L’érable

Aiguillonné par un lecteur qui me le réclamait récemment dans un de ses commentaires, je m’intéresse aujourd’hui à l’érable — même si ce lecteur semble s’être évaporé depuis.

L’érable, du genre Acer, est un arbre dont plusieurs espèces sont répandues dans le monde entier. Il ne s’agira ici que des érables poussant sur notre sol et ayant fourni des toponymes.

feuilles-d_érable

L’étymologie d’« érable », dérivé après aphérèse du bas latin acerabulus, est sujette à discussion. La plupart des spécialistes s’accordent pour voir dans la première partie du nom un acar celte ou un acer latin, tous deux exprimant quelque chose d’acéré, de pointu, sans doute à l’image de la feuille. La seconde partie du nom est plus discutée entre un latin arbor, « arbre », et un gaulois *abulus, restitué d’après un mot gaulois désignant le « sorbier des oiseaux », à rapprocher d’abalo, « pommier ».

L’érable seul

Le latin acerabulus se retrouve directement dans le nom d’Azerables (Creuse, Dozerabla en 1327 puis Azarable en 1351).

Le même mot a donné en ancien français érable ou arable ainsi que la variante picarde éraule. C’est ainsi qu’on trouve Lhéraule (Oise, de Arabla en 1143, de Arable en 1145, l’Erable en 1158 et Leraule en 1263) et de nombreux lieux-dits comme L’Érable à Migné (Vienne, l‘Ayrable en 1324), Les Arables à Belleville-sur-loire (Cher), Belérable à Moulins-la-Marche (Orne, « bel érable ») et bien d’autres du même type. On retiendra pour l’anecdote Le Menhir des Arabes à Draché (I.-et-L.) dont la légende a fait un souvenir de la bataille menée par Charles Martel contre les Arabes (ce menhir est aussi appelé pierre Percée ou encor bogue ou quille de Gargantua : c’est le but que visait le géant au jeu de quille).

cpa Lhéraule

Un café. Quoi d’autre ? (Lhéraule, dans l’Oise, en Picardie).

L’érable suffixé

Le suffixe le plus employé en composition avec acerabulus est le collectif latin –etum. On lui doit les noms d’Arrabloy (associée à Gien, Loiret ; Arabletum à la fin du XVè siècle),  et de Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise, Acebrelidum en 754) ainsi que des micro-toponymes comme Arblay  à Cudot (Yonne).

Parmi ces toponymes en –etum, certains ont subi l’aphérèse du E- initial comme Rablay-sur-Layon (intégrée à Bellevigne-en-Layon, M.-et-L. ; Arrabletum en 1087-1105) et des lieux-dits comme Le Rablay (à Chantrigné, Mayenne ; aussi écrit L’Érablay, ce qui semble préférable), de nombreux Rablais principalement dans l’Ouest ou encore La Rabelais à Saint-Cyr-sur-Loire (I.-et-L.), etc.

Formés avec ce même suffixe –etum directement sur l’adjectif acer substantivé, donnant *acernetum, puis ayant subi l’aphérèse du a-, on trouve les noms de Cernoy (Oise) et de Cernoy-en-Berry (Loiret, de Cerneyo en 1327).

Mes amis œnologues seront contents d’apprendre que Les Ouzeloy, un lieu-dit de Marsannay-la-Côte (C.-d’Or ; une AOC  de la côte de Nuits) doivent leur nom, après quelques contorsions, aux érables.

cpa cernoy oise

Les ruines, ce sont celles du château, à l’arrière-plan.

En franco-provençal

Dans cette zone frontière entre langue d’oïl et langue d’oc, le bas-latin acerabulus a évolué vers *aiserablo et même *iserable. C’est ainsi qu’on trouve L’Isérable à Rignieux-le-Franc (Ain, juxta l’Ayserablo en 1285), à Curtafond (Ain, L’Yserable vers 1410), à Boisse (Ain, Pratum Delaiserablo à lire del aiserablo en 1247), à Saint-Jean-Saint-Maurice-sur-Loire et à Saint-Galmier (Loire), à Lugny (S.-et-L., Luzerable en 1869) à Nangy (H.-Sav.), les Granges d’Isérable à Sainte-Reine (Sav.). etc. et, au pluriel, Les Isérables à Mont-sous-Vaudrey (Jura).

En langue d’oc

La différence de traitement des voyelles inaccentuées explique qu’on soit passé d’acerabulus, après la chute du u bref celtique donnant acerablu puis celle du e pré-tonique aux formes aisrable puis esrable. En langue d’oc, le maintien du e pré-tonique de la structure acer et le passage du c intervocalique à s/z ont abouti à des formes comme azereau et auseral quand la finale s’est trouvée affaiblie en ne laissant plus que l ou u du groupe –bl-. (C’est bon ? Vous êtes toujours là ?).

On retrouve ce nom occitan de l’érable dans celui de lieux-dits comme L’Auseral à Bertholène (Av.),  L’Auzeral et Les Auzerals à Rabastens (Tarn), Auzéral à Cieurac (Lot), et de nombreux Lauzéral (Av., Cantal, Lot, Tarn, T.-et-G.).

Certains (DENLF*, TT*) voient le suffixe collectif occitan –ata dans les noms d’Arblade-le-Haut et d’Arblade-le-Bas (Gers) qui seraient d’anciens *acerabul-ata passés à *a(ce)rb(u)lata. L’explication (TGF*) selon le gascon arreblade, « ce que l’on coupe en tranches minces », qui aurait eu le même sens que le languedocien reblat, reblada, « (mur) construit en blocage en moellons, par opposition aux murs de briques », est moins convaincante.

L’érable de Montpellier porte le nom occitan d’agast (avec des variantes locales comme ajast ou aiast) du grec akastos, « érable ». Absent des dictionnaires français habituels, on rencontre ce mot principalement à l’est du Rhône et sur une étroite frange de l’est languedocien, où les Celtes hellénophones ont pu l’adopter. Il est à l’origine de micro-toponymes comme L’Agast à Causse-de-la-Selle, à Lunas, aux Rives (Hér.), les Agastous à La Cavalerie (Av.) qui est une forme diminutive « les petits érables » ou encore le pioch Lagastié à Pignan (Hér), à comprendre l’agastier, « bois d’érables » (et pioch pour puy, dérivé de podium).

Il n’est pas impossible que certains des toponymes en Agas ou Agasse à l’est du Rhône soient dus à la présence d’agasts plutôt que de pies ou d’individus ayant reçu un tel sobriquet.

agast the blue
Agast the blue

cdl6

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom est lié à l’érable.

Des indices ?

■ la commune se situe en pays de langue d’oïl (allez hop! Déjà une moitié de l’Hexagone éliminée : voyez comme je suis sympa!)

■ un souverain français y a eu une maîtresse dont il eut deux enfants.

■ un vitrail :

indice a 19 09 2021

■ une affiche publicitaire :

indice b 19 09 2021

Si ça ne suffit pas, on verra peut-être mardi pour en dire plus sur la région, l’arrondissement ou le canton.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

17 commentaires sur “L’érable

  1. ^Aiguillonné par un lecteur qui me le réclamait récemment dans un de ses commentaires, je m’intéresse aujourd’hui à l’érable — même si ce lecteur semble s’être évaporé depuis^

    Merci d’avoir retenu ma proposition du mot ERABLE

    je vous manque , M Leveto ??

    sachez bien que ,pour ne pas trop vous brusquer , je n’interviens pas à tout bout de champ
    ( limitant également la consommation électrique du net , qui est majeure ).

    Avez-vous , aussi, étudié les possibles toponymes utilisant le mot CHEMINEE ?

    je signale aussi le mot CHEVAUCHEE
    existe-t-il des toponymes basés sur ce terme , outre la célèbre Haute-Chevauchée en Argonne
    ( succédant à une ancienne voie romaine ) ?

    Merci

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  2. Si vous revoulez du  » boulot » , j’en ai plein !

    le rocher du CANCELEY ( 57 à Abreschviller )

    le HUNURST et le HUNERSTKOPF ( Vosges )
    je signale d’ailleurs que le Kopf germanique vient du latin CUPA la coupe !

    le col du BRESCHPUNKT ou Brechpunkt ( 57 Abreschviller)

    https://www.google.fr/maps/place/Col+du+Brechpunkt/@48.6034732,7.1693374,3578m/data=!3m2!1e3!4b1!4m5!3m4!1s0x47940445023a2099:0x595318d867eac859!8m2!3d48.603475!4d7.186847

    67 L ‘île du RORHSCHOLLEN ( Strasbourg )

    68 le HILSENFIRST col à Sondernach et HILSEN ( à LINTHAL )

    57 KOBENBUSCH Gros ouvrage de la Ligne Maginot ( à Cattenom )

    57 ANGEVILLERS drôle d’ange ????

    57 KEMPLICH ( avec l’observatoire Maginot dit  » des chênes brûlés  »

    69 CHAPONOST

    06 à Rimplas : ouvrage ( Maginot ) de LA FRASSINéA

    Voilà , bonne semaine, M Leveto.

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  3. lecteur

    Ma remarque n’était qu’une simple… remarque, pas forcément un appel du pied !
    Mais, bon, je me mets « au boulot », avec un peu d’hésitation quand même puisque je ne suis pas germanophone. Il va sans doute me falloir un peu de temps.

    PS je ne me suis intéressé ni à « cheminée » ni à « chevauchée ». Je vais regarder ce que je peux en tirer.

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  4. je vous rappelle ma liste , proposée en commentaire , dans l’article Noyers ( zone nord)

    en vous rappelant de prendre votre temps.

    faites ce que vous pouvez , c’est tout .

    merci .

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  5. L ‘île du RORHSCHOLLEN ( Strasbourg ) [lecteur]

    —————
    La bonne graphie est Rohrschollen.

    Comme l’indique Wikipedia (et me le confirme mon Wahrig), Rohr (dont le sens habituel est « tuyau ») signifie sans doute ici « roseau » et « scholle » (pluriel « Schollen ») une motte de terre (ou un bloc de glace, mais c’est hors contexte ici).

    https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_naturelle_nationale_de_l%27%C3%AEle_du_Rohrschollen#Toponymie

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  6. À l’érable, nous devons l’abbé d’Herblay, qui fit partie de la Bande des Quatre, et qui, alors que l’un de ses amis avait été tué en recevant son bâton de maréchal à Maastricht, mourut général ;;; des Jésuites.

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  7. merci M Leveto & TRA

    pour l’île de Rohrschollen , j’avais bien vu l’article de wiki.

    mais je préfère avoir votre confirmation .
    bonne semaine

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  8. Cernoy ( Cernetum : plantation d’érables)
    est donc mélangé avec les


    CERNEUX ( 21 sites dans le Doubs)
    CERNOIS ( Doubs , Jura)
    CERNOISES (39)
    CERNION ( 08) CERNEX (74) CERNEY CERNOY (45)
    cerny cerniz ( 02)
    CERNIER CERNIERE (88)
    CERNONIERS SCIERNE
    SURCENEUX CERCENEUX ( on surcenait les arbres par annélation circulaire )
    latin CIRCINO ( circinare) tracer en rond
    pour des défrichements circulaires
    on opérait le CERNEMENT ou CERNAGE

    racine CERN fréquente en forêts résineuses
    lu sur un site sur les défrichements ( Persée)

    Le Cernay alsacien 68 viendrait de SARNACUM ou de SENNENHEIM
    ( sur ce même site )

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  9. lecteur

    pour une fois que je n’écris pas de paragraphe consacré aux faux amis, vous vous chargez du boulot !

    Mais je complète :

    Cernay (H.-R.) semble être une francisation arbitraire du nom germanique d’origineSennenheim (1144) devenu Seyreney en 1307. Du nom d’homme germanique Sanno et heim, « village ».
    Les autres Cernay sont issus du nom d’homme latin Cerna avec acum.
    Mais Cernay-la-Ville (Yv.) qui était Sarnetum en 768 pourrait bien être un collectif en etum sur le latin circinum, « cercle », dont vous parlez..
    Et l’affaire se complique avec Cerny (Ess.) et Cerny-en-Laonnois (Aisne) qui semblent provenir du nom d’homme latin Cernius et acum et avec Cerny-lès-Bucy (Aisne) qui était un Sarniacum en 1129 du gallo-romain Sarnius .

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  10. En teuton contemporain, « Koben » signifie « soue » et « Busch » veut dire « buisson » (c’est le même mot, avec une autre graphie que « bush », terme du patois germanique insulaire ultra-channelien).

    Ce « buisson-soue » serait une bauge que je n’en serais pas plus étonné que ça …

    [D’ailleurs, en voyant le coin sur Google Maps, j’ai l’impression que, depuis que Pierre Nord a écrit « Double crime sur la ligne Maginot », il est passé par là, malgré la « drôle de guerre », plus de suidés que de bipèdes aptères (un paradis obélixien !).]

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  11. lecteur

    ■ le rocher du CANCELEY ( 57 à Abreschviller )
    Le Dictionnaire toponymique de la Moselle donne le nom Kantzley. Sans attestation ancienne, il est difficile de se prononcer mais on peut imaginer un nom formé sur le pré-indo-européen kan , « pierre, rocher ». Avec le prolongement kan-t, on se rapproche de noms comme celui du Kent (Cantium chez Diodore) ou, plus près de chez nous, de Cantaron (à Contes, Alpes-Mar.)

    ■ le HUNURST et le HUNERSTKOPF ( Vosges )
    je signale d’ailleurs que le Kopf germanique vient du latin CUPA la coupe !
    ♦ Hunurst : même pas soixante occurrences sur Google…
    ♦ Hunerstkopf : kopf, « tête, mont » : c’est tout ce que j’ai ! La première partie du nom m’échappe complètement.

    ■ le col du BRESCHPUNKT ou Brechpunkt ( 57 Abreschviller)
    https://www.google.fr/maps/place/Col+du+Brechpunkt/@48.6034732,7.1693374,3578m/data=!3m2!1e3!4b1!4m5!3m4!1s0x47940445023a2099:0x595318d867eac859!8m2!3d48.603475!4d7.186847
    Bresch : brèche et Punkt : point, endroit. Le « point de la brèche » : ça me semble convenir pour un col de montagne, une brèche entre deux montagnes.

    ■ 67 L ‘île du RORHSCHOLLEN ( Strasbourg )
    Rohr fait référence aux roseaux qui abondaient sur le site et Schollen désigne une motte élevée, à l’abri des inondations.

    ■ 68 le HILSENFIRST col à Sondernach et HILSEN ( à LINTHAL )
    Le nom du hameau Hilsen est écrit Hilbzen sur la carte de Cassini ce qui ne m’avance guère. Tout au plus oserai-je un rapprochement avec le germanique hulis qui a donné son nom à Hilsprich (Mos. Hulsperg en 1466 de hulis et berg )
    Le toponyme first se rencontre notamment dans les Vosges avec le sens de « partie sommitale »

    ■ 57 KOBENBUSCH Gros ouvrage de la Ligne Maginot ( à Cattenom )
    busch  : buisson, bosquet
    koben (moyen haut allemand kobe) : étable, porcherie

    ■ 57 ANGEVILLERS drôle d’ange ????
    Ansheresvilla en 926, du nom d’homme germanique Ansherius et latin villa remplacé par villare

    ■ 57 KEMPLICH ( avec l’observatoire Maginot dit  » des chênes brûlés  »
    Kempurich (1093), Kampachel (1276) puis Kampucle. Le premier élément pourrait être un nom d’homme germanique Campo ou le gaulois cambo , « courbe ». Le deuxième élément est obscur.

    ■ 69 CHAPONOST
    Capons en 1070, Chaponnio au XIIIè siècle et Chaponnoz au XIV è siècle. Sans doute du nom d’homme (gallo) – romain Cappo et suffixe pré-celtique osc

    ■ 06 à Rimplas : ouvrage ( Maginot ) de LA FRASSINéA
    Du latin fraxinus , « frêne », et suffixe collectif ea

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  12. L’ÉCOLE DES TANNÉES

    Saint Martin est le saint patron des policiers.

    Il a donc toute sa place ici

    C’est du moins ce qu’affirmeront tous ceux qui, lors d’une manif, se sont pris un coup de matraque sur le rable …

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