Les voies de communication – Première partie

J’entame aujourd’hui une série d’articles consacrés aux voies de communication ayant laissé leur trace dans la toponymie. Il ne s’agira pas d’odonymie, qui étudie les noms donnés aux voies et espaces publics ouverts, mais bien de toponymie, qui étudie les noms de lieux, et je ne m’intéresserai qu’aux lieux-dits, hameaux et écarts habités. Je passerai donc en revue ces lieux qui doivent leur nom à un type de voie de communication : sentier, chemin, rue, voie, etc. mais je me réserve quand même la possibilité d’insérer entre ces articles consacrés aux voies d’autres articles hors-sujet, bref, de casser la voie (voilà, ça c’est fait).

On notera le paradoxe qui veut qu’une voie de circulation, sur laquelle par définition on ne s’arrête pas, a donné leurs noms à des endroits habités où par définition on s’arrête.

Je commence aujourd’hui par la voie elle-même.

Le mot « voie » est directement issu du latin via, lui-même formé sur la racine indo-européenne wegh exprimant l’idée de conduire, de transporter avec un véhicule. Ce nom est bien présent en toponymie, porté non seulement par certains chemins mais par des parties de finage, parfois par des hameaux. On le retrouve directement sous la forme voie mais aussi sous des formes dérivées comme vie ou diminuées comme viol.

Voies

Peu de communes portent un nom lié au mot voie : on peut citer Aubevoye (Eure, Albavia en 1051, avec alba, « blanche », qualifiant sans doute son revêtement), Courbevoie (H.-de-S., Curva via vers 850, en référence à un coude de la voie romaine), Amfreville-la-Mi-Voie (S.-M., dont je parlais déjà ici) et Le Boullay-Mivoie (E.-et-L., id.) auxquels on peut rajouter les anciennes communes de Saint-André-Treize-Voies (aujourd’hui dans Montréverd, en Vendée, et dont les noms du XVè siècle ecclesia S. Andreae de Tredecim Vocibus  ou de Tribus Vocibus  semblent être une réinterprétation pseudo-savante avec attraction de « voix » et ne permettent pas de choisir entre treize et trois) et de Saint-Georges-des-Sept-Voies (aujourd’hui dans Gennes-Val-de-Loire, M.-et-L., Septem Viae vers 1330 ; l’hypothèse wikipedesque d’un dérivé de Savoia, « de Savoie », semble-t-il attesté en 987-996, ne tient pas quand on sait que la Savoie s’appelait alors encore Sapaudia, sur le gaulois sapo, « sapin », et ne devient Savoia en occitan qu’à la fin du XIIè siècle et Savoie en français en 1258 ; Savoia, s’il ne s’agit pas d’une corruption de septem viae, ferait plutôt penser à un hydronyme pré-celtique *sab, celui de la Save ou de la Sève). Sous des formes dérivées on trouve les noms de Vieillevie (Cantal, Vetus via en 1393) et Lavillatte (Ardèche, Via Lata en 1504, avec l’adjectif lada, « large », puis attraction de l’occitan vilata, « bourgade, hameau » et agglutination de l’article). Terminons avec Bio (Lot, Bia au XIVè siècle puis Bio en 1326) qui doit bien son nom à via prononcé d’abord bia puis bio, le a s’assourdissant en [ɔ] dans les régions septentrionales du languedocien.

CPA Vieillevie

Les micro-toponymes formés sur « voie » sont bien entendu beaucoup plus nombreux et ce mot y est très souvent accompagné d’un adjectif (Grand-Voie à Lestrem, P.-de-C. ; Haute Voie à Caro, Mor. ; Voie Grisée à Herbeville, Yv. ; Voie Souveraine à Suippes, Marne, etc.) ou d’un complément (Voie des Prés à Doullens, Somme ; Voie des Noyes à Magny-Vernois, H.-S. ; Voie des Saules à Orly, V.-de-M. ; Voie de Bique à Mesnil-Saint-Père, Aube, etc.). Je n’oublie pas les nombreux Mi-Voie déjà vus (ici) ni les cas où « voie » sert de déterminant (Moulin de la Voie à Houécourt, Vosges ; Champ de Voie à Crissé, Sarthe ; Ferme de Belle Voie à Champlite, H.-S., etc.).

Le terme est parfois altéré en vie comme à la Vie du Gré à Censeau (Jura), la Vie des Vaches à Pontoux (S.-et-L.), la Vie du Foin à Esserval-Tartre (Jura), plusieurs Vie Neuve, etc. En région de langue d’oc, où l’occitan via a été francisé en vie, comme à La Vie à Brousse (P.-de-D.), on trouve aussi des noms composés comme Ladevie à Belmontel (Lot, traduction de lada via, « large voie », cf. plus haut l’ardéchoise Lavillatte), Subervie à Plieux (Gers, avec le gascon suber, « au-dessus »), Soubie à Moulinneuf (Dord., avec sos, « au-dessous »), Batbie (Gers, avec le gascon bath, « vallée » : la vallée où passe la route), etc. Signalons aussi Viarouge à Ségur (Av., Via roja en 1349) et à Ladinhac (Cant.) dont le sens est difficile à déterminer : évoquait-on ici la coloration rougeâtre de la voie aménagée ici ? ou bien une « maison rouge », une auberge que l’on peignait traditionnellement en rouge au Moyen Âge, particulièrement remarquable à un endroit de cette route de grande importance à une époque médiévale comme aux siècles ultérieurs ?

« Voie » a été  aussi altéré en voix comme dans la Haute Voix à Pray (L.-et-C.),  la Basse Voix à La Bouëxière (I.-et-V.), la Voix Basse à Orches (Vienne), la Ville aux Voix à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), etc.

Diminutifs

Les diminutifs formés sur les noms précédents ou qui en sont dérivés désignaient souvent des sentiers, en particulier des sentiers à travers un pré, dont le passage est traditionnellement autorisé en dehors de la saison du printemps. Certains d’entre eux, ayant acquis une certaine importance, ont fini par donner leur nom à la zone située de part et d’autre et, par là, aux habitations qui s’y construisaient.

Voyette ou veyette sont des lieux-dits en Poitou (La Voyette à Ceaux-en-Loudun, Vienne), en Bresse (La Voyette à Lélex, Ain), en Picardie (Les Voyettes à Silly-Tillard, Oise), en Anjou, Ardennes, Champagne, etc. On trouve une Voyette des Baudets à Marfontaine (Aisne) et une Voyette Carpentière à Sissy (id.) et bien d’autres. On connait La Voyotte  à Thil (Aube) et au Val-de-Meuse (H.-Marne).

Le diminutif viòl, « sentier », est toujours connu de l’occitan. Il est à l’origine des noms Viol(s) ou Viou(x) dans les régions vocalisant le l final. On trouve ainsi Sept-Viols à Cahuzac-sur-Vère (Tarn), Le Viou à Forcalquier (A.-de-H.-P.), la Font des Vious à Noyers-sur-Jabron (même dépt.), les Vioux à Pont-du-Château (P.-de-D.), etc. Notons, même s’il ne s’agit pas d’un lieu-dit habité, le col ardéchois des Quatre Vios, à Marcols-les-Eaux, où quatre chemins se rencontrent.

Le féminin viòla, donnant Viole(s) ou Violle(s) est lui aussi amplement représenté. Il a donné des noms comme La Viole à Pernes-les-Fontaines (Vauc.), à Salces (Loz.), au Fel (Av.) …,  comme Les Violes à Salces (Loz.), aux Aires (Hér.) …, comme la Violle à Lanta (H.-Gar.), à Ydes (Cantal), à Loupiac (Gir.), …, ou encore comme Les Violles à Chirac (Loz.), à Vergoignan (Gers), etc.

À cette liste, il convient d’ajouter des diminutifs très nombreux comme Violet et Violette qui peuvent désigner de petits sentiers mais qui souffrent d’une homonymie avec le nom de la couleur et celui de la fleur qui ont pu en outre donner des noms de famille : difficile de se prononcer, donc, pour ces noms sans une recherche historique approfondie au cas par cas. D’autres noms comme Violon à La Livinière (Hér., etc.) ou Les Violons au Bousquet-d’Orb (id.) peuvent représenter eux aussi des diminutifs en –on de viòl.

Le vial et son féminin viala désignent eux aussi de petits sentiers comme Vial à Ségur-les-Villas (Cant.) ou Vial-d’Antine à Cros-de-Montvert (id.). Mais là aussi, une confusion est possible avec viala, anciennement domaine agricole puis village, ville … et qui a pu devenir patronyme, comme Vial.

Le nom des Viollins à Freissinières (H.-Alpes) est issu du provençal alpin viollin, « guide qui montre le chemin » : le col de Freissinières reliant les vallées de la haute Durance et du Drac était très emprunté autrefois car il représentait un réel raccourci. On pouvait alors prendre un guide aux Viollins. Un hameau porte le même nom à L’Argentière-la-Bessée (même dépt.)

les Viollins1905Les Viollins des Freissinières… dans les années 1900

En revanche, les noms de Viols-le-Fort et de Viols-en-Laval (Hér.), contrairement à ce qui est souvent écrit (DENLF* et d’autres), ne représentent pas l’occitan viòl : les formes anciennes de Volio, de Bolio, attestées depuis le début du XIIè siècle jusqu’au XVIè siècle, époque où le nom est tombé dans l’attraction de viòl, orientent vers un nom de personne gaulois *Voculus, masculin de Vocula, employé sans suffixe, devenant *Vuòlh puis Viol, comme oculum devient uòlh puis iòl, « œil » (TGF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Il vous faudra trouver le nom en deux mots d’une localité de France métropolitaine. Un de ces deux mots est lié au latin via, l’autre est issu d’un nom de personne latin.

Cette localité est située dans une région où se distille un alcool fort.

Allez ! Trois indices :

■ pour la localité elle-même :

indice c 10 10 2021

■ toujours pour la localité  :

indice d 10 10 2021

■pour l’arrondissement :

indice b 10 10 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

9 commentaires sur “Les voies de communication – Première partie

  1. Bonjour M Leveto

    pendant la semaine écoulée , je me suis re-intéressé aux champs de bataille de l’Argonne,
    que je connais en partie , et , de là ,à ceux , contigus, de l’est de la Marne
    des toponymes m’ont interrogé:
    ————-
    1 dans la Meuse , LACHALADE

    qui était la chalade en 1914 : il y a donc eu , encore, au XXième siècle , un changement d’écriture .
    ———————
    2 à Vienne-le-château 51
    le secteur de LA HARAZéE


    idem , à Vienne : le RAVIN DES MEURISSONS
    ———
    idem LA PLACARDELLE

    idem ruisseau des ERONIERS
    ————–
    idem ruisseau des EMERLOTS
    ————–
    idem, LES ETIQUETS
    —————————————
    51 à SOUAIN-PERTHES-LES-HURLUS
    secteur de la ferme des WACQUES : vaches ??

    LE VAL EUDELéE

    le secteur de la CROUéE


    à MOIREMONT 51
    les étangs cisterciens de MOIREMONT
    1 La GRIZéE

    2 La NARZéE

    3 COLLIGNONNE

    4 , 5 Petit & Grand BRUMEHAIE

    ———————————————
    51 à la neuville-au-pont :
    secteur de NAVIAUX ( navets ? ) ( procession des naviaux , à béthune )
    —————————-
    plus loin , Ardennes
    à NOYERS-PONT-MAUGIS 08

    nécropole de la MARFéE .

    –PLUS LOIN ET POUR FINIR–
    —————————————–
    59 à VIEUX-RENG

    le fort Maginot de la SALMAGNE

    Voilà merci et bonne semaine

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  2. lecteur

    Coublevie fait partie des faux-amis issus du latin vicus, « village », pouvant donner des terminaisons en vic, vicq, vif, vy et, donc, vie
    Les formes anciennes Scoblaviu du XIè siècle puis Scoblavif, Escoblevil, Coblavi, Coblavie du XIVè siècle orientent vers un nom composé avec vicus dont le premier élément pourrait être le nom d’homme latin Scopilius (Dauzat&Rostaing) ou le latin scopilia, « balayures », donc « village des balayures » ou « balayures du village » (E. Nègre, qui ne recule devant rien).

    La toponymie donnée sur wiki me semble hautement fantaisiste : un couple de voies ? on appelle ça un carrefour… ou une « vallée sèche qui sert de voie » en gaulois ? le mot gaulois pour vallée est nanto- et pour « voie » c’est camino-, sento-, mantalon ; rien ne ressemble à scoblaviu dans le dictionnaire de X. Delamare.

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  3. « Villes-Coble16, Villa Escoblen au xiie siècle21, Villa Escobleu au xiie siècle, Villescoublain au xive siècle, Villacoublai au xve siècle »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9lizy-Villacoublay#Toponymie

    —————-
    Se pourrait-il qu’il y eût quelque accointance entre Villacoublay / Villes-Cobles et Coublevie ?

    Et quid d’Écouvier [Anciennes mentions : Escowiers (1264), Escouviers (1565), Escouvy (1612), Couvé (1656), Escouviye (1664), Escouvye (1669), Escuwyr (1700), Ecouviers (1793) / selon WP] , dans la Meuse et d’Escoublac (Loire-Atlatance).

    Est-ce une spéculation sans scrupule de n’y voir que des Scopili(i) ?

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  4. TRA

    Les choses sont sans doute un peu plus compliquées. :

    ♦ Écouviers (Meuse) : si Dauzat&Rostaing penchent pour le latin scoparium, du latin scopa, « balai » (et spécialement au Moyen Âge, « bouleau ») et suffixe arium , Nègre opte pour l’oïl écouvier , « branche, écouvillon », devenu nom de personne puis nom de lieu.
    ♦ L’Écouvotte (Doubs) : D&R voient le même scopa mais suffixé en diminutif otta, tandis que Nègre y voit l’oïl écovotte, « balai des maréchaux-ferrants, servant à asperger la houille sur le foyer », devenu nom de personne puis nom de lieu.
    ♦ Escoublac : la finale ac issue de acum ne laisse pas de place au doute: D&R comme Nègre y voient le nom de personne Scopilus , gaulois pour les premiers, latin pour le second.
    ♦Villacoublay : ni D&R ni Nègre ne se prononcent. On peut toutefois, avec Marianne Mulon (Noms de lieux d’Île-de-France, cf. ma bibliographie) constater que la finale médiévale en -n du nom Villescoblen de 1169 semble bien être la marque du cas régime germanique d’un nom de personne *Scobl- qui reste à attester. L’ordre déterminé-déterminant, inverse de l’ordre germanique habituel, a commencé à apparaitre au début du deuxième millénaire.

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  5. DE COUBLEVIE À COBLENCE

    Merci de ces précisions !

    Honteux de mon ignorance, j’ai envisagé d’ m’exiler … et donc d’aller à Coblence, lieu où ont conflué beaucoup d’immigré.

    Hélas ! je constate que la Koblenz rhénane (qui, me dit WP, serait un « confluentes ») a un (quasi-)homonyme, Koblentz, à la frontière polonaise, qui, elle serait un « pré-salé » slave (« colbcutz » (slawisch für « Salzwiese », me susurre le WP teuton).

    Ah ! la toponymie m’apporte bien des déboires ces temps-ci …

    D’autant plus que j’avais trouvé, avec Créon-dArmagnac, la réponse idéale à l’énigme de la semaine (alcool fort, église du nom de l’émule de Marsyas, armoiries emplies de loups et de losanges, présence d’une cousine de Jane Austen).

    Mais, même en triturant dans tous les sens ce pauvre Créon (dont, en plus, on mre dit qu’il n’a pas d’étymologie connue), impossible d’établir la moindre filiation avec « via ».

    La malédiction qui m’afflige est pire que celle des Labdacides !

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  6. lecteur

    Dans ce qui suit, DT est mis pour Dictionnaire topographique , celui de la Marne datant de 1891 et celui de la Meuse de 1872.

    ■ 1 dans la Meuse , LACHALADE
    qui était la chalade en 1914 : il y a donc eu , encore, au XXième siècle , un changement d’écriture .

    Pour Lachalade à Varennes-en-Argonne, nous disposons des formes anciennes suivantes (DTMeuse) : Caladia (1148) ; Calladia (1153) ; De Calladia (1247) ; La Chalade (1394) ; Monasterium de Calladia (1515) ; Abbaye de la Caillaide (1517) ; La Challade (1571) ; Calladium (1580)
    La forme caladia renvoie au latin vulgaire calata désignant un chemin plus ou moins empierré (Cf. l’équivalent occitan calada). Il semble que dans cette région le terme « chalade » désigne plus particulièrement une côte sur un chemin. Calade comme chalade sont issus de la base pré-indo-européenne *cal , « pierre ». Rappelons-nous que l’on empierrait ou pavait plus particulièrement les chemins en pente pour éviter le ravinement.
    Si vous avez le temps, tout est plutôt bien expliqué ici.
    ———————
    ■ 2 à Vienne-le-château 51

    ♦ le secteur de LA HARAZÉE

    Le DT Marne nous donne : Hariseia (1268) ; Le fié de la Harauzie (1268) ; La Harassée (1529) ; La Harassé (1718)  ; La Harazée (Cassini, 1759).
    On peut reconnaître dans le premier nom un féminin formé sur un nom de personne, avec par exemple terra ou villa sous-entendu : « le domaine, la terre d’*Hari ». Ce dernier nom peut faire penser à un nom germanique formé sur la racine hari, « armée » (Haricus et Hariulf sont attestés, par exemple). NB ceci n’est qu’une hypothèse personnelle (personne n’a, à ma connaissance, traité le sujet).

    ♦ idem , à Vienne : le RAVIN DES MEURISSONS

    Un ru des Meurissons (sans forme ancienne dans le DTMarne) est mentionné aussi à Boureuilles (Meuse) et au singulier à Remiencourt (Vosges)
    Meurisson est un patronyme dérivé diminutif de Meurisse, variante de Maurice, forme française de Mauritius. Un certain Meurisson a donné son nom à des terres, des bâtiments, des hameaux, etc. appelés Les Meurissons dont le nom est passé aux lieux puis aux cours d’eau.
    ———
    ♦ idem LA PLACARDELLE

    La Placardelle, nom récent, apparaît sans forme ancienne dans le DTMarne. À Moeurs-Verdey, on note un lieu-dit Placard qui était le fief de Placart en 1727 puis Le Placard en 1860. Il n’est pas impossible que La Placardelle en ait été une dépendance. Le patronyme Placart ou Placquart, bien attesté dans les départements du nord de la France, était, entre autres, celui d’une famille échevinale d’Iwuy (Nord).

    ♦ idem ruisseau des ERONIERS

    N’est pas mentionné dans le DTMarne.
    Peut-être s’agit-il d’une mauvaise graphie pour *héroniers, lieu fréquenté par des hérons ? On trouve ainsi La Héronnière en 1721 à Landricourt , aujourd’hui au pluriel Les Héronnières, une Héronnière à Jâlons et une autre à Champigneul-Champagne.

    ♦ idem ruisseau des EMERLOTS

    Mentionné sous le même nom, sans forme ancienne, dans le DTMarne
    Une seule occurrence sur Google ! Aucune idée de la signification de ce nom.

    ————–
    ♦ idem, LES ETIQUETS

    Rien dans le DTMarne concernant ce micro-toponyme.
    En revanche, à Ernemont-la-Villette en Seine-Maritime, un lieu-dit porte le même nom et apparaît dans le DT de la S.-M. (inachevé en 1890) sous la forme Les Etriquets (1618) puis Tri. des Etiquets (1635).

    Un estiquet ou étiquet, éticquet désignait (Godefroy) le « billet par écrit que le sergent qui fait les criées d’héritages saisis met et attache à la porte de l’auditoire du lieu etc. ». L’ancien français estichier et le picard estiquier signifient « enfoncer, transpercer » et « attacher ». Étiquet (et étiquette) a a aussi désigné un écriteau fixé sur un poteau en terre.
    Les lieux nommés ainsi faisaient-ils l’objet d’une saisie ?
    —————————————
    ■ 51 à SOUAIN-PERTHES-LES-HURLUS

    ♦ secteur de la ferme des WACQUES : vaches ??

    Mentionné sous le même nom, sans forme ancienne, sur le DTMarne.
    Wacques est un patronyme qui doit se rattacher a l’ancien flamand wacque, variante de waghe, sorte de mesure, poids et qui a dû designer le mesureur.

    LE VAL EUDELÉE

    Inconnu du DTMarne et (presque) inconnu de Google. Et de moi.

    ♦ le secteur de la CROUÉE

    Terme régional, « crouée » vient du latin corrogata corvée. La corvée était une forme d’imposition qui correspondait en général à une journée de travail gratuit que le serf, le paysan ou le tenancier devait au seigneur en échange d’un droit d’exploitation d’une terre. Par métonymie, une crouée désigne une pièce de terre.

    ■ à MOIREMONT 51

    les étangs cisterciens de MOIREMONT

    Ils sont 9 chez Cassini (1759, feuillet 79, Reims) : Grise, Narsé, Pte Cote a l’Echelle, la Gde Cote a l’Echelle, le Pt Brumhay, le Gd Brumhay, la Pte Roide, la Gde Roide et l’Etang Fourchu.

    ♦ 1 La GRIZÉE

    Grise (Cassini, 1759) : le nom se comprend aisément.

    ♦ 2 La NARZÉE

    Narsé (1759, Cassini)
    Un rapport avec la narse, « terre gorgée d’eau, boueuse » d’où « prairie humide de terre grasse » n’est pas assuré : ce mot, de l’occitan narsa d’origine pré-celtique, est surtout présent dans le Massif-Central et le Sud-Est même si on trouve Le Narais, affluent de l’Huisne à Saint-Mars-la-Brière (Sarthe), dont le nom fluvium Narrisum de 1100 serait issu selon Nègre de cette racine hydronymique pré-celtique *nar. Encore faudrait-il savoir de quand date exactement l’appellation Nazrée. Il est toutefois sans doute préférable, compte tenu de ce qui précède et du nom de la Grizée, de voir tout simplement dans le nom de La Narzée une référence à la couleur noire (« noirci » se dit narci en champenois).

    ♦ 3 COLLIGNONNE

    Ça ressemble bien au nom de famille Collignon mis au féminin, sous-entendu « propriété, terre, ferme ».

    ♦ 4 , 5 Petit & Grand BRUMEHAIE

    Pour Brumehaie, le DTMarne donne Sexaginta arpenta nemoris de parte mea in duobus locis qui dicuntur Concha et Bermehez (1229 ) et on trouve Brumhay en 1759 chez Cassini. Il y a donc eu métathèse entre berme et brume, sans doute favorisée par le fait que le mot n’était plus compris. Une « berme » est un chemin laissé entre une levée et le bord d’un canal ou d’un fossé. Le mot est d’origine allemande Berme, de Brame ou Bräme, lisière d’un champ. (Littré).
    Il est possible qu’une haie ait été plantée sur cette berme-là.
    ———————————————
    ■ 51 à la neuville-au-pont :
    secteur de NAVIAUX ( navets ? ) ( procession des naviaux , à béthune )

    formes anciennes : Naviau (1759 chez Cassini) ; Naviaux (1860)

    Selon le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, Le Robert) à l’article « navet », « le diminutif de l’ancien français nef, navel » (1200), refait en « naveau » d’après le pluriel naviaus (1260), s’est maintenu dans des parlers régionaux (Centre, Canada), la toponymie (Nièvre, Naviau) ainsi que l’anthroponymie (Navel, Naveau). Au XVIè siècle, navel désignait particulièrement les gros navets et était employé au sens figuré de « très peu de chose », servant également à indiquer la négation dans des naveaulx ! »

    —————————-
    plus loin , Ardennes
    ■ à NOYERS-PONT-MAUGIS 08
    nécropole de la MARFÉE .

    Cassini (1760, feuillet 78, Mézières) écrit Bois de Morfée, ce qui laisse rêveur (ahah).
    En 1189, on trouve mentionnée Lamberti fagetum, de fagus, « hêtre », et suffixe collectif etum , soit la « hêtraie de Lambert », qui est devenue La Marfée après chute du b de Lam(b)ert et passage régulier de fagetum à fée puis mécoupure, l’initiale La- ayant été prise pour l’article.

    –PLUS LOIN ET POUR FINIR–
    —————————————–
    ■ 59 à VIEUX-RENG
    le fort Maginot de la SALMAGNE

    La commune de Salmagne dans la Meuse était appelée Salemania en 1106, du nom de la rivière nous disent Dauzat&Rostaing tandis que Nègre passe son tour.
    À Vieux-Reng (Nord) on trouve le lieu-dit mentionné comme Salemagne en 1759 (chez Cassini, feuillet 77, Rocroi).
    On peut voir dans ce nom un dérivé du francique salha, donnant sal pour « saule », à rapprocher du gaulois salico et du latin salix, accompagné du latin magnus , « grand ».
    On peut aussi penser à une racine pré-indo-européenne hydronymique * sala , « cours d’eau , marécage » ou *salo que P.-H. Billy donne pour « ondoyant ».

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