, pour Antoine d’Hébrard de Saint-Sulpice, évêque de Cahors et abbé nommé de l’abbaye de Marcillac (2 feuillets papier, 20 août 1594).

    http://archives30j.tarn.fr/index.php?id=2153
    ___________

    Bref, il serait fort risqué pour un garçon comme moi, un peu frileux en cette mi-janvier, d’avoir une opinion quelconque vu que les règles de la toponymie autorisent volontiers le flou artistique, suralimenté par des considérations relatives à l’évolution phonétique supposée***.
    Et puis, qui irait jouter avec un toponymiste de haut vol et du Vaucluse (84), pétri de certitudes définitives et encombré d’ouvrages qui font foi et paroles d’évangile ?…
    ___________

    * Plus sérieusement, ma « vieille bergère » de l’époque, genre 75 ans aux prunes, avait une technique particulière pour ramener au bercail les brebis de son fils, accessoirement proprio du gîte. Détentrice du permis de conduire depuis un an ou deux, elle se passait de chien de berger puisqu’elle avait à disposition une vieille bagnole Renault rouge, toute pourrie et tout terrain. Une fois le hayon arrière relevé, elle se saisissait d’une brebis particulière qu’elle savait et l’installait dans le véhicule. Ensuite, elle enclenchait la première et roulait au pas jusqu’à la bergerie… le reste des moutons dociles suivait alors et moi j’étais épaté de la performance !

    ** Parmi toutes vos ressources sur papier et sur étagères, avez-vous, Leveto, de quoi satisfaire ma curiosité ? Combien de kilomètres de murets antiques, tous bâtis de pierre sèche, existent dans ce paysage lotois ?

    *** La documentation touristique m’apprend qu’il existerait, du côté de Quissac, un « Lac des Esquimaux », ce genre de «lac/bassin/abreuvoir» rectangulaire, aux proportions modestes et aménagé par l’homme, avec ses mains calleuses de travailleur de la terre.
    Est-ce là une confusion bien excusable avec le terme « Esquinoux », signifiant en patois local « les limites ».
    Est-ce là « joca monachorum » ou simple Joke ?

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  5. TRS
    vos recherches ont semble-t-il été plus fructueuses que les miennes en ce qui concerne les formes anciennes du nom de la Braunhie. Je note toutefois que la plupart des documents parlent de Brasconie(s) et qu’il n’existe qu’une seule occurrence de Barasconie ( que j’avais d’ailleurs relevée ) : cela renforce, selon moi, l’hypothèse d’un *bracu-onia originel peut-être remotivé plus tard en *Barasc-onia une fois les terres devenues fief des seigneurs de Barasc.

    Trois remarques supplémentaires :
    1- l’évolution phonétique dont je parle dans mon billet n’est pas simplement supposée comme vous l’écrivez, elle est démontrée, vérifiée et enseignée par des linguistes dont c’est le métier : Pierre-Henri Billy, pour ne citer que lui, est de ceux-là dont les ouvrages me sont d’un grand secours.

    2-nous n’avons visiblement pas les mêmes souvenirs du causse de Gramat et des randonnées dans le parc naturel du Quercy. Je me souviens fort bien de fonds boueux et de la Sagne, affluent du Lot au nom issu du gaulois sagna signifiant « terrain marécageux ».

    3-je ne suis pas « pétri de certitudes définitives et encombré d’ouvrages qui font foi et paroles d’évangile ». Je m’instruis et recoupe le plus souvent mes infos, voilà tout. La connaissance, le savoir, la science ne me tombent pas tout cuits dans le bec : j’ai tendance à faire confiance aux auteurs reconnus par leurs pairs, aux hommes de science, aux « sommités ». Il m’a fallu par exemple pas mal de temps avant d’admettre que Xavier Delamarre ( je crois que c’est TRA qui m’en a parlé le premier naguère ) pouvait être le plus souvent pris au sérieux ( même s’il est encore parfois controversé). D’autre part, je vous rappelle que je terminais mon billet par « la discussion est ouverte ». Le fait que je me range dans un camp ( celui de * bracu vs Barasc ) n’implique pas forcément que je sortirai vainqueur.

    Enfin, pour la longueur des murets de pierre sèche en pays lotois, j’avoue être pris de court et n’ai pas de quoi vous répondre et vous m’en voyez fort marri.

    Le lac des Esquimaux porte bien en effet un nom erroné qui se perpétue de carte en carte depuis plusieurs générations. Un fonctionnaire qui ne comprenait pas le mot local d’esquinoux, « limites », l’ a converti par commodité en Esquimaux … C’est ce qu’on lit dans les guides touristiques. Il semble néanmoins qu’en occitan esquino ait plutôt le sens d’échine soit, en toponymie, dos d’âne.

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  6. ESQUINOUX vs ESQUIMAUX

    Une carte avec les uns, page 45

    https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00259814/document

    Une carte avec les autres, en bas vers la gauche, en minuscules caractères bleus :

    http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/QUISSAC.pdf
    __________

    Pour l’édification du Brosseur que je remercie au passage pour ses liens menant vers des murets parfois exotiques mais non considérés en leur linéaire établi et tandis qu’il semble qu’aucun géomètre n’ait été encore été diligenté à seule fin d’établir le métré du réseau de ces murets lotois, contentons-nous d’une estimation à la louche :

    Ces Lotois rénovent les murets qui enserrent propriétés, champs, parcs à moutons. Additionnés mètre après mètre, ces murets lotois pourraient sans doute traverser l’Europe, peut-être rejoindre l’Amérique. Des kilomètres, à l’infini, construits pierre après pierre pour la plupart au XIXe siècle, lorsque le Lot a connu son apogée. C’était le temps où, grosso modo, ce département comptait deux fois plus d’habitants qu’aujourd’hui, deux fois plus de moutons et deux fois moins de forêt. Alors, chaque mètre carré valait son pesant de blé ou d’herbe à brouter.

    _____________

    De là un constat s’établit, bien triste constat :

    Le Lot actuel témoigne d’un déclin démographique et économique : une population exsangue qui n’a même pas les moyens de s’offrir les services d’un cabinet de géomètres. A titre de comparaison, pour un montant qui tournait autour des 50.000 F, les carrières de pierre (calcaire et non pas sèche, la pierre) de Machincourt ont fait l’objet d’un relevé sérieux : kilométrage des galeries, leur largeur et leur hauteur sous plafond/ciel.

    Le Lot actuel désespère même l’Ovalie tout entière… et qui connaît seulement l’existence (administrative et sportive) de Rieumes (31), un patelin qui ridiculise le XV de Cahors ? Un patelin faisant ironiquement partie de l’arrondissement de MURET.

    https://medialot.fr/cahors-rugby-cruelle-seconde-mi-temps-face-a-rieumes/

    Le Lot actuel – comme si ça ne lui suffisait pas de perdre sa population et de perdre au « ruguebi », perd même l’espoir en des vendanges satisfaisantes :

    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/dans-le-lot-70-des-vignes-d-appellation-cahors-abimees-par-le-gel-tardif_2077635.html

    A suivre…

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  7. Continuation de ma contribution à l’élucidation d’un cold case en pays lotois :

    Témoignage extrait de l’EXPLORATION DES IGUES ET GROTTES DU CAUSSE DE GRAMAT – CINQUIÈME CAMPAGNE SOUTERRAINE (1892)

    Il s’agit là d’un récit passionnant à plus d’un titre et on peut y lire :

    Page 31

    Longueur totale 220 mètres seulement, mais certes une des plus curieuses et jolies cavités du causse de Gramat tout entier. Mériterait d’être aménagé, de préférence même aux Brasconies, après Padirac toutefois, dont nous continuons à déplorer le défaut d’accessibilité.

    Page 33

    Igue de Viazac

    Peu de semaines après (5, 6 et 7 août) nous allâmes faire encore une expérience dans la peu hospitalière Braunhie, à l’igue de Jourde ou de Viazac, que M. Pons a découvert dans les bois en cherchant une bécasse blessée, et qu’il nous recommandait depuis deux ans ! …

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55309412/texteBrut

    A deux pages d’intervalle, se retrouvent donc les termes BRAUHNIE et BRASCONIE(S) qui, dans le contexte, me semblent désigner, pour l’un, un territoire et, pour l’autre, une particularité géologique attachée à ce même territoire ‘inhospitalier’ : une « brasconnie » ne serait (telle qu’évoquée à l’époque) qu’une cavité en milieu karstique.
    Dans ce cas, la Grotte du Cuzoul des Brasconnies se montrerait d’une violence pléonastique peu commune.

    Leveto, qui a bien des accointances avec une tripotée de sommités, aura sans doute un avis sur la chose.

    D’ici là et comme ce garçon engagé fait la grève de la riddle hebdomadaire – après tout chacun participe comme il peut aux mouvements sociaux de son temps – par pure humanité, je me fends d’une charade à thème (et à suivre).

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  8. Charade conçue en toute humilité mais avec humidité récurrente

    Mon 1 est un toponyme qui dit vouloir mouiller petitement.

    Mon 2 est un toponyme qui résulte de la désignation d’un endroit marécageux.

    Mon 3 est un toponyme qui, malgré une étymologie relative à H2O, évoque plus volontiers le jus de raisin titrant dans les treize degrés cinq.

    Mon 4 est un hydronyme relatif à un minuscule affluent d’un cours d’eau (« de France ») qui, ce dernier, tire son nom d’une affaire de « boue/limon », dans le parler local.

    Mon tout est une charmante localité au toponyme organisé en deux mots dont le second fait la réclame pour ce que produit le premier… Une manière d’autopromotion !
    __________

    Faute d’indices qui en diraient trop, une précision historique : Les dames de Paris et du temps de Louis XV, sur recommandation des médecins de leur époque, ne se privaient pas de consommer ce qui venait de « Mon tout » (Hauts de France)… et non pas de Montcuq (Occitanie).

    Tout ce qui est dit plus haut relève strictement de l’intègre Wikipedia et ni Nègre ni Dauzat, Billy (the Kid) ou Delamarre (d’eau trouble) ne me sont de stool pigeons accrédités.

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  9. 1 « mouiller petitement » : « sue eau » = « transpire ».
    2. « endroit marécageux » : « cour » (la « Cour du Marais est un bel hôtel particulier sis à Paris – 61 rue des Archives).
    3. « jus de raisin titrant dans les treize degrés cinq » : « pisse » (beaucoup de 13,5° ne voleraient pas ce qualificatif.
    4. « minuscule affluent d’un cours d’eau (« de France ») » : »Loup » (ce n’est pas vraiment un affluent … mais tant pis).

    Résultat des courses ; Suaucourt-et-Pisseloup (Haute-Saône).

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  10. >TRA

    Vous me semblez être un foutu plaisantin !
    Sauf avis contraire, la Haute-Saône (70), aussi haute soit-elle, ne fait pas partie des Hauts de France. Vous aurez donc pioché un mauvais numéro !

    Vu votre état de santé mentale et celui de votre foie, je vous oriente vers ailleurs, rapport au 13°5 :

    Ce 13°5, que vous imaginez façon « gros rouge qui tache », ne vous y attachez pas trop, TRA.
    Il s’agit, disons-le, d’une valeur moyenne : la production viticole du coin évoqué en 3 propose à la clientèle des breuvages coûteux qui peuvent titrer entre 12 et 14 degrés, toujours selon Wikipedia.

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  11. Soyons maintenant plus sérieux, la piste de Pisseloup ne nous menant pas au bon endroit pour trouver là où l’on fait pisser la vigne.

    Vu l’allusion à Louis XV, qui a beaucoup fait pour ce breuvage en en autorisant la circulation en bouteilles, je suppose qui’ il s’agit de champagne, une partie du vignoble champenois se trouvant dans le sud de l’Aisne, département qui appartient au Hauts-de-France (auparavant, le Castelthéodoricien La Fontains, malgré son patonyme hydrique, l’avait surement apprécié en voisin). l

    [En tout cas, avec le Bien-Aimé, on peut écarter la piste de la bière : s’il aimait courir la gueuse, il n’avait pas d’appétence pour la gueuze ; et c’est avec le vin qu’il préférait voir la Pompadour pompette (breuvage qui accompagne bien tout ce que l’on consomme, y compris ce qui est Poisson).]

    P.-S. : Par ailleurs, je suis un homme de peu de foie.

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  12. >TRA

    Vous n’y êtes pas du tout, camarade en rade… Oubliez donc le champagne !

    Si la vidéo ne vous a pas parlé, oubliez le rouge itou : l’essentiel de la charade tourne autour de l’eau… qu’elle soit pure, courante et douce, ou constitutive de la boue ou de ce limon dont on ne tire pas la limonade.

    Quelques indices maintenant prodigués: – Vous feront-ils le moindre effet ? J’espère bien que non !

    1. TRS, il y a bien longtemps, a vécu deux ans à moins d’un myriamètre de « son tout ».

    2. Une photo argentique qui ne vous parlera certainement pas non plus : « noire et blanc » shootés :

    3. Une photo avec des tas de couleurs sur la pierre :

    4. Trois gendarmes républicains menant leurs chevaux boire :

    Voilà pour ce soir !

    P.S : Si « la piste Pisseloup ne vous a pas mené au bon endroit », la piste Pisseleu (60 493), elle, aurait eu le mérite de vous rapprocher.

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  13. Je n’ai pas la possibilité de chercher, ce soir.
    Mais, demain, je pars en vadrouille poursuivre mes investigations, imitant le locataire du 221 B Baker Street.

    [Je note toutefois que la piste de l’Étude en rouge, engagée sous de mauvais auspices, n’est pas la bonne (la Beaune ?)]

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  14. La piste Joséphine Baker – une chanteuse très résistante – mène à Fontaine-Bonneleau.

    Par un hasard extraordinaire, on trouve à l’article WP consacré à cette commune cette phrase dont je crois avoir déjà rencontré l’écho quelque part :

    « Ces eaux étaient préconisées pour tous problèmes digestifs. Les dames de la cour de Louis XV en consommaient, et différents médecins de l’époque les prescrivaient à leurs patients. »

    —————–
    [J’espère que le « 1% culturel », consacré, lors de l’édification d’un bâtiment scolaire à Crèvecoeur-le-Grand (c’est aussi le nom du canton) à l’édification d’une « oeuvre d’art », a servi, dans l’établissement qui porte désormais son nom, à contribuer à l’érection (c’est le bon terme) d’une statue de Joséphine Baker dans sa célèbre tenue, les seins nus et la taille entourée d’une ceinture de bananes (totalement freudiennes) : cela changerait des horreurs habituelles et aurait auprès des garçons des vertus extrêmement pédagogiques.]

    https://sfrpresse.sfr.fr/article/a68fd857-922c-43a5-a343-8cb4fdba6c8c

    https://sfrpresse.sfr.fr/article/b84bb8ec-917a-4182-8ee5-ad0ef1207071

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  15. >TRA

    Malgré vos « vannes toutes pourries » abandonnées sur LSP, il vous arrive de vous montrer âpre et efficient à l’élucidation.

    J’ai en effet vécu en 1972/73 à Crèvecœur-le-Grand, (=Heartbreak-the-Big en V.O), une localité proche de Pisseleu et de Fontaine-Bonneleau mais surtout située entre Beauvais et Amiens, deux cités abondamment pourvues en chair délicieuse et consommable… toutes sortes de gisquettes non vénales et à peu près majeures dans mon souvenir.

    Ma vieille logeuse d’alors était intarissable sur le grand moment people de Crèvecœur, celui qu’elle avait connu : les épousailles de Joséphine la noire avec son Lion tout blanc et tout sucre.
    Pour alimenter la conversation, je lui parlais alors de cette dame qui, vivant sa retraite tout près de chez mes parents, tirait vanité d’avoir fait partie de la domesticité de Mistinguett, une sorte d’intendante/cuisinière/commère.
    ……………….
    Bref, vos « citations vidéo » de Joséphine Baker me semblent un chouïa convenues.
    D’autant qu’il y a quelques jours, j’ai vu ça :

    Et que je suis autant amateur d’Art Nègre que d’Art Pompier :

    P.S : Comme vous n’avez pas été suffisamment explicite sur certains détails d’une importance considérable – notamment à propos des Trois gendarmes en selle et aux bords de la Selle/Celle- je vais m’appliquer à un topo pédagogique.
    Laissez-moi seulement un moment.

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  16. Solution

    Mon 1 était FONTET autrement dit « petite source »

    Mon 2 était NOEUX, devenu Noeux-les-Mines en 1887

    WIKI en dit ceci :

    Les formes anciennes montrent une certaine hésitation de graphie pour rendre le son issu du bas latin nauda, puis en français d’oïl noe, ce mot d’origine gauloise qui a donné noue dans d’autres régions de France.
    Nauda signifie « lieu marécageux, marais », ici au pluriel.

    VVLT entérine adonf :

    Ce gaulois nauda, par la perte habituelle du -d- intervocalique, a donné la « noue », que l’on retrouve tel(le) quel(le) dans de nombreux toponymes… etc.

    Mon 3 était, évidemment, BEAUNE dont WIKI me cause ainsi :

    « Beaune » est l’évolution étymologique du mot gaulois latinisé « Belena ». Belena est le nom de la source autour de laquelle s’est établie la bourgade. Le nom de cette source est issu du patronage du dieu gaulois Belenos, divinité des eaux vives.

    Mon 4 était LAU, ce discret affluent du LUY (de France) tandis que ce LUY est évoqué ainsi chez WIKI :

    Son nom vient vraisemblablement d’un mot aquitanien analogue au basque lohi « limon, boue ». Le déterminant « de France » est un point de vue béarnais, lorsque le Béarn était indépendant (avant 1620).

    Donc l’eau du Luy vient aussi de l’eau du Lau.
    ______________

    Une fois amassés ces toponymes à caractère humide, une fois bien rangés au soleil, une fois exposés au grand vent qui dessique (sic), le public ébahi assiste à la transmutation suivante, au prodige :

    FONTET + NOEUX + BEAUNE + LAU

    un assemblage bricolé qui se montre alors sous une forme plus ramassée :

    FONTAINE-BONNELEAU

    _________

    Précisions annexes et explication de texte :

    BONNELEAU fut, aux temps anciens, une entité distincte de FONTAINE. Désormais et après absorption, ce BONNELEAU n’est plus qu’un lieu-dit misérable du strict point de vue démographique, une survivance.
    Par contre, en ayant vanté à jamais les propriétés/qualités de l’eau de FONTAINE, il a eu son rôle sémanticocommercial :

    _________

    Quid maintenant de la cathédrale d’Amiens montrée tout en peinturlures sur pierres vénérables ?
    – Une importante partie des pierres utilisées lors de la construction provenait des carrières de BONNELEAU.

    Quid enfin de ces Trois gendarmes ?
    – Bien qu’introuvable, la chose est simple pour qui aura déjà eu vent d’Alfred Jean-Marie Paris, délicat peintre méconnu qui a fini ses jours à Fontaine-Bonneleau

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  17. Bonjour à tous et toutes ! Me voici de retour après un intermède qui m’a tenu éloigné de mon clavier ( et de mes livres, ‘tain ! ).

    Merci à TRS d’avoir occupé mes lecteurs avec cette charade à propos de laquelle je me permettrai une seule remarque : « fontet », absent des dictionnaires de référence*; est le nom d’une commune de Gironde dont wikipedia nous dit : « Le nom de Fontet signifie « petite fontaine ». La commune possède en effet un grand nombre de sources d’eau. ».« Petite fontaine » alors qu’il y a de nombreuses sources ? Bien sûr que non! Si le nom est bien issu du latin fons« source », il est plus probablement ici accompagné du suffixe -etum à valeur collective.
    Et bravo à TRA qui s’en est sorti malgré cette grossière imprécision*!

    PS je me suis remis à l’écriture d’un nouveau billet qui devrait pouvoir être publié demain soir. Patience!

    * C’est pour de rire!

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