Le chanvre

Je vous propose aujourd’hui un petit billet — il ne faut pas abuser des bonnes choses — consacré au chanvre.

Domestiqué par l’Homme depuis le néolithique en Asie, le chanvre s’est ensuite rapidement répandu et a été cultivé et utilisé pour ses fibres (textile, huile, papier, cordages …) sur tous les  continents.

chanvre-1

Le latin cannabis vient directement du grec κάνναβις, kánnabis, mais avant cela, l’histoire est plutôt obscure. Elizabeth Wayland Barber, archéologue et linguiste spécialisée dans les textiles, a proposé que le mot soit issu d’une racine pré-indo-européenne, *kan(n)aB-, et que les Grecs prirent leur terme des Scythiens ou des Thraces. Une étymologie sémitique a été également proposée. (wiki)

Quoi qu’il en soit, le latin populaire canapus, forme altérée du latin classique cannabis, est à l’origine de notre chanvre, de l’occitan caneba, cambe ou cambre et d’autres formes locales.

Les noms de communes

La forme du toponyme la plus répandue est chènevière, « champ de chanvre » (latin *cannabi-aria). C’est elle qui est à l’origine des noms de Chènevières (M.-et-M.), de Chennevières (aujourd’hui dans Chanteraine, Meuse), Chennevières-lès-Louvres (Val-d’Oise) et Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) ainsi que de Canavaggia (Haute-Corse). Le nom de Chenevrey-et-Morogne (H.-Saône) semble être le franc-comtois chenevrai, « chènevière ». Nous avons croisé le nom d’Echenevex (Ain, Eschenevay en 1390) dans ce billet. Le diminutif en –ella de cannabis a donné son nom à Chenevelles (Vienne).

CHENNEVIERES_LES_LOUVRES-95

Chennevières-lès-Louvres

Le même latin cannabis a aussi fourni la forme charve (attestée en Saintonge), à l’origine de Cherves (Vienne, vicaria Kanabinsis en 936 puis Charva en 1161), Cherves-Châtelars et Cherves-Richemont (Char.). Le diminutif se retrouve dans le nom de Chervettes (aujourd’hui dans La Devise, Ch.-Mar.) et le pluriel dans celui de Cherveix-Cubas (Dord.).

La forme de langue d’oïl chambe, chanve, chanvre a donné Chamvres (Yonne) tandis que son équivalent normand a donné La Cambe et Cambes-en-Plaine (Calv.). Le nom de Champoux (Doubs), noté Champvo en 1392, pourrait être issu de l’oïl chenevot, chanvrotte, au sens de chènevière.

La forme équivalente de langue d’oc cambe se retrouve dans les noms de Cambes (Gir., Lot et Lot-et-G.) et sans doute dans celui de Camboulazet (Av.) qui serait un diminutif  de cambolàs (cf. plus bas les micro-toponymes correspondants).

Les noms de lieux-dits

Les lieux-dits portant un nom lié au chanvre sont innombrables, témoignages de la culture omniprésente de cette plante. Je vous en livre quelques exemples, sans prétendre être exhaustif.

Les formes les plus courantes sont, comme pour les noms de communes, du type cannabi-aria : Chenevière(s), Chennevière(s), etc. et leurs équivalents en pays de langue d’oc Canabière(s), Cannebière(s), etc. On trouve aussi des formes légèrement différentes comme Chenevier ou Chenebiers en Dauphiné.

La célèbre avenue marseillaise, La Canebière, rappelle les chènevières qui occupaient les marais bordant, au Moyen Âge, le fond du Vieux Port ; le chanvre y était filé sur place et alimentait les corderies installées en ce même lieu. Un ruisseau de l’Hérault, à Mireval, s’appelle La Canabière.

canebière

Une autre forme collective a fourni des noms comme Chenevée à Belleau (M.-et-M.) ou Chenevois à Assay (I.-et-L.). Le collectif occitan *canabòl a donné Canabols à La Loubière (Aveyron) tandis que la forme cambe, dérivée en cambol et cambolàs (qui désigne aussi une toile métisse de laine et de chanvre) a donné lieu à une série de toponymes comme Camboula et Camboularet à Pont-de-Salars (Aveyron), Camboulan à Ambeyrac (id.), etc. La forme occitane plus rare candi (issue de la dissimilation mb- en –nd) se retrouve dans Les Candinières à Castries (Hér.).

La forme occitane carbe (produit de l’évolution de can(e)be en carbe) est à l’origine de la Carbière à Verlhac-Trescou (T.-et-G.) ainsi que de Charbet à Hauteluce (Sav.) avec le collectif -et (du neutre latin –etum).

Une particularité franco-provençale se voit dans Chenevet à Cordelle (Loire), formé du nom du chanvre chevèn, issu par métathèse de cannabis et du suffixe collectif -etum ; le diminutif avec -ellos se retrouve dans Chenevoux à Bussières (id.)

Dérivé du latin vulgaire canaputium, lui même de canapus, « chanvre », la forme chenevuis a donné « chènevis » qu’on retrouve  dans quelques micro-toponymes, dont une Pile Chènevis à Yvrandes (Orne). 

Si on trouve une Chenevières  à Neufchelles (Oise), la variante dialectale picarde Quennevières existe à Moulin-sous-Touvent (id.).

Le breton kanab a laissé sa trace dans des noms comme Kanabeg, « chènevière », avec des francisations abusives en Canapé ou Canapet, ou Pour-ar-C’hanap ( « la mare au chanvre », sans doute le bassin à rouir), Kerganaben (« le hameau du chanvre »), etc. Dans le sud de la Basse-Bretagne, le mot kouarc’h se substitue parfois à kanab pour donner des noms comme Kergouarc’h (« le hameau du chanvre »), Botcouarc’h (« la touffe » ou « la demeure du chanvre »), etc.

 

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

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Les devinettes

Je vous propose aujourd’hui de découvrir trois noms de communes de France métropolitaine liés au chanvre.

Trois noms, que je désignerai par T1, T2 et T3, qui sont très proches (et c’est bien parce qu’ils forment une sorte de lot que je ne pouvais pas en donner un ou deux dans le billet et vous en faire découvrir un ou deux autres, c’eut été trop facile !) :

  • ils commencent par les cinq mêmes lettres — liées au chanvre, donc ;
  • T2 ne diffère de T1 que par le doublement de l’antépénultième lettre, une consonne ;
  • T3 voit cette consonne remplacée par un couple de deux autres consonnes différentes.

Les trois communes sont situées dans trois départements différents et séparées par les  distances suivantes (par la route) :  T1 – 58 km – T2 -240 km – T3 – 182 km – T1.

Un marin d’origine grecque byzantine, qui se livra à des activités de corsaire pour des rois de France, acquit le château de T3 et y installa la sépulture familiale.

Un prêtre dominicain natif de T2 est mort en mer en tentant d’échapper à la fin d’un royaume chrétien du Levant.

Du côté de T1 ? Rien.

Un indice ? À ma façon, alors !

indice c 21 01 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

31 commentaires sur “Le chanvre

  1. @ Leveto

    Par suite d’une avarie survenue en pleine navigation, ma boîte à mails est HS. Je ne sais comment y remédier et entrer en communication avec la commanderie d’Orange (84).
    Aussi vais-je user en dernier recours d’un message codé consistant à vous proposer les initiales des maires respectifs :
    T1…E.A
    T2… P.C
    T3… D.L

    – Puisse Dieu, en son infinie miséricorde, me venir en aide tandis que les services postaux d’Orange se montrent rétifs à la libre destination/acheminement des Rép’à la Deuv’, cette activité sans risque sanitaire et ne nécessitant aucunement l’intervention de la Brigade des Stup’.

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  2. Bonjour M Leveto , et lecteurs

    petite liste de toponymes
    1 autour du site d’Hermoniacum

    Bermerain 59 Bermeries 59 ( rapprochement entre les deux ? )

    Larouillies 59

    Floyon 59

    Etroeungt 59 ( Strum ? )

    Les quatre-pavés

    Ramousies 59

    Vendegies-sur-Ecaillon 59

    Bourienne & Bourrienne

    73 La Compôte en Bauges ( quelle compôte ?? )

    le Semnoz ( Bauges ) ( saumon ?????? )

    Le Trélod ( Bauges ) Pècle ???

    Massangis

    Béhobie ( pays basque )

    Le Golfe du Lion ( Sinus Gallicus ) que lion ??

    Merci beaucoup ( sans urgence ) & bonne semaine à tous .

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  3. TRs

    Un doute m’étreint.
    Si les initiales des maires correspondent bien en ce qui concerne T2 et T3, il semble y avoir un problème avec le maire de T1. Si j’en crois wiki et d’autres sites, notamment l’Annuaire des mairies, ses initiales ne sont pas celles que vous mentionnez.

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  4. @Leveto

    Puisse le doute ne plus vous étreindre.
    Je me suis en effet empiergé dans tous ces T et seules les initiales C.B semblent convenir au premier d’entre eux, du moins à son premier magistrat.

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  5. « Fred, trentenaire décavé, n’aurait pas dû accepter l?invitation d’un ami pour assister au vernissage de l’exposition du sulfureux sculpteur Tibor Petak. Certes, il n’aurait pas rencontré la belle Nina, collectionneuse d’art érotique, ni fini la soirée dans son lit. Mais en apprenant le lendemain que les invités au vernissage étaient tous morts congelés, il n’aurait pas compris qu’il restait un témoin gênant : lui. Ce n’est que le début de sa descente aux enfers »

    ___________
    Qui a perdu sa cave au jeu.
    Sa fortune – sa réserve

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  6. Au trivial mot « chanvre », on peut préférer le rabelaisien « pantagruélion » :

    « L’herbe Pantagruelion a racine petite, durette, rondelette, finante en poincte obtuse, blanche, à peu de fillamens, & ne profonde en terre plus d’vne coubtée. De la racine procede vn tige vnicque, rond, ferulacée, verd au dehors, blanchissant au dedans : concaue, comme le tige de Smyrnium, Olus atrum, Febues, & Gentiane : ligneux, droict, friable, crenelé quelque peu à forme de columnes legierement striées : plein de fibres, es quelles consiste toute la dignité de l’herbe, mesmement en la partie dicte Mesa, comme moyene, & celle qui est dicte Mylasea. Haulteur d’icelluy communement est de cinq à six pieds. Aulcunes foys excede la haulteur d’vne lance.
    […]
    . Mais estainct en l’home la semence generatiue, qui en mangeroit beaucoup & souuent. Et quoy que iadis encre les Grecs d’icelle l’on feist certaines especes de fricassees, tartres, & beuignetz, les quelz ilz mangeoient apres soupper par friandise & pour trouuer le vin meilleur : si est ce qu’elle est de difficile concoction, offense l’estomach, engendre mauuais sang, & par son excessiue chaleur ferist le cerueau, & remplist la teste de fascheuses & douloreuses vapeurs.  »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Tiers_Livre/49

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  7. « estainct en l’home la semence generatiue » (Alcofribas Nasier)

    ———-
    D’où l’expression « peine à rouir » …

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  8. Un p’tit topo quant à la létalité du chanvre, hormis suicides et peine capitale ?… OK, dudes !

    Louis Graves (1791/1857) rapporte que, sur une période de 35 ans, la commune de Machincourt eut à affronter à cinq reprises des épidémies de « fièvre ataxique ».
    Ainsi, en 1810, entre janvier et mai, 150 personnes furent touchées et 26 défunctèrent, la plupart étant des personnes âgées vraisemblablement dotées d’une comorbidité affligeante et sans services de réa’ à proximité.

    En leur temps, « les hommes de l’art » attribuèrent cette hécatombe* à la pratique du rouissage en eau douce. Il faut dire qu’un ruisseau traverse le village et que cette opportunité dispensait le pragmatique Machincourtois d’avoir à établir un routoir loin des habitations.

    Soucieuse de progrès social et de sanitaire, la commune se décida à buser le cours d’eau. C’était sous Napoléon III. Il l’est toujours.

    Après les ravages du chanvre roui, ceux du chancre mou** feront l’objet d’une prochaine causerie.
    ___________

    *26 décès en si peu de temps et rapportés à une population de 640 habitants, voilà qui donne pâle figure aux épisodes pandémiques qui font l’actualité.

    **A ce propos, TRA, « peine à rouir », vous me l’avez ôté de la bouche et autres muqueuses habilitées à héberger le chancre.

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  9. MAUDITS QUÉBÉCOIS !

    « Les cordes des pendus sont conservées comme des porte-bonheur. Celle ayant servi à exécuter Morel est modelée pour qu’elle écrive, en lettres attachées, le nom du condamné. Le tout est encadré. Une vieille tradition morbide veut qu’un tel objet de supplice constitue une promesse de vie.

    Au Manitoba, le premier ministre Duff Roblin, héritier des spasmes de haine et de fureur de ses prédécesseurs contre les Métis, conservait des fragments de la corde qui servit à pendre Louis Riel. Ces bouts de corde, transmis à sa descendance en héritage, finirent par atterrir récemment dans un musée.

    Les cordes des pendus étaient tressées en torons de chanvre.

    […]

    Il n’est pas impossible qu’on en ait très tôt mélangé au tabac des Autochtones. Le père Lafiteau, qui incite au développement de la culture et du commerce du ginseng sur les rives du Saint-Laurent, peut le laisser à penser. Dans ses Moeurs des sauvages, en 1724, il observe en tout cas que le tabac des premiers temps fut bientôt mélangé à des herbes qui en faisaient « un amusement et une fantaisie ». Se pourrait-il que le chanvre ait été ainsi conjugué pour adoucir la dureté des jours ? On connaît déjà en tout cas les effets provoqués par diverses fumées inhalées grâce à des pipes « bien ornées et bien empanachées de divers plumages ».

    https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/540073/la-cravate-de-chanvre

    ————–
    On comprend mieux maintenant l’origine de l’adage luckylukien « Il n’y a pas de feu sans fumée » …
    [Désolé, je n’ai pas les références de l’album en tête. Peut-être « Les Collines noires » ?]

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  10. Puisque chacun y va de son clocher …

    En principauté d’Orange, en 1720, ne sachant point trop quelle maladie contagieuse se répandait entre Aix et Avignon, bien que l’on soupçonnât une nouvelle peste d’Orient, on prit quelques mesures préventives :

    — on fit porter au loin les fumiers qui étaient dans la ville et aux alentours et retirer des fossés le chanvre qu’on y avait mis à rouir, avec défense d’en remettre — fumier et chanvre — à peine de cinq cents livres d’amende ;
    — nomination de huit commissaires adjoints au consul ;
    — ordre de jeter au loin les eaux des bassines de cocon et défense de laver les cocons au-dessus du moulin d’Alençon ;
    — prières publiques pour arrêter le mal ;
    — (…)
    — inhibition de vendre du sang de la boucherie ;
    — (…)

    Histoire de la ville et de la principauté d’Orange , Joseph Bastet, 1856

    NB on aura compris que les cocons sont ceux du ver à soie et que « inhibition » est mis pour « interdiction ». Et on aura noté que les prières publiques étaient ordonnées par le parlement de la principauté.

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  11. jsp

    les ouvrages des éminents savants toponymistes que j’ai consultés me donnent tous pour Echannay une étymologie selon un nom de personne romain Ascanius ou Scannius + suffixe –acum, basée sur le nom Escanniacus rencontré en 871. On aurait pu penser à une similitude avec des noms comme Echenevex (Ain) : il n’en est rien.
    Mais cela n’est pas contradictoire avec la culture ancienne du chanvre sur le territoire de la commune.

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  12. Pour les images : https://www.covati-tourisme.fr/je-bouge/a-pied/sources-et-rouissoirs
    La production et le tissage du chanvre sont attestés depuis 1506 à Poiseul-lès-Saulx en Côte-d’Or.
    Au nord de l’agglomération (car le rouissage dégageait de mauvaises odeurs), existaient près des sources des rouissoirs et un foulon à chanvre. A la fin du XXème siècle a été restauré, près du lavoir, un modèle exceptionnel de rouissoir composé de 4 bassins.
    Au village sont conservés différents objets indispensables aux étapes du travail du chanvre, un appareil de cordier, un trousseau en chanvre (linge de corps daté de 1780 à 1870 et linge de maison)

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  13. Pour compléter la contribution de jsp à 0h23, hélas exempte de considérations sanitaires :

    https://books.openedition.org/pur/111302?lang=fr

    Pour honorer l’un des grands hommes de l’Isarie, méconnu du grand public :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Graves

    En effet, quiconque songe aux célébrités fameuses qui méritent d’être honorées peu ou prou, rapport à l’Oise éternelle, celui-là songera…

    -En matière de religion, à Calvin (Noyon) et Cauchon(Beauvais)
    -En matière de femmes qui ne faisaient pas dans leur culotte, à Jeanne Hachette (Beauvais) et Jeanne d’Arc (Margny-lès-Compiègne)
    -En matière de cartographie recyclable chez VVLT, aux Cassini de Thury-sous-Clermont
    -En matière de construction narrative et d’émotion littéraire, à Nerval et à sa Sylvie. Accessoirement à la corde qui lui servit à en finir avec tant de vicissitudes.
    -En matière de peinture classieuse, à Thomas Couture (Senlis) dont je possède une étude de Christ ès liens… probablement exécutée en son atelier mais sans la patte future de Puvis de Chavannes ou de Manet.
    -En matière de crobars à destination d’un vaste public, Pinchon (Noyon) et Ferdinand Bac (Compiègne)
    -En matière de toponymie départementale et de langue picarde, Emile Lambert (Cinqueux) et dont, pour l’avoir vu scolairement du temps de ma jeunesse frivole, je ne conserve qu’un vague souvenir. Faut dire qu’on ne pratiquait pas la toponymie sur écran plat à la fin des sixties.
    -En matière d’aviation et de campagnes électorales sans meetings mais avec chéquier et arrosage de l’électorat, Marcel Dassault (tout une circonscription)
    -En matière de poids & mesures, Personne de Roberval (Roberval)
    -En matière « d’attraction touristique » et de parc accueillant du public, J-J Rousseau (Ermenonville)
    -En matière de désinvolture, TRS (Machincourt)
    Etc.
    ___________

    N’empêche que Louis Graves, avec ses qualités d’administrateur et cette sorte d’ambition à vouloir tout cerner des connaissances de son époque, à vouloir les faire avancer sans en tirer avantages particuliers, à vouloir créer une formation musicale promouvant Beethoven et Weber, reste notoirement méconnu.
    Sans être Léonard de Vinci, ce Rital qui œuvrait et s’agitait en toutes sortes de choses et même dans la musique parait-il, Louis Graves présente à mes yeux le spectacle de l’ingratitude : la reconnaissance publique ne lui a accordé qu’une plaque de rue, à Beauvais… et c’est grand pitié de voir l’odonymie si pingre.
    Lui aura-t-il manqué le sfumato et ses glacis qui enfument ?…

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  14. « Puisque chacun y va de son clocher … » (leveto)

    ——————–
    Dans ma Xaintonge natale, et dans l’Aunis immédiatement voisin (Rochefort n’est séparée de la première de ces deux provinces que par la largeur de la Charente), on ne s’est pas contenté de cultiver le chanvre.

    Comme on n’y est pas des constipés, on y a fait aussi des câbles pour la marine :

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  15. Pour faire suite à ma contribution récente (14h07), pleine d’à-propos sanitaire et de chanvrinisme
    chauvinisme du meilleur aloi…

    Voici quelques variations sur Vinci, celui des Phares* et quant aux « glacis » et glaciers* dont Baudelaire cause, à propos de sfumato et de « perspective atmosphérique ».
    Mine de rien, cet addict’ aux substances savait de quoi il retournait, question rendu et pratique picturale. Il avait l’œil.
    Quant à l’oreille, la sienne divergeait d’avec celle de Nerval : à propos de Delacroix, il fit rimer Weber avec « vert »* tandis que Gérard le faisait avec « funèbre » * dans sa Fantaisie*.
    Bien qu’anecdotique, cette irruption d’un nom d’homme germanique diversement ouï n’est pas sans me rappeler les épouvantables contorsions à l’oral qui rendirent méconnaissable un individu supposé germanique une fois arrivé au rang envié de géniteur d’un toponyme… géniteur putatif, s’entend : – Ni Nègre ni Dauzat n’eurent l’occasion de consulter les registres d’état civil ni celle de procéder à des tests ADN.

    Pour moment romantique sans public :

    Et, concernant un strict aspect technique, il serait vain de chercher une utilité au chanvre quant à la corde des « cordes » : celle-ci fut longtemps faite de boyau de chat tandis que l’archet n’admettait que le crin d’étalon et certes pas celui de juments ou de hongres qui, sans vergogne et anatomiquement, pouvaient pisser sur la marchandise, dès lors disqualifiée sur le marché de Mirecourt.

    *Je n’ai pas mis de liens, tant Baudelaire et Nerval appartiennent au répertoire national.

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  16. lecteur

    en espérant que vous continuez à lire et apprécier mes réponses, voici les dernières :

    ■ autour du site d’Hermoniacum :
    Rendez-vous sur cette page

    Bermerain 59 Bermeries 59 ( rapprochement entre les deux ? )
    Bermering en 1095. Du nom d’homme germanique Berthmar avec suffixe –ing pour Bermerain (Nord) et Bermering (Mos) et avec suffixe –iaca pour Bermeries (Nord)

    Larouillies 59
    De l’oïl rouillie, « fascine, ouvrage fait de fascines » (TGF), plutôt que du nom d’homme gallo-romain *Larulius, du gaulois Larus, et suffixe –acum (D&R)

    Floyon 59
    Fleon en 1140 et Floyacus en 1349. Le nom le plus ancien semble correspondre à Flavionem, du nom d’homme latin Flavius et suffixe –onem; le suffixe aurait été remplacé par –acum puis rétabli. (D&R)
    Ou de l’ancien germanique flewon féminin, « la courante », ayant dû d’abord désigner le ruisseau (TGF).

    Etroeungt 59 ( Strum ? )
    Strumo en 1104, Struem en 1147. Du germanique stroom « cours d’eau » (D&R) ou bien du latin strata et gaulois o-magos  : « le marché de la route » (TGF)

    Les quatre-pavés
    Il semble que le pavage des carrefours utilisait autrefois quatre pavés centraux disposés d’une façon particulière, chacun montrant une direction.
    Présence relativement fréquente en odonymie et micro-toponymie :
    — à Quièvrechains, à Dompierre-sur-Helpes, à Roost-Warendin 59
    — à Versailles, la Fontaine des Quatre-Pavés
    — à Montigny-lès-Bretonneux, l’avenue des Quatre Pavés du Roy doit son nom aux quatre pavés ornés d’une fleur de lys délimitant le domaine royal.

    Ramousies 59
    Ramulgeias en 965. du nom d’homme germanique Ramold avec suffixe féminin –iaca pour villa.

    Vendegies-sur-Ecaillon 59
    Probablement nom de femme germanique Windiga ou homme germanique Windald et suffixe –iacas .

    Bourienne & Bourrienne
    semble être un adjectif formé sur un patronyme, mais sans indication supplémentaire, il n’est pas possible d’en dire plus ni sur la forme ni le sens de ce dernier (Bourie, Bourrie, Bourien etc.)

    ■ 73 La Compôte en Bauges ( quelle compôte ?? )
    Composta vers 1090, d’un nom de personne (latin compostus « bien rangé ») attesté au XVè siècle Amedeus Composti : c’était la (terre) de Compost.

    ■ le Semnoz ( Bauges ) ( saumon ?????? )
    Du vieux français somonz qui signifie sommet .

    Le Trélod ( Bauges ) Pècle ???
    tré pour « trois»  :Tres Lodioe, « trois loges, trois cabanes »
    tré pour « au-delà de, outre, derrière », du patois trai, ancien français tres, latin trans, « au-delà » » : au-delà de la cabane.
    — Lodze / Loge / Logis : Galerie ou abri pour le bétail et les bergers, au Moyen Âge hutte de branchages ou de fougères des bûcherons. Correspond à l’ancien français loge, « abri de feuillage, tente, petite maison, cabane », du francique laubja, « loge, hutte ».
    — Pècles est, dit-on, un patronyme (Péclet, Pécloz) qui aurait donné son nom au hameau Les Pècles.
    En Valais suisse un hameau Ferpècle est un ancien Frigidum pesclum pesclum est à comprendre comme pasculum , « petit pâturage » (on est passé de frais pècle à Ferpècle par métathèse).

    Massangis (Yonne)
    Massengi en 1145 du nom d’homme latin Maximius et suffixe –acum
    À comparer avec Marsangis (même dépt) noté Maximiacum au VIIè siècle

    Béhobie ( pays basque )
    Beho : la jument. Bie : le gué. Aujourd’hui, il y a un pont …

    ■ Le Golfe du Lion ( Sinus Gallicus ) que lion ??
    cf. wiki, même s’il y a beaucoup à en dire. Mais ça mériterait un billet complet … sans même être sûr d’en faire le tour !

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  17. @ TRS

    Non seulement (embrassant dans un seul poste la physique fondamentale et la linguistique comparée) vous renouvelez la théorie des cordes, mais vous trouvez Saussure à votre pied avec les réalisations germaniques (et leurs transpositions en welche) de la sonante indo-européenne r̥ :

    « Il est certain tout d’abord qu’au r̥ indien correspond presque constamment en zend un phonème particulier, très-voisin sans doute du r̥- voyelle, savoir ĕrĕ
    […]
    En regard du r̥ des langues ariennes, les langues d’Europe montrent toutes un r-consonne (ou l-consonne) accompagné d’une voyelle distinctement articulée. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moire_sur_le_syst%C3%A8me_primitif_des_voyelles_dans_les_langues_indo-europ%C3%A9ennes

    TOTAL RESPECT !

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  18. lecteur

    Merci pour ce lien ! Le texte, qui date de 1909 (ce qui pousse à la prendre avec des pincettes) mériterait d’être relu avec attention, ce que je n’ai pas le temps de faire (peut-être plus tard?).
    En tout cas, je ne trouve pas dans mes dictionnaires de référence à ces termes de lanfès , larfès ou larbès ( sauf chez Mistral pour ces deux derniers) et aucun toponyme correspondant dans les dictionnaires ad hoc.

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  19. On trouve « lanfet », comme variante à l’entrée « lanfeis » du Godefroy (= « préparé pour faire de la toile »).

    http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/lanf%C3%A8s

    Cet article est essentiellement consacré à des termes médiévaux (ce qui est normal dans « Romania ») appartenant au domaine de la botanique.

    Il contient toutefois quelque chose (p. 183) qui devrait intéresser un vétérinaire : « form » ( = « morve » ou « gourme », maladies du cheval).

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