Bécon-les-Granits (répàladev)

TRS a rejoint TRA et LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Bécon-les-Granits, un village du Maine-et-Loire.

local bécon

 

Le blason du village est de sinople au mont de granit d’argent, sur lequel rampent à dextre une chèvre et à senestre un porc, tous deux de sable et affrontés ; au chef cousu d’azur chargé de deux fleurs de lis d’or, ce qui se traduit par ce joli dessin :

BECON_LES_GRANITS-49

avec, par ordre d’apparition :

  • un mont de granit : il s’agit d’une référence « parlante » aux carrières de granit qui ont longtemps fait la fortune du pays, certaines étant encore en activité dans les années soixante-dix du siècle dernier. Le gisement de granit s’étend de Bécon à Beaucouzé, sur une longueur d’une douzaine de kilomètres et une largeur de cinq cents mètres. De couleur gris bleu, ce granit était appelé grison et  son tailleur, grisonnier. Il était notamment utilisé pour les pierres tombales, mais on en faisait aussi des auges et des pavés. Le souvenir de cette activité est conservé dans un musée du granit, ouvert au début des années quatre-vingt-dix. Visite guidée des anciennes carrières et du musée en suivant ce lien.

Becon-49

  • à dextre, une chèvre : « en 1607, Henri IV accorda au seigneur de Bécon la fameuse « Foire aux Biques » qui, jusqu’aux années 1950, animait notre bourgade de façon inhabituelle. Beaucoup d’entre nous se souviennent de cette foire avec son folklore amusant, notamment les châtaignes grillées que l’on dégustait en buvant la « bernache » », nous explique le site officiel de la mairie. Rappelons qu’en héraldique, la dextre est à droite de celui qui porte l’écu comme un bouclier à son bras, donc à gauche pour celui qui lui fait face.
  • à senestre, un cochon : c’est ce cochon qui est l’autre élément parlant du blason. On sait que le bacon désignait en ancien français « la chair du porc, le jambon, le porc tué et salé ». Le même site de la mairie explique à propos du toponyme Bécon que « cette appellation vient du mot anglais « bacon », sans doute parce que, à cette époque, les immenses forêts abritaient des sangliers à « foison » », mais la première partie de cette explication ne vaut bien sûr pas tripette, comme nous allons le voir.
  • les deux fleurs de lys indiquent que Bécon était une « bonne ville » ayant acquis le droit de se faire représenter par son maire au sacre du roi de France.

Les formes les plus anciennes connues du toponyme concernent deux personnages : on mentionne  Isaac de Besconum en 1060 et Joannes de Bescun en 1090. Viennent ensuite Bisconnium (1125-1148) puis Bescon et Bécon, et, enfin, Bécon-les-Granits à partir de 1922. Seul Ernest Nègre (TGF*) se risque à émettre une hypothèse étymologique, faisant dériver ce nom de l’oïl *bescomt, « mécompte, erreur », équivalent de l’occitan bescompte, tandis que Dauzat&Rostaing  se contentent d’imaginer un « nom gaulois obscur » (DENLF*).

L’hypothèse qui voit dans ce nom un dérivé de l’anglais bacon ne tient pas la route quand on sait que bacon n’est attesté en anglais qu’au XIVè siècle, importé du …français.

Attesté d’abord en judéo-français (av. 1100), bacon est emprunté au francique *bakko. (…) Le mot se serait répandu pour désigner les flèches de lard servant de redevances en nature. Par métonymie, il a servi à désigner le jambon, du XIIè siècle au début du XVIIè siècle. L’emploi récent, avec une prononciation flottante (1899) est un emprunt à l’anglais bacon (vers 1330) qui avait lui-même été repris au moyen français avec le sens de « viande de porc » avant de se spécialiser pour désigner le lard maigre et fumé.

(Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992)

On voit bien que l’étymologie de Bécon  d’après le «  bacon » prononcé [ bekɔ̃ ] est une étymologie populaire tardive à l’origine des armes parlantes de la ville, confortée sans doute par la présence de sangliers dans les forêts voisines ou par l’élevage de porcs en semi-liberté autour du village.

Quant à l’étymologie donnée par wikipedia, qui ne cite pas ses sources, elle semble ne s’appuyer que sur une ressemblance avec le nom de Béconne (aujourd’hui dans Roche-Saint-Secret-Béconne, Drôme) noté Becona en 1284, qui est issu du nom de personne gaulois Becco avec un suffixe féminin -a (sous entendu terra ou villa, « terre » ou « domaine de ») (TGF*), mais ni les formes anciennes ni les suffixes différents n’étayent cette hypothèse.

Quelques lieux-dits portent ce même nom de Becon comme aux Riceys et à Mussy-sur-Seine (Aube) et, bien entendu à Courbevoie (Hauts-de-Seine) où se trouve la gare de Bécon-les-Bruyères.

-Becon-les-Bruyeres-cafe-Paris


NB : une partie des informations concernant Bécon-les-Granits est extraite de Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire de Pierre-Louis Augereau, éd . Cheminements, 2004.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

cdl 1

indice a 03 11 20L’indice du mardi présentait des rillauds, une spécialité culinaire d’Anjou à base de poitrine de porc, l’équivalent régional des rillons.

L’Anjou pour … l’Anjou, et le porc pour le bacon.

(Et un Sancerre blanc ou un Savennières pour les rillauds.)

8 commentaires sur “Bécon-les-Granits (répàladev)

  1. Il est à noter que, si Bécon-les-Granits doit son nom à la roche, inversement, la kersentite (cousine du granit) doit son nom à un toponyme :

    « La kersantite, ou pierre de Kersanton1 (dont le nom dérive d’un toponyme breton, Kerzanton, petit hameau de Loperhet dans la rade de Brest), est une roche magmatique filonienne, de composition proche du granite. Appelée improprement granite de Kersanton, elle présente un grand intérêt pour la sculpture. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Kersantite

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  2. En matière re toponymie granitique, on n’oubliera pas Granite House :

    « Les colons étaient stupéfaits d’admiration. Où ils ne croyaient trouver qu’une étroite cavité, ils trouvaient une sorte de palais merveilleux, et Nab s’était découvert, comme s’il eût été transporté dans un temple !

    Des cris d’admiration étaient partis de toutes les bouches. Les hurrahs retentissaient et allaient se perdre d’écho en écho jusqu’au fond des sombres nefs.

    « Ah ! mes amis, s’écria Cyrus Smith, quand nous aurons largement éclairé l’intérieur de ce massif, quand nous aurons disposé nos chambres, nos magasins, nos offices dans sa partie gauche, il nous restera encore cette splendide caverne, dont nous ferons notre salle d’étude et notre musée !

    — Et nous l’appellerons ?… demanda Harbert.

    — Granite-house[12], » répondit Cyrus Smith, nom que ses compagnons saluèrent encore de leurs hurrahs. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C3%8Ele_myst%C3%A9rieuse/Texte_entier#CHAPITRE_III

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  3. Très intéressant, jsp, merci!

    Il semble donc qu’il y ait plusieurs « grisons » : un granit (à Bécon) et un « agrégat de cailloux siliceux soudés par un ciment ferrugineux ce qui lui donne une couleur brun-rouille » qui ressemble à du poudingue.

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  4. TRA :

    Bonne trouvaille. Je me coucherai moins bête.

    PS : la « bare des vieillards »? Bon, tant que vous ne vouliez pas parler de leur « barre » …

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