Grabels (la répàladev)

TRA, suivi d’une nouvelle venue qui signe joliment Le Hibou bleu, puis de LGF, forment le trio des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois!

Il fallait trouver l’héraultaise Grabels, banlieue nord de Montpellier, dont il vaut mieux consulter le site officiel que la fiche wikipedia.

grabels local

Les formes anciennes du nom,  Grabel et de Grabels en 1120, de Grabello en 1166, de Grabel en 1202, de Grabellis en 1214 semblent orienter vers l’occitan gravèl, « terrain graveleux », d’abord au singulier puis au pluriel, dérivé de l’occitan grava,« sable », lui-même d’origine gauloise. C’est l’hypothèse d’Ernest Nègre (TGF*) contestée par Frank. R. Hamelin (TH*) qui, constatant que toutes les formes anciennes ont conservé le -b- intervocalique, fait appel au pré-indo-européen *gr-ap avec suffixe diminutif –èl. Cela ne change pas grand-chose, sauf l’ancienneté du toponyme, puisque la racine *gr-ap, étudiée parmi d’autres par Alain Nouvel (Les Noms de la roche et de la montagne dans les termes occitans et les noms de lieux du sud du Massif Central, Paris, Champion,1975) est donnée pour « endroit pierreux ». Il s’agirait donc à proprement parler moins de sable que de pierre. Quoi qu’il en soit, la nature du sol, en majorité une garrigue caillouteuse, parait peu propice à la culture céréalière, ce que semblent contredire les armes de la ville, « de gueules à la gerbe d’or et au chef d’argent chargé de trois étoiles d’azur » :

GRABELS-34En réalité, il s’agit d’armes parlantes forgées sur un jeu de mots en occitan où grau bel signifie « beau grain », comme l’expliquait Anne Sauvaget en 1984

Capture d’écranGrabels

.La dernière phrase est néanmoins à prendre avec des pincettes. Si on sait que d’Hozier a créé de toutes pièces quantité de blasons (il s’agissait de remplir les caisses de l’État en prélevant une taxe sur les armoiries dont chaque individu ou communauté devait obligatoirement se munir : l’Armorail d’Hozier en compte plus de cent-vingt-mille !), on sait aussi que, Parisien de naissance (contrairement à la fausse généalogie dont il se prévalait qui le faisait descendre d’une famille noble de Salon-de-Provence), il ne parlait pas la langue d’oc (pas plus que le breton, le basque ou le flamand…) et on l’imagine mal faire un jeu de mots dans cette langue : il a dû se renseigner auprès de quelqu’un, sinon du crû, du moins de la région parlant l’occitan. Et, contrairement à ce qu’écrit Anne Sauvaget, il est tout à fait plausible que le jeu de mots ait été fait à cette occasion. La même explication est donnée dans le Dictionnaire satirique des sobriquets de l’Hérault (Claude Achard, 1982) :

Capture d’écran Grabels bis

Ceux qui auront pris la peine de lire l’extrait précédent auront vu passer les Bugadièras de Grabèls, les lavandières « qui laveront le linge de la bourgeoisie montpelliéraine pendant au moins 250 ans, faisant de leur activité la 1ère, la plus importante et la plus durable « industrie » de Grabels » (mairie, bis) :

bugadieres-Grabels

culdeco

Les indices

■ la rivière : il s’agit de la Mosson, éponyme d’un quartier montpelliérain et de son stade de football. Ce cours d’eau était connu comme fluvius Amansionis en 1055, flumen Amancio, fonti Amantione avant 1100, flumen Amaucionis en 1187 et Lamousson en 1648. On y reconnait l’hydronyme pré-celtique *alismania ( cf. le latin alisma, « plantain d’eau ») avec suffixe roman –onem. Sensible aux épisodes météorologiques dits cévenols, ses crues peuvent être aussi soudaines que dévastatrices.

■ la photo :

indice-d-16-03-21

 

… de beaux grains.

 

 

 

 

■ la statuette :

 

indice b 16 03 21

 

… la bugadière des santons de Provence.

 

 

 

 

 

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le  dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

 

6 commentaires sur “Grabels (la répàladev)

  1. On remarquera que, sur l’illustration du blason proposée dans la répaladev, chaque épi de blé se termine par un unique spicule qui le fait ressembler à une mini-seringue, alors que la version wikipédiesque en est démunie :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Grabels#/media/Fichier:Blason_ville_fr_Grabels_(H%C3%A9rault).svg

    Sans doute ce choix est-il déterminé par cela :

    « Vaccination : les vétérinaires appelés à la rescousse
    Après les pompiers, les vétérinaires. Pour accélérer le rythme de la vaccination contre le Covid-19, le ministère de la Santé a sollicité vendredi les professionnels de santé animale, selon le JDD. Un prochain décret devrait les autoriser à pratiquer les injections dans les centres dédiés, sous la responsabilité d’un médecin. »

    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/en-direct-covid-19-olivier-veran-veut-defendre-la-sante-physique-et-mentale-des-francais-20210321

    [Il serait piquant qu’il se trouvât quelqu’un pour imposer le véto à une telle mesure …]

    J'aime

  2. J’évoquais au bas du billet précédent le bujoir / bujhour saintongeais.

    Il servait à faire la « bughée » (= lessive).

    Dans le Confolentais (en Charente limousine), terre d’oc, qu’il m’arrive de fréquenter, on parle de « bugeade ».

    Apparemment, ce terme (ainsi que ses cognats) a une vaste aire de répartition …

    J'aime

  3. M Leveto
    Venant de finir le livre  » Le Petit Chose » , d’Alphonse Daudet
    j’ai noté les patronymes principaux
    ( qui, bien sûr , ne sont pas des toponymes )
    Ne les regardez que si vous avez du temps, sans urgence aucune )

    Eyssette ( daniel )

    la vieille Annou

    M Pierotte ( père des  » yeux noirs « )

    Pilois ( hôtel )

    Soubeyrol

    capitaine Geniès

    marquis d’Hacqueville

    l’institution Ouly

    De Boucoyran

    abbé Germane

    ville de Sarlande

    M Serrières , M Viot ( frinc! frinc! frinc! )

    Irma Borel ( irma Bourreau ! comme ce nom lui va bien ! )

    et enfin Coucou-Blanc ( … au milieu de ce chenil, figurez-vous une horrible nég*** resse avec de gros yeux
    de nacre , des cheveux courts, laineux et frisés comme une toison de brebis noire…)
    Daudet n’a pas encore été persécuté , post-mortem , par les «  »décoloniaux » » et affifés.
    ( probablement qu’Obono et Traoré ne le lisent-elles pas )

    merci

    J'aime

  4. lecteur

    je suis moins porté sur les noms de famille que sur les noms de lieux, mais j’ai essayé de trouver des réponses à votre liste.
    Contrairement à ce que vous dites, lbeaucoup des noms que vous me proposez sont des toponymes devenus noms de famille. En effet, quand il a fallu donner à chacun un nom propre en plus de son nom de baptême, on a souvent choisi de lui donner le nom de son lieu d’origine.

    Eyssette ( daniel )

    Comme vous l’indique le lien fourni par TRA, ce nom, surtout porté dans le Gard, semble un diminutif de l’occitan aissa, « hache, herminette », surnom possible pour l’utilisateur de cet outil.

    ■ la vieille Annou

    hypocoristique d’Anne

    M Pierotte ( père des  » yeux noirs « )

    diminutif du nom de baptême Pierre, même si, comme pour tous les noms de ce type, on ne peut éliminer totalement la pierre comme origine.

    Pilois ( hôtel )

    variante de Peloy/Piloy : au Moyen Âge « garnement, miséreux » attesté en Béarn et en Bigorre. Il est à rattacher au mot pelha , « haillon, guenilles », et semble désigner une personne vêtue de haillons.

    Soubeyrol 
    :
    Le latin *superanus, dérivé de super, « au-dessus », a donné l’occitan sobran, « supérieur, qui est au-dessus » caractérisant la maison ou le mas « au-dessus » des autres, d’où les toponymes du type Soubeyran . La substitution du suffixe –an par le diminutif –ol donne Soubeyrol.

    ■ capitaine Geniès

    Le surnom chrétien Genesius, sur genesis greco-latin, « création, génération », ayant pris en latin chrétien le sens mystique de recréation, régénération, nouvelle vie, a donné en occitan, en tant qu’ancien nom de baptême, une grande variété de noms comme comme Genès, Geniès, Géniès, Geniez, Geneix, etc.

    ■ marquis d’Hacqueville

    Hacqueville (Eure) : Haracavilla en 1130, du nom d’homme germanique Hericho + féminin a + villa

    ■ l’institution Ouly

    Ouly est un nom propre (variantes Ollier, Olliet, Olloix, Ollu, etc…) issu de olium et désignant un « huilier », fabriquant ou marchand d’huile

    ■ De Boucoyran

    Boucoiran (Gard) : Bocoiranum en 1027 du nom de personne roman Boccorius, romanisation du gaulois Bocurus ou Boccurus ( sur bucco, « bouc ») et suffixe –anum

    ■ abbé Germane

    De German, variante occitane de Germain, du latin Germanus.
    La féminisation Germane est un matronyme constitué par le nom de l’épouse devenue chef de famille après le décès de son époux.

    ■ ville de Sarlande

    Sarlande (Dord.) : Sirlanda au XIIIè siècle, peut-être de l’occitan serra et landa. Pour le sens de serra voir le suivant.

    ■ M Serrières , M Viot ( frinc! frinc! Frinc! )

    Serrières : dérivé de serre, toponyme désignant une ligne de crête, aussi bien en haute qu’en moyenne montagne (du latin serra, « scie », avec une métaphore facile à comprendre). Plus particulièrement, en Languedoc et en Catalogne, on désigne par serre une colline étroite et allongée, résultant de la fragmentation d’un plateau par des vallées parallèles. Serre et suffixe collectif –ière, désigne un ensemble de serres, cf. la ville de Serrières en Ardèche.

    Viot : Courant à la fois dans l’Ouest et dans l’Est, ce nom est une variante du diminutif Guyot, formé sur Guy. Il correspond, au moins phonétiquement, au nom de personne germanique Wido (de wid,« bois »). Mais le saint Guy le plus connu correspond en fait au latin Vitus (dérivé probable de vita, « vie ») : martyr dans le sud de l’Italie, ses reliques auraient été transférées en Allemagne (où il est à l’origine des noms Veit, Veith). C’est à lui qu’est liée la danse de saint Guy, qu’il était censé guérir.

    ■ Irma Borel ( irma Bourreau ! comme ce nom lui va bien ! )

    Borel est en effet un petit bourreau, au sens de bagarreur, qui bourre de coups ses voisins. On peut aussi penser à un diminutif de « bourrelier »

    ■ et enfin Coucou-Blanc ( … au milieu de ce chenil, figurez-vous une horrible nég*** resse avec de gros yeux
    de nacre , des cheveux courts, laineux et frisés comme une toison de brebis noire…)
    Daudet n’a pas encore été persécuté , post-mortem , par les «  »décoloniaux » » et affifés.
    ( probablement qu’Obono et Traoré ne le lisent-elles pas ).

    Le surnom s’explique aisément, non? Un peu comme Grain-de-Riz chez les Balkany …

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s