Un dernier pour la route ?

Poursuivant mon voyage sur les routes de France à la recherche de relais de poste, d’auberges, buvettes et autres gîtes d’étape, je vous livre aujourd’hui quelques autres trouvailles.

 

Vous suivez mon génie ?

Je ne m’attarderai pas sur tous les lieux-dits La Poste, signalant le plus souvent la présence d’un ancien relais … de poste comme à Arnac-la-Poste (H.-Vienne) dont le relais est signalé en 1700, à Paray-Vieille-Poste (Ess.) ou à La Malle-Poste (à Saint-Christophe-sur-le-Nais, I.-et-L.) : il y en a près d’une centaine, mais certains peuvent être des postes de chasse comme Poste aux Alouettes à Joux-la-Ville (Yonne), des postes P&T, etc.

À Cheval-Blanc (Vauc.), déjà vu à propos des enseignes, se trouve un lieu dit Le Bel Hoste, en tant qu’ancienne enseigne d’auberge au sens de « au bel aubergiste » ou mieux « au bon aubergiste », l’ancienne langue ne donnant pas à cette épithète laudative que le sens purement esthétique. Dans le même ordre d’idée, on peut voir d’anciennes auberges de bonne réputation dans des toponymes comme Bonnemazon (H.-Pyr.) ou Bonnemayoux à Boisset (Cantal, avec perte du -s- intervocalique de maison donnant mayon, prononcé mayou en nord-occitan d’où la graphie) . Le français  « maison » est en effet issu du latin mansio, « auberge, gîte d’étape sur les voies romaines » et a d’abord désigné une modeste auberge (d’où les innombrables Maison-Rouge et Maison-Blanche) avant de prendre le sens que nous lui connaissons aujourd’hui.

 Le Reposoir (H.-Savoie) et Les Repôts (Jura) ne font pas mystère : il s’agit d’endroits propres à une halte, au repos, même si ce dernier pouvait être de longue durée comme celui que prenaient les moines au monastère savoyard.

Baudinard-sur-Verdon (Var, Beldisnar en 1113), ainsi que Beldinar (à Ribiers, H.-Alpes, Bel Dynar en 1241), Beaudinar (à Saint-Julien-en-Beauchaine, H.-Alpes et à Esparron-la-Bâtie, Alpes-de-H.-P.), Beaudinard (à Aubagne, B.-du-R.) Beaudiner (à Saint-André-des-Effrengeas, Ardèche) et Beaudîné (à Chirens, Isère) parlent tous d’un beau dîner (repas de midi) pour désigner une auberge où on mange bien mais certains d’entre eux pouvaient désigner un pays où la terre fertile permettait de bien manger. On peut opposer ces toponymes à Maurepas , nom d’une commune des Yvelines (de Malorepastu en 1105) et d’une autre dans la Somme (Malum Repastum en 1181) ainsi que d’un quartier de Rennes (I.-et-V.)

Un toponyme qui cache bien son jeu est Saint-Mars-d’Outillé (Sarthe). Attesté ecclesia Sancti Medardi de Hostillé en 1186, l’hagionyme se réfère sans surprise à saint Médard. Le déterminant est quant à lui attesté Austikiaco (sic) en 802 et Austiliaco au IXè siècle, peut-être dérivé de hos(pi)talis, « lieu d’accueil pour pèlerins ou voyageurs, hôtel » (le suffixe –acum ayant pu accompagner des noms autres que des noms de personne et le nom *Austilius n’étant nulle part attesté).

Les Virebouton et Tournebride peuvent signaler pour certains un simple changement de direction. Toutefois, certains d’entre eux, où la route n’a ni détour ni croisement, peuvent rappeler les changements de chevaux d’un ancien relais. Les deux noms existent à Chazé-Henry (M.-et-L.) sur la grand route entre Châteaubriant et Craon. D’autres Tournebride se trouvent à mi-chemin de Lamotte-Beuvron et Brinon-sur-Sauldre (Cher), de Toulouse et de Vallesvilles (H.-Gar.), et une vingtaine dans d’autres départements.

Le français « maille », comme l’occitan malha, désignant une ancienne monnaie de très peu de valeur, ont pour origine un *medalia ancien issu du latin populaire *medialia signifiant « moitié de », en l’occurrence « moitié d’un denier ». On trouve en région de langue d’oc des composés toponymiques de type lica mialha, « lèche maille, lèche monnaie ». C’est le cas de Liquemaille à Sainte-Anastasie (domaine R. de Licquomalho 1533, la bégude de Liquemaille 1773) et de Liquemiailles (Mansus de Licta-Meaille en 1294) à Malons-et-Elze dans le Gard, de Lichemaille à Freyssenet, sur la route de Taverne en Ardèche, et de Lichemiaille au nord-est de Saint-Pal-des-Mons en Haute-Loire. Ces noms de lieux sont, comme l’explique F. Mistral (lico maio), d’« anciens noms de buvettes » où on léchait la monnaie mouillée de boisson pour ne rien laisser perdre de sa consommation ». On peut rapprocher de ces noms celui de Lichessol (licha sòl, « lèche sou ») à Saint-Julien-du-Gua en Ardèche.

Enfin, si on se souvient que le latin stabula, « étable », a désigné une hôtellerie où les animaux, à l’égal de leur conducteur, pouvaient se restaurer et se reposer, on ne sera pas surpris de rencontrer à Estables (H.-Loire) un lieu-dit Pessemesse, de l’occitan pessa messa, « ration animale mise, prête », soit « râtelier plein ».

 

La devinette

Après avoir vérifié que la solution n’apparait pas dans ce blog, je suis en mesure de vous proposer une devinette inédite.

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine dont le nom, en trois mots soudés, rappelle que la halte qu’on y faisait n’était sans doute pas des plus reposantes, ce qui n’a pourtant pas empêché un personnage célèbre d’y passer une nuit. Comme d’autres qui ont accueilli le même personnage, cette commune tire encore aujourd’hui fierté de cet événement.

Elle est traversée par un cours d’eau dont le nom révèle que ses premiers riverains y avaient vu le loup.

Une fois n’est pas coutume, voici un indice cinématographique :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

5 commentaires sur “Un dernier pour la route ?

  1. Bonjour M Leveto

    Joyeuses Pâques

    petite liste
    38 Theys chemin des CHABOTTES
    petite cahute ? ( il n’y a que deux maisons dans ce chemin)

    équivalent de la commune CHABOTTES ( 05 )

    38 Theys : les TARAVAUX

    38 Theys : le RUFFIER ( lieu-dit ) RUFFO ( HROF) ou RUFUS ??

    38 Theys route de LOUTRE ( en montagne )

    21 DIJON quartier des GRESILLES ( célèbre pour ses tchétchènes «  » réfugiés » » »°

    69 SAINT-FONS sur wiki , c’est un festival d’étymos

    24 TAMNIèS

    30 MARCOULE ( nucléaire )

    sur les communes de

    30 CODOLET
    &
    30 CHUSCLAN beau festival également , sur Wiki

    38 Chapareillan rue de LONGIFAN

    Enfin
    81 & 31 AUCAMVILLE ( OGMARUS ou *AUKA ? )
    et
    09 AUCAZEIN ( germanique Aukasinga ?)

    26 REILHANETTE Rella la charrue ???? Regilius ? Regulus ?

    Merci beaucoup , bonne semaine

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  2. lecteur

    sous toutes réserves (notamment pour les lieux-dits) :

    ■ 38 Theys chemin des CHABOTTES
    petite cahute ? ( il n’y a que deux maisons dans ce chemin) équivalent de la commune CHABOTTES ( 05 )

    C’est bien ça. : provençal caboto, chaboto, « cabane ».

    ■ 38 Theys : les TARAVAUX

    La topographie et le pluriel semblent exclure un hydronyme pré-celtique *tar et suffixe roman –avus.
    Il pourrait s’agir plus vraisemblablement d’un nom de famille. Le latin classique terebra , « tarière », a donné le dérivé terebellum en bas latin, lequel a donné des noms de famille Taravel, Taraveau, Taravaud, etc. Ces noms pourraient évoquer l’outil employé pour percer le trou de bonde d’un tonneau ou bien encore la tarière du vigneron, utilisée pour mettre en terre les plants de vigne.

    ■ 38 Theys : le RUFFIER ( lieu-dit ) RUFFO ( HROF) ou RUFUS ??

    Difficile de se prononcer. L’occitan rufe (du germanique hruf, « rude au toucher ») au sens propre de « rêche, rude, hérissé » et au sens figuré de « rustre, grossier » a pu devenir nom de famille. Un homonyme rufe (du latin rufus , « rougeâtre, roux ») est lui aussi devenu patronyme mais aussi toponyme pour désigner des terres rouges comme pour Les Ruffes dans le Lodévois. Un dérivé du nom de personne germanique Ruffo, forme courte de Hrodwulf est aussi possible.

    ■ 38 Theys route de LOUTRE ( en montagne )

    Sur Géoportail, si la route est bien dite « de Loutre », le hameau auquel elle mène est appelé L’Outre. Il s’agit là de l’emploi nominal de la préposition et adverbe otra , « outre » (du latin ultra, « de l’autre côté, au-delà de »). Dans la plupart des cas, « l’Outre » est la ferme située de l’autre côté d’un cours d’eau par rapport à une ville ou un hameau. Les toponymes de ce type, avec ou sans fusion de l’article, et aussi orthographiés Oultre, sont relativement nombreux.

    ■ 21 DIJON quartier des GRESILLES (célèbre pour ses tchétchènes «  » réfugiés » » »°

    Il s’agit sans doute d’une forme dérivée de grès , « champ pierreux », ayant donné le féminin gresa désignant un champ inculte, une friche, un terrain pauvre. Il pourrait s’agir ici d’une forme diminutive.

    ■ 69 SAINT-FONS sur wiki , c’est un festival d’étymos

    En l’absence d’attestations anciennes du nom, il est difficile de se prononcer. Une certitude : aucun saint connu ne répond à ce nom. Plutôt que « cent » peut-être doit-on voir dans ce nom « cinq » sources (fons).

    ■ 24 TAMNIèS

    Le nom occitan est Taniièrs , écrit Tanniers par F. Mistral. La graphie Tamniès apparaît en 1793, mais on hésitera encore avec Tanniès et Tamniers jusqu’à la fin du XIXè siècle.
    Les premières attestations du nom, Tanaie (1279) puis Tanerii (1360), orientent soit vers un dérivé du gaulois tan , « chêne » (F. Mistral parle de moulin tanié pour un « moulin à tan »), soit vers une « tanière » de blaireau ( taxon-aria).
    La racine pré-indo-européenne *tan, signalée par Ch. Rostaing pour le massif de Tanneron (Var et A.-Mar.) pourrait aussi convenir pour Tamniès, bâti sur un éperon rocheux..

    ■ 30 MARCOULE ( nucléaire )

    nom de personne germanique Marcoul formé sur Marc , donnant une idée de pays conquis (vieux haut allemand marca, « frontière, province ») et wulf , « loup ». Le féminin peut s’expliquer par un sous-entendu « (terre) marcoule »

    sur les communes de

    ■ 30 CODOLET : de Codoleto en 1314 : ancien provençal codol , « caillou » et suffixe collectif eto
    &
    ■ 30 CHUSCLAN : la première difficulté réside dans le fait que la première forme du nom in vicaria Caxoniensi (945) ne rend pas compte des formes ultérieures , Chuzlan (1121) et Chausclanum ( 1384). On peut penser à un domaine gallo-romain avec suffixe –anum dont le radical est obscur (D&R). En imaginant de lire *Laxoniensis la première forme connue, E. Nègre propose un nom propre romain Lacutulanus traité comme *Lac(us)-Tusculanus puis *Lachusclan qui aurait finalement perdu sa syllabe initiale prise pour l’article. Le provençal lachusclo, chusclo , « euphorbe », est aussi possible (D&R)

    ■ 38 Chapareillan rue de LONGIFAN

    À comparer avec les lieux-dits : Longefan à Ambérieux en Bugey  attesté in loco qui appellatur Longifan en 1529 et Longefan, à Chazey – sur – Ain, attesté Campus de Longi Fan en 1285.
    Mot composé de l’ancien français longe, « longue », et d´un dérivé du latin vulgaire fania, « boue » : il s’agissait d’une bande de terre souvent saturée d’eau, boueuse.

    Enfin
    ■ 81 & 31 AUCAMVILLE ( OGMARUS ou *AUKA ? ) :

    Ochamsvilla vers 1089, Aucamvilla en 1312 : du nom de femme germanique *Auka , sur le gotique aukan , « augmenter » (D&R) ou du nom propre germanique Ogmarus traité comme *Ogamarus (E. Nègre) et latin villa. Dans les deux cas, il faut faire appel à une forme non attestée par ailleurs : difficile de trancher, donc.

    Et
    ■ 09 AUCAZEIN ( germanique Aukasinga ?)

    E. Nègre imagine le latin altus et casa , « cabane, petite maison » suivi d’un suffixe pré-celtique enn, le même qu’à Ilartein (nom propre germanique Idilardus), Irazein ( nom propre roman Hiradus) du même département ou Andrein (P.-Atl., nom propre roman Andreas).

    ■ 26 REILHANETTE Rella la charrue ???? Regilius ? Regulus ?

    attesté Relliana en 1300. le nom actuel est un, diminutif de Reillanne (Alpes-de-H.-P., Regliana en 909) : du nom d’homme Regilius ou Regulius (impossible de trancher puisque la deuxième syllabe est tombée dans les deux cas ) et suffixe –ana. C’est le même nom que Reilhac (Dord., H.-Loire, Lot), Rillieux (Ain), Rilly (I.-et-L.) etc. qui sont formés avec le suffixe –acum

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  3. Merci M Leveto

    pour Longifan , en plein dans le mille
    large étendue presque plane , au bas du Granier , bordée par le ruisseau Glandon
    drainée maintenant par d’autres canaux latéraux .

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  4. lecteur

    Grigne-Dent peut avoir plusieurs sens, comme vous l’avez sans doute remarqué en consultant Google.
    On ne voit pas comment la « citrouille évidée dans laquelle brûle une bougie » pourrait s’appliquer à un toponyme.
    Le sobriquet donné à une personne dont le sourire dévoile de grosses dents ou à une personne « contrefaite » pourrait à la rigueur se comprendre par le passage du surnom d’un propriétaire à celui de sa ferme ou de son terrain.
    Il est pourtant sans doute préférable de voir dans les lieux nommés Grigne-Dent des terres difficiles à labourer, qui font grincer les dents des instruments aratoires (c’est l’étymologie qui est proposée par Paul Bailly dans sa Toponymie en Seine-et-Marne en 1989 pour les Grigne-Dent à Chalautre-la-Grande).
    Le radical germanique grinia a donné « grigne », désignant, notamment dans des parlers de l’Est, une inégalité rocheuse dans les labours, donc des terres difficiles à travailler. Le sens s’est élargi, par métaphore, pour désigner une personne triste, maussade, etc. et s’est étendu jusqu’à donner leur nom à Grigneuseville (S.-M.) et Vaugrigneuse (Ess.)

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