Du blanc dans le topo

Manquant un peu de temps en ce week-end de regroupement familial (ma petite-fille est là !) je publie ce soir un  billet commencé naguère, laissé en jachère et terminé un peu vite (en espérant ne pas avoir écrit trop de bêtises et n’avoir pas oublié grand chose).

Le blanc est la couleur la plus productive en toponymie et est cité sous quatre formes principales : le français blanc, l’indo-européen *albho, le celtique vindo et l’indo-européen *leuk. Les germaniques weiss ou le basque zuri, churi, qui n’ont produit que des micro-toponymes comme Weisser Berg, « mont blanc », ou Churieta, « lieu blanc », ne seront pas développés ici.

Blanc

La forme  française « blanc, blanche » est très répandue mais de formation récente. On la retrouve dans le nom d’une dizaines de communes comme Blancfossé (Oise), Blanchefosse-et-Bay (Ardennes, avec Bay du nom d’homme germanique Baia), Blanche-Église (Mos.), Orgeans-Blanchefontaine (Doubs, avec Orgeans du nom d’homme germanique Arigundus et suffixe -ing), Blanc-Mesnil (S.-St-Denis), Blancafort (Cher), Blanquefort (Gers, Gir.) et Blanquefort-sur-Briolance (L.-et-G.). Notons que Blancheville (H.-Marne) qui était une Villeneuve (Villa Nova en 1155) a pris le nom de Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, en 1220 et que Blancherupt (B.-Rhin), dans la mesure où rupt, « cours d’eau, ruisseau, ru », est masculin, doit se référer à une femme germanique, Blanche. Paradoxalement, Le Blanc (Indre), noté Oblinco en 1159 puis Oblanc en 1209 qui sera plus tard compris comme Au Blanc d’où Le Blanc, serait issu d’aballo, « pomme », et aurait donc été une pommeraie plutôt qu’un village blanc.

De multiples dérivés ont donné des micro-toponymes comme Maison Blanche, Mas Blanc, Bordeblanque ou Bordeblanche, etc. ainsi que Casablanca côté Catalan et aussi le nom de Casabianca (H.-Corse). Qualifiant des sols, des eaux, des reliefs, l’adjectif a fourni par exemple le Mont-Blanc, qui a une dizaine d’homonymes et de nombreux synonymes comme une centaine de Puy Blanc, Pouy Blanc, Pech Blanc, etc. On trouve quantité de Terre Blanche et Blanche Terre, des Font Blanche, Fontaine Blanche, Fontblanque, etc. et même le lac de Blanchemer (à La Bresse, Vosges — à faire rimer, puisqu’il s’agit d’une mer, avec Montier-en-Der et pas avec Gérardmer qui est un ) et quantité de Pierreblanche et Peyreblanque, des Roc Blanc et Blanche Roche, des Côte Blanche, etc.

blanchemer

Alba

Cette racine, plus anciennement utilisée que la précédente, commune dans les langues romanes mais aussi connue en celte (albos), viendrait d’un indo-européen *albho de même sens, qui a désigné aussi l’aube. Elle est rarement utilisée seule comme dans le nom de l’Aube, rivière blanche en pays de craie, (mais pas de l’Albe, rivière mosellane qui traverse l’Albgau, cf. ici), mais plus souvent associée à un nom commun : Aubeterre (Aube), Aubeterre-sur-Dronne (Char.), Terraube (Gers), Obterre (Indre ), Aubepierre-sur-Aube (H.-Marne), Aubepierre-Ozouer-le-Repos (S.-et-M., avec Ozouer du latin oratorium, « oratoire »), Auberive (H.-Marne), Aubérive (Marne), Auberives-en-Royans (Isère), Auberives-sur-Varèze (id.), Aubrives (Ardennes) et aussi Montauban (T.-et-G.) et Montalba-le-Château (P.-O.).

montauban-longnon

Une première difficulté avec cette racine vient de ce qu’elle a aussi servi à former des noms de sols ou de plantes, qui ont fourni à leur tour des noms de lieux. Il en est ainsi des aubuis ou des aubues désignant des sols que l’on retrouve dans de nombreux noms de lieux-dits mais plus encore du peuplier blanc ou albar et du saule blanc (albus) ou obier. Albas (Lot, Aude ), Albiès (Ariège), Albias (T.-et-G.), Fleury-les-Aubrais (Loiret), Les Aubiers ( nombreux toponymes dont un quartier de Bordeaux), Albaret, Albarède, Albefeuille, etc. ne sont pas des lieux « blancs », mais riches de ces végétaux.

Une deuxième difficulté est due aux nombreux paronymes, dont le premier est alp, au sens de hauteur pastorale, celles des Alpes, qui a donné des noms comme Alba-la-Romaine (Ardèche), Aubenas (id.) et Aubenas-les-Alpes (Alpes-de-H.-P., nom qui constitue une tautologie). Les Albères, montagnes catalanes, dites in monte Albas en 844, sont bien, elles, des monts blancs. La corse Albitreccia doit son nom à l’arbousier (arbatro) tandis qu’Abère (P.-Atl.) doit le sien au noisetier (abellano).

La vingtaine de noms en Aubigny, Albigny, Aubignac et voisins doivent leur nom à des noms propres romains du type Albinius, tandis qu’Albi devrait le sien à un certain Albius ou aux Albici venus de Riez (A.-de-H.-P., Alebaece en 77) chassés par les Reii.

Montauban-Gimet-11

Vindo

D’origine celtique, le radical vindo évoque le blanc de manière positive avec des nuances de beauté et de bonheur. On le retrouve dans des noms de cours d’eau comme la Vendée, la Vendèze, la Vendaine, ou la Vende et dans les noms de Vendôme (L.-et-Cher), Venasque (Vauc., ancienne capitale du comtat Venaissin, dont le nom Vindasca du IVè siècle serait une réfection gauloise d’un nom antérieur, peut-être ligure, formé sur l’oronyme pré-celtique vin-), Vendel (I.-et-V.), Vendine (H.-Gar.) où coule la Vendinelle, etc. Acec le suffixe gaulois -issa la série Vandenesse (Nièvre), V.-en-Auxois (C.-d’Or), Vendenesse-lès-Charolles et V.-sur-Arroux (S.-et-L.) et Vendresse (Ardennes).

venasque
Les falaises blanches de Vénasque (Vaucluse)

Ce même radical se retrouve dans des noms composés :

  • avec ialo, « clairière » : Vandeuil (Marne), Vendeuil (Aisne) et V.-Caply (Oise) ainsi que Venteuges (H.-Loire, Ventoiol en 1298) et Venteuil (Marne, Ventoiolum au début du XIè siècle) qui ont subi l’attraction de ventum, « vent » ;
  • avec -aria : Vandières (Marne, M.-et-M.), Vendières (Aisne) et diminutif Vendrest (S.-et-M., Vendereiae en 1134 puis Venderet en 1154 ) ;
  • avec le suffixe gaulois -issa :  Vandenesse (Nièvre), V.-en-Auxois (C.-d’Or), Vendenesse-lès-Charolles et V.-sur-Arroux (S.-et-L.) et Vendresse (Ardennes) ;
  • avec briga, « mont » : Vandœuvre-lès-Nancy (M.et.M.), Vendeuvre-sur-Barse (Aube), V.-du-Poitou (Vienne),  Vendeuvres (Calv.) et Vendœuvres (Indre) .

De même origine et de même sens, le breton gwen se retrouve dans le nom de Guérande (L.-Atl., de guenn, « blanc », et rann, « portion, part », pour décrire les salines), de Guéméné-Penfao (L.-Atl., Wemnemed, id est Candidus Mons en 1123, avec menez, « montagne», à différencier de kemenet, « fief », à l’origine de Guéméné-sur-Scorf, Morb.), de Guenroc (C.-d’Armor ), de Le Pouliguen (L.-Atl., avec poul, « anse ») et d’autres.

Leucos

Le celte leucos, de l’indo-européen  leuk, « brillant », (qui a donné lux), est à l’origine des noms de Lieoux (H.-Gar.), Liouc (Gard), Lioux (Vaucl.), Lioux-les-Monges (Creuse) et Lieuche (Alpes-Mar.) — peut-être par l’intermédiaire d’un nom de personne gaulois Leucus, cf. la tribu des Leuques.

De même origine, le grec leukos a servi aux marins à décrire les falaises blanches de Leucate (Aude).

leucate

cdl-1

Ah! Oui! Une devinette …

Il vous faudra trouver le nom d’un village de France métropolitaine lié à la couleur blanche de son calcaire.

Ce village, de si peu d’importance, vit toutefois naître un médecin fondateur d’un établissement d’enseignement parisien qui portait son nom, qui fut converti en caserne avant d’être rasé et, trois siècles et demi plus tard, un enseignant qui eut comme élève un futur très grand homme de lettres français.

Il faudra vous contenter de cet indice :

indice a 16 08 20

… je n’ai plus le temps pour d’autres ! Peut-être mardi…

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

8 commentaires sur “Du blanc dans le topo

  1. Non loin de Bordeaux, à l’entrée d’un beau pont métallique construit par Eiffel, la petite bourgade de Cubzac-les-Ponts (il y a, en effet un deuxième pont, de chemin de fer, auquel s’est rajouté ensuite un pont autoroutier) revendique d’abriter le château de Montauban, domaine des quatre fils Aymon (ce qui pose le problème de la localisation de la forêt d’Ardennes) :

    « Selon la Légende des « Quatre fils Aymon », les Fils d’un duc franc, Allard, Renaud, Guichard et Richard avec l’aide de l’enchanteur Maugis et du merveilleux cheval Bayard (qui pouvait les porter tous les quatre sur son dos) étaient en guerre ouverte de rébellion contre Charlemagne. Leur allié local, Huon de Bordeaux, qu’ils avaient aidé dans son combat contre les Sarrasins, leur accorda le droit de construire un château sur un petit mont, non loin d’un confluent de deux rivières. Selon l’interprétation de l’une des plus célèbres chansons de gestes « Renaud de Montauban », Montauban serait le nom carolingien d’un piton rocheux (monta alba) que nombre d’érudits locaux ont identifié au « plateau des Quatre Fils Aymon », où se trouvent les actuelles ruines du cubzaguais. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cubzac-les-Ponts#Toponymie

    ————————-
    Nous avons jadis rencontré Huon, à propos de Brunehaut (ni le druide, ni la reins, mais la fée).

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  2. « Ce village de si peu d’importance… » : ma commune avec six fois moins d’habitants, pour les vaches je ne sais pas, ne me semble pas dénuée d’importance pour si peu…

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  3. Un Intrus

    vous ne m’en voudrez certainement pas de vous proposer ceci

    quand vous vous rappellerez que je me le suis servi plusieurs fois à moi-même, ici-même et ailleurs.

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  4. Je ne vous en tiendrais absolument pas rigueur, puisque je ne suis pas né dans la commune que j’habite actuellement, mais à 50 lieues de là, nulle part donc…

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  5. À mon grand étonnement, le querelle entre les partisans du gratteur de guitare moustachu, cettois et fumeur de pipe, et les brélolatres, admirateurs de celui qui succéda à Corneille [pas le chanteur : l’autre)] dans son désir de Marquise(s) n’ont pas relevé la levetoesque provocation.

    TRS ayant failli dans le rôle d’illustrateur vidéosonore qui lui est coutumier, je le supplée donc avec ce titre de la Bébrèle :

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  6. Ma première phrase est tordue.

    La faute n’en est pas due à l’heure tardive, post-prandiale et agrémentée d’une vieille fine de derrière les fagots …

    Que l’on y voie plutôt un effet de style !

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