Beugnon et bignon

déjà mardi

Un beugnon ou bignon désigne une source jaillissant à fleur de terre en y faisant un bombement du sol ou une source sortant d’une souche et le sens a pu s’étendre à un trou d’eau alimenté par une résurgence. Ces sens sont confirmés par l’ancien français buignon, « source » (Annales de Bretagne citées dans TGF*) et plus précisément « source jaillissante, eau qui jaillit du sol ». En haute Bretagne et Anjou, bignon a remplacé d’anciens bugnons (XIVè – XVè siècles) et désigne la « source d’un champ » (ONLF*), définition confirmée en Savoie, Dauphiné et Suisse romande (Glossaire des termes dialectaux …, A. Pégorier, IGN, 1983). Ces mots ont donné des toponymes dans l’Ouest, en Bourgogne et jusqu’en Suisse romande. Le terme a pris la forme bigne en Normandie.

L’étymologie repose sur le gaulois *bunio, *bunion à l’accusatif, avec le sens de bosse, renflement (cf. le vieil irlandais bun, « racine, souche, base », donnant buinne, « jaillissement d’une source », le vieux gallois bonned donnant le moderne bon, « souche, tronc », le vieux breton bun, « base, souche d’arbre »). Cette racine inclut l’idée de renflement, de bosse que l’on retrouve dans les mots bugne et beignet (pâte gonflée, ancien français buignon, occitan bunha) et aussi, familièrement dans une beigne (bosse, coup sur la figure) et embugner (cabosser), mais aussi celle du bouillonnement d’une source. Le gaulois bunda, « fond, base », est probablement apparenté, avec dans les deux cas l’idée de sol et de point de départ. Dans tous les cas, l’origine est bien indo-européenne, cf. le sanscrit budnáh, « sol », les nord-persan et arménien bun, l’allemand Boden, etc.

Certains spécialistes préfèrent voir deux mots différents, l’un désignant la « bosse », l’autre la « source », tout en admettant une étymologie pré-celtique voire celtique similaire : difficile de trancher, donc — même si une étude minutieuse de la topographie permettrait de lever le doute dans certains cas.

Hydronymes et oronymes

Nombreux sont les cours d’eau, principalement de simples ruisseaux, qui portent ce nom et confirment ainsi la relation avec la source.

Le Bugnon, Buignon en 1357, est une fontaine et un ruisseau à Lantages dans l’Aube.

Le Beugnon, cours d’eau à Bourges (Cher) est attesté en 1260 sous la forme Li Buygnum ; le Beugnon coule à Cosne-Cours-sur-Loire dans la Nièvre et d’autres ruisseaux portent ce même nom ; Le Beugnon est une source qui a donné son nom à un hameau à Arcy-sur-Cure dans l’Yonne ; le Beugnon de l’Égrenne est un vallon du Loir-et-Cher où la Grenne prend sa source ; la fontaine de Beugnon coule à Soudan dans les Deux-Sèvres et la Fontaine du Beugnon à Brigné en Maine-et-Loire, etc.

On trouve la variante bignon dans le nom du Bignon, source et lieu-dit à Samoussac (Ch.-Mar.) et à Chahaignes (Sarthe), dans la fontaine du Bignon à Jupilles (Sarthe),  la Fontaine du Bignon, source et ruisseau à Saint-Léger-de-la-Martinière (Deux-Sèvres), etc.

Désignant un monticule arrondi, un versant bombé d’une colline ou une combe, on trouve le Beugnon à Corsaint (C.-d’Or), les Beugnons à Chablis et à Sainte-Colombe-sur-Loing (Yonne), la Combe Beugnon à Montbard et Quincy-le-Vicomte (C.-d’Or), etc. La forme bignon se retrouve à la Côte Bignon de Couvonges (Meuse), au Mont Bignon de Millay (Nièvre), etc.

La variante Bugnon est présente notamment en Franche-Comté, Rhône-Alpes et Dauphiné comme au Creux du Bugnon à Grande-Rivière (Jura) ou au Val du Bugnon à Champignol-lez-Mondeville (Aube) : il s’agit la plupart du temps de « bosses » plutôt que de sources.

Toponymes

Si plus de deux cents lieux portent ce nom dans l’Ouest (Ille-et-Vilaine, Maine-et-loire, Deux-Sèvres et départements alentour) principalement sous la forme Beugnon, on le retrouve aussi en Bourgogne (Nièvre, Yonne).

Il apparait dans le nom de Beugnon (Yonne) et du Beugnon-Thireuil (Deux-Sèvres) comme dans celui de Beugneux (Aisne). On trouve une variante dans les noms de Bougnon (H.-Saône, Buignon en 1275),  comme à Le Bignon (Loire-Atl. et May.) et Le Bignon-Mirabeau (Loiret).

bignon

Les micro-toponymes sont extrêmement nombreux avec, bien sûr son lot de Beugnon, Bignon et des variantes comme Beugne à La Vineuse (S.-et-L.), Mont de Beine à Saint-Hilaire-le-Petit (Marne), La Bigne à Theil-Bocage (Calv.), etc. Bléneau (Yonne) compte parmi ses lieux-dits en collines les Six Beignets et le Champ des Beugnons. On trouve à Barenton (Manche) à la fois le Bignon, la Haute Bigne et la Basse Bigne.

La variante Bugnon est présente avec une douzaine de Le Bugnon (Ain, Doubs,Jura…), quatre Les Bugnons (Savoie et Haute-Savoie) et d’autres.

beugnon limesAux usines Michaut de Beugnon (Yonne) ils étaient quinze pour tailler : huit pour les limes et sept pour la bavette.

Faux amis

Comme souvent avec des mots d’une ou deux syllabes, les confusions sont possibles avec des mots plus ou moins semblables.

C’est le cas avec des dérivés de noms de personnes comme les germaniques Buni ou Bono qui sont à l’origine de noms comme Beugnies (Nord), Beugny (P.-de-C.), Bignay (Ch.-Mar.) ou le gaulois Bennius qu’on trouve dans Bignan (Morb.), etc.

Les gaulois bagina, collectif de bagos, « hêtre » ou *bawina, « boue », se retrouvent peut-être dans certains Beine (Yonne), Beynes (Yv.).

Le nom de Beignon (Morb.) fait difficulté avec les formes Bidainonum en1062 et Bedanum en 1409 dans lesquelles Dauzat&Rostaing (DENLF*) voient un sous-dérivé (sic) du gaulois *betu, « bouleau » tandis qu’Ernest Nègre (TGF*) imagine un transfert du nom de la palestinienne Bethania accompagné d’un suffixe diminutif –on : ce serait la « petite Béthanie ». J.-Y. Le Moing (NLB*) n’exclut pas un beugnon, en rappelant la présence du –d- dans le gaulois *bunda.

Le nom de Bugnières (H.-Marne) est lui aussi sujet à discussion. Dauzat&Rostaing (DENLF*) et Ernest Nègre (TGF*) y voient un nom de personne germanique Bunno accompagné du suffixe –arias. Paul Lebel (Principes et méthodes d’hydronymie française, éd. Les Belles Lettres, 1956) repris par Roger Brunet (TT*) et Pierre Gastal (Noms de lieux de l’espace français, éd. Désirs, 2020)  optent pour un dérivé du gaulois *bunio au sens de « bosse, monticule ».

La Bigne (Calv.), attestée Labunia en 1035 puis Buignes en 1208 et La Buigne en 1371, doit sans doute son nom au nom de personne germanique Leobuni suffixé au féminin -a, sous-entendu terra, mais a subi l’attraction paronymique des toponymes en Bigne fréquents en Normandie.

D’autres paronymes peuvent prêter à confusion comme, en Languedoc, quelques Bignon peuvent être des variantes de vignon (diminutif en –on de vigne), avec graphie phonétique du v- en b-.

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Très difficile de concocter une devinette de dernière minute, d’autant plus que les toponymes de cette famille ne sont pas si nombreux que ça !

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’un lieu-dit et d’une rue d’une commune de France métropolitaine. Ce micro-toponyme constitue une tautologie puisque les deux noms qui le forment ont, peu ou prou, le même sens de « monticule, tertre ».

Le nom de la commune est lui-même issu d’une racine pré-celtique à laquelle on attribue à peu près le même sens (ce qui fait, si je compte bien, trois façons de dire la même chose).

Ce même nom fait l’objet d’une étymologie populaire faisant appel, comme souvent dans la région, à Jules César qui se serait enquis de la raison pour laquelle les villageois s’enfuyaient si vite.

Et comme je n’ai plus le temps, vous devrez vous contenter de cet indice :

indice a 27 07 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

9 commentaires sur “Beugnon et bignon

  1. Saint-Hilaire-le-Petit est dans la Marne 51

    j’ y suis passé plusieurs fois
    lieu célèbre en 1914-1918

    cimetière , et village détruit de BEINE-NAUROY

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  2. Bonjour M Leveto

    pourriez-vous étudier les toponymes issus de la racine catania , catani ( si elle existe réellement , bien sûr )

    ( i.e colonie de Chattes, Catti ; germains de Hesse , comme à Cattenom 57 )

    j’ai lu un article écrit par Baudot ( Persée ) sur les lieux aqueux

    d’après lui les topos suivant en seraient issus , et , j’ai vérifié , la plupart sont absents de votre blog :

    – LES CHAIGNES 27, 28

    – CAHAIGNES 27

    – CHAHAIGNE 37 & 72

    – CHANGY ( traité sur votre blog à Rabutin : Homme Candius ) chahagne

    – CAHAN 61 ( traité sur votre blog CATU-MAGOS )

    -CHAHAINS 61

    – CHAIGNOLLES 27

    – CAHAGNOLLES 14

    CHAHIN 53

    Selon cette personne , tout viendrait peut-être de CATANIA CATANI colonie de Chattes

    votre avis , merci beaucoup

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  3. bonjour M Leveto

    pouriiez vous étudier ( apparemment non traités encore )

    GOHAN 72

    GOHAIGNE 27

    LA GOHAINE 14

    colonies de Goths ???????????
    ( selon le même M BAUDOT )

    Merci

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  4. pourriez-vous traiter

    ( quand vous aurez le temps , évidemment )
    d’une éventuelle racine :

    NARSE ( qui désignerait un lieu aqueux )

    selon le même M BAUDOT

    Merci encore ; j’arrête pour aujourd’hui .

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  5. lecteur

    Je vous donne une réponse rapide (j’ai encore votre dernière liste sur le feu !) et donc peut-être incomplète :

    ■ Chaignes, Chahaignes, etc.

    L’article de M. Baudet que vous citez a été publié en 1947. Peut-être n’avait-il alors pas accès à toutes les formes anciennes. Il émet pourtant l’hypothèse de formes anciennes du type catania ou catani mais en déduit une étymologie douteuse.
    D’autres toponymistes se sont depuis penchés sur la question (Dauzat&Rostaing, E. Nègre, etc.) et ont préféré voir dans ces toponymes des dérivés du bas latin cátanus , « genévrier », accompagné d’un suffixe collectif ea, « ensemble de genévriers », pour les terminaisons en ains /aignes ou du diminutif eola pour les terminaisons en olles . Le bas latin cátanus, qui a aussi donné l’occitan cade et les noms de Cadenet (Vauc.) et Chadenet (Loz.), est probablement d’origine pré-celtique.
    Pour Changy et Cahan, je confirme ce que j’ai déjà écrit.

    ■ Gohan, Gohain etc.

    J’aurais plutôt tendance à voir dans ces toponymes un nom de personne germanique comme Gogo(n) qui a donné La Gohannière (Manche) ou Godo qui a donné Goin (Mos.).
    Je n’ai pas le temps de partir à la recherche des formes anciennes (c’est plus compliqué pour les micro-toponymes !) pour avoir des certitudes. Néanmoins, il me semble que l’ethnique Gothus a surtout donné des toponymes en Gou- comme Goudet (H.-Loire, avec collectif etum ou Goudon (H.-Pyr. avec onem )

    ■ Narse

    L’ancien français narse (occitan narsa ) désignait en effet un terrain boueux et a fourni un certain nombre de toponymes principalement dans le Massif Central et dans une moindre mesure dans le Sud-Est. Peut être un nouveau billet en vue mais je ne vous promets rie.

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  6. « L’étymologie repose sur le gaulois *bunio, *bunion à l’accusatif, avec le sens de bosse, renflement  »

    Le renflement constitué par le mont-de-vénus de Valtesse de la Bigne (un des modèles de la Nana de Zola) était considéré par ses contemporains comme un renflement au poil !

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Valtesse_de_La_Bigne

    ————————-
    « Cette racine inclut l’idée de renflement, de bosse que l’on retrouve dans les mots bugne et beignet »

    Ces bugnes sont des merveilles !

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  7. bun | bən |
    noun
    1 a bread roll of various shapes and flavorings, typically sweetened and often containing dried fruit.
    2 a hairstyle in which the hair is drawn back into a tight coil at the back of the head.
    3 (buns) North American informal a person’s buttocks.
    PHRASES
    have a bun in the oven
    informal be pregnant.

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  8. HAVE A BUN IN THE OVEN

    Valtesse de la Bigne, elle aussi, « a eu des petits pains au four », puisqu’elle a eu deux filles.

    En revanche, Yolaine de la Bigne ne figure pas dans sa descendance …

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