De la terre ( sixième partie ) : la fagne et la fange.

Continuant mon exploration des bourbiers, tourbières et autres terres marécageuses commencée ici et poursuivie et encore , je m’intéresse aujourd’hui à deux autres appellations des dépressions mouillées et généralement fermées, la fagne et la fange, toutes deux issues de la même racine *fani.

Malgré son allure pagnolesque, *fani est un mot de la langue gotique qui désignait la boue, le bourbier, à l’origine du vieux francique *fanja, de même sens, lui-même à l’origine du wallon fanie, fagne, « terrain marécageux ».De ce même gotique *fani, provient, avec un autre suffixe,  le germanique *fanga qui a donné l’occitan  fanga et notre fange, de sens voisin.

Pour des raisons qui ne sont pas clairement identifiées, la fagne a donné majoritairement des toponymes dans la partie nord de l’Hexagone tandis que la fange semble avoir été plus prolifique dans  la partie sud.

La fagne

En toponymie,  « fagne » a pris localement la forme Faigne ou Faing, la Faigne, la Feigne, Fagnon, etc. au risque d’une confusion avec les dérivés de fagus, « hêtre », et de finnis, « limite, frontière ».

La Fagne est le nom parfois donné à l’angle sud-est du département du Nord, autour d’Anor et Trélon, en raison de ses nombreuses tourbières, et deux villages s’y nomment Wallers-en-Fagne ( Wallers : du nom d’homme germanique Wallo et germanique lar, « clairière ») et Moustier-en-Fagne ( Moustier : de monasterium, « monastère »).

Les noms de Fains-Véel ( Meuse, Fannis au début du Xè s. puis Fangia en 965 — Véel : du gaulois vidu, « bois » et suffixe -ellum) et Fagnon ( Ardennes, Fanium en 1066 ) sont bien issus de l’oïl fagne, le premier au pluriel, le second suffixé au diminutif. La forme occitane *fagnan , attestée en vieux gascon fanha, est à l’origine du nom de Villefagnan ( Char., Villa Fagna en 855).

fains

Les micro-toponymes sont bien plus nombreux comme, en se limitant pour l’exemple au seul département des Vosges, La Feigne ( à Saint-Maurice, de l’oïl fagne/feigne ), Le Faing ( à Sainte-Marguerite,  Fein en 1326, variante masculine ),  le Gazon du Faing (à comprendre comme le « chaume de la tourbière », au Valtin, ), le Faing du Bois ( à Grandvilliers ), le Faing du Sapin ( à Beaumesnil ), Faing la Biche et Faing Creusson ( au Tholy ). Ce même mot a pu désigner des hauteurs voire des versants comme, toujours dans les Vosges, le Rondfaing, le Faing Berret et les Faings Cantois ( à Cornimont). Sous la forme feigne, et toujours dans le même département, on peut signaler la Basse des Feignes ( à La Bresse ), les Feignes de Noir Rupt ( à Gérardmer) , les Quatre Feignes ( à Xonrupt-Longemer ), le col des Feignes sous Vologne ( qui était la réponse à la devinette posée par TRS dans ce commentaire )  et bien d’autres encore.

Je n’ai trouvé qu’un seul cours d’eau nommé la Fagne, un simple ruisseau  à Grandville ( Ardennes ) et un autre nommé le Feigne, affluent de la Moselle à Argancy (Mos.). En revanche les noms en Faing sont plus nombreux : la Goutte de Pourri Faing ( à Cornimont, Vosges ), le Long Faing ( à Écromagny, H.-Saône ), le ruisseau des  Grands Faings ( à Thiaville-sur-Meurthe, M.-et-M.) et la source de Faing Geimar ( à Frémifontaine, Vosges ).

La fange

Le germanique *fanga a donné en occitan fanc, fanga, fanja, désignant là aussi des terrains saturés d’eau, bourbeux, boueux.

Sous la forme simple, Le Fanc apparait ainsi dans quelques micro-toponymes à Axat et à Chalvignac ( Cant.), à Cambon-et-Salvergues ( Hér.), à Tanus ( Tarn ), à Mouret (Av.), etc. Mais c’est sous des formes suffixées qu’on en trouve le plus d’exemples :

  • avec le suffixe péjoratif –às : Fangas à Frayssinhes (Lot ), à Savenès, Labarthe et à Valeilles (T.-et-G.), à Bagnols-sur-Cèze ( Gard), etc. et aussi Fangeas à Lamastre et à Accons ( Ardèche), à Pléaux ( Cant.), à l.a Piarre et au Pelvoux ( H.-A.), à Montjoyer ( Drôme), etc. Comme déterminant, fanjas apparait dans le nom de La Motte-Fanjas ( Mota dou Fangias en 1208, avec mota représentant la motte castrale ). Le dérivé fangassier, sobriquet devenu nom de famille désignant celui qui travaillait dans la vase des marais ou celui qui utilisait la boue pour fabriquer le pisé, a un sens toponymique dans le nom de l’étang du Fangassier en Camargue.
  • avec le suffixe -et à valeur collective, on connait Le Fanget à Saint-Victor ( Ardèche ), à Moncla ( P.-A.), à Mauvilly ( C.-d’Or), etc., le col du Fanget à Auzet ( Alpes-de-H.-P.), le Suc de Fanget à Saint-Bonnet-le-Froid ( H.-Loire), etc.

col du fanget

Le col du Fanget sous la neige

  • le dérivé -ièr/-ièra a donné la Fangière à Montaigut-le-Blanc ( P.-de-D.), le Fangier à Labatie-d’Andaure ( Ardèche ), la Fanguière à Candillargues (Hér.), etc.
  • l’épithète substantivée fanjat, « couvert de boue, fangeux », est représentée par Le Fanjat à La Ferrière ( Isère) et par Le Fangeat à Coublevie, Ruy, Panossas, etc. ( Isère ), à Auvers (H.-Loire), etc.
  • le suffixe –ós/osa donnant fangós, fangosa, « fangeux, fangeuse » , devenu sobriquet puis nom de famille désignant quelqu’un de crotté, malpropre ou simplement indolent, mou comme la boue, a été moins prolifique en toponymie mais se trouve néanmoins au Prat Fangoux de Saint-Chély-d’Aubrac ( Aveyron, avec prat, « prairie ») et au Pont Fanjoux de Moirans ( Isère ).

La variante gascone, avec le f- initial passé au h- a donné des toponymes comme le Hanc à la Barthe-de-Neste (H.P.), le Hangas à Gimont ( Gers ), à Rieumes ( H.-Gar.) ou encore la source des Hangasses à Loudervieille ( H.-P.).

Les hydronymes sont là aussi nombreux avec des ruisseaux de Fangas ( à Murat-sur-Vabre, Tarn ), de Fangassous ( à Villeréal, L.-et-G.), des Fangasses ( à Roquefort-des-Corbières, Aude), de ou du Fangeas ( à Freissinières, H.-A., à Barnas, Ardèche, etc.), le Fanjat ( à Percy, Isère ) et bien d’autres.

Notons les faux amis comme Fanjeaux (Aude ), Fanjau (à Largentière, Ardèche ) etc. qui sont issus d’un ancien fanum Jovis, « temple de Jupiter ».

cdl 2La devinette

Je vous propose de chercher le nom d’une commune française.

Il s’agit d’un nom composé sans trait d’union dont le premier élément est un adjectif à valeur topographique et dont le second élément est issu de la racine *fani étudiée dans le billet.

Conscient d’avoir réduit l’énoncé à sa plus simple expression, je vous offre deux indices  :

■ et d’un :

indice-b-02-02-20

 

■ et de deux — celui-ci façon rébus — pour les environs du lieu à trouver :

indice-02-02-20

 

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

30 commentaires sur “De la terre ( sixième partie ) : la fagne et la fange.

  1. Un mot peut être composé et n’être ni écrit en un seul mot ni comporter de trait d’union : exemple « pomme de terre » (… « trait d’union ») : dans l’énoncé du problème, hormis le fait qu’il ne devait pas comporter de trait d’union, rien ne concernait la graphie du mot composé.

    En outre, avec un peu (beaucoup ?) de mauvaise foi, on pourrait peut-être évoquer l’existence en ces lieux de communes « françaises » du temps de la République et de l’Empire :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9partements_r%C3%A9unis#/media/Fichier:France_Departement_1801.svg

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  2. Je ne vais pas entrer dans un débat que les grammairiens eux-mêmes n’ont pas tranché …mais, pour moi, un mot composé non attaché et sans trait d’union est une « locution ». Et mon énoncé ne devait pas être si ambigu que ça, puisque ma devinette a déjà été résolue sans difficulté par les joueurs habituels — dont vous!

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  3. Aujourd’hui, c’est samedi et, les choses étant ce qu’elles sont, on va les dire comme ça :

    « Il semble qu’un « pays » de France tire son nom de l’humidité des terres qui la constituent »

    A l’ininstar du Gâtinais, du Hurepoix, des Combrailles (et autres régions violemment typiques), ce méconnu ‘pays’ semble ne pas avoir déjà fait l’objet du moindre billet chez VVLT.

    Alors, voici un peu de rescousse, de contribution généreuse :

    A nos limiers au si grand flair
    Adressons deux affaires de blair
    En espérant qu’elles puissent leur plaire*

    *Surtout à Leveto, un garçon atteint « cyranomanie sévère »… et en forme de clin d’œil rapport à ses « deux nonnes au marché », équipées d’un remarquable sens pratique quant au côté utilitaire de leurs emplettes bananières.

    1. Ce sera avec Martin, pauvre plouc rural dont l’appendice nasal n’aura pas manqué de se voir accorder une seconde vie après amputation :

    C’est le nez d’un moine ça nous servira
    A éteindre les cierges au Magnificat

    Illustration sonore :

    – Vive les traditionnels et leur sens de l’équivoque !

    2. Ce sera avec Charles Cros, délicat poète soucieux de stratégie amoureuse avec zoologie convoquée : l’araignée et le crotale… ce dernier étant pris ‘au nasal’ :

    Sidonie a plus d’un amant

    Elle les mène par le nez
    Comme fait dit-on le crotale
    Des oiseaux qu’il a fascinés
    Elle les mène par le nez

    Quand dans une moue elle étale
    Sa langue à leurs yeux étonnés
    Comme fait dit-on le crotale
    Elle les mène par le nez

    Illustration sonore :

    – Vive la poésie quand elle sourd ainsi de lèvres adorables avec phrasé émouvant !

    P.S : A la FJT (=Française des Jeux Toponymiques), j’ai misé gros sur Leveto. Il aura soin de ne pas spoiler la chose et il sait où s’adresser. Les autres feront à leur guise.

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  4. C »est le Nivernais !

    ———————-
    « A nos limiers au si grand flair »
    Mon premier est « lévriers ».

    « Adressons deux affaires de blair »
    Mon deuxième est « nez »

    Nous avons donc « lévriers + « nez » = « Livernais »

    Le * Livernais n’existant pas, il faut faire appel à mon troisième pour être éclairé

    « En espérant qu’elles puissent leur plaire* »
    Mon troisième est « Nevers » : ça plaît, donc ça botte (et, » si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira-t-à toi »).

    Mon tout est donc « Nivernais ».

    Et, s’il reste un doute, considérons que la Nièvre, à qui le pays et sa capitale doivent leurs noms, en dernière analyse, entretient l’humidité des zones qu’elle traverse.

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  5. En fait, même si ce n’est pas un pays, il y a bien un Livernais (anthroponyme ?), puisque l’on trouve un micro-toponyme « La Bosse de Livernais » (encore Lagardère ?) à St-Gildas-des-Bois, en Loire-Atlantique.

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  6. À la première lecture de l’énigme posée par TRS, j’ai tout de suite pensé au val de Gellone patrie de Guillaume de Gellone qui a inspiré la chanson de Guillaume d’Orange dit Guillaume au Court Nez.
    Mais le val de Gellone tient son nom de l’ancien nom de St-Guilhem-le-Désert, Gellone en 872, du nom de personne germanique Geillo… Rien à voir avec un éventuel terrain boueux. Raté!

    La deuxième lecture n’a pour l’instant rien donné ( et puis y a rugby !)

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  7. En fait, Guillaume d’Orange (qui est peut-être un Guillaume au Corb Nez / au nez courbe) est aussi associé à d’autres lieux :
    – Orange (chanson de geste « La Prise d’Orange ») ;
    – Nîmes (CDG « La Prise de Nîmes ») ;
    – Arles (CDG « Aliscans », où meurt son neveu Vivien, l’autre « fleur de la chevalerie » avec Roland) ;
    – Narbonne (son père est Aymeri de Narbonne, l’Aymerillot de « La Légende des siècles », CDG « Aymeri de Narbonne).

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  8. @ TRS :

    Je proteste. La forme choisie dans la version de Malicorne est :

    C’est le nez d’un moine, ça nous servira
    Pour moucher les cierges au Magnificat.

    D’abord parce que « À éteindre » compterait un pied de trop. Et surtout parce que c’est beaucoup plus amusant comme ça.

    Car quoi !, il vous a donc échappé qu’au-delà du double-sens salace que vous soulignez, la version retenue par Malicorne ajoute une belle ironie : voir un nez servir pour moucher, au lieu d’être lui-même mouché ? Cette chute est donc amusante quel que soit le sens retenu.

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  9. Cher TRA

    Je ne peux accepter le Nivernais
    Pour la raison suivante qui tient à la fois à ma générosité (vous éviter tous les toponymes du genre masculin) et à une sorte de fourberie en forme d’anacoluthe à laquelle je n’ai pu résister :

    Les choses étant ce qu’elles sont, on va les dire comme ça :
    « Il semble qu’un « pays » de France tire son nom de l’humidité des terres qui LA constituent »

    Le COD du verbe « constituer » aurait dû être raccord en genre avec « pays ».
    J’en ai toutefois décidé autrement et c’est là mon privilège.
    __________

    Vous avez cependant droit à une seconde chance si votre flair vous mène cette fois-ci à un coinceteau du genre féminin.
    Par surcroît de charité et faute d’astrophysique, je vous parlerai de musique :

    Il est arrivé que ce « pays » soit associé* à un canton voisin dont l’une des localités m’évoque ce titre, entre autres :

    Alors… « poussières d’étoiles » ou « poudre blanche » (white pony) ?… That is the question… en vérité et en métaphysique pratique :

    L’Homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau… et c’est dire aussi celle de la Femme avec son aspirateur.

    *Associé pour des raisons d’ »aménité environnementale », cf. la Loi Voynet.
    __________

    Cher Leveto

    Votre « Guillaume d’Orange dit Guillaume au Court Nez » n’est pas en situation.
    Et pas davantage le si Beau Prince d’Orange :

    Me permettez-vous maintenant un petit repentir ? – J’imagine que oui.
    Ainsi, tandis que j’ai dit que le pays en question n’avait fait l’objet d’aucun billet chez VVLT, ce n’était pas faux.
    Toutefois, il apparaît de manière de manière anecdotique dans un billet que vous consacrâtes à autre chose tout en n’oubliant pas de lui attribuer un caractère «marécageux», avec zones humides.
    C’était il y a quelques années…
    __________

    Cher Jacques C.

    Vous avez entièrement raison avec « moucher »… un simple moment d’inattention de ma part ! une défaillance neuronale !… mais sans conséquences majeures sur la suite à donner.

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  10. @ TRS :

    Vu que je n’ai pas trouvé la solution, dois-je partager avec les autres habitué·e·s un probable indice non-explicite issu de vos extraits vidéos ?

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  11. Partagez, partagez, Jacques C. ! Il en sortira bien quelque chose … parce que , pour être franc, je n’ai pas plus la solution que vous.

    Je note que TRS m’a infligé des extraits de Malicorne , un groupe que j’ai naguère confessé ne pas vraiment apprécier — sans doute une punition pour je ne sais quelle raison.

    En tout cas, son histoire de nez coupé ne m’a pas mené bien loin — à peine oserai-je parler du quart de Brie ( qui est un nez issu de la découpe d’une plus grande région ).
    Ceci dit, j’avais aussi un billet à écrire et à publier. Voilà qui est fait.

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  12. En fait, je crois que je l’ai maintenant. L’indice trouvé était trop violent, et se combine visiblement avec d’autres.

    Il me reste à trouver comment le montrer à TRS sans tout vous dévoiler. J’attendrai peut-être demain, trop fatigué pour creuser tout ça ce soir.

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  13. Pour résumer, j’ai le canton voisin (avec tous ses nombreux indices qui m’ont illuminé), les amants de Sidonie, l’origine du nom de ce pays, le plouc rural prénommé Martin, et une correspondance plus lointaine mais administrative avec quelqu’un qui fit une belle carrière dans la poudre blanche*. J’y ai même vu passer un Jacques C., mais il n’était pas cité dans l’énigme, c’est donc juste une amusante coïncidence.

    * Je pense que c’est d’ailleurs cette terre plus lointaine que TRS cite comme raccrochée un peu abusivement à notre pays, mais en fait même le canton lié aux indices indirects mais violents peut être considéré comme n’appartenant pas à notre pays stricto sensu.

    Allez, dodo.

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  14. >Jacques C

    Je vais vous simplifier la vie.
    Il vous suffira de me dire deux choses :

    – Quelle est l’initiale du nom de ce « pays » ?

    – De quel pays est originaire une célébrité, souvent vue à la télé, qui possède une habitation dans une localité qu’il ne faudra pas chercher dans la Sarthe ni dans l’Allier mais bien là où il se doit.
    Cette personnalité a d’ailleurs écrit un ouvrage avec en titre le nom de ce village. Un livre dont Wikipedia me dit qu’il a été traduit en plusieurs langues du monde civilisé.

    Étonnante notoriété pour un patelin de moins de 200 habitants !

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  15. @ TRS :

    Vous trouverez dans votre boîte mail une description circonstancié dudit pays et des indices que j’ai identifiés, que je vous ai fait passer via notre hôte (j’ai essayé d’écrire le courriel de façon à ne pas lui révéler la solution, mais apparemment les modalités de transfert de mon courriel l’ont obligé à le lire en partie, désolé pour lui).

    Mais puisque vous le demandez, et pour donner un petit coup de pouce aux autres chercheurs, ce pays féminin * commence par un P, et la personnalité qui m’a permis de trancher entre les différents villages du même nom est de la même nationalité que notre comparse le brosseur.

    * Incidemment, j’avais tiqué à la première lecture de votre énigme, du fait de la liberté que vous aviez prise d’accorder votre phrase au féminin. J’ai bien fait de ne pas relever cette incongruité, puisque vous avez bien précisé ensuite que ce choix était pesé et signifiant.

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  16. NB : Je pensais que mon message de cette nuit (celui de 2h23, noté cabalistiquement « 9 février 2020 à 2 02 23 02232 »), où j’avais rajouté quelques termes sans équivoques ne figurant pas dans votre énigme, suffisait à montrer que j’étais dans le bon pays. Mais pas grave, vous avez maintenant vos réponses (et mon courriel transféré).

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  17. Bravo à Jacques C., donc, qui a été le plus rapide et surtout le plus perspicace, parce que pour celle-là, je n’ai encore pas tout compris …
    Il ne reste plus qu’à attendre toutes les explications que TRS ne saurait tarder à nous donner.

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  18. @ Jacques C

    De retour au logis, j’ai ouvert ma boîte aux lettres.
    Votre proposition ne souffre aucune contestation. Bravo !
    Et je sais qu’avec vous on n’a pas affaire à un goujat qui dédaigne ce qui a beaucoup compté pour moi : Malicorne me fut un bonheur dans les seventies. Depuis le temps que j’attendais une formation frenchie clairement située dans la lignée de Steeleye Span et de Fairport Convention !

    Allez, et puisqu’on est entre complices, vous prendrez bien une lichette de Dylan revisité par Sandy Denny, avec accordéon d’ambiance:

    Bon, ce n’est ce qu’elle a fait de mieux, cette pauvrette trop tôt disparue et seconde voix à jamais gravée/immortalisée dans The Battle of Evermore, cette splendeur exécutée à la mando‘ par le plus remarquable guitariste de ma génération.
    ________

    Retour vers la trivialité des choses de la vie… vers la violence implicite des indices :

    SIDO (= B/C à l’international) et MALICORNE se montraient comme « le nez au milieu de la figure ».
    Soit une affaire ophtalmologique qui interpelle la communauté scientifique :

    Les prlus fins limiers souffrent-ils de myopie ou de presbytie en ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez flaireux?… Very vaste question à laquelle la Science vétérinaire ne manquera pas de se consacrer.

    ___________

    D’ici là, pour l’unique délectation de Leveto, une séance de consolation ophtalmique avec Marie Yacoub au dulcimer :

    ______________________

    Bref, il fallait arriver en PUISAYE et je vous laisse le soin, Jacques C, d’en dire davantage : votre réponse est si remarquable de pertinence que je ne saurais faire mieux.
    Je me permets juste (pour le fun perso) d’évoquer la vallée du BRANLIN DE SAINTS à Malicorne :

    Situé au cœur de la Puisaye, sur les terrains argileux et sableux du Crétacé (Albien), ce territoire correspond à la vallée du Branlin et aux collines et vallons annexes, couverts de prairies bocagères. Forêts plus ou moins humides, cours d’eau, prairies bocagères, chênaies-charmaies, peupleraies et petites parcelles cultivées se partagent l’espace qui comprend également la tourbière du Saussoy et le marais des Proux, milieux tourbeux… etc.

    https://inpn.mnhn.fr/zone/znieff/260014938/tab/commentaires

    Ceci pour le terme « BRANLIN », si savoureux,, et aussi rapport au fait (administratif et réglementaire) qu’une part importante du territoire de Machincourt est concernée par une ZNIEFF.

    En voilà assez pour ce soir.

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  19. Diantre, TRS, vous me laissez la responsabilité de décliner les multiples indices ! Vous complèterez si j’en oublie.

    J’avoue que c’est la redondance de Malicorne qui fut le déclencheur. Non seulement deux extraits de ce groupe, comme l’a souligné leveto, mais également un extrait d’un duo entre Patrick Modiano et Hugues de Courson. En folkeux fan de Malicorne, il ne pouvait pas m’échapper qu’Hugues de Courson était l’un des quatre fondateurs du groupe, en sa forme la plus pure. Cela portait à trois les références au groupe de Gabriel Yacoub, Marie Yacoub-Sauvet, Hugues de Courson et Laurent Vercambre (futur fondateur du drôlatique quatuor, mais cela n’a rien à voir ici). Trois = indice violent.

    Restait à savoir vers quel Malicorne il fallait chercher. La double référence à Hubert Reeves (résidant de Malicorne dans l’Yonne et auteur de Poussières d’étoiles, une autre de mes références d’adolescence) suffisait à trancher sans hésitation. De là, tout devenait éclatant, presque aveuglant.

    La Puisaye, donc, c’est entendu. Et donc, bon sang mais c’est bien sûr, Colette… prénommée à l’état-civil « Sidonie ». Mieux encore, il existe un village appelé Saint-Amand-en-Puisaye. Les amants de Sidonie : double indice, OK.

    Restons dans la toponymie : nous trouvons également en Puisaye le village de Saint-Martin-aux-Champs. Un Martin bien « rural », donc. Le premier extrait de Malicorne : double indice également, OK.

    Et Hugues de Courson ne se contente pas de renvoyer sur Malicorne. Un canton frontalier de la Puisaye (désormais redécoupé avec d’autres) s’appelait « canton de Courson », et était centré sur le village toujours bien présent de Courson-les-Carrières (d’où mon allusion à la « carrière » d’Hugues de Courson lorsque je voulais rajouter un détail montrant que j’avais bien la solution). Il appartient au pays de Forterre, regroupé avec la Puisaye dans le cadre des pays Pasqua-Voynet. La coco des enfants sages : double indice encore, OK (presque triple si « coco » fait penser à Colette).

    Je suppose que le nez peut renvoyer à la licorne de Malicorne ? Quoi qu’il en soit, il existe en Puisaye un personnage légendaire nommé « Grand-nez », qui délivre des secrets aux enfants et que les adultes redoutent. J’avoue que, hors de ces deux hypothèses, je reste perplexe sur l’indice du nez, ne connaissant aucun personnage de Cyrano de Bergerac rattachable à la Puisaye.

    NB :

    J’ajoute que Jacques Cœur fut brièvement propriétaire du château de Saint-Fargeau, ce qui rend amusant que ce soit un autre Jacques C. qui soit allé au bout de cette devinette.

    Et je termine en soulignant que c’est en Puisaye que se trouve le château de Guedelon, formidable expérience de construction collective et associative d’un château « avec les techniques médiévales » (et qui offre un terrain unique d’expérimentation scientifique, des équipes de chercheurs aidant à retrouver la manière de fabriquer les outils à partir du minerai de fer trouvé dans la forêt, à reconstituer des teintures naturelles, à concevoir un moulin comme source d’énergie, etc.).

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  20. @Jacques C

    Vous avez fait le tour de la question et même ajouté des éléments que je n’avais pas imaginés.

    ………………..

    Pour Hubert Reeves à Malicorne :

    et puis ça :


    _____________

    Sans rapport avec la Puisaye mais avec l’histoire du mouvement folk revival des seventies :

    Entre Malicorne et le Quatuor, Vercambre est passé par La Confrérie des Fous :

    http://www.ciebeline.com/discographie/la-confrerie-des-fous-33t-1978

    J’ai évidemment vu Malicorne sur scène et, par deux fois, Le Quatuor… mais jamais cette Confrérie qui rassembla du si beau linge. Même Hugues de Courson y est crédité dans le lien ci-avant, ce qui m’a étonné !
    Mais, recherche faite, il y aura joué du trombone!… Faut dire aussi que Le Ballon Noir c’était sa chose, son label.
    _________

    Pour « le nez », ne vous en faites pas et considérez que ce fut pour moi une affaire de cuisine, de « liaison » si vous préférez.
    Et puis, en de telles affaires de devinettes, autant « avoir du nez »:

    https://fr.wiktionary.org/wiki/avoir_du_nez

    Vous en eûtes tandis que je n’en ai pas maintenant : une petite heure à jamais perdue dans les vicus insolites !… Faut dire que Tintin et Milou ne m’ont jamais fait bander… ni saliver le (la?) réglisse.

    Je laisse tomber et laisse la chose à d’autres, plus valeureux et moins enrhumés : j’ai des courses à faire et ma vieille mère à visiter.

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  21. À propos de l’étymologie de Puisaye, nom d’un plateau fortement recouvert de bois, bocages, étangs et marais. :

    Voici ce qu’en dit wiki, en s’appuyant sur des sources datées de 1911 :

    Le nom de « Puisaye » aurait une origine celtique (Poy pour pays humide et saga pour forêt), avant de devenir Poiseia ou Puseio au XIIe siècle et enfin Puisoye pour devenir « Puisaye ».

    On recense les variations suivantes du nom : Poiseia, Puseio, Pusceia (VIIIè s.), Puseia, Pulegia, Puseya, Pusaya, Puteacia, Podiaceia, Posoye, Puisoye

    .

    Des progrès ont heureusement été faits depuis 1911, notamment dans la langue celtique où ni poy ni saga ne sont attestés avec les définitions données.

    Selon P.-H. Billy ( DENLF ),

    le nom de la région Pusceia attesté au IXè siècle repose sur un appellatif latin puteus , « puits », muni du suffixe collectif -eta . Le sol argileux, l’abondance d’étendues d’eau sont les éléments qui ont permis cette métaphore. Le lexique galloroman n’a pas conservé un tel dérivé.

    E. Nègre ( TGF ) ne dit pas autre chose qui parle de l’oïl « puits » accompagné du suffixe collectif -oie, -aie ( du bas latin -eta ) : « ensemble de puits » et qui fait le parallèle avec le nom de La Puisaye ( Eure-et-L.) qui était noté Puteosa Villa en 1225 puis Puisseia en 1250.

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  22. @TRS :

    Après son départ de Malicorne, Hugues de Courson a « produit » beaucoup de disques… y compris les derniers de Malicorne (c’était donc une séparation en bon termes, pour mener d’autres projets, et non pas une fâcherie). Il ne m’étonne pas qu’il en ait également produit un de Laurent Vercambre.

    ————————

    Je ne sais plus si je vous l’avais évoqué, mais j’ai assisté au tout-dernier concert de Malicorne. Oh, certes, c’était un Malicorne version substantifique moelle originelle, réduit au duo de Pierre de Grenoble : Gabriel Yacoub et Marie Sauvet… mais complété bien sûr de nouveaux musiciens, comme cela avait déjà été le cas à l’époque originelle (à la fin des années 1970 le groupe avait continué à s’appeler Malicorne après les départs successifs d’Hugues de Courson et de Laurent Vercambre, et donc, après tout, même à la grande époque Gabriel et Marie étaient les deux seuls membres permanents). Cette version des années 2010 avait toujours de beaux restes (Gabriel Yacoub a continué à créer, composer, innover, toutes ces années), même si elle ne composait plus dans le style folk et reprenait surtout leur ancien répertoire.

    Or donc, au Festival du chant de marins de Paimpol * en août 2017, ce « Malicorne dernière époque » était au programme, et je suis allé assister à son concert. Le début était intrigant : les voix étaient mal assurées, Marie Sauvet perdit même le fil de sa première chanson en voix-solo (pourtant un standard du groupe) et dut s’arrêter, faire une pause et reprendre la chanson à zéro ! Le concert n’était pas mémorable, mais je n’en ai compris la raison que par la suite, quand il a été annoncé que c’était l’ultime concert du groupe et que plus jamais Gabriel et Marie ne se produiraient sous le nom de Malicorne. À rebours, ce qui m’avait paru approximatif était tout simplement tremblant d’émotion. Cela devait être lourd d’entrer sur scène en sachant que c’était le tout-dernier instant d’une aventure aussi marquante pour leurs vies.

    Incidemment, Alan Stivell qui donnait un concert sur la même scène plus tard dans la nuit n’a pas pu s’empêcher de demander à son vieux pote de le rejoindre (puisque Gabriel Yacoub avait été de l’aventure du concert culte à l’Olympia en 1972 et de l’audacieux virage rock que Stivell avait alors impulsé au sein de la musique bretonne traditionnelle et folk). C’est dans ce genre de moments que se « révèlent » parfois des personnalités discrètes. Car la manière dont Alan Stivell a tenu à partager un long moment sur scène avec Gabriel Yacoub (au lieu de rester au centre de l’attention), la manière dont il en parlait, la manière dont le pudique Stivell a embrassé chaleureusement Yacoub, témoignent de la grande gentillesse de cet artiste (confirmée par des amis communs… même si je n’ai personnellement jamais eu l’occasion de le rencontrer). C’était un moment de grande tendresse musicale. Mais nous nous éloignons du sujet. Enfin, pas tant que ça, puisque Stivell veut dire « source », nous retombons dans des terres humides.

    ————-

    * Ce « Festival du chant de marins » est un excellent festival bisannuel (il n’a lieu que les années impaires), à la programmation très dense et situé en un lieu très agréable. Mais il est aussi un peu une escroquerie intellectuelle, désormais, car depuis une quinzaine d’années il n’a plus grand chose à voir avec son intitulé d’origine, au grand dam de son concepteur Michel Colleu (même pas invité par les organisateurs actuels pour l’édition-anniversaire de 2019, ce qui n’est pas sympa). Oh, il reste un lien à la mer : le port de Paimpol, rempli pour l’occasion de vieux gréements (bateaux à voile anciens ou reconstitués à l’ancienne : magnifique !). Oh, il reste des traces de chants de marins : quelques groupes amateurs qui se succèdent sur une scène annexe ou sur les quais. Mais l’utilisation de la mer comme d’un « lien » vers d’autres territoires, qui devait au départ justifier des invitations de groupes du monde entier mais plutôt de musiques côtières et maritimes, a dérivé peu à peu vers une vision très (très !) extensible des « musiques d’ailleurs ». Je ne m’en plains pas : ce festival réunit des groupes formidables venus du monde entier, pour mon plus grand plaisir. Il propose même des métissages, des projets ponctuels entre artistes de plusieurs pays, des créations audacieuses (mêlant musique traditionnelle d’une région du monde, jazz, techno ou autre), et quelques belles têtes d’affiches. Mais il devrait, plus honnêtement, être appelé « Festival de musiques du monde, de métissages musicaux, de rock/folk breton et de has-been français ». Dans cet ordre. Ses scènes secondaires proposent donc de superbes métissages et créations, et des groupes bretons intéressants (dont une belle scène de fest-noz tous les soirs). Sa grande scène propose de grands musiciens internationaux (parfois quand même un peu has-been, mais toujours de très grande qualité !, et parfois en devenir ou à leur apogée) et de grands musiciens français (très souvent has-been, mais souvent intéressants et parfois très bons… et d’autres fois vraiment vieillissants et amortis). Bref, venez au Festival du chant de marins : son intitulé est trompeur, et vous y trouverez surtout bien d’autres choses.

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  23. @ Jacques C

    Je vous adore et je sens que, vous et moi, on se comprend.

    Cependant, je ne céderai pas à votre aimable invitation et n’irai jamais au Festival des chansons de marins de Paimpol : c’est trop loin, c’est chez les addicts au chouchen sirupeux et si dégueu’ et, surtout, ça n’est plus de mon âge… même si je reste fondu de sea shanties, de Michel Tonnerre et de Mac Orlan aux lyrics.

    Dans ma vie héroïque, il m’est arrivé d’être « membre fondateur » -et tout en manigances-, de trois groupes qui furent invités à se produire, moyennant cachets de misère, en des endroits divers où souvent coulait la bière.

    Ce fut d’abord, dans les seventies, avec un répertoire qui tournait autour de Rum, d’Alfred den Ouden, des Balfa et de l’ambiance Mélusine, Grand-mère Funnibus, la Bamboche, Malicorne…

    Genre :

    Dans les eighties, j’ai donné dans le bluegrass, un créneau juteux à cette époque et une musique guillerette.

    Genre :

    Dans les nineties, ce fut un groupe voué aux reprises, toutes en français, avec environ 20% réservés aux chants de marins du répertoire.

    Genre* :

    Je garde de tous ces moments une certaine nostalgie… elle ne me convaincra pourtant pas de céder à votre invite : – Le festival des chants de marins de Paimpol me ferait-il connaître meilleure camelote que les traditionnels, les sea shanties, que Mac Orlan ou Michel Tonnerre ? Pas sûr du tout!
    ____________

    *Au moment 4:20 de la vidéo, il me semble voir l’apparition fugace de l’auteur. Vous pouvez confirmer ?
    _______

    P.S 1: Quant aux ‘pré-adieux’ à la scène de Malicorne, j’adore ce moment où apparaît la pimpante Claire Diterzy dans Les tristes noces.

    P.S 2 : Question lignes mélodiques à caractère répétitif, j’avoue être fan des Belges pas wallonnes quand elles y vont avec Yacoub :

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  24. @ TRS :

    Vous savez, les Bretons et le chouchenn, c’est un peu une légende. Je ne connais guère de Bretons qui en boivent régulièrement. Nous sommes des gens civilisés, et notre breuvage favori est la bière. Pour ma part, je ne dois en boire qu’une à deux fois par an (et encore).

    D’ailleurs, le chouchenn c’est comme le whisky : un breuvage écœurant pour qui n’a accès qu’aux trucs bas-de-gamme industriels, mais un nectar dès qu’on se fourni en matériel correct. Quelqu’un qui n’aurait bu que du Jack Daniels ou du J&B dira que le whisky est une boisson sirupeuse et dégueu’, et comment lui affirmer le contraire ?, sinon en lui faisant enfin goûter du Laphroaig, du Bowmore ou du Glenmorangie ? Pour le chouchenn, je ne saurai pas vous donner de marques incontournables (cf. plus haut, je n’en bois qu’occasionnellement et n’ai jamais cherché à creuser), mais j’ai pu constater la différence, et j’ai des amis aux placards fort bien équipés, ce qui me suffit.

    Mais donc, foin de clichés, seule une minorité de danses bretonnes exige de se tenir par le petit-doigt, et bien peu de chouchenn est consommé au Festival du chant de marins. Bière, vin, cidre, voilà les stocks du festival.

    ————–

    Je dois vous avouer que je ne suis pas un grand fan des chants de marins, dont je trouve la forme convenue et répétitive. Et je comprends pourquoi : le plus grand spécialiste du genre en France, l’ethnomusicologue Michel Colleu, reconnaît lui-même que c’est un genre « construit ». Oui, les marins chantaient (et s’accompagnaient d’accordéons diatoniques à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, c’est-à-dire à la fin de la marine à voile). Mais très peu de ces chants nous sont parvenus. Les « chants de marins » actuels sont, pour 95% des chants en français ou en breton, des compositions récentes (notamment via Michel Tonnerre). Et trop souvent pour moi selon un moule assez constant, avec de bons gros clichés du « romantisme maritime » (alcool, chagrins d’amour, mortalité en mer, gros temps, etc.). Bof. Le répertoire anglo-saxon est un peu plus authentique, le répertoire en anglais avait été partiellement transmis et sauvegardé. Mais le répertoire français est soit un décalque du répertoire anglais, soit des traductions pures et simples, soit des « compositions en faisant comme si » à partir de schémas construits a-posteriori.

    Vous me direz que ce n’est pas grave ? Si l’on veut. Sauf qu’une musique s’incarne dans du vécu, pas dans du fantasme. Les bluesmen ou les joueurs de bluegrass des États-Unis vivent réellement dans des milieux culturels donnant naissance à ces genres. Les bluesmen français font des reprises (et c’est très bien : faisons ce que nous savons faire, sans tricher). OK, Michel Tonnerre et quelques auteurs de « chants de marins formatés récents » ont une carrière de marin, donc une part de vécu et de tripes, mais pas la même vie de marin que celle qu’ils prétendent raconter. Avant même de rencontrer Michel Colleu, je ressentais ce décalage, cette tromperie ou pour le moins cette désincarnation et cette dimension fantasmée et formatée. Depuis qu’il m’a éclairé (et son éclairage n’est pas un dénigrement, puisque pour sa part il adore ce genre), je comprends encore mieux pourquoi je trouve ce genre (en français) désincarné, ou plutôt purement théâtral. Sympa pendant deux ou trois morceaux, très lassant et vain au bout d’une demi-heure.

    En revanche, je pourrais écouter sans problème vos joueurs de bluegrass pendant toute une soirée. C’est un genre avec ses conventions et ses formats, aussi, bien sûr. Mais incarné dans une société rurale (société que je n’adore pas exactement, celle des red-neck souvent très à droite et racistes, mais une société réelle). Et faire des « reprises » (de bluegrass, de chants de marins authentiques issus du répertoire anglais, de traditionnels bretons, etc.), c’est parfait, pas besoin de tricher.

    ——————

    Il n’y a aucun doute : le visage montré à 4 minutes 20 est bien celui de Michel Tonnerre.

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  25. TRS, Jacques C.

    voilà un intéressant échange dans lequel je me garderai bien d’intervenir, n’étant un fin connaisseur ni de Malicorne, ni de la Bretagne et des chants de marins.
    En revanche, le bluegrass m’est plus familier — et un concert avec des groupes dont je ne me souviens plus des noms ( de simples stars locales ) dans un city hall tout en bois d’une ville du Kentucky durant l’été 1970 reste un souvenir inoubliable.
    Quant au whisky, j’approuve en tous points le discours de Jacques C. qui cite les Islay, les rois des whiskys dont, s’il ne fallait en distinguer qu’un, je choisirais l’Ardbeg … ou le Bunnahabain …même si le Bowmore ou le Bruichladdich ne déméritent pas, comme le Laphroaig d’ailleurs et le Port Charlotte ou le Caol Ila, sans compter le Lagavulin.
    Et j’ai découvert récemment un Octomore de Bruichladdich, qui est le plus tourbé des Islay ( donc de tous les whiskys ) et, finalement, sans doute mon préféré. À la votre ( et sans glace, naturlish).

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