Du vocabulaire en blasons

Je poursuis l’exploration des blasons parlants en m’intéressant aujourd’hui à cinq d’entre eux qui seront l’occasion de découvrir ou redécouvrir quelques mots de notre vocabulaire.

Bretten

Ce village du Haut-Rhin possède un blason d’azur à la brette d’argent garnie d’or posée en pal, la pointe haute accostée de deux fers à cheval d’or.

BRETTEN-68

Une brette est une longue épée d’origine bretonne utilisée dans les duels. Le mot apparait au XVIè siècle pour désigner, par ellipse, une espée ou lame brette. Brette est le féminin de l’ancien français bret, « breton », issu d’un latin populaire *brittus, tiré du latin classique britto, -onis de même sens, appliqué aux Bretons des îles (de Grande-Bretagne) ou d’Armorique. La dénomination de cette épée demeure obscure. C’est d’elle que vient le nom du bretteur, celui qui se bat souvent à l’épée, qui aime ferrailler, rendu fameux par Cyrano :

Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux :
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus nobles que des filous,
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux (…)

Si la brette figure au blason pour « parler », les fers à cheval sont là pour rappeler les forges qui faisaient autrefois vivre le village.

Bretten, connu comme Bratt en 1331 puis Bretten dès 1576, doit son nom à l’anthroponyme germanique Britto(n).

 

Chevillon

Les armes de ce village haut-marnais se blasonnent, de manière compliquée, ainsi :  Parti : au premier d’azur aux broyes d’or liées par deux d’argent, les couples posés en fasce rangées en pal, au chef aussi d’argent au lion issant de gueules, au second de gueules à la grappe de raisin feuillée d’or accompagnée de trois billettes d’argent.

CHEVILLON-52

Selon certains, ces armes seraient parlantes dans la mesure où les billettes représenteraient des chevilles de bois. Néanmoins, ce sens n’est pas donné par les dictionnaires qui parlent plutôt d’un morceau de bois, diminutif de « bille », et de son sens purement  héraldique de « meuble en forme de carré allongé, posé perpendiculairement. Lorsque la billette est posée horizontalement, elle est dite couchée. On trouve des billettes posées de biais et percées en rond.»

Quant aux broyes, que plusieurs auteurs appellent des morailles, instrument des maréchaux-ferrants servant à serrer le nez des chevaux qu’ils doivent ferrer, il est plus vraisemblable que ce soient des pièces destinées à broyer une substance quelconque, et que c’est de là qu’elles ont été nommées broyes ou broies.

La grappe de raisin est une allusion aux vignes qui furent plantées là au XIXè siècle et qui sont aujourd’hui, pour l’essentiel, en friche.

Le nom du village, altaria Cavillonis en 1131, est issu de l’anthroponyme latin Cavilius accompagné du suffixe -onem.

Correns

Ce village varois possède des armes blasonnées d’argent aux trois huchets d’azur.

CORRENS-83

Ces armes ne parlent qu’à celui qui sait qu’un huchet est un cor de chasse servant à appeler, un cornet de chasseur. Hucher est un verbe du vocabulaire cynégétique pour dire « appeler (quelqu’un) à haute voix ou en sifflant très fort ».

La forme la plus ancienne connue du nom de ce village est Correno en 920, dans laquelle on peut voir un pré-celtique *core à sens oronymique accompagné du suffixe gaulois –ndum (TGF*) ou bien la racine oronymique pré-indo-européenne *kor, variante de *kar, « pierre, rocher » (DNFLM*) accompagnée du suffixe (ligure?) inc-. Le village est situé sur une butte près de la rivière l’Argens.

Couffé

En Loire-Atlantique, cette commune est ainsi blasonnée : taillé au premier de sinople à la couffe d’or, au deuxième de gueules à deux clefs d’or passées en sautoir ; à la cotice en barre ondée d’argent brochant sur la partition ; au chef cousu d’azur chargé d’une croix cannelée d’argent.

COUFFE-44

C’est bien sûr la couffe qui est ici parlante. Une « couffe » désigne « un ample panier, flexible et résistant, servant à faire des balles pour le transport de produits variés ». Ce mot est d’origine provençale où couffo (attesté au XVè siècle), « grand cabas », est emprunté au bas-latin cophinus par l’intermédiaire de l’arabe qŭffă. Il s’est ensuite répandu en français central et a notamment désigné, dans la région qui nous intéresse, un panier de pêcheur de forme conique. Le mot « couffin » s’est formé et répandu de façon identique  à partir du même cophinus.

Attesté Coffe en 1287, ce nom est issu du nom de personne roman Cofius accompagné du suffixe -acum.

Estoublon

Les armes de ce village des Alpes-de-Haute-Provence sont blasonnées de gueules au griffon d’or tenant de ses pattes une gerbe du même.

ESTOUBLON-04

Ces armoiries ne parlent qu’en provençal par le terme estoublo, « champ moissonné encore couvert de chaume »,et son dérivé estoublon, « chaume, éteule », auquel il est fait allusion par la gerbe. Comme le français « éteule », ce mot est issu du bas latin stupula, variante de la forme classique stipula, « tige des céréales, chaume, paille », que l’on peut rapprocher de termes indo-européens signifiant « être raide, compact », comme le verbe stipare, « rendre raide, compact », le vieux slave stĭblĭc, le russe steblo, « tige de plante », etc.

Les formes anciennes Stuplonem castra (VIè siècle) et Stoblonum (1419) sont semble-t-il issues de ce provençal estoblon (DENLF*, TP*). Une autre hypothèse, sans doute un peu trop complexe, fait intervenir le latin stipulus, « ferme », complété par le suffixe diminutif -onem, « petite ferme », avec attraction de stabulum, « écurie », et du bas-latin stupula, « chaume » (TGF*).

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Je vous propose de chercher le nom d’un village de France métropolitaine au blason parlant.

Ce nom, en seul mot monosyllabique d’origine pré-celtique à sens oronymique, est représenté sur le blason par un instrument à usage agricole dont le nom dans la langue régionale est homophone.

Cet indice devrait vous faciliter le travail :

indice 25 10 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

26 commentaires sur “Du vocabulaire en blasons

  1. T.R.Aule

    une fois le blason énoncé, chacun est plus ou moins libre de le dessiner à sa guise en respectant néanmoins quelques règles :

    — L’épée est figurée sur un écu avec une lame, une poignée, un pommeau et une garde, cette dernière pièce est rarement garnie de branches.
    — Le fer à cheval : chaque fer a six trous
    (d’après l’Alphabet et figures de tous les termes du blason, L.-A. Duhoux d’Argicourt — Paris, 1899);

    Tirez-en les conclusions que vous voulez.

    J'aime

  2. Sur WP, les fers de Bretten ont huit étampures. Mais j’ai déjà remarqué une sienne tendance à « moderniser » (?) les blasons.

    Sur le « modèle » que vous présentez, il y en sept : c’est le nombre, dit-on, nécessaire pour que le fer joue pleinement son rôle de porte-bonheur.

    J'aime

  3. TRA

    Comme mentionné dans l’ouvrage cité plus haut, les fers ne doivent compter que six clous ( en héraldique).
    L’image la plus correcte semble donc être celle-ci (sauf peut-être la garde de l’épée qui ne devrait pas être garnie).
    L’image que je propose dans le billet ne pèche finalement que par les étampures en pince (qui n’est en principe jamais cloutée).

    J'aime

  4. En tout cas, ce billet m’aura fait découvrir que cette épée à lame brette, c’est-à-dire l’l’épée droite à une main, ancêtre des fleurets et autres instruments de bretteurs, serait une invention bretonne.

    Incidemment, j’avais déjà remarqué en accumulant des lectures qu’il est étonnant et illogique que ce type d’épée vienne « naturellement » à l’esprit en France lorsque l’on pense à une épée (c’est celle qu’un enfant français dessinera spontanément si quelqu’un lui demande de dessiner une épée), alors qu’il est particulier et pas du tout universel ni fréquent. La plupart des épées à travers le monde sont courbes, et les épées droites étaient plutôt des gros machins impossibles à manier d’une seule main, donc d’un usage très spécifique.

    Et j’apprends maintenant (sous réserve d’une intervention érudite d’un·e spécialiste du sujet — ce que je n’essaierai pas d’être puisque je conchie l’armée et les armes) que cette épée bien particulière et peu répandue qui a bizarrement marqué l’imaginaire français vient de Bretagne. Un·e historien·ne pourrait sans doute nous expliquer pourquoi les soldats français ont adopté cette singularité bretonne (pendant la Guerre de cent ans, peut-être, où certains nobles bretons se sont illustrés en s’alliant au roi de France et en lui fournissant des troupes nombreuses et déterminantes ?), au point que cette « lame brette » devienne la norme pour les gens d’armes français, au point que le verbe qui en découle soit associé dans le monde entier à l’art militaire français… et au point que la facture d’armes en France se soit spécialisée dans l’optimisation des singularités de cette lame unique en son genre (légèreté lui permettant d’être maniée d’une seule main, qui finit par s’accomplir pleinement avec le fleuret).

    Je doute que la généalogie d’un objet destiné à tuer aurait pu m’intéresser s’il était encore utilisé. Heureusement, ces questions relèvent maintenant des récits historiques et de la technique comparée a-posteriori. Hélas, c’est parce qu’il a été inventé bien pire.

    —————–

    Dans le genre « bien pire » figure évidemment l’arme atomique, au-delà de toute raison et de toute humanité. Je n’aurais pas embrayé sur ce sinistre sujet si je ne venais pas de voir une petite friandise savoureuse dans mon coffret Chapeau melon et bottes de cuir. Pour « annoncer » l’arrivée de la couleur dans la saison 5 (deuxième saison avec Diana Rigg), une petite auto-parodie de la série avait été tournée à la fin de la saison 4 : « L’étrange affaire du corps disparu ». Les amateurices de la série savent que ses scénarios étaient surréalistes, souvent incohérents, basés sur de l’espionnage ou des complots délirants mais également fort souvent sur du paranormal voire de la science-fiction — et que l’humour y était essentiel, notamment lors des deux saisons iconiques avec Diana Rigg. Eh bien ce court film d’auto-parodie met en scène John Steed et Emma Peel en train de chercher un corps et de décliner le type de scènes que sa découverte pourrait induire (combats, joutes verbales avec les méchants, etc.), puis de regretter que son absence les empêche de s’engager dans une aventure et de neutraliser la « machine à tricoter atomique ».
    Il fallait beaucoup d’humour au sens le plus pur (se moquer de soi-même) pour que les scénaristes et les acteurs soulignent ainsi l’absurdité souvent sidérante des ressorts scénaristiques de la série ! Car en effet, si la « machine à tricoter atomique » est trop outrancière pour être présente dans un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir, elle est parfaitement raccord avec les scénarios effectifs. Les complots déjoués et les armes futuristes neutralisées sont parfois à peine moins ridicules, à peine moins ouvertement cartoonesques.
    Cette « machine à tricoter atomique », et ce qu’elle trahit du recul et de l’humour de l’équipe de la série, aura fait ma soirée. Finalement, celleux qui se moquent le mieux, et le plus finement, de Chapeau melon et bottes de cuir, ce sont les scénaristes et acteurs elleux-mêmes ! So british.

    J'aime

  5. Notons qu’en allemand existe la Breitschwert (= « épée large ») :

    « Breitschwert ist:

    – eine moderne umgangssprachliche Bezeichnung für eine mittelalterliche Schwertform, siehe Ritterschwert
    – in Anlehnung ans Englische broadsword die Bezeichnung einer frühneuzeitlichen Schwertform, siehe Korbschwert »

    https://de.wikipedia.org/wiki/Breitschwert

    https://www.google.fr/search?q=breitschwert&authuser=0&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwiOiJ7v8tXsAhUoyYUKHXIaAMwQ_AUoAnoECAMQBA&biw=1280&bih=625

    C’est le même mot que l’anglais « broadsword » :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Broadsword

    J'aime

  6. Vu l’heure tardive, je me suis contenté hier soir de faire un copié-collé sans approfondir.

    Mais je me rends compte maintenant qu’il s’agit d’une façon moderne (« eine moderne umgangssprachliche Bezeichnung ») de désigner certaines « épées de chevalier » (Ritterschwert).

    Voir un lien entre « breit » (= « large ») et « brette » était donc illusoire.

    J'aime

  7. @ leveto :

    Je ne sais pas si c’est un hasard ou un choix, mais la photo que vous proposez est tirée d’une scène historique : c’est la première apparition de Diana Rigg dans la série. En fait, cet épisode n’est pas le premier qu’elle ait tourné, mais c’est le premier avec elle à avoir été diffusé, faisant l’ouverture de la saison 4. Et cette photo se situe vers le début de la scène où John Steed passe chez elle pour lui demander de l’aider dans son enquête, bref, la scène où le public a découvert cette nouvelle « Steed Girl ». S’en suit un souriant duel entre les deux amis à travers l’appartement.
    [Non, je ne connais pas tous les épisodes par cœur. J’ai juste (re-)vu celui-là il y a peu]

    Seul défaut de cette photo : Diana Rigg y semble trop sérieuse, alors que « en mouvement » elle est déjà ironique et piquante dans le reste de la scène. Pour rééquilibrer, je propose celle-ci, sans fleuret mais avec le sourire narquois d’Emma Peel

    [NB : Il est difficile de trouver sur le web des photos d’Emma Peel en noir & blanc avec ce fameux sourire narquois, qu’elle arborait pourtant très souvent, comme si elle s’amusait des situations et jouait avec Steed, alors qu’il y en a davantage de disponibles pour la saison en couleur ; j’ose en déduire qu’au départ les producteurs de la série (dont il est connu qu’ils n’aimaient pas son ton humoristique et anticonformisme et ont plusieurs fois essayé de virer les scénaristes et l’équipe technique) voulaient donner une image sérieuse et ont choisi des photos promotionnelles peu représentatives, trop sérieuses et figées, et qu’ils ont fini par se rendre à l’évidence lors de la saison suivante.]

    J'aime

  8. Un cluster en Bretagne ?… Possible mais j’en connais un, moi, que troubla souventes fois la Diana… malgré cette négligeable différence d’âge vite balayée: -Aux âmes bien nées, l’émoi n’évalue pas le nombre des années :

    I’m so young and you’re so old
    This, my darling, I’ve been told
    I don’t care just what they say
    ‘Cause forever I will pray
    You and I will be as free
    As the birds up in the trees
    Oh, please stay by me, Diana

    Faut dire qu’elle portait de seyantes bottes (de cuir) et savait « porter la botte »* :

    Les esthètes – Dieu sait s’ils sont légion chez VVLT ! – auront apprécié à sa juste mesure le déculté plongeant qui apparaît (bien trop fugacement) à 1:39

    Elle porta aussi, avec une grâce infinie, la sexy miniskirt des sixtees : -Merci à Miss Peel et à Mary Quant pour ces moments charmants !

    J'aime

  9. Le nom du personnage d’Emma Peel vient d’un jeu de mots avec « Man Appeal » ou « M. Appeal » (littéralement « qui attire l’homme », ou « charmeuse d’hommes »)
    Désolé TRS c’est du tissu — le même qu’en façade
    Par contre [dès la 12e seconde]

    J'aime

  10. Surtout que c’est la même scène [tournées à quelques années près]

    L’agent* arrive chez l’espionne – salutations – duel [verbal&physique]

    ________
    *oui je sais

    J'aime

  11. Merci Brosseur, votre photo d’Emma Peel est parfaite, elle correspond en plus vraiment à la première apparition du personnage à l’écran, lorsqu’elle enlève son masque dans ce premier épisode diffusé de la saison 4.

    ———–

    Aucun rapport :

    Il devait être agréable d’être un « upper-class » dans la Grande-Bretagne des années 1960 (et sans doute bien avant déjà). Car, outre la plastique, la vivacité, l’espièglerie et l’intensité (bref, le charme général) de Diana Rigg, outre l’humour pince-sans-rire et les scénarios débridés et parfois un tantinet psychédéliques ou kitchs, les épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir se caractérisaient par un penchant prononcé pour l’apéritif.

    Je crains que cette hospitalité n’ait été réservée aux membres de « l’élite » entre eux, et qu’elle ne se soit largement étiolée depuis cette époque. Mais comment ne pas être frappé par le fait que chaque fois que Steed ou Mrs Peel sont reçus par un collègue, un adversaire, un notaire, un aristocrate, un banquier, un militaire, etc., ils se font d’abord offrir un verre (généralement de brandy) ? Le plateau est toujours prêt, et aucune conversation ne semble pouvoir être engagée avant d’avoir trinqué. Dans les deux saisons de « mise en place », où les partenaires féminines de John Steed étaient Catherine Gale (43 épisodes) et Venus Smith (6 épisodes), c’était même encore pire, car la même amabilité s’ajoutait à chaque séquence où Steed et Mrs Gale se concertaient chez lui ou chez elle (et Mrs Gale n’était pas en reste, même s’il était clair que c’était surtout Steed qui profitait de la moindre occasion). Emma Peel semble un peu plus sobre que Catherine Gale (et que Steed !), mais sans refuser pour autant les occasions.

    À enchaîner en ce moment les saisons et les épisodes, je note donc les points amusants suivants :

    — Les saisons 2 et 3 (avec Catherine Gale et Venus Smith, plus trois épisodes initiaux oubliables avec un acolyte masculin en la personne du fade Dr King) étaient tournées en direct, d’où des bagarres finales assez drôlatiques (certains personnages tombant avant d’être touchés, ou alors que le poing était manifestement passé à un mètre de leur mâchoire) et une célèbre séquence où le pantalon de Catherine Gale a été déchiré (en direct ! rien d’autre à faire que de continuer), ce qui a conduit ensuite à la vêtir de cuir pour éviter ce genre d’incident [eh oui, la tenue favorite — mais pas systématique quand même — des héroïnes de la série vient de cet incident, un élément contingent qui a donné par hasard une dimension à la fois féministe et sexy non-préméditée].

    — Ces saisons 2 et 3 étaient particulièrement arrosées (ce qui est d’autant plus étonnant puisque tout était joué en direct, dans des décors tournants : je me demande comment Steed a pu aussi peu perdre son texte, seule une occurrence étant flagrante, où Catherine Gale doit finir à sa place sa réplique finale). J’en suis venu à guetter le nombre de fois où Steed, après avoir bu un verre de brandy (parfois de whisky ou une pinte de bière), fait entendre un « hhha » de satisfaction, quasi-omniprésent dans ces deux saisons.

    — Les saisons 4 et 5, apogée avec Emma Peel, étaient tournées en condition désormais ordinaire (chaque épisode sur plusieurs jours, avec plusieurs prises si nécessaire) avec des doublures dans les combats, d’où une finition bien plus chiadée, des scènes d’extérieur fréquentes… et un jeu très fin. Elles s’achevaient toujours par une courte séquence où Steed et Mrs Peel échangeaient quelques répliques dans un moyen de transport (voiture, train miniature, vélo, calèche, pousse-pousse chinois tiré par Steed, montgolfière, etc.). Cela devient un jeu, en cours d’épisode (en fonction de son « univers », toujours spécifique), d’essayer de deviner de quel moyen de transport il s’agira.

    Je ne peux rien dire de la saison 1, où le principal héros était le Dr Keel et où Steed était l’acolyte (mais rapidement à égalité voire prenant le leadership, si j’en crois les reconstitutions disponibles), car il n’en reste presque rien. Elle était tournée en direct, comme les saisons 2 et 3, mais pas enregistrée, hélas, sauf deux épisodes et demi.

    Je n’ai pas encore revu la saison 6, avec Tara King, qui avait dans mon souvenir également quelques caractéristiques amusantes (encore plus psychédéliques, me semble-t-il).

    Tout ceci n’a rien à voir avec le schmilblick, à part d’être une série venue de Grande-Bretagne. Je suis totalement hors-sujet. Mais en ces temps pénibles, cela défoule un peu. Et fichtre, c’était quand même la plus grande série de l’histoire de la télévision.

    J'aime

  12. Incité par cet excellent billet, je me suis pris à explorer la chose héraldique afin de ne pas mourir totalement idiot.
    Il est en effet hors de question que je me présente tout gueules de honte quand viendra l’heure de me trouver devant saint Pierre, au péage.

    Bref, j’ai adoré cette désuétude lexicale qui habille le pitch armorial, tant au descriptif qu’au pictural technique révélé aux nuls : émaux vs métaux.
    _________

    Epreuve de dessin du concours d’entrée à l’ABC ( = Atelier des Beaux Croquis) – Session 2020
    Sujet au choix :

    1. S’il te plait, dessine-moi un mouton avec jolie toison.

    2. S’il te plait, dessine-moi un blason tout « de gueules au griffon d’or tenant de ses pattes une gerbe du même ».

    __________

    J’avoue avoir été décontenancé par l’affaire du « mât », ce dernier annoncé comme «objet» alors qu’il n’était qu’un «meuble » en Héraldie.
    Sans doute une divergence d’acception lexicale : chez moi, un objet n’a de sens que s’il convient à une stricte fonction et ne dépend de rien d’autre que lui dans l’exercice que l’on en attend.
    Tels sont ma crécelle et mon rouleau à pâtisserie, certains couverts en bois d’olivier que j’ai et un cendrier du même métal.

    Dans Le Vocabulaire du Machincourtois tel qu’on le cause, ni un mât ni une tête de Delco n’entrent donc dans la catégorie « objets », de ceux qui tiennent dans la main ou sont remisés au rayon « Objets perdus ». Ce ne sont que des accessoires.
    On voit par là comme la rigueur isarienne n’a cure du flou artistique anime qui voudrait nous faire croire –notamment- que des marins étaient « grimpés aux mâts » alors qu’ils ne faisaient que parader aux vergues !

    Vergues et mât, c’est pas le même tabac. Ni les unes ni l’autre ne tiennent dans la main… ni la hune itou.

    – Un refrain ?

    So Reagan, Dougan
    Vous autres matelots
    À l’abordage, le partage
    N’en sera que plus gros
    Tuez-les tous pour leurs écus
    Ou vous serez pendus
    À la plus haute vergue du mât
    Comme un véto bourgeois cossu

    NDLR : TRS, après avoir récriminé/ronchonné à son habitude, envisage une extension du domaine de la blasonnerie, considérée maintenant selon la vénerie, ses mœurs et son vocabulaire… et où il sera question, sinon de « carnage à l’abordage » du moins de « massacre ».
    D’ici là et le temps qu’il lui faut pour s’organiser, un moment interludé – sans vergogne mais avec vergues- en compagnie de Michel Tonnerre :

    J'aime

  13. Le MASSACRE peut être exécuté à la tronçonneuse (au ciné), à la scie à la Scio (chez Delacroix) ou à la mode islamiste… tant que ça saigne !

    Pourtant et par chez moi, ce massacre désigne plus paisiblement un élément de déco’ que tout esthète aura eu soin d’accrocher aux cimaises au mur de son salon : – C’est du meilleur goût !
    Un goût semble-t-il partagé par des localités qui ont la vanité de profiter d’une opportunité euphonique pour s’affubler au blason d’un trophée immérité.

    Il en est une pourtant, désignée L1, qui se la joue à plusieurs bandes.

    Elle mérite attention et son blason aussi qui montre un massacre tout fait de kératine garantie avec osséine du « même métal », lequel surplombe une autre entité animale qu’il aura goulument, et pour partie, absorbée, il y a une soixantaine d’années d’ici… tandis que cette dernière ne figurait pas à son régime alimentaire. Les ruminants civilisés, bobo bœufs, sont de mœurs véganes !

    Le plus extraordinaire pour un garçon comme moi, autrefois soucieux de finances publiques et de taxe professionnelle, reste certaine allusion que j’imagine figurée instillée, proposée au blason…
    _________

    Récapitulons :
    Certaine localité, hexagonalement située, propose à son blason :

    -Une certaine opportunité en termes d’euphonie avec un mammifère qui ruminerait au dessus d’un invertébré
    – L’évocation d’une mangerie à caractère territorial qui date déjà
    -L’implantation d’une entreprise.
    ____________

    Indices fourbis à la Leveto… ou servis à la façon TRS :

    1. En matière de vénerie, le verbe « servir » a un sens particulier, très bien illustré par cette citation CRNTL :

    Il avait dit: − Je ne servirai pas cette bête. Le fera qui voudra. Mais il faudrait être un boucher (Genevoix, Dern. harde, 1938, p. 80)

    2. Dans la foulée – pas celle(s) de la vénerie, of course, mais celle du sportif de haut niveau en gros sabots :

    3.Précisons que L1 s’écrit en un seul mot de trois syllabes et que seul le début de ce toponyme rappelle, à l’énonciation, l’animal du massacre.

    4.Il est à noter que L1 a un parfait homonyme dans une autre région avec, au blason, le même ruminant… cette fois-ci considéré vif.

    J'aime

  14. Vite fait, mal fait :
    Tiercé en chevron renversé ployé et patté au 1) d’argent à l’écrevisse* de gueules au 2) de sinople, au 3) d’or à la ramure de cerf de sable**

    Tout y est (mais dans le désordre et en deux malheureuse syllabes) à Verlans, Haute-Saône.

    * et un invertébré, un !
    ** et des bois de cerf couleur kératine.

    J'aime

  15. @Leveto

    Vous n’y êtes pas du tout : -Trop vite fait, trop mal fait !
    Et ça ne colle pas vraiment question zoologie. A revoir.

    Pas davantage question « organisation de l’espace » : le massacre doit surplomber l’invertébré.
    Symboliquement, cette disposition a un sens : le village L1 a absorbé une portion de la localité L2 et l’a tellement bien digérée que L2 n’existe plus.
    Pour info, l’autre portion de L2 a été annexée à la ville voisine, une sous-préfecture.

    Enfin, n’oubliez pas qu’un garçon comme moi, du temps de ses mandats, a toujours été attentif à l’inique Taxe Professionnelle qui faisait que certaines communes étaient arrosées par le Pactole tandis que Machincourt, cette pauvrette, traînait misère.
    ____________

    A propos du CORS dans la vénerie, avez-vous déjà remarqué que l’on ne le rencontre généralement qu’au pluriel? – On dit couramment un dix-cors… etc.

    Existe-t-il des entités zoologiques ne disposant que d’un cors ? Un cors unique ?… Oui et c’est l’unicorn des Anglais et la licorne de par chez nous.
    _____________

    Exercice pratique à l’usage des apprentis ès techniques picturales :

    Etape N°1 : -Tu décapiteras, à la feuille de boucher, une licorne dont tu naturaliseras le chef… ou pas. C’est une question de goût.
    Etape N°2 : -Tu bricoleras la chose façon massacre décoratif.
    Etape N°3 : -Tu retourneras à ta table à dessin… et là, tu constateras les limites de l’art armorial : en cas de difficulté on y draw like an Egyptian

    _______________

    Exprimons un repentir d’avant l’apéro:

    A me relire, je constate que le tout dernier mot de mon dernier message pèche techniquement :
    « … cette fois-ci considéré vif. »

    Sauf témoignage inattendu, peu de décapités peuvent revendiquer un statut de vivant parmi les vivants.
    Remplacer VIF par « empaillé/naturalisé/taxidermé »…

    J'aime

  16. TRS

    ne m’en veuillez pas si je n’ai pas poursuivi mes recherches plus avant : j’avais rugby! (et une répàladev à publier).

    Il me reste encore à mettre la dernière main au billet de demain soir (et à sa devinette associée). S’il me reste du temps, je me remets à votre devinette, promis.

    J'aime

  17. TRS
    le temps que je m’étais donné en cette fin d’après-midi pour me replonger dans votre devinette s’étant écoulé sans que je ne trouve quoi que ce soit, je déclare forfait.
    Le massacre qui, en héraldique, ne désigne que le crâne de cerf avec sa ramure ne m’a pas amené bien loin. La définition élargie, qui inclut le taureau et le buffle, ne m’a rien apporté de plus. J’ai donc poussé plus loin les limites en cherchant du côté des boucs, bouquetins, chèvres, vaches, etc. et … toujours bredouille.

    J’ai même cherché du côté des communes fusionnées il y a une soixantaine d’années : nib de nib!
    J’ai aussi fait un petit tour vers les invertébrés, qui ne sont pas si nombreux en héraldique : toujours rien!

    Je me dis qu’il doit y avoir une astuce quelque part que je n’ai pas vue, une marche de ratée …

    Tant pis!

    J'aime

  18. FIN DE PARTIE

    Le blason réclamé était à trouver en terres calvadosiennes.
    La meilleure façon d’y parvenir était de suivre les foulées* laissées par CHABAL, ce délicat caveman à jamais associé, en mon esprit, à l’agroalimentaire et à la grande distribution :

    Mine de rien et voulant flatter vos goûts sportifs, Leveto, je vous avais fait un cadeau !
    _______________________

    BEUVILLERS, désormais riante commune de 1.300 habitants, lors d’un dépeçage intervenu en 1960, avait profité d’un morceau de SAINT-JACQUES tandis que LISIEUX s’était accaparé le reste du bestiau.
    Cette sous-préfecture a-t-elle eu la reconnaissance du ventre ?… Pas du tout et nulle attestation n’en fait mention au blason.
    Tandis que si… à BEUVILLERS

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Beuvillers_(Calvados)#/media/Fichier:Blason_Beuvillers.svg

    (1988) De gueules au chevron renversé cousu de sinople, soutenu d’azur, déporté vers senestre, accompagné en chef d’un massacre de bœuf d’argent soutenu d’une coquille du même et en pointe d’une porte couverte en croupe, flanquée de deux échauguettes couvertes, le tout de sable mouvant de la pointe.

    Bref, s’il est des blasons qui parlent à l’oreille des bourrins en ne se contentant que d’un écho, celui de Beuvillers a le charme de se la jouer à trois bandes :

    -En écho à l’esgourde, à la feuille : « BEU/BŒUF »
    -En écho à l’histoire récente : 1960, ça n’est pas si vieux !
    -En écho à la prospérité assurée, via la Taxe professionnelle, par l’entreprise CHARAL… entre autres activités à potentiel fiscal violent implantées sur son territoire.

    * FOULEES : VÉN., au plur. Marques légères laissées sur une surface molle (terre, herbe, feuilles) par les animaux. (Quasi-)synon. abattures; synon. partiels : piste, trace, voie. Dans l’herbe aussi, mon pas a dessiné une vague sente, comme ces foulées que font les bêtes en forêt (LOTI, Trois. jeun. MmePrune,1905, p. 203).

    J'aime

  19. TRS
    Quand je pense que j’ai cherché toute sorte de massacre, sauf celui du bœuf ! Étonnant d’avoir pensé au taureau et pas au bœuf, non?

    Ceci dit, si j’étais aussi pointilleux que vous, je pourrais relever qu’en héraldique le massacre n’est censé concerner que le cerf ( Massacre : Crâne de cerf sommé de sa ramure ). ou , selon le dico de référence, le cerf, le taureau et le buffle, avec une partie du crâne décharnée.

    Le « massacre » de bœuf de Beuvilliers (Calv.) n’en est pas précisément un (il lui manque le crâne). Il ne s’agit que des cornes.

    La tête de bœuf vue de face (Beuvillers, M.-et-M. ) s’appelle un rencontre (au masculin) de bœuf.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s