L’aulne ( deuxième partie : vernos )

Je continue aujourd’hui l’étude des toponymes liés à l’aulne commencée dans ce billet.

aulnesLa racine celtique verno, « aulne », a abouti en ancien français à verne ou vergne, encore attestés dans de nombreux dialectes au sud d’une ligne allant de l’embouchure de la Loire aux Vosges. Les toponymes formés sur cette racine sont fort nombreux, bien plus que ceux formés sur alnus ; il serait fastidieux de tous les citer, je me contenterai donc des noms de communes actuelles, laissant de côté les anciennes communes et les micro-toponymes :

 

 

L’arbre isolé

De la forme simple verno signalant un arbre isolé ( point de repère pour un carrefour, un gué ou servant de totem à un établissement rural, etc. ) sont issues les formes :

  1. Vaire-sous-Corbie (Som.) et Vaires-sur-Marne ( S.-et-M.) ;
  2. Vars ( Char.,Varno en 1020) ;
  3. Ver ( Manche ), V.-lès-Chartres (E.-et-L.), V.-sur-Launette ( Oise, Vern en 846, avec Launette du gaulois onno , cf. première partie ), V.-sur-Mer ( Calv.) ;
  4. Vergt ( Vernium en 1158, Dord. ), V.-de-Biron ( Auver en 1053, à comprendre au vern,  id.) ;
  5. Vern-sur-Seiche ( I.-et-V. ), V.-d’Anjou (M.-et-L.) ;
  6. Verne (Doubs ), La Vernaz ( H.-Sav., prononcé La Vern ), Vernioz ( Isère ) ;
  7. Vers ( Lot,  S.-et-L., H.-Sav.), V.-en-Montagne ( Jura ) , V.-Pont-du-Gard ( Gard ), V.-sous-Sellières ( Jura ), V.-sur-Méouge ( Drôme ), V.-sur-Selles ( Som.) ;
  8. Vert ( Landes, Yv.), V.-en-Drouais ( E.-et-L.), V.-le-Grand et V.-le-Petit ( Ess.), V.-Saint-Denis ( S.-et-M. ), V.-Toulon ( Marne), qui ont subi l’attraction de l’adjectif de couleur ;
  9. avec l’article au féminin : La Vergne ( Ch.-Mar.).

L’aulnaie

■ avec le collectif -etum :

  1. Vernais ( Cher ), Vernay (Rhône) ;
  2. Vernet ( H.-Gar. ), V.-les-Bains et V.-Chaméane ( P.-O ), Le Vernet ( Allier, Alpes-de-H.-P., Ariège et H.-Loire ), Le V.-Sainte-Marguerite ( P.-de-D.),  et Verneix ( Allier ) ;
  3.  Vernois-lès-Belvoir ( Doubs ), V.-sur-Mance ( H.-Saône ), V.-les-Vesvres ( C.-d’Or), Mont-le-Vernois ( H.-Saône ), Le Vernois ( Jura ),  Vernoy ( Yonne, ), Le Vernoy ( Doubs ) ;

■ avec le féminin -eta : Vernie ( Sarthe ), Bernède ( Gers ) et, avec le double suffixe -ar-eta , La Vernarède ( Gard ).

Les dérivés

■ avec le gaulois -avum : Vernou-en-Sologne ( L.-et-C.), V.-sur-Brenne (I.-et-L.)   et Vernaux (Ariège) ;

■ avec le suffixe –one : Vernon (Ardèche, Eure, Vienne ) et Vernoux-en-Vivarais ( Vernonis en 1275, puis attraction des finales en –ous, Ardèche ) ;

vernoux en vivarais
Vernoux-en-Vivarais

■ avec -osum : Vernoux ( Ain ),  V.-en-Gâtine et V.-sur-Boutonne ( Deux-Sèvres ) ;

■ avec  -ucia : Verneusses ( Eure ), Vernusse (Allier ) ;

■ avec diminutif -eola : Verniolle ( Ariège) et  avec diminutif -ina : Vernines ( P.-de-D., le pluriel étant un ajout tardif ) ;

■ avec le gaulois ialo, « clairière, champ », qui est sans doute le plus productif, les Gaulois défrichant habituellement près des cours d’eau :

  1. Vernajoul ( Ariège ), Verneugheol ( P.-de-D.) et un joli Verneiges ( Creuse ) ;
  2. Le Verneil ( Sav ) et Verneil-le-Chétif ( Sarthe) ;
  3.  Verneuil ( Char., Cher, Marne, Nièvre ), V.-en-Bourbonnais ( Allier ), V.-en-Halatte ( Oise ), V.-Grand ( Meuse ), V.-le-Château ( I.-et-L.), V.-l’Étang ( S.-et-M.), V.-Moustiers ( H.-Vienne), V.-Petit ( Meuse ), V.-sous-Coucy ( Aisne ), V.-sur-Avre ( Eure ), V.-sur-Igneraie ( Indre ), V.sur-Indre ( I.-et-L.), V.-sur-Seine ( Yv.), V.-sur-Serre ( Aisne ) et V.-sur-Vienne ( H.-Vienne ) ;
  4. Vernoil-le-Fourrier ( M.-et-L.), Vernou-la-Celle-sur-Seine ( S.-et-M., Vernoilo en 1005 puis Verno en 1202 ) ;
  5. diminutif : Vernouillet ( E.-et-L.).

■ avec le latin solum, « partie la plus basse, bas-fond » : Lavernose-Lacasse ( H.-Gar., Vernasole au IVè siècle) ;

■ avec le pré-celtique -osc : Vernosc ( Ardèche  ) ;

■ avec l’article agglutiné : Lavergne ( Lot, L.-et-G.), Lavernhe ( Aveyr.),  Lavernat ( Sarthe, avec suffixe -acum appliqué à un végétal ), Lavernay ( Doubs, même remarque ), Lavernoy ( H.-Marne, avec suffixe -etum ) ;

■ les noms composés sont curieusement peu nombreux : le Longeverne de La Guerre des Boutons est un toponyme fictif  mais un Longeverne existe à Beaufort-Orbagna ( Jura ) et un Longuevernhe à Coupiac (Aveyron ). On connait toutefois un Belverne ( H.-S.) et un Beauvernois ( S.-et-L.).

Notons que les faux amis sont nombreux comme Vars ( H.-Alpes), Varcium en 1154, qui provient d’un nom d’homme germanique Waracius. Le nom de personne gaulois Brennos a donné des noms en Berneuil, le gallo-romain Vernius a donné Vergné ( Ch.-M., Vergnec en 1183) et Verny ( Mos., Wergney en 1329) et le nom germanique Warno a fourni des Vernéville, etc. C’est une preuve de plus, s’il en fallait, qu’il faut dans la mesure du possible se référer à la forme la plus ancienne du toponyme pour en déceler le sens exact.

Les cours d’eau

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Le Vernazobre

L’aulne est un arbre des bords humides des rivières et des étangs ; il est d’ailleurs tout à fait possible que la racine celtique vern– ait pu désigner aussi bien l’arbre que, par métonymie, le lieu humide lui-même. On trouve couramment associé ce mot avec le gaulois dubron, « eau courante », pour former des noms de cours d’eau comme Vernazobre(s) ( Vernodubro, confluence à  Saint-Chinian ), Vernazoubre ( confluence à Truscas ) et le Vernoubrel ( confluence en aval de Bédarieux ), tous trois  affluents de l’Orb ( Hérault ). On peut citer encore le Bernazoubre ( affluent du Sor, dans le Tarn ), le Vernoubre ( affluent de l’Agout dans l’Aveyron ), le Vernobre ( affluent du Rance dans l’Aveyron) et le Verdouble ( Vernodubrun chez Pline l’Ancien, affluent de l’Agly dans les Pyr.-Or.). La même racine verno employée avec un inhabituel suffixe collectif –atione a fourni son nom à un affluent de la Loire à Cros-du-Géorand ( Ardèche ), Le Vernazon.

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Les devinettes

Deux devinettes aujourd’hui, voyez comme je prends soin de vous ! Il vous faudra chercher les noms, composés sans trait d’union, de deux villages de France métropolitaine liés à la racine celtique verno, « aulne ».

■ le premier nom signale, selon l’hypothèse la plus souvent admise, la source d’un cours d’eau bordé d’aulnes dont les vertus étaient déjà connues des Gaulois de la région puis des légionnaires romains et qui font encore la réputation de la commune, au point que celle-ci a ajouté à son nom, officieusement, un déterminant y faisant allusion.

Trois indices pour le prix d’un ( mais j’aurais pu allonger la liste ! ) :

brassens                     montaigne_portrait         montgomery(1)

■ le deuxième nom signale la source d’un cours d’eau bordé d’aulnes. Ah ben oui, tiens !, comme le premier … mais elle s’en distingue par son faible débit  et son absence de vertu particulière.

Un seul indice, mais c’est vraiment cadeau :

indice a 05 04 20

et un esprit malin pourrait même y voir un indice pour le premier nom !

 

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

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3 commentaires sur “L’aulne ( deuxième partie : vernos )

  1. Madame de La Fayette, notre grande écrivaine, était née Pioche de la Vergne.

    Un véritable arboretum à elle seule …

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  2. Dans son article « Arverne », WP rapporte la thèse selon laquelle ce terme serait en rapport avec le nom de l’aulne, tout en rappelant les (fortes) réserves émises par Lambert.

    Si, toutefois il y avait un fond de vérité là-dedans, l’Auvergne tirerait son nom de cet arbre.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Auvergne

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  3. Auvergne
    le pays a reçu plusieurs noms depuis le Vè siècle : Arverna regio et Arvernum ( Sidoine Apollinaire, milieu du Vè s.), Arvernorum regione en 575, ex Arvernico pagum en 743, etc. Tous ces noms sont formés sur celui de la capitale Arverni qui deviendra Clermont.
    Le glossaire d’Endlicher ( glossaire gallo-latin découvert par Endlicher et publié en 1836, il remonte probablement au Vè s ) traduit le nom des Arverni par ante obsta , « devant les obstacles ». Les Gaulois des plaines de la Limagne, à Gergovie ou ailleurs, font en effet face à l’obstacle de la chaîne des Puys qui les sépare des Lemovices de l’Ouest.
    Arverni repose très probablement sur un composé gaulois de are , « devant », uer , « sur, au-dessus » et suffixe no . On pourrait traduire ce composé par « devant ce qui est placé en haut ».

    source : P.-H. Billy ( Dictionnaire des noms de lieux de la France , ed. errance, 2011)

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