Le lin et les linières

La culture du lin était fort répandue dans nos campagnes. À maturité, il était arraché, mis en gerbe et séché à l’air libre. Après quoi, on en broyait la tige ligneuse afin d’en séparer le fil du bois. Le fil brut ainsi obtenu était soumis au peignage qui permettait d’obtenir la filasse (brins de 60 à 90 cm), réservée au linge, et l’étoupe (brins de 10 à 15 cm), destinée aux toiles grossières. La dernière opération était le filage, c’est-à-dire la mise en fil continu de tous les brins obtenus. Celui-ci pouvait alors être mis en écheveau et livré au tisserand. (en savoir plus)

linFil de lin

On trouve le nom de la plante sous sa forme simple dans le nom de Lelin-Lapujolle (Gers, avec Lapujolle, diminutif de pujo, du latin podium, « hauteur ») mais le latin linus a été le plus souvent accompagné du suffixe -aria pour donner linaria d’où est issu le français linière, « terre où on cultive le lin ». C’est cette forme que l’on retrouve en plus grand nombre en toponymie (ne seront cités dans le billet que les noms de communes, ceux des lieux-dits étant bien trop nombreux) :

  • Liniers (Vienne, d’abord au singulier Linarius en 923), Linières-Bouton (M.-et-L., aujourd’hui dans Noyant-Villages, avec Bouton nom d’un ancien village voisin), Saint-Léger-de-Linières (M.-et-L.) et Liniez (Indre, de Lineriis en 1154) ;
  •  la palatalisation du n au contact du i est à l’origine des noms de Lignères (Orne), Lignières (Aube, Char., Cher, L.-et-C., Somme), L.-Châtelain (Somme), L.-en-Vimeu (id., avec Vimeu nom du pays arrosé par la Vimeuse, du latin vimina, « bois flexibles, osiers » tirés des saules la bordant ), L.-de-Touraine (I.-et-L.), L.-la-Carelle (Sarthe, avec Carel, nom du seigneur), L.-Orgères (May., avec Orgères du latin hordeus, « orge » et suffixe –aria), L.-Sonneville (Char., avec Sonneville du nom d’homme germanique Sunno et latin villa, « domaine agricole ») et L.-sur-Aire (Meuse).

Le diminutif  -ola est à l’origine de noms le plus souvent au pluriel : Lignerolles (Allier, C.-d’Or, Eure, Indre, Orne), Liernolles (Allier, Linayrolas en 1373) et Lignairolles (Aude). Les Neyrolles (Ain) doit son nom à une mauvaise coupure quand le li- de *Lineyroles a été pris pour l’article. Le nom de Lignereuil (P.-de-C.), noté Lineroles en 1136, a subi l’attraction des finales en –euil issues du gaulois –ialo.

Le diminutif -icula a fourni Lignoreilles (Yonne) noté Linerulas en 864 puis Linerolas en 889, après attraction des noms comme Lignerolles.

lignerolles cote d'or

Lignerolles (Côte-d’Or)

Le suffixe occitan -ar ( celui de segalar, « terre à seigle » et de milhaar, « terre à maïs ») a fourni le  nom  de Linars (Char.) ainsi que ceux de Linard-Malval (Creuse, avec Malval, « mauvaise vallée ») et de Linards (H.-Vienne) avec attraction des terminaisons en -ard.

Et voici un  jeu des 7 (ou plus) erreurs  avec ces deux vues de la grand-rue de Linards (H.-Vienne) prises à quelques années d’intervalle :

linards 1913

linards

Le suffixe collectif latin -etum a donné son nom à Lignareix (Corrèze).

Le suffixe collectif augmentatif occitan -às ( celui de segalàs, « terre à seigle ») est à l’origine des noms de Lias (Gers), Lias-d’Armagnac (id.) et de Berbérust-Lias (H.-P., avec Berbérust  du basque ust, « plateau » et d’un premier élément obscur). Le nom de Lies (H.-P.) suppose une chute du n intervocalique gascon (linas donnant lias) mais le e de Lies s’explique mal, l’attestation la plus ancienne datant de 1760 déjà avec la même graphie Lies. En revanche la prononciation locale est lias ce qui conforte l’hypothèse du linàs.  

faux-amis-lin

devinette_forum_792_th1

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une ancienne commune de France métropolitaine composé d’un mot dérivé de « lin » accompagné d’un mot décrivant l’environnement végétal dans lequel ce lin était cultivé.

Le nom de la nouvelle commune est fort simple : il désigne le relief de l’endroit.

Un  indice :

indice a 20 12 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

15 commentaires sur “Le lin et les linières

  1. ___le relief_____
    Aquilin
    ou alors
    Patelin, Craquelin – non, rien de végétal
    Pangolin – non plus

    Malin, Enclin, Moulin, Malin …
    … non

    J’aime

  2. Les bédéphiles, qui sont légion par ici, méritent de savoir que les plus proches environs de chez TRS savent rendre hommage aux dessinateurs historiques.

    Joseph Pinchon a sa rue à Clairoix où il a longtemps séjourné dans ce qui est devenu l’actuelle mairie, l’une des plus belles de l’arrondissement.

    A Noyon (dont il était originaire) une école porte son nom.

    Et pendant ce temps-là que font les Bretons ? –Ah ça, on ne peut pas dire que chez ces gens-là on a la gratitude facile.
    _________

    Conseil au Brosseur: – Abandonnez votre dictionnaire de rimes… inutile en cette affaire.

    J’aime

  3. @ TRS :

    Mon premier réflexe devant votre commentaire aurait été de vous accuser de ne pas manquer de toupet, puisque c’est bien Pinchon le Picard qui, en faisant de Bécassine une Bretonne arriérée, a provoqué de la part des Bretons un « manque de gratitude » fort légitime. Comment éprouver de la gratitude envers un personnage qui ridiculise sciemment la Bretagne ?

    M’étant un peu renseigné sur Bécassine pour les besoins de l’énigme, je découvre toutefois que Pinchon avait créé ce personnage sur un modèle picard, que dans ses premières années Bécassine était donc de facto plutôt picarde (bien que son origine ne soit alors pas précisée), et que ce n’est que le deuxième scénariste qui la fit sud-finistérienne à partir de 1913. D’ailleurs, c’est bien en Picardie que l’on chasse les bécasses et bécassines (alors qu’elles n’ont rien fait pour provoquer une telle furie meurtrière de la part des obsédés de la gâchette).

    N’empêche que ça devait bien payer, de dessiner Bécassine (ou alors il était déjà rentier par ailleurs), car sa « maison » à Clairoix n’est pas à la portée de toutes les bourses — mais elle est superbe, je vous l’accorde, c’est le genre de bâtisse qui fait regretter de ne pas être riche (jamais je ne craquerais pour une voiture de luxe ou autre ruineux gadget, mais je reconnais être fasciné par les belles maisons anciennes).

    J’aime

  4. Jacques C.

    en cherchant moi aussi à en savoir plus sur Bécassine, j’ai trouvé ce texte de Frémion où il explique :

    Bécassine incarne le mépris des « Parisiens » contre les Bretons dans leur ensemble. Pas du tout ! Ce ne sont pas les Bretons que visait madame Rivière, mais seulement les domestiques, les paysans, les non-nantis, les pauvres donc. Il fallait que les jeunes lectrices de sa caste qui lisaient son magazine comprennent vite qu’il n’y a rien à espérer de ceux qui les servent (ou les serviront). Chacun à sa place, le monde de Suzette sera bien gardé.

    C’est pas mal vu, il me semble.

    J’aime

  5. Allons donc, Jacques C, la Bretagne farouche a aussi ses nemrods :

    Pour ma part, je me contente de chasser l’ennui… même s’il revient toujours au galop.

    Mais vous, qui êtes parfaitement au fait de tout ce qui concerne la production graphique à destination des enfants innocents et des adultes pas vraiment finis, dites-moi s’il est arrivé que Bécassine soit représentée imbibée de chouchen tout en s’adonnant au laridé.

    Remerciements anticipés.

    P.S 1 Dans ma vie d’élu du Peuple, j’ai eu maintes fois à négocier avec la Société de chasse de Machincourt, des électeurs irréprochables mais des personnes parfois ingérables entre la date d’ouverture et celle de fermeture.

    P.S 2 Si la Bretagne a pu être moquée, c’est sans doute qu’elle le méritait bien, avec ses recteurs et ses processions ridicules, cette forme d’obscurantisme bien éloigné des Lumières.
    Mais toutes les régions éprises d’identité à la con peuvent aussi être moquées :

    Y en a qui sont « Charlie » et moi je suis « Machin »

    P.S 3 : Nègre et TRS s’accordent à voir dans MACHINCOURT un « nom d’hommes franc-comtois » avec terminaison en –court pour faire raccord avec les toponymes locaux.

    J’aime

  6. @ TRS :

    Vous savez que je partage avec vous le goût du groupe Machin, et il est réjouissant de savoir qu’ils ont donné leur nom à un village notoire de Picardie.

    Je ne connais pas assez bien Bécassine, que j’ai très peu lue, pour répondre à votre question.

    Et bien sûr, hélas, les nemrods font aussi des ravages en Bretagne, c’est ainsi que j’ai renoncé à sortir marcher hier, à cause des fusils qui claquaient non loin et des porteurs de fusils qui déambulaient encore moins loin (pas toujours avec le fusil cassé, d’ailleurs, alors qu’ils étaient à 10 mètres de maisons et sur une route : double infraction, jamais soulignée ni verbalisée tant ils intimident — je serais même tenté de dire ils terrorisent — le monde rural).

    ————–

    @ leveto :

    Le lien de votre commentaire ne fonctionnant pas, j’en suis réduit à supposer que votre « Frémion » est Yves Frémion, de Fluide Glacial ? Avec toute l’amitié que j’ai pour lui (oui, je l’ai assez bien connu il y a une vingtaine d’années), je dois répondre que sa remarque vaut pour la première version de Bécassine, celle dont je signalais plus haut avoir découvert qu’elle était initialement plus picarde qu’autre chose. Mais à partir de 1913, Maurice Languereau a repris le scénario, et a clairement identifié cette bécasse comme étant bretonne, insistant parfois très lourdement sur cette identité. Oui, lors des balbutiements de Bécassine, Jacqueline Rivière ne visait pas les Bretons mais les pauvres, dans une vision « de classe » assez douteuse. Mais Maurice Languereau, lui, visait bel et bien les Bretons, et cela correspond à l’essentiel de l’histoire de cette BD.
    Cela étant, il est vrai que le mépris exprimé par les auteurs de Bécassine est plus un mépris de classe qu’un mépris régional.

    J’aime

  7. Jacques C.

    Le lien est réparé.
    Oui, Yves Frémion parle bien de Jacqueline Rivière, soit de la première version de Bécassine.

    Pour ma part, j’avoue ne jamais avoir lu un seul des albums de Bécassine, ni étant gosse ni plus tard.

    J’aime

  8. route de COMBATASSALIN

    route du PAILLET

    route du COUVET

    route du MOURET

    route des ROJONS

    route de VARANGER

    route de la Mâ

    route du CARRON

    Ruisseau de RECHOUCHET

    Ruisseau de La BURGE

    Ruisseau de TAPON

    ???

    J’aime

  9. lecteur

    je suppose que votre dernier commentaire m’est destiné et que les points d’interrogation indiquent que vous souhaiteriez que je vous donne l’étymologie des toponymes que vous citez.

    Vous aurez peut-être remarqué, en parcourant mon blog, que j’essaie ( « que nous essayons » devrais-je ajouter en pensant à mes commentateurs) d’en garder la bonne tenue : il est ici coutume de se vouvoyer (comme dans la vraie vie entre gens qui ne se connaissent pas plus que ça), de faire des phrases au lieu d’utiliser le style télégraphique, d’user de formules de politesse (si escarmouches il doit y avoir, ce sera toujours à fleurets mouchetés ), etc.

    Ceci dit, j’ai étudié (rapidement ) les toponymes que vous citez en supposant qu’ils sont tous en Isère, comme le suggère le premier d’entre eux que l’on trouve à Saint-Maximin. Nous sommes en zone du francoprovençal, d’où une difficulté supplémentaire due au mélange oïl/oc
    Sans accès aux formes anciennes ( je ne dispose pas du Dictionnaire topographique de l’Isère et il ne fait partie du corpus de Gallica …) ni au cadastre, je ne peux que faire des suppositions que je vous livre ici :

    — Combatassalin : on reconnait dans le nom de ce lieu-dit un augmentatif combas ou combat de combe , « vallée creuse », suivi soit d’un nom de personne (Salin, c-à-d marchand de sel ) ou d’un qualificatif du ruisseau « salin » ;
    — Paillet : du latin palea , « paille », et suffixe collectif etum . Le « paillet » a pu désigner (c’est le cas en Ardèche, Drôme…) le bâtiment servant à conserver la paille . Il peut aussi s’agir d’un nom de famille (une personne aux cheveux jaune pâle, paillet) ;
    — Couvet : un diminutif de couve , « grotte », est attesté en Auvergne . Dans le Dauphiné, « couvet » désigne une chauferette (mais pour un nom de lieu ?) ;
    — Mouret : de morus , « mûrier », et suffixe collectif etum ;
    — Rojons : variante de Roujon, de l’occitan roch, rog , « rouge » — sans doute un nom de famille ;
    — Carron : soit un nom de famille, dérivé diminutif de car, char , équivalent de « carretier », soit un toponyme dérivé de l’indo-européen *kar, « rocher », croisé avec queiroun , « bloc de pierre » ;
    — ruisseau du Rechouchet : de l’occitan rec, rech , « ruisseau ». Le diminutif rechou est attesté dans le domaine de langue d’oc. Rechouchet serait alors un double diminutif ;
    — ruisseau de Tapon : le « tapon » désignait un bondon de tonneau ; par analogie, ce nom a désigné une petite butte ( tapon est ainsi attesté en Limousin et tap donné avec ce sens dans le Trésor du Félibrige ). L’idée d’un « ruisseau bouché » ne me parait pas satisfaisante.

    Pour tous ces noms, notamment ceux des lieux-dits, l’origine selon le nom du propriétaire du terrain est toujours possible (voire préférable!)

    Restent des noms plus mystérieux :

    — Varanger : sans doute un nom de famille mais d’étymologie obscure. Un rapport avec la varenne (prélatin vara , « eau ») s’explique mal par son suffixe
    — route de la Mâ : le Trésor du Félibrige donne bien ma comme forme possible de mas , « ferme », … mais au masculin, bien sûr ! L’hypothèse la plus probable semble alors être le nom de famille Max, prononcé (et écrit ) en Suisse romande, Savoie et environs. La Mâ serait « la ferme de Max ».
    — ruisseau de la Burge : on est tenté (comme pour la rivière qui arrose Bourbon-l’Archambault) d’y voir un hydronyme gaulois ( bodios , « jaune », borba , « boue » ou Borvo , nom de source divinisée à Bourbon-l’A.) ; un rapport avec le bourg ou la bourge est très peu réaliste pour un cours d’eau.

    C’est tout ce que je peux faire avec mes pauvres moyens.

    J’aime

  10. Cher monsieur Leveto
    Croyez bien que je n’ai jamais voulu blesser votre seigneurie étymologique, et que je n’en suis point
    aux fleurets mouchetés !

    j’étais simplement un peu gêné de vous apporter tant de noms à la fois

    Il sont tous sur la commune de Saint-Maximin , je les ai relevés sur un panneau indicatif au bas de la tour
    d’AVALON ( pommier ? )
    et avec surprise que presqu’ aucun ne m’était connu !
    sinon vous savez que la commune est célèbre ( une personne sur dix mille ) par Saint Hugues de Lincoln
    .
    et à 2km à vol d’oiseau , par le château de Pierre du Terrail .

    Merci

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s