Le jonc, à l’appel !

Juncus_effusus-021_image1200  

On a vu dans le billet consacré à l’osier qu’une des variantes latines de son nom, vimen, était issue de la racine indo-européenne *wei, « nouer, tresser », rappelant les liens ou les tressages faits à partir des rameaux flexibles. Cette idée de lien souple existe aussi dans le nom du jonc, du latin juncus, formé à partir d’une autre racine indo-européenne *yeug dont sont venus entre autres « joindre », jungere en latin et le joug.

 

Du jonc et des jonchaies sont issus de nombreux toponymes :

■ de manière simple dans le nom de Jons (Rhône) ;

■ avec le suffixe -aria La Jonchère (Vendée), La Jonchère-Saint-Maurice (H.-Vienne), Jonchères (Drôme) et de nombreux hameaux et lieux-dits du même type dans une bande allant de l’Ain à la Vendée et à la Sarthe ; Jonquières (Aude, Hérault, Oise, Tarn, Vaucluse), Jonquières-et-Saint-Vincent (Gard) et Saint-Pierre-des-Jonquières (S.-Mar.) ;

■ avec –aria et diminutif —ittum : l’ancienne Jonquerets-sur-Livet (aujourd’hui dans Mesnil-en-Ouche, Eure) et Saint-Lubin-des-Joncherets (E.-et-L.) ; au féminin Jonquerettes (Vauc.) ;

■ avec –aria et diminutif -eolum : Joncreuil (Aube) ;

■ avec –arium et –acum : Jonchery (H.-Marne), Jonchery-sur-Suippes (Marne), Jonchery-sur-Vesle (Marne) et Jonquery (Marne) ;

■ de juncus et suffixe -ellum : Joncels (Hér.) ;

■ de juncus et suffixe collectif –etum : Saint-Pierre-du-Jonquet (Calv.) ;

■ de juncus et double suffixe -ar-etum : Gincrey (Meuse, Junchereium vers 1040-1050) et Joncherey (terr. de Belfort).

Joncels

Les noms de hameaux et de lieux-dits sont très semblables aux précédents et répartis sur tout le territoire et, bien entendu, plus abondants en terres humides ou aux bords des rivières. En ce qui concerne les cours d’eau, on trouve un affluent de l’Aude à Lézignan-Corbières  (Aude) nommé La Jourre (alha Jorrá) dont le nom provient de l’occitan jòrra ( jorro chez Mistral ), qui désigne une sorte de jonc des terres humides, et une rivière de la Dombes, dans l’Ain, nommée le Vieux Jonc qui sert de déterminant à Saint-André-sur-Vieux-Jonc.

Le jonc est aussi représenté dans des toponymes en langues régionales :

■ avec le suffixe -al suivi de l’augmentatif péjoratif gascon -as, qui pouvait donner le sens de « terrain marécageux » : Juncalas (H.-Pyr.) ;

■ le breton utilise broenn et sa variante vannetaise bren donnant des micro-toponymes comme  Poul Brennec (avec poul, « mare », à Gurunhuel, C.-d’A.), Lann-Vrenneg (avec lann, « lande », à Crac’h, Morb.), Broennen etc. La jonchaie, broennid, est visible dans le nom d’ar Vrenid soit Le Vrennit, un quartier de Saint-Pol-de-Léon (Fin.) ;

■ le basque parle d’ihi, le plus souvent avec le suffixe des végétaux -(i)tz pour la jonchaie. C’est probablement ce nom qu’on trouve, en Pyrénées-Atlantiques, dans l’ancienne commune Utziat (aujourd’hui dans Larceveau-Arros-Cibit), notée Içcuat en 1350, à comprendre ihi-tzu-ate : « lieu où les joncs abondent », dans Cette-Eygun et Igon, avec ihi-gun, « où il y a des joncs ». Dans le même département, les cours d’eau Iharté (à Briscous), Ihixart (à Menditte), Ihitiko (à Ordiarp), Ihitzaga (à Barcus), etc.  doivent eux aussi leurs noms à la présence de joncs.

rirette

La Rirette, sans faucille (ni marteau)

(qu’on me pardonne ce trait d’humour)

N’oublions pas les faux amis qui peuvent être nombreux, comme toujours avec les noms monosyllabiques. On a vu dans un précédent billet le célèbre mont Gerbier-de-Jonc sur lequel je ne reviens pas. Des noms de personne peuvent prêter à confusion comme les latins Juncius à Joncy (S.-et-L.), Jucundius à Jongieux (Sav.), Juventius à Jonzieux (Loire), etc. ou le germanique Juni à Joncourt (Aisne) et Jonval (Ardennes), etc.

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine composé d’un terme à valeur hydronymique associé à un terme lié au jonc.

C’est un émigré, venu combattre et chasser des envahisseurs, qui est à l’origine de cette localité, après qu’il eut reçu l’autorisation, pour services rendus, de défricher une terre inculte et de s’y installer avec ses compagnons. Ils y bâtirent une église vouée à une vierge  martyre, sainte patronne d’une grande ville de leur pays d’origine. Plus tard, une fois la famille des seigneurs châtelains éteinte, c’est l’archevêque qui récupéra la seigneurie jusqu’à la Révolution.

La sainte en question a aussi donné son nom à une autre commune française, quasi frontalière du pays d’où venait le fondateur de la commune à trouver et à cent quarante kilomètres de celle-ci.

Cette commune est située à une trentaine de kilomètres de la capitale d’une ancienne grande province.

Je ne suis pas très inspiré pour un indice, à moins de vous proposer celui-ci, qui pourrait servir aussi bien pour la commune elle-même que pour sa région :

indice f 07 03 21

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

3 commentaires sur “Le jonc, à l’appel !

  1. Bonjour M Leveto
    voici une petite liste

    46 THéGRA ( trois gués ? )

    87 VASSIVIERE île de Vassivière à Beaumont-du-lac

    BACURAN grotte de Bacuran à Montmaurin

    38 ruisseau Le CERNON

    vallée de la GUEYZE

    Maxange périgord

    FOISSAC ( 30, 12)

    38 Col de l’ARZELIER

    73 portout-la-romaine à

    73 CONJUX

    38 la CLAPISSE Matheysine

    38 COMMIERS St-Georges-de-Commiers

    LABOUICHE rivière à Baulou

    38 GLAPIGNEUX

    Merci beaucoup pour vos recherches

    J'aime

  2. En France (métropolitaine) on ramasse le jonc à la pelle.
    De ce côté de l’Atlantique on se pèle le jonc

    J'aime

  3. lecteur

    THÉGRA ( trois gués ? ) Lot
    Le village est appelé indifféremment Tégra ou Tréga dans les pouillés médiévaux et on dispose d’un texte de 1577 qui parle de Tregua. On peut voir dans ces formes anciennes un dérivé de tres vadum , « trois gués », qui a pu évoluer en tres gas avant de subir une métathèse en Tegra. Le th- initial est une graphie pseudo-savante récente. Une origine selon un nom de personne germanique Tarsgar n’est cependant pas exclue. (Villes et villages en pays lotois, Jean-Marie Cassagne et Mariola Korsak,Tertium éditions, 2013)

    ■ 87 VASSIVIERE île de Vassivière à Beaumont-du-lac
    Vassivière est la forme francisée de l’occitan vaciviero qui désigne un enclos pour les jeunes brebis ou les génisses, autrement dit les bêtes encore improductives. Le berger ou le vacher s’occupant de ces animaux est un vaciviè.

    BACURAN grotte de Bacuran à Montmaurin
    On trouve écrit villam quae dicitur Vacarius, cum ecclesia quae ibidem in honore sancti Joannis dicata est que l’on identifie au lieu-dit Bacuran de Lasseube-Propre (Gers) On trouve aussi dans les pouillés d’Auch du XIIIè siècle la mention d’une église saint Michel de Bacuran (ecclesia Sancti Michaelis de Bacuran ) qui disparaîtra dans les pouillés suivants.
    Si tous ces noms sont identiques, ils semblent issus d’un nom d’homme gallo-romain Vacarius accompagné du suffixe –anum donnant *Vacaranum , *Bacaran puis *Bacuran.

    ■ 38 ruisseau Le CERNON
    il s’agit d’un hydronyme pré-celtique *ser, « couler, se mouvoir rapidement et violemment » accompagné du suffixe gaulois –enos (donnant * serenos) et suivi du suffixe gaulois ou diminutif romain –onem, donnant *ser(e)non(em ) Cf l’homonyme affluent du Tarn à Creissels (Aveyron)

    ■ vallée de la GUEYZE
    Sans attestation ancienne du nom, l’étymologie reste obscure. Dauzat&Rostaing supposent que la rivière doit son nom au village et postulent pour ce dernier un nom d’origine germanique sans préciser lequel. E. Nègre fait l’impasse sur le toponyme.

    Maxange périgord
    un petit tour sur wiki (grottes de Maxange) vous aurait suffi :
    « Le nom de Maxange vient de la contraction de deux prénoms : Maximilien (père d’Angel [Caballero] qui a débuté l’exploitation de la carrière) et Angel (inventeur des grottes). »

    FOISSAC ( 30, 12)
    Formes anciennes : Gard : de Foissaco en 1292 et Aveyron : Fossiago au XI è siècle.
    Du nom d’homme latin Fuscius et suffixe –acum

    ■ 38 Col de l’ARZELIER

    Arzeliers (à Laragne, H.-Alpes) occitan argelié, arzelié : lieu où l’argile abonde

    73 portout-la-romaine ( à Chanaz et Conjux)
    La micro-toponymie des communes de Chanaz et de Conjux ne contient pas d’appellations antiques évidentes. Le lieu-dit Portout, non attesté par les textes médiévaux, peut s’expliquer comme dérivé diminutif de port au sens de point d’embarquement, mais le sens de pont ou de passage serait également acceptable

    ■ 73 CONJUX
    Congiacum en 1481, du nom d’homme gaulois ou gallo-romain Congius et suffixe –acum

    ■ 38 la CLAPISSE Matheysine
    ♦ Clapisse : de l’occitan clap / clapa désignant l’éclat de roche, le caillou, le bloc rocheux (d’un pré-latin kal-appa, contracté en klapp) accompagné du suffixe collectif occitan –issa.

    ♦ Matheysine : in Matanatis au VIIIème siècle, Matasina et Mathaysana au XIème siècle, Mattaisina au XIIème siècle, Matacina, Mathacena et Mathazena au XIIIème siècle, Mathascena et Matheysina au XIVème siècle, et enfin Matassena au XVème siècle,. Le nom peut venir d´un nom d´homme *Mattanus, avec le suffixe d´appartenance –atis, ou dériver de la racine pré-indo-européenne *matta. C’est un PIE bien connu ayant trait à la végétation sylvestre : il désigne constamment, en toponymie, des zones broussailleuses, des zones de garrigue, des zones boisées sur butte ou croupe ayant résisté à la déforestation due à la mise en culture.En occitan,mata désigne une touffe d’herbe, un ensemble de rejetons poussant sur un vieux tronc d’arbre étêté et, le plus souvent en toponymie, un fourré, un bouquet d’arbres.

    ■ 38 COMMIERS St-Georges-de-Commiers
    S. Georgii de Comeriis au XIè siècle probablement du nom d´homme gaulois *Comerius variante de Comarius.

    LABOUICHE rivière à Baulou
    On peut voir dans ce nom l’occitan buich, gascon bouich ,« buis ». Ce serait donc une rivière bordée de buis, de buissons.
    ♦ Baulou (Ariège ) : peut-être dérivé du latin betulla ( comme pour Les Baulaz hameau savoyard), « bouleau », ou de bauler , « hurler (en parlant du vent) » (comme pour Baulez, hameau aveyronnais)

    ■ 38 GLAPIGNEUX
    noté Glapinacus au XVè siècle, sans doute formé sur un nom d’homme latin *Glapiniuset suffixe -acum. Ce gentilice est pourtant absent des bases de données habituelles, ce qui a fait émettre l’hypothèse d’une variante de Clepius diminué en *Clepinius, Glepinius puis *Glapinius … Ce serait le même nom que Glapigny, un hameau de Bellecombe-en-Bauges.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s