Novales, etc.

La racine indo-européenne newo, avec le sens de « neuf, nouveau », est à l’origine du latin nov-, du celte novios, du grec neos, du germanique neu, etc. Tous ces radicaux ont servi à former des toponymes mettant en valeur la nouveauté, soit par opposition avec un établissement plus ancien, soit en soi, à partir d’une extension de l’habitat ou de la culture. Ainsi, beaucoup de ces toponymes désignent-ils des défrichements et des assainissements, notamment médiévaux du XIè au XIVè siècle.

Je m’intéresserai exclusivement aujourd’hui à novale, latin dérivé de novus, « neuf », qui désignait aussi bien une terre nouvellement défrichée, une « novale », qu’une terre en jachère : les deux acceptions se trouvent déjà dans le Historia naturalis de Pline l’Ancien. Ce terme a même eu une valeur générique en vieux français pour désigner toute terre nouvellement conquise sur les incultes ; au point que, la novale étant passible de la dîme, le mot a également désigné à l’occasion l’impôt.

De ce novale sont issus de très nombreux toponymes dont il est difficile de préciser le sens originel : défrichement, jachère, terre soumise à la dîme novale ? Et nous verrons au cas par cas que des faux-amis viennent parfois compliquer le travail du toponymiste.

Novale employé seul

Le latin neutre singulier est à l’origine des noms de Novale (H.-Corse), de Noyal (C.-d’Armor), N.-Chatillon-sur-Seiche (I.-et-V.), N.-Muzillac (Morb.), N.-Pontivy (id.), N.-sous-Bazouges (I.-et-V.), N.-sur-Brutz (Morb.) et de N.-sur-Vilaine (I.et-V.). Noyales (Aisne, Noiale en 1148) a été tardivement mis au pluriel.

Le pluriel neutre novalia a fourni les noms de Noailles (Corr., Tarn ; le nom de la commune de l’Oise est un transfert au XVIIIè siècle du nom de la corrézienne), Navailles-Angos (Pyr.-Atl., où le maintien du v et le passage du o à a est dû à l’influence du gascon navèra, de même sens), Nojals-et-Clottes (Dord., Noyala en 1556) et Neaux (Novals en 1020). Précédé de la préposition ès, « en les », ce pluriel a donné son nom à Esnouveaux (H.-Marne).

Noailles
Noailles (Tarn)

D’une variante *novulas : Néoules (Var), Eoures (quartier de Marseille, Novolas en 1060-64, Evola en 1113 puis Eura en 1306) et Éourres (H.-Alpes) avec, pour les deux derniers, la déglutination du  n– pris pour la préposition en.

Les noms de La Nouaille (Creuse, ecclesia de Noala en 1106) et de Lanouaille (Dord.), ainsi que le déterminant de Saint-Hilaire-la-Noaille (Gir., Nolhano au XVIè siècle) et Champagnac-la-Noaille (Corr.) que Dauzat&Rostaing (DENLF*) rattachent à cette série sont plus vraisemblablement dérivés de l’occitan noalha, « étang, marais », lui-même formé sur le gaulois *nauda, « terre marécageuse » (TGF*). La présence de l’article la, qui montre un sens connu au Moyen Âge, est en faveur de cette dernière hypothèse.

Le nom de Novel (H.-Sav.) est formé sur le franco-provençal nuvé, névè, « nouveau », c’est-à-dire « nouveau terrain défriché ». L’occitan féminin pluriel nòvas, « (terres) neuves » a donné Noves (B.du-R.).

Novale suffixé en -acum

On a vu  dans le billet qui lui était consacré que le suffixe celte -aco, très tôt adopté par les Romains sous la forme -acum avant d’être supplanté par -anum, qu’il accompagnait le plus souvent un nom de personne, celui du  fondateur ou propriétaire du domaine. Mais, dans une acception plus locative que possessive, il a aussi accompagné des noms de végétaux, d’animaux et le novale qui nous intéresse. C’est sous cette forme, datée de l’époque gallo-romaine, que novale a été le productif. On trouve ainsi, sans compter une quantité innombrable de micro-toponymes, les noms de :

  • Naillac (Dord.), Noailhac (Corr., Tarn), Noaillac (Gir.), Noalhac (Loz.), Neuillac (Char.-Mar.) et Neulliac (Morb.) ;
  • Neuillay-les-Bois (Indre), Neuillé (M.-et-L.), N.-le-Lierre et N.-Pont-Pierre (I.-et-L.), Nuaillé (M.-et-L.), N.-d’Aunis et N.-sur-Boutonne (Char.-Mar.), Nuillé-le-Jalais (Sarthe), N.-sur-Ouette et N.-sur-Vicoin (May.) ;
  • Neuilly (Eure, Nièvre et Yonne ) et vingt-et-une autres communes avec un déterminant comme N.-sur-Seine (H.-de-S.), N.-Plaisance (S.-St-Denis), etc. ainsi que Vacognes-Neuilly (Calv.) ;
  • Noailly (Loire), Nouilly (Mos.), Nully (H.-Marne) ;
  • Nollieux (Loire).

-Neuilly-en-Sancerre-2

Les noms de personne romains Nobilis et Novellius étant bien attestés, un certain nombre de ces toponymes en –acum pourraient en être issus, mais la plupart des toponymistes penchent malgré tout pour des dérivés de novale. Le nom de Noalhat (P.-de-D.) offre un bon exemple : attesté Nubiliacum en 1077 puis Nobiliaco en 1096-9, certains (DENLF* et TGF*) y voient un dérivé de Nobilis+acum qui aurait subi l’attraction de novale tandis que d’autres (DNFLMF*) préfèrent y voir une fausse relatinisation en 1077 d’un ancien novale+acum.

Novale accompagné d’autres suffixes

Outre le suffixe -acum vu au paragraphe précédent, novale a pu être muni des autres suffixes suivants :

  • latin –anum : Noaillan (Gir.), Noihan (Gers) et Nouilhan (H.-Pyr.) — mais un nom propre roman de type Nobilis + anum n’est pas exclu ;
  • latin collectif –ittia : Neulise (Loire, Novalisio au XIè siècle) et Novalaise (Sav., Novalesia en 1308) ;
  • suffixe -o ( dérivé de la terminaison masculine latine -um ) : Theix-Noyalo (Morb.) — l’hypothèse novo-ialo, « nouvelle clairière », émise sur le site wiki se heurte à l’évolution phonétique habituelle de -ialo qui donne plus volontiers -eil ou -illais dans cette région.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à ce novale.

Comme souvent quand le nom, déformé par l’usage, n’est plus compris, la tradition locale invente une etymologie populaire.

L’histoire qu’on raconte ici est celle d’une personne qui, ayant perdu sa fermette et tous ses biens dans un incendie, s’en fut sur les routes de la région suivie de quelques animaux rescapés. Frappant à toutes les portes pour mendier de quoi vivre et de quoi nourrir ses bêtes, elle gagnait la pitié de tous et chacun lui donnait un peu. Elle revint à son point de départ après dix ans, les poches suffisamment garnies pour s’acheter un petit lopin de terre et y bâtir une ferme qu’elle baptisa du nom des bêtes qui lui étaient restées fidèles. Le village qui se développa autour de cette ferme porta à son tour ce même nom dans le patois local d’où est issu le nom francisé actuel.

Nous sautons plusieurs siècles pour rencontrer une des filles de la famille seigneuriale locale qui a joué un rôle particulier à la cour versaillaise avant de mourir en exil après la Révolution.

Quelle est cette commune ?

Un seul indice ce soir :

indice-1-09-08-20

Bon, si vous insistez … D’habitude, je vous propose le saint patron de l’église, mais aujourd’hui ça ne vous servirait pas à grand chose tant il est banal, alors ce sera ça :

indice 3 09 08 20

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

*Les abréviations en majuscules grasses suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

3 commentaires sur “Novales, etc.

  1.  » les deux acceptions se trouvent déjà dans le De natura rerum de Pline l’Ancien »

    Euh !
    Vous êtes sûr qu’il ne s’agit pas de l’ouvrage de Lucrèce ?
    (Ou bien d’un autre ouvrage de Pline l’Ancien ?)

    J'aime

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