Les vallées gauloises

Avant que les Romains ne viennent envahir la Gaule et nommer valles nos vallées (ici et ), les Gaulois utilisaient des mots bien à eux pour nommer ces mêmes vallées mais il ne nous en reste plus que des traces dans la toponymie ou dans certaines langues régionales.

Ces deux mots gaulois pour parler des vallées sont nanto, pour la vallée proprement dite, creusée par un cours d’eau, et cumba, pour la petite vallée encaissée généralement sèche.

Il ne sera question ici que des noms des communes, à quelques exceptions près : les noms de lieux-dits, hameaux ou écarts sont beaucoup trop nombreux pour être étudiés ici — mais je suis prêt à répondre à vos éventuelles interrogations.

Nanto

Attesté au VIIIè siècle dans le glossaire de Vienne, où on trouve les traductions nanto/ualle et trinanto/triualle, ce mot est peut-être antérieur aux Celtes mais a été adopté et diffusé par eux. Il a été employé seul ou avec des suffixes et a pu entrer en composition, y compris avec des adjectifs latins, ce qui prouve qu’il a survécu à la conquête romaine dans la plus grande partie de la Gaule. Il est d’ailleurs encore bien vivant en Savoie où nant signifie « torrent, ruisseau ».

■ Employé seul ou avec des suffixes :

  • Nanto seul : Namps-Maisnil (Somme, fusion entre autres de  Namps-au-Mont et Namps-au-Val), Nans et Nans-sous-Sainte-Anne (Doubs), Nans-les-Pins (Var), Les Nans (Jura), Nans-sous-Thil (C.-d’Or), Nant (Av.), Nant-le-Grand et Nant-le-Petit (Meuse), Nanc-lès-Saint-Amour (Jura) ;
  • Nanto et suffixe gaulois : Nantua (Ain, suff. –ate), Nantoux (C.-d’Or, suff. -avum), Nantey (aujourd’hui fusionnée dans Val-d’Épy, Jura ; peut-être suff. -acum) ;
  • Nanto et suffixe latin : Nampcel (Oise, suff. diminutif –icellum), Nantois (Meuse, suff. –ensem).

-83-Nans

■ Employé en composition :

  • avec le latin cella, « cellule monastique, monastère » : Nampcelles-la-Cour (Aisne) ;
  • avec le gaulois ialo, « clairière » puis « village » : c’est sans doute le composé le plus productif avec Nampteuil-sous-Muret (Aisne), Nanteuil (Deux-Sèvres et une dizaine d’autres), Nanteau-sur-Essonne  et Nanteau-sur-Lunain (S.-et-M.), Nantheuil (Dord.) ainsi que les diminutifs Nantouillet (S.-et-M.) et Nantillois (Meuse) ;
  • avec le latin clarus, « clair » : Nanclars (Char.) ;
  • avec le latin divo, « sacré, divin » : Dinan (C.-d’A.) ;
  • avec le latin maurus, « sombre, noir » : Mornand (Loire) et Mornant (Rhône) ;
  • avec le nom d’homme gaulois Maginus, sur la racine celtique magi, « grand » (DENLF*), ou  Magunius , sur la racine celtique magu, « servant, valet » (TGF*), ce qui, on en conviendra, n’est pas tout à fait la même chose : Magnant (Aube) ;
  • avec le nom d’homme latin Laurus : Lournand (S.-et-L.) ;
  • avec un premier élément obscur : Ternand (Rhône) et Ternant (Ch.-M., C.-d’Or, Nièvre et P.-de-D), qui pourraient correspondre au trinanto du glossaire de Vienne et seraient alors des « vallées aux trois rivières » ( Les Noms de lieux du Rhône, G. Taverdet, A.B.D.O., 1967).
  • avec un autre premier élément obscur : Pernand (C.-d’Or, Pernando en 1023) et Pernant (Aisne, Parnant en 1063) dont le premier élément parro– est à rapprocher du nom de l’oppidum Parra des Orobiens à l’origine de la ville italienne Parre, dont le nom serait issu d’un thème celtique *pa-ar désignant une prairie ou, plus vraisemblablement, d’un thème oronymique pré-celtique. (Vous voyez le topo, Leveto, 2020).

■ En hydronyme : le gaulois nanto, en passant dans la langue romane, a pris par métonymie le sens de « torrent, cours d’eau » ; il est toujours attesté en ce sens en franco-provençal, mais il est aussi attesté en domaine d’oïl et d’oc par des noms de cours d’eau. C’est le cas du Nan (à Bougy-les-Neuville, Loiret), du ru de Nant (affluent droit de la Saulx à Nantel, commune de Stainville, Meuse), de toute une série de Nant (en Savoie, H.-Savoie, Isère, Ardèche, etc.), du Nançon (affluent du Cousnon à Fougères, I.-et-V.), de la Nantette (affluent de la Bonne, à Sousville, Isère), etc.

Il convient pour terminer de signaler quelques faux amis comme Nantes (L.-A.) qui doit son nom aux Namnètes, dont elle était la capitale ou comme Nampont (Somme) et Nanterre (H.-de-S.) qui doivent leur nom au gaulois nemeto, « sanctuaire », ainsi qu’à des dérivés de noms d’hommes gaulois (Nantius pour Nantiat, H.-Vienne, ou Nanto pour Nanton, S.-et-L.) ou germaniques (Nantward pour Nantouard, H.-Saône), etc.

 

Cumba

combe-nodierOn trouve ce mot essentiellement au sud de la Loire. Il est d’emploi fréquent dans les Charentes, en Poitou, Limousin et plus encore en Languedoc, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Provence. Mais ce toponyme a pris des sens assez différents selon les régions, même s’il s’applique le plus souvent à des vallées sèches. Dans la Bresse, les combes désignent de simples dépressions, alors qu’en région dijonnaise, il s’agit de vallées profondes. L’occitan comba peut désigner soit un ravin, soit une petite vallée ou une simple dépression. Dans les Alpes, la coumo est une combe de profondeur très variable.

■ Employé seul sans suffixe : c’est sans doute la forme la plus fréquente, surtout si on tient compte des lieux-dits. On trouve ainsi, sans article : Combes (Hér.), Combs-la-Ville (S.-et-M.), Comps (Drôme, Gard, Gir.), Comps-la-Grandville (Av.), Comps-sur-Artuby (Var), Cons-la-Grandville (Ardennes, M.-et-M.) et Cons-Sainte-Colombe (H.-Sav.) ; avec l’article : La Combe-de-Lancey (Is., avec Lancey du nom d’homme gaulois Lantius et suffixe -acum), Lacombe (Aude) et Les Combes (Doubs). Les formes simples avec -s terminal semblent issues de l’ablatif pluriel  latin cumbis du gaulois latinisé cumba et donc être tardives. Le mot a donné Come ou Coume en gascon, coma en catalan qui ont fourni de nombreux micro-toponymes.

Comps-Vue-du var

■ Employé avec un suffixe :

  • les diminutifs Combette, Combelle ou Combarelle comme les augmentatifs Combas ou Coumas sont réservés aux noms de lieux-dits, à l’exception de Combas (Gard) qui est une commune à part entière ;
  • suffixe collectif -arium : Combiers (Char.) ;
  • diminutif latin -eolum : Combaillaux (Hér.) ;
  • diminutif latin -ellum : Combault, partie de Pontault-Combault (S.-et-M.).

■ Employé en composition :

  • Combéranche-et-Épeluche (Dord., avec Espéluche de l’occitan espeluca, « grotte, caverne », du latin spelunca) : Cumba Ayzencha au XIIIè siècle, de la variante nord-occitane aisencha de l’occitan aisança, « aisance, bien-être » ;
  • Combefa (Tarn) : avec le latin fanum, « temple » ;
  • Comberouger (T.-et-G.) : avec le nom germanique Roger ;
  • Combovin (Drôme) : avec le nom de personne germanique Autwinus ;
  • Comberjon (H.-Saône) : avec le nom de personne germanique Berzon ;
  • avec le franco-provençal londze, « longue » : Longecombe (Ain), aujourd’hui dans Hauteville-Lompnes ;
  • avec le franco-provençal bal, « belle » : Bellecombe (Jura), B.-en-Tarentaise (Sav.), B.-en-Bauges (Sav.) et, avec l’occitan bèla, B.-Tarendol (Drôme, avec Tarendol d’une base oronymique pré-indo-européenne *tar-, celle de Tarascon, B.-du-R. et Ariège,  et double suffixe –int-olu, celui de Mérindol, Vauc. et Gard) ;
  • avec l’occitan grand, féminin : La Grand-Combe (Gard), Grand’Combe-des-Bois et Grand’Combe-Châteleu (Doubs) ;
  • l’abbaye de Hautecombe (à Saint-Pierre-de-Curtille, Sav.) était d’abord située sur le territoire de la commune de Cessens en un lieu nommé Alta Cumba que l’on trouvera nommé Alta Cumba Veteri en 1386, quand l’abbaye aura été transférée sur les bords du lac du Bourget. Le nom de l’abbaye, qui a été conservé, ne correspond donc plus à sa situation topographique.

■ Combe sert de déterminant dans les noms d’ Écot-la-C. (H.-M. ; Écot : du francique skot, « bosquet »), Esserval-C. (Jura ; Esserval : l’essart du val), Thélis-la-C. (Loire ; Thélis : du nom local du tilleul, thély), Villiers-la-C. (Doubs ; Villiers : du latin villare, « écart de la villa, hameau »), Les Ancizes-Comps (P.-de-D. ; Ancizes : du latin incisa, « faille [rocheuse] ») et d’autres.

Contrairement aux  toponymes en nanto, les toponymes  en cumba ont très peu de faux amis : Combourg (I-et-V.), qui semble être issu de l’ancien français  comburir , « brûler », avec attraction de « bourg », est le seul qui puisse poser un réel problème.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de de droite.

cdl6

La devinette

Soit deux mots gaulois G1 et G2, dont l’un est un des deux étudiés dans le billet.

Soit un premier lieu baptisé G1G2 : ce sera, en un seul mot composé sans trait d’union, le toponyme T1.

Soit, non loin de là, un deuxième lieu qui est baptisé avec un mot issu du latin L associé à T1 : ce sera, toujours en un seul mot composé sans trait d’union, le toponyme T2.

Si l’un des G de T1 désigne une vallée, L de T2 décrit une autre particularité topographique.

À peine plus de 12 km séparent T1 de T2 par la route, dans un même département français.

Il faudra trouver T1 et T2, sachant que T1 est accompagné d’un déterminant qui ne change rien à l’affaire.

Avec cet indice pour vous aider :

indice 04 10 20

Les réponses sont attendues chez leveto@sfr.fr

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