Enquête sur la Queue

À la recherche d’informations pour un ami qui voulait en savoir plus sur son berceau familial, me voici arrivé dans la Vienne, à Sillars. L’information cherchée ne se trouvant pas sur le site wikipedia dédié à la commune, je me suis laissé guider par le site officiel de la mairie vers ce document intitulé Laissez-vous conter Sillars à la page 6 duquel je l’ai trouvée :

La Fouchardière était la réponse cherchée : mon ami sait maintenant avec une quasi certitude d’où était originaire une branche de sa famille. Ça aurait pu s’arrêter là si ma curiosité n’avait pas été aiguillonnée par un autre des noms cités : La Queue des fiers. Si je voyais à peu près à quoi pouvait faire allusion cette « queue », c’est-à-dire à l’extrémité d’un domaine, d’un champ, d’un bois, etc., je me demandais bien qui étaient ces « fiers ». Il me fallait donc faire une petite enquête sur cette Queue, une enquéquête, donc.

La Queue-des-Fiers

Première étape : vérifier la réalité de ce nom. Le Dictionnaire des toponymes de France (©IGN 2004, édition payante en ligne sur le site CDIP) comme le Géoportail et d’autres cartes en ligne confirment bien ce micro-toponyme toujours orthographié La Queue des Fiers.

Une particularité apparait néanmoins sur le Géoportail, que n’auront pas manqué de remarquer ceux qui ont pris la peine de zoomer : le chemin qui traverse La Queue des Fiers y est appelé La Coudée-Fière, comme sur la carte Michelin— ce qui montre une certaine confusion dans le sens exact du toponyme. Un dernier tour sur le site Territoires-fr, qui est censé reprendre les informations de l’INSEE, me permet de trouver ceci :

où on voit apparaitre un nouveau nom, La Queue des Fiefs, qui ajoute à la confusion.

Tout ça n’étant pas très clair, il me fallait donc lui tirer les choses. Pour cela, la solution la plus raisonnable, comme toujours en toponymie, est de remonter dans le temps.

Nous voilà en 1866 avec la carte d’état-major au 1/40 000 du secteur de Poitiers :

où on trouve écrit le nom de la Caudéfière ( en bas à droite).

Et Cassini, comment nommait-il cet endroit ? La réponse est là (feuillet 68, Charroux, publié en 1773 — regardez à droite) : La Queue des Fières.

Nous voilà déjà un peu plus avancés : les appellations Coudée-Fière, Caudéfière et Queue des Fiefs sont très certainement des interprétations erronées du nom du XVIIIè siècle. Quant au masculin Fiers, il s’agit sans aucun doute d’un exemple supplémentaire de machisme ordinaire ou d’anti-féminisme primaire. Une fois cela constaté, il me restait quand même à savoir qui étaient ces « Fières » et de quelle « queue » il s’agissait.

Bienheureusement, l’administration française de la IIIè République a accompli un remarquable travail de recensement des noms de lieux, éditant pour quasiment tous les départements français un dictionnaire topographique. La Vienne n’y a pas échappé qui s’est vue dotée d’un Dictionnaire topographique du département de la Vienne comprenant les noms de lieux anciens et modernes rédigé par M. L. Rédet et édité à Paris en 1881. À la page 342 dudit ouvrage nous lisons :

Les premiers noms apparaissent donc dans Les Hommages d’Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis sous les formes Godefère et Godofière. Il semble que ces terres aient appartenu à un certain Guillelmus Godoifle.

L’étymologie est désormais limpide : la propriété porte le nom de son seigneur accompagné du suffixe fort courant -ière, « celle de ». La Godofière est la ferme de Godoifle, comme La Fouchardière est celle de Fouchard et la pétaudière la cour du roi Pétaud. On voit ainsi sur la carte de Cassini la Bassetière, la Fouchardière, l’Héraudière, la Mignonnière et d’autres, tous formés avec ce même suffixe.

Le nom Godoifle mentionné dans Les hommages d’Alphonse est une variante ou une déformation de Godefroi, patronyme toujours particulièrement présent dans la Vienne.

Quand le nom du hameau a fini par être prononcé et écrit Coudefière, son sens originel a été oublié et il s’est modifié, par attraction paronymique, en Queue-des-Fières transformé à son tour en Queue-des-Fiers.

S’agissant d’un micro-toponyme, l’idée ne m’était pas venue de consulter les dictionnaires habituels qui ne s’intéressent qu’aux noms de communes (DENLF*, DNLF*) sauf peut être la Toponymie générale de la France d’Ernest Nègre qui, soucieux de battre le record du nombre de toponymes étudiés, en cite quelques uns. Eh bien! Je ne regrette pas d’y avoir jeté un coup d’œil : E. Nègre a bien son idée sur ce toponyme (TGF*, tome III, n° 30019) :

La Queu des Fières , com. Sillars, Vienne ; la Godefère, 1260, La Coudefière, 1635 (VTF 701) ; = Godefrey (DENF), compris comme *Godefer, + -e : attr. de oïl la queu « la pierre à aiguiser » (FEW, II, 1242 b).

Vous avez bien lu : Ernest Nègre écrit La Queu et il ne s’agit a priori pas d’une coquille reprise deux fois : aucune correction n’est en effet publiée dans l’Errata et addenda publié en 1998. Cette orthographe n’apparait pourtant que sous sa plume et je me demande bien où il l’a trouvée.

L’abréviation VTF renvoie à Auguste Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937 et DENF à Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, édition revue et augmentée par M. T. Morlet, Paris, 1984. Quant à FEW, il s’agit du Französisches Etymologisches Wörterbuch, de Walther von Wartburg ( Leipzig, Tübingen, Bâle, 1922-1987) dans lequel nous lisons, à l’endroit cité par Nègre : :

ce qui semble justifier cette « pierre à aiguiser » dont nous parle E. Nègre … tandis que Godefroy donne « cuisinier » comme premier sens de queu et « futaille » comme deuxième sens, écrivant queusse, synonyme de queux , pour la « pierre à aiguiser ».

Bref, E. Nègre s’appuie sur une orthographe erronée du nom de lieu pour nous livrer une étymologie pour le moins farfelue : qui aurait l’idée d’appeler une propriété « pierre à aiguiser » tandis que le toponyme « queue » est bien attesté par ailleurs et depuis longtemps ?

Cette enquête, qui a mis hors jeu la « queue des fiers », m’aura en tout cas confirmé un point essentiel : ne jamais se fier à une seule source !

Les autres Queues

La signification toponymique la plus communément admise pour « queue » est celle d’extrémité, en bande étroite, d’une forêt, comme on l’a vu avec le bois de La Queue du Duc. C’est ainsi que l’on trouve le nom de La Queue-lès-Yvelines (Yv.) dans lequel la graphie Yvelines, avec -s final, est erronée : Yveline est le nom primitif de la forêt de Rambouillet, ou plutôt la forêt de Rambouillet n’est qu’un lambeau subsistant de l’antique Aquilina silva, dont on ne connait pas la signification précise, mais qui a toujours été mentionnée au singulier, aussi attestée Equalina silva aboutissant à Yveline au XIIIè siècle. Le nom de la ville est attesté Cauda en 1205, du latin cauda, « queue ». En Val-de-Marne, on trouve La Queue-en-Brie, attestée Caudam en 1185, de même étymologie.

Le sens de ce nom a évolué pour désigner l’extrémité d’un pré ou d’un étang, un terroir tout en longueur et même, notamment en Normandie, des hameaux étirés le long d’un chemin ou d’un bois. C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre la plupart des très nombreux noms de lieux comme La Queue, la Grande Queue, la Longue Queue, la Belle Queue, etc. Le Bois de la Queue, l’Étang de la Queue, etc. et aussi La Queue de l’Étang, La Queue de l’Île, etc. On trouve aussi, naturellement, quantité de Queue de l’Âne, du Chien, du Loup, du Renard, etc., une Queue d’Oiseau (aux Ullis, Ess.), une Queue d’Enfer (à Rocroi, Ardennes), une Queue à Poux (à Sains-lès-Fressins, P.-de-C.), quelques Queues de Morue ( à comprendre mau ru , « mauvais ruisseau ) et son euphémisation Queue de Merluche (à Saint-Étienne-de-Chigny, I.-et-L.), une Queue d’Aronde ( comparant sans doute la forme du terroir à celle de l’assemblage mécanique, à Dravegny, Aisne) et même une Queue de la Reine (à Bouzy-la-Forêt, Loiret) : la liste est interminable .

En Champagne, et dans quelques autres régions la queue était une mesure de capacité valant entre 260 et 400 litres surtout utilisée pour le vin mais qui a pu aussi servir de mesure de surface, d’où peut être l’origine de quelques uns des micro-toponymes cités dans le paragraphe précédent.

Le latin cauda, « queue », est à l’origine d’autres noms de lieu dont le sens précis nous échappe quelque peu. C’est le cas des noms de Coaraze (A.-Mar.), Coarraze (P.-Atl.) et de Coraze (à Lantriac, H.-Loire) dont les anciens noms, Caude rase en 1108 pour le premier, nous parlent d’une « queue rasée, écourtée ». En réalité, comme je l’expliquais dans cet ancien billet, ces trois noms pourraient être le résultat d’une attraction paronymique datant de l’époque romane entre *quadrata (villa), « ferme carrée », et cauda rasa (TGF*) même si on justifie localement ces appellations par des légendes. Une origine d’après l’occitan còs rasa, « colline rasée», qui ne tient pas compte des formes anciennes en cauda, est contestable (NDLPBG*).

Ce même latin cauda a donné un diminutif couet, « petite queue », que l’on trouve dans le nom de quelques hameaux comme Le-Couet-au-Bœuf ou Le Couet-au-Loup, tous deux dans la Sarthe, Les Couettes (I.-et-V.) et peut-être Couet (à Mennetou, Cher).

C’est ce qui s’appelle faire le tour de la queue. Honni soit qui mal y pense.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les devinettes

N’ayant pas trouvé de devinette simple à vous proposer (il n’y a que deux communes qui portent un nom issu de cauda !), je demande pardon par avance si celles que je vous propose sont trop difficiles — mais peut-être les champions me feront-ils mentir.

■ Un mot issu du latin, qui désignait de manière générale des terres arables d’un seul tenant et qui a fourni plusieurs noms de communes, s’est appliqué dans une région française plus particulièrement à des possessions exclusivement seigneuriales et y a donné de nombreux micro-toponymes plus ou moins reconnaissables. Mais, quand il n’a plus été compris, il a quelques fois évolué, attiré par d’autres mots mieux connus. C’est ainsi le cas de trois lieux-dits du même département dont le nom est devenu un « La Queue de » suivi du nom d’un cours d’eau qui ne coule pas dans cette région — comme si on trouvait La Queue de Loire dans les Alpes-Maritimes. Un lieu-dit « La Queue du » suivi du nom de ce même cours d’eau existe bel et bien quant à lui dans la région où il coule. De quoi parlè-je ?

■ Dans la même région, un lieu-dit non habité porte lui aussi un nom en « Queue de » suivi du nom d’un animal qui ne peut naturellement pas s’y trouver. Il apparait dans le toponyme par déformation du nom originel qui, lui, était sans doute lié à la conformation géométrique des terres cultivées ou à la façon dont elles étaient et sont toujours cultivées. Quel est ce lieu-dit ?

Un indice pour la région :

Pour l’animal dont il est question dans le deuxième toponyme, je vous ferais bien la courte échelle avec un poème, mais ce serait alors trop simple, un jeu d’enfant !

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

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14 commentaires sur “Enquête sur la Queue

  1. A noter aussi
    sans rapport à mon avis avec CAUDA

    les QUIROUS ( cantal * KAR )
    la cascade du QUEUREUILH

    il serait intéressant aussi de nous décrire l’étymo de SILLARS

    Merci

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  2. « qui aurait l’idée d’appeler une propriété « pierre à aiguiser »

    ———————
    Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de voir un polissoir, en voici deux exemples :

    http://megalithesdelegende.fr/2015/05/polissoir-ou-pierre-a-rainures-de-la-brelaudiere-l-aiguillon-sur-vie.html

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Polissoir_de_Tr%C3%A9zon

    Comme on le voit, il peut se présenter comme un petit menhir et constituer un élément assez marquant du paysage pour donner son nom à un lieudit.

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  3. Les polissoirs, grandes pierres marquées d’entailles, ont frappé les imaginations lorsque leur usage eut été oublié.

    Si le nom de certains est purement descriptif (« Roche grénolée », « Polissoir de la roche aux dix doigts », « Polissoir des sept coups d’épée », « Pierre Cochée ») ou locatif (« Polissoir de la Pettite Garenne », « Polissoir du Bois de la Briche », etc.), d’autres se voient diabolisés (« Polissoir des Griffes du Diable », « Polissoir de la Roche au Diable »), ce qui a obligé à les christianiser (« Polissoirs de la Pierre aux Prêtres », « Pierre saint Martin », « Polissoir Pinte de saint Martin »).

    [D’autres noms restent énigmatiques (« Polissoir des Fainéants »).]

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_polissoirs_de_France_prot%C3%A9g%C3%A9s_aux_monuments_historiques

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  4. Intéressantes, ces trouvailles sur le polissoirs, TRA.
    que certains polissoirs aient pu donner leur nom à u lieu-dit reste à démontrer ( on pense plutôt à des Pierrefitte, Pierrefiche, etc.) En tout cas, pour La Queue des Fiers, cela ne correspond ni aux formes anciennes du nom ni à l’histoire locale.

    Mais, si on va par là, les paronymes pour cauda/ queue sont très nombreux, comme pour tous les monosyllabes.
    On peut penser effectivement aux dérivés de cal donnant « caillou » et l’occitan cot , diminutif codol. Cf. Coulx (L.-et-G.), Coux (Ardèche), etc.
    On peut penser à de nombreux noms d’homme comme les gaulois Coius donnant Couhé (Vienne), Couy (Cher) ou Connos donnant Quenne (Yonne), etc.
    Le bas latin *collium, « colline », a pu donner Queaux (Vienne),
    Sans oublier tous les noms en ch- qui sont restés en qu- dans les parlers du Nord et qui peuvent prêter à confusion.
    La liste est longue !

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  5. lecteur

    Sillars (Vienne) était noté vicaria Silarensis en 901 puis Silaresvers l’an 1000 : on peut y reconnaitre le nom d’homme latin Silus avec suffixe –arium (Dauzat&Rostaing) ou le nom de personne roman Celerius (E. Nègre).

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  6. TRA

    Au temps pour moi!
    Quœux-Haut-Maînil (P.-de-C.), noté silvam de Couz (XIIè s.), Cheuz (1162) puis Keux (1201) devrait son nom au pluriel de l’oïl couz , keuz, « pierre à aiguiser», peut-être pour désigner un atelier de fabrication de pierres à aiguiser, selon E. Nègre pour une fois d’accord avec Dauzat&Rostaing qui donnent le latin cotes , « pierres (à aiguiser) » comme étymologie.

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  7. Je n’ai jamais prétendu que la Queue des Fiers devait son nom à un polissoir : il est évident que votre étymologie est la bonne.

    Je voulais juste dire que, si l’étymologie de Nègre est manifestement erronée dans le cas présent (comme vous l’avez montré), le terme « queu », qu’il emploie, était plus répandu que ce que son absence dans les dictionnaires pourrait laisser croire, puisque le Dr Boismoreau le rencontre en Vendée, et que la pierre à aiguiser qu’il évoque n’est pas celle qui sert à affûter les sécateurs quand on taille les rosiers.

    Je ne suivais pas une piste : je me laissais aller à la dérive.

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  8. lecteur

    Les Quirous ( sur le Limon auvergnat) sont des chirots en auvergnat, à rapprocher des noms comme le Queyroux (à Nabirat, Dord.), Queyrelles, Queyron (H.-Alpes), etc. tous issus du latin quadrum , « bloc rocheux », lui-même de l’indo-européen *kar.

    La cascade du Queureuilh porte le nom du quartier de Mont-Dore où elle se trouve, sur la route de Murat-le-Caire. Je n’ai pas réussi à trouver l’origine de ce nom mais j’imagine une terminaison -euilh issue du gaulois ialo , « clairière », précédée d’un dérivé de ce même quadrum (à l’origine du déterminant Caire de Murat ) : ce pourrait être la « clairière caillouteuse ». Sans certitude.

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  9. PARONYMIE

    En Saintonge (notamment dans le Royannais) et dans quelques autres lieux circonvoisins, on rencontre, parmi les toponymes et, surtout, les odonymes, le terme « quéreux », dont Wikipedia donne la définition (ce qui me dispense de l’écrire) :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9reux

    Les « quéreux » sont des terrains indivis : mais, alors que les « communaux » le sont entre tous les membres de la communes, eux le sont seulement entre les voisins (comme les « parties communes » dans un immeuble).

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  10. La forêt du Queureuilh doit son nom vraisemblablement au village du même nom (et nom l’inverse).

    Si le statut juridique qui était le sien à l’époque médiévale est exact, il peut rappeler, par certains côtés, celui d’un quéreux :

    « La cascade est située dans une forêt sectionale, la forêt du Queureuilh, gérée par l’ONF. Elle appartient donc à la collectivité villageoise. Ce statut forestier, lointain héritier des droits d’usage concédés au cours du Moyen Age par les seigneurs, est très répandu dans es monts Dore comme dans tout le Massif Central. Il permettait aux habitants permanents du village de s’approvisionner en bois de consommation pour le chauffage, la construction, l’outillage agricole. .Aujourd’hui encore, la population reste très attachée à ce droit collectif. »

    Cliquer pour accéder à FICHE2018_Mont_Dore_cascade_Quereuilh_FR.pdf

    [Ce rapprochement peut sembler fantaisiste. Ce l’est quand même moins que de penser que la forêt de Queureuih doit son nom à l’abondance des écureuils qui la hantaient …]

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