Le coup de l’étrier

  

La route est longue ! Après avoir vu des lieux où boire et manger puis un endroit où se sustenter,  après avoir pris un dernier verre pour la route, voici le coup de l’étrier avec un ensemble de toponymes qui m’avait échappé et qu’un attentif lecteur, qui signe Brosseur, m’a remis en mémoire : l’herbergement ou abergement.

 

L’ancien haut allemand heriberga, « campement militaire » (de heri, « armée », et berge, « logement») a vu son sens élargi jusqu’à désigner un logis, un lieu d’hébergement voire une auberge. On retrouve ainsi, en vieux français, les mots herberc, « logement », herbergage, herberge ou encore herbergement, « logement, campement, tente, habitation, hôtellerie, auberge » avec les variantes alberge et albergement.

En droit féodal, abergement a désigné plus tard une terre remise à un paysan libre aux fins de défrichement et de mise en valeur contre un droit d’entrée et une redevance annuelle.

Le toponyme Abergement et ses variantes existent dans plusieurs régions, avec une forte concentration en Bourgogne et dans le Jura. Il est difficile, sans connaissance précise de l’histoire locale, de différencier les noms ayant gardé la trace d’une ancienne auberge de ceux signalant une terre cédée en abergement.

Plusieurs communes portent un tel nom :

■ dans l’Ain :

  • L’Abergement-Clémenciat : avec Clémenciat du nom d’homme latin Clementius et suffixe –acum ;
  • L’Abergement-de-Varey : Varey (Vareyo en 1157, Vareiaco en 1169) du nom d’homme latin Varius et suffixe –acum ;
  • Le Grand-Abergement et Le Petit-Abergement sont d’anciennes communes aujourd’hui réunies dans Haut-Valromey.

■ en Côte-d’Or :

  • Labergement-Foigney : Foigney (Fooneum en 1181, Foigné en 1245) d’étymologie obscure ;
  • Labergement-lès-Auxonne : Auxonne, d’un hydronyme pré-celtique *as et suffixe gaulois –ona ;
  • Labergement-lès-Seurre : Seurre, peut-être de l’oïl seur, « sureau ».

■ dans le Doubs :

  • Labergement-du-Navois aujourd’hui dans Levier. L’abergement a porté le nom de ses seigneurs successifs : de Faloise en 1263, de Deserveler en 1286, de la Jouz en 1294 et finalement du Navoy en 1660. Navois est le gentilé de Naves (Allier, Nord) ;
  • Labergement-Sainte-Marie.

■ dans le Jura :

  • Abergement-le-Grand et Abergement-le-Petit ;
  • Abergement-lès-Thésy : avec Thésy du nom d’homme lain Tatius et suffixe -acum ;
  • Neublans-Abergement : Neublans (Neflens en 1073) du nom d’homme germanique Nebelo et suffixe –ing.

■ en Saône-et-Loire :

  • L’Abergement-de-Cuisery : Cuisery, du nom d’homme latin Cusirius et suffixe –acum ;
  • L’Abergement-Sainte-Colombe.

■ en Vendée :

  • L’Herbergement : vu la forme du nom, il s’agit ici avec certitude d’un lieu d’hébergement, sans doute celui du seigneur qui bénéficiait d’un tel droit (dit plus tard droit d’albergue) sur ses terres.

De nombreux microtoponymes portent ces mêmes noms mais on trouve aussi parmi eux des variantes comme l’Ébergement à Paulx (L.-A.), l’Embergement à Saint-Hippolyte (Ch.-Mar.) et à Bussière-Poitevine (H.-Vienne) — où la topographie semble exclure une consolidation des berges d’un cours d’eau —, les Abergeages à Comaranche-en-Bugey (Ain) ou encore les Abergeons à Bellevesvre (S.-et-L.). Plus cocasses encore, les lieux-dits costarmoricains La Belle Jument (à Plouvara) et L’Erbe Jument (à Saint-Donan) pourraient être d’anciens herbergements.

La devinette

Il vous faudra trouver les noms de deux communes de France métropolitaine dont le déterminant identique, mais avec des graphies différentes, indique qu’elles servaient d’étape ou, au moins, de repère sur un trajet déterminé.

Ce déterminant se retrouve aussi seul, là aussi sous diverses formes, pour nommer quelques lieux-dits et même un château, ayant comme point commun leur situation particulière.

Les deux communes à trouver sont séparées par une centaine de kilomètres.

♦ Pour la première :

Le nom déterminé est formé d’un anthroponyme germanique accompagné d’un suffixe particulièrement fréquent dans cette région.

Sept autres communes portent ce même nom, dont deux sans déterminant.

L’histoire raconte qu’elle servait d’étape notamment aux bâtisseurs de l’abbaye de la capitale de l’archidiocèse.

♦ Pour la deuxième :

Le nom déterminé est formé du nom gaulois d’un végétal muni d’un suffixe collectif.

De très nombreuses communes portent un nom similaire avec ou sans déterminants.

Un futur écrivain qui faisait alors partie d’un réseau de la Résistance dont il deviendra le chef, y a mis au point le sabotage d’une ligne de chemin de fer avec une future actrice qui deviendra sa femme après guerre.

♦♦♦

Je n’ajoute pas d’indice, sachant que si vous trouvez le déterminant, vous aurez fait la moitié du chemin.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

2 commentaires sur “Le coup de l’étrier

  1. Bonjour M Leveto

    09 Esclagne

    09 Sautel

    38 Chapareillan chemin de CARBURE

    Ruisseau le ROMANON

    Lac du BOreon

    73 la cavalenche

    73 le MONTFRUITIER mont des Bauges 1073 m.
    voilà cette toute petite série.

    le lundi matin vous va-t-il comme date de commentaire ?
    Merci

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  2. lecteur

    ■ 09 Esclagne

    Ce toponyme est issu d’ *aesculanea, du latin *aesculanus, diminutif de aesculus, « chêne rouvre » dédié à Jupiter. C’est le même mot qu’on retrouve dans le nom d’ Esclanèdes (Loz.) avec le suffixe collectif –eta (D&R, J. Astor, etc.)
    E. Nègre, comme souvent, propose un nom propre roman Aesculanus et suffixe –ia mais il fait l’impasse sur Esclanèdes (ce qui lui permet de ne pas avoir à s’expliquer sur un suffixe collectif complétant un nom de personne…).

    ■ 09 Sautel

    nom de l’affluent droit du Douctouyre en aval de Carla-de-Roquefort, qui passe à Sautel, et qui fait plusieurs petites cascades. De l’occitan saut et suffixe diminutif -el.

    ■ 38 Chapareillan, sur un plateau au pied du Mont Granier, dominant la vallée de l’Isère. Attesté Campania Riolentis au XIè siècle. Il s’agit de campanea (terra) , «(pays) de plaine » suivie du nom de personne germanique Riclendis. Le m de Cha(m)pareillan est dissimilé par le n final.

    ♦ chemin de CARBURE

    Il existe à Vouvry (Valais, Suisse) un chemin de Carbure qui doit son nom à une ancienne usine de carbure de calcium (détails page 18 de ce document ). Je n’ai rien trouvé de tel à Chapareillan, sauf l’utilisation de fours destinés à la production de charbon de bois pour les moteurs à gazogène qui ont fonctionné en 1941 et 1942 (cf. ce document ) : peut être y a t-il un lien ?

    ♦ Ruisseau le ROMANON

    On est tenté de n’y voir qu’un dérivé du latin romanus
    Un quartier de Mévouillon (Drôme) porte le même nom de Romanon, attesté Les prez des Romanons en 1595 ce qui oriente vers un anthroponyme (ou un ethnique, puisque romanon a pu être dit pour « romanichel »).

    ♦ Lac du Boreon

    Le Boreon (lou Boureoun) est un torrent dont le nom est formé d’une racine hydronymique pré-celtique *bor suivie de l’ indo-européen *ered « couler », à l’origine du nom du Rhône et de l’appellatif savoyard rouno, « ruisseau ».

    ■ 73 la cavalenche

    Une quarantaine de résultats à peine dans Google pour ce toponyme et une absence totale des ouvrages que j’ai à ma disposition…
    Je ne peux donc que faire des suppositions sans grand fondement :
    Si la syllabe finale correspond bien au suffixe –-enc, comme pour Richerenches du Vaucluse, Martinenches à Sénéchas (Gard) et d’autres, alors la première partie pourrait faire référence à un anthroponyme, peut-être issu du latin Cabalus ou de l’occitan Caval.
    On sait par ailleurs que de nombreux reliefs ont été nommés d’après leur ressemblance avec un (dos) de cheval.
    Il faudrait savoir ce que désignait ce toponyme lors de sa création : une ferme ? un pâturage ? Un sommet ? Un cours d’eau ?

    ■ 73 le MONTFRUITIER mont des Bauges 1073 m.

    je lis ça et là que les alpages du Montfruitier sont magnifiques. Des alpages à la production laitière et donc fruitière (fromagère) il n’y a qu’un pas que j’aurais tendance à faire après avoir vérifié qu’on faisait bien du fromage à La Thuile.

    « le lundi matin vous va-t-il comme date de commentaire ? »

    Pas de problème avec le lundi. Ne m’en veuillez toutefois pas si je prends quelquefois mon temps.

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