Encore des blasons parlants (suite)

Au risque de lasser mes lecteurs, je poursuis ma petite promenade à travers les blasons parlants en m’intéressant aujourd’hui à quelques animaux qui y sont mis en scène.

Auriol

Cette commune des Bouches-du-Rhône, dont j’ai parlé à propos d’une expression provençale familière, est blasonnée d’argent au loriot au naturel, perché sur une branche d’argent posée en bande.

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L’Armorial Général de France de Charles D’Hozier, en 1696, montrait un blason d’or au loriot de sinople perché sur une branche du même.

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Le nom provençal de la commune est Auriòu , un mot qui signifie « loriot » dans cette langue.

La forme la plus ancienne connue du toponyme est villa Auriolo (984) qu’Ernest Nègre (TGF*) et Dauzat&Rostaing (DENLF*) font dériver du nom occitan auriòl du loriot, lui-même issu du latin aureolus. On peut s’interroger, avec J.Astor (DNLFM*), sur la motivation toponymique du loriot, et lui préférer une référence à l’ancien français oriol, « bord, seuil, orée », qui a peut-être eu son équivalent en ancien occitan. B. et J.-J. Fénié (TP*) envisagent le latin aureola, « centaurée », qui aurait subi l’attraction du provençal auriòl.

Lannion

Cette ville des Côtes-d’Armor possède, au moins depuis 1625, un blason d’azur à l’agneau pascal couché d’argent, tenant en ses pattes antérieures guidon de gueules à la hampe croisetée et pommetée d’or et portant l’inscription « Laus Deo » en lettres capitales d’or.

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Selon le Patrimoine des communes des Côtes-d’Armor (sous  la direction de Jean-Luc Flohic, éditions Flohic, 1998), « les armoiries choisies par la ville en 1625 comportent un agneau, à mettre en rapport avec l’adoption par l’église du patronage de saint Jean-Baptiste, souvent représenté avec cet animal. Mais dès le Moyen Âge, ce dernier figure sur les armes de la ville, en vertu d’un jeu de mots Lannionl’agneau. » On voit donc que le calembour héraldique est antérieur à la justification hagiographique.

On reconnait comme premier élément du nom de Lannion, le vieux breton lann, « terre, territoire », le plus souvent territoire consacré à un saint, sanctuaire. Le saint en question serait un obscur  Iudon (dérivé du vieux breton iud, « seigneur » ), noté Yon par E. Nègre(TGF*) et Dauzat&Rostaing (DENLF*), le même qu’à l’ancienne chapelle Saint-Ion de Trégastel (J.-L. Flohic, op. cit.).

Poissy

Connu dès 1699, le blason de Poissy (Yvelines ) est  d’azur au poisson d’argent posé en fasce, accompagné d’une fleur de lis d’or en chef, d’une en pointe et d’une autre mouvant à demi du flanc dextre.

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Le jeu de mots poisson-Poissy est aisé à comprendre.

C’est le roi saint Louis, (prétendu) natif de la ville et baptisé dans l’actuelle église en 1215 (et qui signait sa correspondance privée Louis de Poissy) qui donna des armes à la ville, d’où les fleurs de lys.

Poissy, attesté in Pinciacense en 816, Pisciaco en 1061, Pinci au XIIIè siècle et Possiaci au XVè siècle, doit son nom à l’anthroponyme latin Pincius accompagné du suffixe -acum.

Quinson

Ce village des Alpes-de-Haute-Provence est blasonné d’azur au pont d’une arche d’argent, alésé, maçonné de sable, sommé d’un pinson d’or, la patte dextre levée.

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Ce blason ne parle véritablement qu’en provençal, langue dans laquelle le pinson se dit quinsoun.

Attesté Poncius de Quincione en 1042, Quinson doit son nom à l’anthroponyme latin Quintius, de quintus, « le cinquième né », accompagné du suffixe –onem. On remarquera que le pont a disparu du toponyme, sans doute après que le village s’est développé et a pris de l’importance.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

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La devinette

Je vous propose de chercher le nom d’un village de France métropolitaine en trois mots reliés par un article défini.

Deux animaux sont représentés sur son blason, sur les flancs opposés d’un relief pierreux.

Le premier rappelle un élevage et un commerce qui furent là longtemps florissants.

Le second, dit-on, abondait dans les forêts alentours et c’est lui qui, par un mot qui en désigne une partie, est l’élément parlant du blason, par homophonie avec la première partie du nom.

Le relief rappelle l’exploitation qui a été faite de son sol, qui fait aujourd’hui l’objet d’un musée et qui est à l’origine de la deuxième partie du toponyme.

Le temps me manque ce soir pour vous proposer un indice sérieux et j’en suis désolé. Peut-être demain ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Un commentaire sur “Encore des blasons parlants (suite)

  1. « On peut s’interroger, avec J.Astor (DNLFM*), sur la motivation toponymique du loriot »

    —————————————————————————————————————-

    Avec une espèce de cuculidé, nous avons un autre exemple (gascon) d’ambiguïté :

    https://gasconha.com/spip.php?loc11494

    ———————
    [J’habite non loin d’une « côte du Coucut » … mais n’y ai jamais ouï de coucou ni observé de jonquilles.]

    (Mais, en revanche, demeurant loin de la rivière du Coucou, je n’ai guère l’occasion d’avoir commerce avec les Outaouais.)

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