Malijai (la répàladev)

L’heure est venue de donner la solution à ma dernière devinette. Il fallait trouver Malijai, une petite commune des Alpes-de-Haute-Provence, non loin de Digne-les-Bains.

L’attestation la plus ancienne du nom date de 1272 sous la forme de Malijacio, dans laquelle il faut voir  l’occitan mal i jai , « mal y git, mal y couche », pour déprécier une habitation, une auberge. C’est déjà cette explication que l’on trouve dans le Trésor du Félibrige de F. Mistral :

Le verbe occitan jaire, du latin jacere, est donné par le même auteur pour « gésir, être couché, reposer ».

Cette explication de l’auberge où l’on dort mal est reprise par Dauzat&Rostaing (DENLF*), E. Nègre (TGF*), J. Astor (DNLNFMF*), E. Vial (NVV*) et d’autres.

Michel de La Torre (Alpes-de-Haute-Provence : le guide complet des 200 communes, éd. Deslogis-Lacoste, 1989) avance une autre explication déjà donnée en 1844 par Jean-Maxime Joseph Féraud dans sa Géographie historique et biographique des Basses-Alpes où il explique que le village, d’abord construit rive gauche de la Bléone a migré rive droite au XIIè siècle, où on lui donna son nouveau nom de Malijai « formé de deux mots latins male jacet, c’est-à-dire mal situé » (M. de La Torre parle de male jactus) et où il ajoute : « l’inondation de 1826 a justifié son étymologie ». On est en droit de s’interroger sur cette étymologie prémonitoire qui aura attendu sept siècles pour se réaliser et pour le peu de cas qui est fait du bon sens des anciens bâtisseurs qui, bien au sec rive gauche, auraient choisi de traverser la rivière pour bâtir en zone inondable … Cette hypothèse est aussi mise à mal par la présence en Vaucluse, sur la commune de Jonquières, d’un lieu-dit Malijay (Mistral écrit Maligeay), qui n’est pas plus mal situé qu’un autre et où on produit un vin agréable, mais dont le nom fait sans doute allusion à une ancienne bastide où on passait de mauvaises nuits (au XIIIè siècle, bastida désignait le plus souvent une ferme neuve fortifiée bâtie dans le but de mettre en valeur des terres).

(Mélanges offerts au comte de Neufbourg, éd. Georges Guichard)

J’ajoute que plusieurs locutions toponymiques du même type ont été utilisées comme pour Malicornay ou Malicorne désignant des moulins de mauvaise réputation ou pour des lieux où il est malencontreux d’aller ou de venir nommés Malivai et Maliven, devenus aujourd’hui noms de familles. Ce type de locution a même traversé l’Atlantique, comme à Malibu où tout le monde sait que le café est foutu.

En tout cas, on y rend hommage à ceux qui gisent (enfin) en paix …

Les autres indices de l’énoncé :

♦ Les mauvaises nuits que l’on passait à Malijai n’ont pas empêché Napoléon Ier, homme célèbre s’il en est, d’y passer la nuit du 4 au  mars 1815, retour de l’Île d’Elbe, en attendant que Cambronne s’empare de Sisteron dont il craignait la résistance de la garnison. Cf. en bas de cette page, le Vol de l’Aigle.

♦ La rivière sur laquelle est bâti Malijai est la Bléone . Son ancien nom Bledona en 1060 est formé sur le gaulois *blet, « loup », suivi du suffixe hydronymique –ona : c’est le « cours d’eau du loup ».

♦ la vidéo renvoyait au mauvais sommeil et au massif des Alpes puisque l’action, on s’en souvient, se déroule à Val-d’Isère.

Les indices

 

 

 

l’abeille impériale était censée faire penser à … l’empereur Napoléon.

 

 

Le nombre 85 renvoyait à la Route Nationale 85, tracée sur l’ancienne route Napoléon dont Malijai est une des étapes. Le titre du billet Un dernier pour la route comme la mise en garde « attention à la sortie de route ! » devaient inciter à chercher une … route 85.

 

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

3 commentaires sur “Malijai (la répàladev)

  1. Il a existé une maison Tonduti de Malijac.

    Celle-ci possédait un hôtel (particulier) dans l’actuelle commune de Lapalud.

    Il se trouve que le Petit Tondu a séjourné à Lapalud (mais pas chez les Tonduti) :

    « Bonaparte a séjourné à plusieurs reprises dans cette maison. En effet, le 3 mai 1798, Bonaparte quitte Paris pour embarquer à Toulon. Joséphine accompagne son mari et Thomas Prosper Jullien est aussi du voyage. Napoléon et Joséphine auraient passé la nuit du 7 au 8 mai à Lapalud dans la maison des Jullien. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Lapalud

    https://www.mairie-lapalud.fr/les-monuments/lhotel-malijac/

    Y aurait-il quelque rapport, autre qu’homophonique, entre Malijai et Malijac ?

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  2. Les choses semblent très embrouillées.
    Il est fort possible que les seigneurs de Malijai ou Malijac des Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-de-haute-Provence) aient bâti un château à Lapalud dans l’île qui sera dès lors dite « de Malijac ».

    À mon avis, Malijai et Malijac sont des orthographes alternatives pour le même nom issu de la seigneurie des Basses-Alpes.

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